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ANONYMES

Il y a quelques jours, j’ai été victime d’une « attaque photographique » comme ma plus jeune fille aime à dire en se moquant de moi 🙂 Car tout à coup, en effet, j’ai eu comme un besoin irrépressible de sortir, d’aller photographier n’importe quoi, mais quelque chose qui me tombe sous la main.

Ce jour là donc, c’est la lumière … et paradoxalement sa formidable capacité à nous plonger dans l’ombre qui a retenu mon attention. Je me suis donc postée à 2 endroits qui recevaient cette lumière de manière extraordinairement graphique. Elle découpait l’espace de manière nette et brutale. Ainsi, je me suis rendue compte que non seulement elle remplissait cet espace de « vide noir », mais qu’elle cisaillait pour ainsi dire aussi les passants, les plongeant dans un anonymat, qui à force devenait presque inquiétant. De ces humains, il ne reste que des mains, des jambes, des pieds, des bouts de corps, qu’ils avancent vers nous ou qu’ils s’en aillent, il nous manque l’essentiel : leur visage.

Voilà, il ressort de « mon attaque » 12 photographies que j’ai laissées soit en couleurs, soit en noir et blanc. Pourquoi ? Tout simplement parce que pour celles en couleurs, j’ai aimé ce rouge profond du sol et que je n’avais pas envie de m’en passer. D’autant que si vous y prêtez attention, il y a une pointe de bleu presque flashy dans une des ouvertures que ma sous-exposition maximale et drastique n’a pas effacée. En fait, il s’agit d’une grande fontaine à l’extérieur que la commune de Genova teinte régulièrement de couleurs étranges (en rouge, jaune, vert, bleu) en fonction des événements. Ce jour là, c’était le bleu. Ce n’est donc pas un contraste exagéré de ma part, mais bel et bien la couleur de l’eau !

Quant aux autres photographies en noir et blanc, et bien étant donné que l’environnement n’était fait que de béton, à peine se rend-on compte que j’ai effectué une conversion en noir et blanc !

Voilà, si le coeur vous en dit, regardez cette série en compagnie musicale 🙂

Sinon, un clic sur les images est vivement recommandé pour les visualiser individuellement, car le graphisme global et répétitif nous brouille vraiment la vue !!

 

 

En guise de petit bonus, je ne peux pas résister à vous montrer celle-ci qui est un peu hors de propos vis à vis de la série. Mais ce dalmatien avec ses taches noir et blanc était trop bien adapté au décor. Au final, c’est lui le seul être vivant reconnaissable 😉

 


anonymes1

  1. Yé, j’aime ça! Les 3, 6 et 9 sont mes photos préférées.
    Avec la musique, mon imaginaire (de prof de danse) a vite basculé dans la vision d’une chorégraphie… j’adore quand ça me fait ça!
    Merci et bravo Laurence! 😉
  2. Bonsoir Laurence,
    Hé, hé, il me semble avoir vu quelques unes de ces images sur le blog « Regard perdu » …
    Encore une belle démonstration, une premier plan (je ne sais pas si on peut le définir ainsi) très sombre, mais qui crée une belle transparence sur ces fragments de corps … J’aime les 5 premières avec leurs ouvertures sur l’extérieur.
  3. La musique va super bien avec cette série d’anonymes qui défilent et si je n’ai pas imaginé une chorégraphie, comme Céline, elle donne une ambiance et une autre dimension à ces photos très graphiques. Mais je vais être hors sujet car celle que je préfère est celle du dalmatien, bien connu de tous 😉
  4. Bonjour et surtout merci d’avoir pris le temps de laisser vos impressions !! Je suis ravie que cette série vous ai plu 🙂

    Oui, Marie, effectivement, j’ai mis celles en noir et blanc sur le blog du collectif. Depuis, Serge San Juan m’a fait une réponse en images : http://www.regard-perdu.com/blog/
    Je crois que je vais être obligée de lui répondre à mon tour avec celles en couleur 😉

    De manière générale, allez jeter un coup d’oeil au site de regard perdu dont je vous ai parlé à de nombreuses reprises. Je suis sûre que vous serez charmé !!

    A tout bientôt !!

  5. Série fabuleuse qui prend une dimension plus envoutante encore avec cette musique ! Je vote (si je devais en choisir une…) pour l’espèce d’humanoïde-cosmonaute (avec son casque) qui nous transporte définitivement dans un autre espace-temps ! Merci pour le voyage !
  6. les trois dernières fonctionnent vraiment bien pour ma part (j’adore celle avec le martien casqué) ; je trouve que la couleur n’apporte pas tellement sur des compos aussi graphiques, avec le noir et blanc le langage est plus direct.

    bientôt la chasse aux oeufs, joyeuses pâques !

  7. héhéhé… Voilà ces photos de l’ombre: ravie de les découvrir! Une « mention spéciale » pour la 2, la 6 et la 7. Hormis la 6, dont j’aime la tâche rouge, je suis tout à fait d’accord avec Ronan et préfère également les noirs en blanc que les couleurs. Bon week end de Pâques Laurence!
  8. J’adore découvrir et regarder tes expérimentations et le résultat de tes attaques photographiques, c’est toujours un plaisir. C’est encore le cas ici, très chouette série.
  9. Ahhh le besoin irrépressible d’aller photographier!!! Je connais ça même si actuellement j’ai l’impression que mon travail et le quotidien accaparent beaucoup de mon énergie!

    Tes expérimentations (et le texte qui les accompagne) sont toujours intéressantes. Effectivement il aurait été dommage de sacrifier la couleur même si, du coup, en ne voulant rien sacrifier, en tant que spectatrice, j’hésite encore entre le N&B et la couleur.

    Et si tu les avais toutes gardées en couleur? Car au final, le traitement de la lumière (et la situation) fait que tes photos restent très graphiques?

  10. C’est toujours un grand plaisir de découvrir tes explorations photographiques. J’étais passée en vitesse il y a 2 jours, mais aujourd’hui j’ai vraiment pris le temps de me poser sur ton travail, musique, photos grand format…et là tu nous embarques complètement, dans les graphismes de lumière, les présences humaines (ou animales) à moitié dévoilées. C’est vibrant, captivant, c’est de l’Art. Merci Laurence.
  11. Merci à vous pour vos interventions ! Je m’excuse pour mon silence prolongé, mais c’est que j’ai travaillé pour la bonne cause 😉

    Tout ce que vous dites est vraiment intéressant mais je dois vous avouer que vos réactions m’étonnent un peu, et en tout premier lieu sur votre choix ou disons suggestions de couleur ou noir et blanc. Probablement aurais-je du présenter cette petite série en 2 temps (comme ce que j’ai fait sur le site de regard perdu … dont je n’ai d’ailleurs pas encore pris le temps de mettre en ligne la version couleur). Si je l’ai fait en une seule fois ici, c’est parce qu’il me semble que le sujet n’est pas du tout la couleur ou le noir et blanc, mais bien plus la lumière et les passants qu’elle transforme en personnes complètement anonymes en leur découpant le visage notamment.

    Amis photographes, j’aimerais vous proposer une chose pour les séries qui viendront par la suite. Plutôt que de dire que vous préférez telle ou telle photo, ou que vous penchez vers un noir et blanc plutôt que vers la couleurs, sans argumenter pourquoi, j’aimerais que vous essayiez de choisir une photo et de dire POURQUOI vous la préférez.
    Je vous assure, ce genre d’exercice est extrêmement formateur pour le regard que l’on porte sur les photographies et sur les siennes par la même occasion !

    Merci en tout cas de tout coeur pour vos compliments, je suis sincèrement ravie que ces photographies vous touchent !!

  12. Et bien je me permets d’être plus explicative alors puisque tu nous y invite: je n’ose pas toujours, il est vrai, ma modeste pratique photo me semblant si maladroite. 🙂
    Pour ma part, je goûte un mystère avec le noir et blanc qui me touche, et la lumière est plus douce, ou semble l’être. La part laissée au sol dans ces noirs et blanc, et le jeu entre la rigueur des lignes et la suavité de la lumière donne de la poésie. L’humain est alors comme un peu « en fuite », anonyme; sont ils pressés, allant vers un rendez-vous ou au travail? Les absences de certaines parties de leurs silhouettes donnent un côté intemporel qui ouvre à une interprétation au-delà. J’y vois aussi ce que chacun de nous cache, dissimule au regard de l’autre, nos absences, nos manques, nos fragilités. C’est aussi pour cela que la 6, malgré le rouge, m’a touché.

    Je n’ai pas envie de me raconter une histoire avec celles en couleurs: la lumière devient dure, et même si c’est aussi une caractéristique qui peut être tout à fait celle du Sud (j’y ai souvent pensé en faisant des photos à Aix ou Marseille), là, pour moi elle n’apporte pas une richesse narrative. Il y a trop de contrastes, on perd du sol. Ce ne sont pas les volumes plus importants de noir qui me gênent, c’est le côté abrupt de la lumière. La 2 m’a plus séduite car il y a cette petite silhouette, entre statue et personnage. La couleur enlève pour moi l’espace de rêverie. De plus, les personnages sont plus définis, et ils deviennent plus communs, perdent en dimension symbolique pour moi.

    Voilà ce que je peux en dire, maladroitement, sur ce qui me fait préférer le noir et blanc dans ces anonymes.

  13. L’obscurité, l’ombre et enfin la lumière, tu viens de résumer en quelques photos l’essentiel de ce qui nous traverse. Il y aurait tant d’histoires à raconter, Laurence, tant de témoignages. Regarde bien ce dalmatien, ne revient-il pas de loin ?

    Jonas

  14. Bonjour !

    Cécile : Je suis convaincue pour ma part qu’il n’y a pas de « stupide ressenti ». Je pense que tu le sais bien en tant que professeur de chant, à quel point il est pédagogique de mettre des mots sur ce qu’on ressent, d’essayer de décrire quels éléments (que ce soit des accords ou une composition ou des couleurs en photo) et de voir comment ils s’articulent. Plus on fait ce travail sur les images des autres, plus on est capable de le faire sur le sien et c’est source de progrès indéniable !

    Jonas : oui, il revient de très loin, il semble même harassé. Dans le même temps, ma jeune fille m’a fait remarquer qu’on dirait qu’il est presque en lévitation !!

    Merci à vous de vos témoignages 🙂

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