Arf, cela fait si longtemps que je ne suis pas venue vous donner des nouvelles. Mais ce n’est pas que je n’ai rien fait photographiquement, bien au contraire. Laissez-moi vous présenter mon livre d’artiste « Amour perdu », enfin définitivement achevé !
Il est vrai que mon peu de présence ici et chez vous est due à cette perspective de déménagement en Chine comme je vous l’annonçait dans mon post précédent, et le compte à rebours ayant commencé, je suis assez submergée de choses matérielles à effectuer : trouver un appartement pour les enfants qui restent ici (donc recherches, visites, négociations, …), commencer à faire le tri de ce qu’ils vont avoir besoin, de ce qui va partir avec nous, de ce que nous allons entreposer, les formalités administratives, les devis de déménageurs, etc, etc, …
Mais surtout, je tiens à finaliser un certain nombre de projets photographiques avant notre départ car j’ai mon petit doigt qui me dit qu’à notre arrivée en Chine je vais avoir bien des choses à régler, à apprendre, à découvrir, à comprendre, à repérer dans ce monde où je ne saurais ni parler, ni lire, ni écrire … Ca va être sportif, je le sens 😉
Allez, assez palabré et entrons dans le vif du sujet : mon livre d’artiste « Amour perdu ».
Cela faisait longtemps que j’avais commencé ce projet de livre d’artiste dont je vous avais déjà parlé ici. Dans cet article, je vous expliquais notamment ce qui différencie un livre d’artiste d’un livre d’art et je vous y présentais ce projet qui à l’époque ne me satisfaisait pas complètement. N’hésitez pas à le consulter pour vous remémorer la démarche ! Je me suis donc replongée dans ce projet pour le finaliser définitivement.
Par rapport à mon premier prototype, j’ai conservé 2 éléments fondamentaux :
- Une structure en accordéon
- Une ouverture du livre en 3 parties
Mais voici tout ce qui a changé et qui m’a donné vraiment du fil à retordre !
- Réaliser ce livre 100% avec mes petites quenottes,
- Enlever le coté « too much » de la dentelle que j’avais mise initialement,
- Régler les problèmes de la 1ère et de la dernière page qui ne s’ouvraient pas correctement,
- Changer le système de fermeture du ruban.
Donnée comme ça, cette liste peut sembler relativement facile à résoudre, mais j’ai envie de partager avec vous mon expérience au cas où vous seriez tentés à votre tour de réaliser un livre d’artiste. Mes aventures éditoriales pourront paraître bien naïves pour des gens expérimentés, mais quand on débute, c’est fou le nombre de problèmes techniques auxquels on doit faire face et auxquels on ne pense pas à priori !
[wc_fa icon= »hand-o-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] L’intérieur du livre
On m’avait pourtant prévenue ! Un livre d’artiste demande beaucoup, beaucoup, beaucoup de prototypes ! Et bien je peux vous assurer je n’ai pas échappé à la règle …
Pour mon 1er prototype, j’avais fait imprimer les photographies à l’extérieur et j’avais également fait réaliser la couverture, le pliage et le collage des pages par un artisan. Mais pour cette seconde tentative, j’ai eu envie de réaliser ces étapes moi-même. Et bien m’en a pris car cela m’a permis de comprendre un nombre important de choses essentielles dans la création d’une structure de livre et cela me servira sans aucun doute pour mes réalisations futures. Oh, bien sûr, un livre en accordéon n’est vraiment pas ce qui se fait de plus compliqué quand on a le savoir-faire, mais à y regarder de plus près, il y a une somme de détails qu’on ne soupçonne pas si on ne passe pas par la case « réalisation par soi-même ».

[wc_fa icon= »arrow-circle-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] La structure
Ma structure initiale comportait un gros défaut : ma 1ère et ma dernière page étaient directement collées sur la couverture, ce qui faisait que ces pages ne s’ouvraient pas correctement et restaient en quelque sorte en l’air.J’ai réalisé pas mal de maquettes à partir de cette structure mais je ne suis pas arrivée à régler ce problème de façon satisfaisante. Il m’aurait fallu insérer et coller des sortes de soufflets intermédiaires, mais je n’avais pas le savoir-faire nécéssaire… Aussi, j’ai dû me résoudre à ne coller qu’une seule page sur la couverture. Or, dans un livre accordéon, qui dit coller une seule page, dit du coup un recto-verso ! Et il me semblait qu’il n’y aurait rien eu de plus décevant qu’une longue page vide au verso. J’ai donc décidé de photographier le foulard qui accompagne le livre et de l’imprimer tout le long de la séquence au verso.
[wc_fa icon= »arrow-circle-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] L’impression
Or, le papier que j’avais choisi initialement (Hahnemhüle Photo Rag 188 g/m2) ne pouvait être imprimé que sur une seule face. J’ai donc recherché un papier fine art imprimable sur les 2 faces et j’ai trouvé le MOAB Entrada Bright 190g/m2. Le choix n’était vraiment pas très large car en plus de l’exigence des 2 faces, il fallait que celui-ci ne soit pas trop épais pour qu’il puisse être plié, ce qui en fine art est très rare. Mais je ne regrette rien car ce papier est largement aussi beau que le premier. Mat, doux au toucher, très blanc et avec une très légère structure, j’en suis très fière 🙂
Ensuite, à moins de commander un rouleau sur internet pour pouvoir imprimer ma série sur une seule feuille en continu (ce que l’imprimeur avait réalisé pour le 1er livre), je n’ai trouvé qu’un format A4. Or, pour un livre qui une fois entièrement déplié fait 2,30 mètres, cela supposait … beaucoup de collage de pages 😉 Cela ne posait pas de problèmes pour le recto avec les images, mais cela m’a donc obligé à faire de savants calculs de découpes et de chevauchements pour que les pages du verso soient bien alignées …
Bon, par ailleurs, je vous passe les détails sur les multiples essais d’impression que j’ai du faire pour parvenir à mettre en cohérence ce que je voyais sur l’écran et mes photos imprimées … Le calibrage d’écran et d’imprimante, ça ne s’invente pas !!!
[wc_fa icon= »arrow-circle-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] Le découpage et le pliage
Mon livre fait 14 cm de hauteur (les images en font 12). J’ai donc du découper toutes mes feuilles A4 à cette hauteur. Autant dire qu’il m’a fallu investir dans une trancheuse à papier car il est totalement illusoire de penser qu’on peut faire des découpes perpendiculaires parfaites avec simplement une règle et un cutter ! Croyez-moi, j’ai essayé 😉
Idem pour le pliage, surtout pour un accordéon à 14 pages ! Après de multiples essais, j’ai finalement réussi à trouver un outil absolument génial qui permet de marquer la pliure du papier de manière extrêmement précise.
Je dois avouer que cette « plaque à pliage » m’a sortie d’un sacré pétrin !
[wc_fa icon= »arrow-circle-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] Le collage
Aaaarhhh ! Alors là, je n’aurais jamais imaginé à quel point cette phase serait difficile et délicate. Il faut être à la fois soigneux, précis, rapide et … propre, c’est à dire ne pas en mettre partout, ni sur le plan de travail au risque de laisser des traces de colle de l’autre côté, ni sur les doigts et d’en mettre partout. Autant dire que ce ne sont pas de qualités qui s’acquièrent spontanément au premier coup !
Donc, première étape, trouver LA (en fait LES) colle(s) adéquate(s). Comme il s’agit en effet de papier photographique fine art, il me fallait impérativement une colle sans solvants et sans acides. En plus, il fallait qu’elle soit transparente, forte et qu’elle ne laisse pas de traces en cas de débordement.
En ce qui concerne l’assemblage des pages elles-mêmes, j’ai donc fini par trouver une sorte de colle en ruban de la marque Pritt, car après avoir essayé le double face, celui-ci me laissait trop d’épaisseur entre 2 feuilles. Et la colle classique liquide … je n’ai pas réussi : ou je débordais, ou je ne collais pas correctement jusqu’au bord. Cette colle Pritt est vraiment pratique pour réaliser un collage dos à dos sur une petite surface.
Pour le reste, c’est à dire la couverture et son intérieur, j’ai fini par opter par une colle blanche de type PVA (marque vinavyl en Italie). Sur les bons conseils de mon amie Christine Giard (Grande Spécialiste en reliure d’art dont le seul défaut est de vivre à New York …), je l’ai étalée au rouleau, et non pas au pinceau, afin de ne pas déformer le papier.
[wc_fa icon= »hand-o-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] La couverture du livre
Donc, comme je vous le disais, je n’étais pas satisfaite de ma couverture sur mon 1er prototype : trop de dentelle et une prise en main du coup un peu molle. J’ai donc décidé de l’alléger radicalement et de recouvrir la couverture seulement de papier et de ne mettre qu’une touche de dentelle. Après pas mal de recherches, j’ai fini par trouver un joli papier blanc cassé avec des effets moirés de type tapisserie. C’est doux, ça brille et c’est « girly » juste ce qu’il faut 😉 Et pour la petite touche de délicatesse bien féminine, j’ai collé un bout de dentelle découpé dans un ruban.
[wc_fa icon= »arrow-circle-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] La structure de la couverture
Ainsi, avec ce choix de ne coller l’intérieur du livre que sur une partie de la couverture et de conserver malgré tout une ouverture en « portefeuille », j’ai donc du faire passer la couverture de 2 à 3 éléments. Mais là je me suis rendue compte que les tranches devaient être indépendantes et pas un simple pliage. Je passe ici sur tous les calculs (et surtout essais !!) nécessaires entre les largeurs des différentes parties dont aucune n’est identique au final. Eh oui, entre celles qui viennent à l’extérieur et les autres qui s’imbriquent, il y a à chaque fois quelques millimètres en plus ou en moins si on veut que le livre se ferme correctement, sans résistances mais sans trop de mou non plus, avec juste l’espace nécéssaire pour que les pages reposent tranquillement. Merci encore une fois à Christine pour ses précieux conseils, sans oublier la fonction vidéo de skype qui m’a permis de bien comprendre ce qu’elle m’expliquait en live 😉



Vous remarquerez dans la photographie ci-dessus que j’ai laissé une languette de papier non collée. C’est pour que mon livre s’ouvre complètement jusqu’à la fin, car sans elle, ma dernière image resterait en l’air …
Pour finir, j’ai souhaité fermer ce livre à l’aide d’un ruban d’organza très fin qui vient s’enrouler autour. Il me restait à trouver l’astuce pour glisser facilement le ruban et fixer la fermeture. Cette fois-ci c’est mon amie Amandine Nabarra Piomelli, grande artiste du livre elle aussi, qui m’a donné l’idée de me servir d’un petit objet utilisé par les japonais pour fermer leurs livres (ni l’une ni l’autre ne nous souvenons du nom de cet objet !!). Je l’ai détourné en faisant fabriquer une petite plaque avec écrit dessus le nom du livre.
[wc_fa icon= »hand-o-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] Mon livre est désormais fini !!
Vous imaginez donc bien qu’après toutes ces étapes, toutes ces recherches, tous ces essais, je suis arrivée au bout de mon idée initiale. Car je peux vous assurer que chaque étape a été l’objet de plusieurs maquettes, de nombreuses erreurs. Quand je pensais corriger un problème d’un côté, un autre surgissait alors, quand tous étaient réglés, c’est le matériel qui me manquait. Je crois que j’ai écumé toutes les papeteries, les drogueries et les merceries de Genova pour trouver à chaque fois ce qui me manquait 😉
C’est ainsi que je me suis dit qu’au point où j’en étais, je n’allais plus me contenter de 2 exemplaires comme prévu initialement. En effet, une fois tout le travail de prototypage effectué et la méthode de travail trouvée, réaliser d’autres exemplaires n’était plus aussi problématique. J’ai donc décidé d’éditer 5 exemplaires plus 1 épreuve d’artiste de mon « Amour perdu » (l’épreuve d’artiste, c’est celle que je garde pour moi). 6 livres au total ce n’est pas beaucoup me direz-vous après tout ce travail. Mais l’huile de coude que demande chaque exemplaire me suffit largement ;). Et puis ne dit-on pas que ce qui est rare est cher ? C’est que du coup je compte bien les vendre 😉
Et puis il faut que je laisse la place à d’autres projets ! C’est que loin de m’avoir découragée, cette expérience m’a au contraire vraiment stimulée du point de vue artisanat, travail manuel, ingénierie. Et puis c’est surtout extraordinairement intéressant de faire vivre une série photographique dans une autre dimension, de lui faire dépasser les frontières des cadres et de l’alignement sur un mur. Ce concept de livre d’artiste est un vrai enrichissement pour la photographie : la série acquiert une 3ème dimension, celle de l’objet à son service.
Voici donc un résumé en images de mon Amour Perdu achevé !
Intention artistique
En réalisant la série photographique qui compose le livre, j’ai eu envie de raconter une fiction dont l’esprit est puisé dans le courant du romantisme européen du 19ème siècle.
Sur les traces de Madame de Staël et à travers les souvenirs d’une femme, je propose d’explorer le sentiment douloureux de l’incomplétude de la destinée, de cette incurable maladie de l’âme propre au romantisme et caractérisé par une fin dramatique et inéluctable.
Dans le même temps, bien que le sentiment soit violent, cette triste douleur possède un charme auquel cette femme ne veut pas renoncer et elle se complet à en garder le souvenir. Les vers d’Alfred de Musset pourraient être siens :
Le mal dont j’ai souffert s’est enfui comme un rêve.
Je n’en puis comparer le lointain souvenir
Qu’à ces brouillards légers que l’aurore soulève,
Et qu’avec la rosée on voit s’évanouir.
(Extrait du poème « La nuit d’octobre »)
Le mouvement du romantisme ne peut pas non plus être envisagé sans la présence forte de la nature, à la fois propice à la contemplation, représentante des mystères de l’âme, mais parfois aussi violente, dans laquelle l’homme y trouve le reflet de ses passions. Dans la série photographique, point de tempête sur la mer, mais une force mystérieuse, invisible et menaçante qui ravit ce premier amour.
J’ai souhaité enrichir l’esprit de cette histoire par la création d’un objet précieux aux airs romantiques d’un journal intime et qui met en scène la mélancolie et le sentimentalisme.
Ce livre-objet, comme tout journal intime, est destiné à être gardé secret et pourrait être de ceux qu’une femme cache tout au fond du tiroir de sa lingerie.
Ainsi, il m’a semblé que sa réalisation devait être faite avec des matériaux extrêmement féminins tels que la dentelle, la soie, un ruban d’0rganza. Le papier est doux et délicat au toucher. Pour préserver l’intimité de ce livre-objet, celui-ci est enroulé dans un mince foulard de soie avant d’être conservé dans une boîte à l’aspect satiné.
L’étole de soie n’est pas anodine car elle est l’ultime trace concrète de cette histoire ; symbole du rêve évaporé et peut-être de l’hymen perdu, nous la retrouvons dans l’avant dernière photo alors que cette femme voit partir son amant à jamais.



















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