
Le week-end dernier, j’ai eu l’honneur d’être invitée à un festival d’art, le Yanping Art Festival. J’avais eu l’occasion il y a 2 ans d’y effectuer une résidence d’artiste dont je vous avais parlé ici et où vous pouvez voir la série finale là.
Le sujet de ce post n’est pas de vos présenter les oeuvres de cette édition car je dois avouer qu’elles m’ont laissé relativement pantoises. Disons, pour faire un résumé, qu’elles ont été dominées par l’art conceptuel contemporain lequel, décidément, ne me fait pas vibrer, loin s’en faut …
Non, surtout, j’ai envie de vous emmener à travers une balade sans but précis, comme celles que nous prenons plaisir à faire après un bon repas, histoire de se dégourdir les jambes tout en papotant de tout et de rien. Juste pour profiter du moment 🙂
Alors vous êtes prêts ? Vous avez enfilé votre imperméable ? Car attention, il pleuviote !
C’est parti pour notre petite visite en mode « discussion à bâtons rompus » 🙂
Commençons par nous échapper de la maison et empruntons les ruelles du village. Je suis toujours étonnée de voir le nombre de chiens en liberté, tous extrêmement pacifistes d’ailleurs. Jamais aucun ne m’a grogné dessus et il est rare d’entendre des aboiements, comme s’ils n’appartenaient à personne et qu’ils n’avaient rien à garder. Et pourtant, ils ne sont absolument pas sauvages et nombreux sont ceux qui portent un collier. Par contre, ils ne cherchent pas particulièrement à se faire caresser non plus et j’ai rarement vu des personnes les toucher, sans pour autant que les gens soient inamicaux avec eux. Ils sont tout simplement là, leur présence est acceptée et on dirait plus une sorte de cohabitation pacifique où chacun doit en retirer un bénéfice j’imagine …

Au contraire des villes où les gens sont complètement dingues de leurs chiens au point de leur dédier des salons de thé (oui, oui !) et où bien sûr seuls les chiens de race sont plébiscités, dans les campagnes c’est le royaume du corniaud ! Et côté alimentation, ils doivent plutôt compter sur les restes que sur des rations de croquettes enrichies en oligo-éléments 😉 Remarquez, au moins il n’y a pas de gâchis et aucun chien que j’ai croisé n’était famélique. Pouilleux oui, moche oui, mais maigre non 😉


C’est l’époque de la récolte du « Fruit du moine », enfin, c’est ce qu’il me semble … Ce fruit n’est pas mangeable tel quel et il est surtout utilisé séché pour parfumer le thé ou en poudre en médecine traditionnelle pour remplacer le sucre pour les diabétiques. Il parait que son pouvoir sucrant est supérieur à la canne à sucre sans les inconvénients de celle-ci car il ne contiendrait pas de glucides.

Autant je n’aime pas particulièrement me servir d’un balai, autant j’aime leurs formes si variées d’une région du monde à l’autre. Peut-être que je me trompe, mais il me semble qu’en France nous n’avons quasiment plus de balais faits avec les ressources locales. Ici en Chine, j’ai l’impression que chaque corps de métier et chaque région a son « modèle ». À Nanjing par exemple, les cantonniers utilisent des branches de bambous qui ont encore leurs feuilles. Les balais sont vraiment larges et parfaitement efficaces pour ramasser en ce moment toutes les feuilles tombées.
Bien que ce village soit situé dans une zone au climat sub-tropical et que les températures descendent rarement en dessous de 10 degrés l’hiver, il y a quand même des saisons. Et qui dit saisons, dit fruits 🙂 En ce moment, nous sommes en plein dans la saison des fruits du moine, des fruits de la passion et des pamplemousses. Attention, les pamplemousses ne sont pas ceux que l’on connait en Europe. Ici, ils sont énormes et ils se mangent en quartiers, un peu comme si on mangeait une orange géante. Ils sont absolument délicieux, doux, pas acides et tellement juteux !
Les potagers entrent en sommeil et partout ils sont protégés par la paille de riz dont la dernière récolte de l’année a eu lieu il n’y a pas longtemps. D’ailleurs, les champs ne sont pas très beaux à voir car il y a beaucoup de brûlis, et ces derniers, mêlés à l’eau en abondance (normal pour la culture du riz 😉 ) donnent un mélange pas très ragoutant …


Ainsi, partout dans le village s’amoncèlent ces tas de « fruits des moines » et les fagots de bois. Mais attention, il ne faut pas s’y tromper ! Il y a peu de chances que ce bois serve pour se chauffer, il sera utilisé pour la cuisine. Bien sûr que les gens ont du gaz mais la tradition de la cuisine au feu de bois est encore très vivace. Quant au chauffage, comme dans tout le sud de la Chine, ou plus exactement tout ce qui se situe au sud du Yantze, les gens ne l’utilisent tout simplement pas, ou si peu. Et pourtant, même si on peu dire que 10 degrés ce n’est pas très froid, tenir 2 ou 3 mois à cette température n’est quand même pas d’un confort absolu 😉 Mais pour les chinois, entre la tradition et la croyance qui veut que chauffer soit mauvais pour la santé, ça ne pose pas de problème, il suffit juste d’être bien équipé en vêtements chauds. Et je peux vous assurer que même à Nanjing où nous avons quand même des hivers relativement courts mais très froids, peu d’appartements sont équipés en chauffage, et s’ils le sont, bien souvent les gens ne chauffent pas.



À l’origine de ce festival d’art, il s’agit de dynamiser les campagnes et de les rendre attractives pour les citadins, notamment ceux venant de Hangzhou ou mieux, de Fuzhou. Pour le moment, son rayonnement est encore relativement local, mais le modèle de Jiulong a séduit un certain nombre de communes aux alentours et le festival s’est bien étendu ! Les citadins, eux, viennent lorsqu’il y a des événements particuliers et la structure qui gère le festival organise notamment régulièrement des conférences qui dépassent largement le cadre de l’art, comme par exemple l’aménagement du territoire, la sociologie et même l’ethnologie.
Ainsi, j’ai pu discuter avec un anthropologue qui me disait que ce festival est très certainement un succès politique, les autorités locales ne pouvant être targuées d’immobilisme. En effet, beaucoup d’argent direct et indirect est injecté, que ce soit pour l’accueil des artistes et des conférences, pour l’aide à la rénovation des habitations anciennes ou au développement touristique et du commerce. Mais les habitants sont plus réservés sur l’utilisation qui est faite de leur territoire. Il est vrai qu’installer des oeuvres d’art contemporain au milieu des villages, parfois de manière définitive, sans concertation avec eux puisque les artistes ont carte blanche, je suis d’accord pour trouver ça moyen-moyen. Mais la contre-partie est qu’ils se sentent fiers d’appartenir à une communauté qui va de l’avant et dont l’aura rayonne, y compris au niveau des grandes villes qui maintenant connaissent ce bout perdu de campagne. Et puis d’un point de vue tout à fait pragmatique, le fait que le festival s’étende maintenant sur plusieurs villages signifie pour eux la construction de routes plus larges qui leur donne un accès plus rapide à la civilisation (sic !)
Dans un des villages, une taverne a été rénovée et on y déguste principalement de la Baïjo, un alcool de riz très puissant ainsi que de la bière.
Là, j’y ai eu une conversation bien arrosée avec trois jeunes artistes très touchants, plein de rêves et surtout aux désillusions grandissantes. Le premier rêve de faire la révolution et de changer le monde. Quoi de plus normal à 23 ans 🙂 Son plan est donc de rentrer dans les Jeunesses Communistes puis de gravir les échelons afin de faire exploser le système de l’intérieur. Je lui souhaite bon courage mais qui sait, peut-être y arrivera-t-il ? La seconde se bat pour les droits des homosexuels qui en Chine, bien qu’ils ne soient pas du tout criminalisé au sens juridique, est un sujet tellement tabou que c’est tout comme. Enfin la troisième, après avoir fait ses études aux Etats-Unis et entamé un long voyage en Europe est rentrée pleine de désillusions sur nos pays. Confrontée au racisme et à l’inégalité des chances due à l’origine ethnique, elle pleurait en me disant que « les gens se pensent libres mais ils n’ont pas les moyens d’être éduqués, ils sont agressifs et se moquent d’humilier en pensant que c’est leur droit d’expression, certains ne peuvent même pas aller en boîte de nuit profiter de la musique parce qu’ils sont noirs ou arabes. C’est ça le monde libre ? » me disait-elle.
Allez, il est temps maintenant de rentrer 🙂 J’espère que notre balade et notre discussion à bâtons rompus vous aura divertis !
Pour finir sur une note légère, je vous laisse avec ce groupe de théâtre aux costumes magnifiques qui nous transportent dans un autre temps ! Ceci dit il parait qu’il y a un fort retour, notamment de la part des jeunes, en ce qui concerne les vêtements traditionnels qui sont alors portés les week-ends ou pour les fêtes familiales. Il y a même tout un business qui est en train de se monter autour de cette tendance, notamment dans les lieux touristiques où de plus en plus de boutiques proposent des vêtements à la location pour quelques heures ! La prochaine fois que j’irai en Bretagne, je m’habillerai en Bigoudaine ! Ou mieux ! En princesse courtisane si je vais visiter Versailles 😉 😉










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