CARUGGI DI ZENA

Aujourd’hui, je vous propose une petite promenade dans les « caruggi di Zena ». Ces termes appartiennent au dialecte gênois et il faut les traduire par « vicoli genovesi » en italien et par « les ruelles de Gênes en français.

Je vous l’ai souvent dit dans ces pages à quel point je trouve cette ville attachante. Peut-on dire que c’est parce qu’elle est belle ? Je n’en suis pas sûre car elle ne l’est pas vraiment au sens esthétique classique du terme. Je dirais plutôt que c’est une ville forte et d’après ce que je connais de l’Italie, Genova est vraiment une ville unique en son genre.

La vieille ville (classée patrimoine de l’Unesco), d’après ce que j’ai lu à plusieurs reprises, est le plus grand centre historique habité d’Europe. Et je veux bien le croire. Son labyrinthe de ruelles est tout simplement impressionnant (il s’étend sur plusieurs kilomètres) et je peux vous assurer qu’il grouille de vie.

Ce qui rend cette ville particulièrement attachante, c’est que toutes la catégories sociales et ethniques cohabitent, les magasins de luxe côtoient les boutiques populaires, les marchands de légumes et les bouchers interpellent les artisans ferronniers ou tapissiers, le tripier embaume le marchand de chaussures, la droguerie fait face à l’antiquaire et dans les ruelles étroites les italiennes bon chic bon genre croisent les prostituées, les hommes élégants vont taper la causette chez le barbier tandis que des immigrés illégaux sortent leurs présentoirs portables pour vendre une improbable babiole.

Au niveau urbanisme, c’est une ville très particulière. Les immeubles, rehaussés au fur et à mesure de l’histoire (depuis l’antiquité quand même !) atteignent souvent 6 ou 7 étages, ce qui fait que c’est une ville qui semble assez sombre compte-tenu de l’étroitesse des ruelles. Les gênois vivent très repliés sur eux-mêmes et les façades ne laissent qu’occasionnellement apparaître la richesse du propriétaire, mise à part une extraordinaire tradition de trompe-l’oeil. Et quand une porte cochère s’ouvre, c’est souvent sur une entrée monumentale insoupçonnable !

Photographiquement, c’est une ville très difficile à prendre : les ruelles étroites sont souvent bondées de monde, elles sont sombres mais il y a cependant un très fort contraste avec la lumière dure du sud, les perspectives sont souvent identiques, il n’y a évidemment aucun recul pour permettre une vue d’ensemble ou pour montrer l’architecture.

C’est pourquoi au final, je me rend compte que je prends peu de photos et pourtant, je pense que réaliser un reportage sur cette ville pourrait représenter un vrai défi photographique ! Ainsi, les photos que je vous présente aujourd’hui sont un entraînement pour un futur projet que j’aimerais réaliser avec un holga et pellicule noir et blanc. Il me semble que cette ville est particulièrement bien adaptée à ce rendu mystérieux, voire un peu angoissant (style polar). J’ai pris ces photos en compagnie de 2 autres photographes (Patrick et Cath), un week-end bien pluvieux et où il fallait vraiment avoir un moral photographique pour avoir du plaisir à déambuler dans ces caruggi !

Voilà, je vous laisse en compagnie de ces visions spontanées, non ordonnées et fragiles de nos brèves déambulations au sein des caruggi di Zena mais qui représentent assez bien, il me semble, la diversité des rencontres et des situations.

étroitesse
Petite illustration de l’étroitesse des ruelles…

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les églises
De toutes les tailles, elles se découvrent à tous les coins du labyrinthe

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hall d’entrée
Il suffit de pénétrer à travers une porte cochère pour découvrir des entrées monumentales

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le barbier
Carmine Mazzone nous a fait pénétrer dans sa boutique hors d’âge, consacrée exclusivement aux barbes de ces messieurs, mais dont toutes les pensées vont visiblement vers les jolies femmes au son de l’opéra diffusé par sa radio

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au café
Ici, on peut boire bien entendu du café, manger des pâtisseries mais aussi acheter du thé, des alcools fins, lire et y faire de bien jolie rencontres. Bref, la dolce vita …

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artisan
Les boutiques d’artisans sont très nombreuses. Ici, une céramiste qui reproduit des motifs traditionnels gênois

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Livreurs
Les ruelles sont souvent inaccessibles en voiture et encore moins en camion. Les livraisons se font donc à pied et il est très fréquent de rencontrer des livreurs pressés

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modernité
Les boutiques ultra-modernes de mode en côtoient d’autres hors d’age

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Les tags
Malheureusement, il y a beaucoup de tags un peu partout et souvent ils ne sont pas beaux. Mais parfois il y en a qui diffusent un message sympathique, et même en français !

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Communauté étrangère
Il y a de nombreuses nationalités représentées à Genova. La plus grande est probablement d’Amérique du sud, puis viennent les marocains, les chinois et les indiens.

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Voilà, j’espère que vous avez apprécié de faire ce petit tour ! Je n’ai volontairement pas classé les photos par fidélité à l’esprit de la ville : c’est ce patchwork de cohabitations en tous genres qui en fait le charme indéniable. Il n’y a pas de quartiers réservés à tel ou tel type d’activité, et malgré des efforts faits ces dernières années par la municipalité, les touristes sont encore très peu présents ici, ce qui fait qu’elle reste une ville extrêmement authentique. C’est peut-être (et probablement !) pour cela que c’est une ville qui mérite vraiment le détour. Si vous en avez l’occasion, ne faites pas que passer, arrêtez-vous et prenez le temps de déambuler dans ces caruggi. Vous y découvrirez des merveilles de vie.

  1. Je confirme que cette ville a un charme indéniable que tes photos traduisent merveilleusement bien, même en noir et blanc ! Pour ma part, elles me rappellent nos déambulations de cet été avec grand plaisir 🙂
  2. Waouh!!! Ces photos sont magnifiques et la ville aussi… J’y suis passée furtivement, savais que j’aurais du m’y arrêter mais prise par le temps ne l’ai pas fait… Maintenant je ne passerai plus à côté quand l’occasion se présentera quitte à la provoquer! Je suis ton travail depuis un certain temps et j’aime beaucoup cet univers que dégagent tes images… Et pour cette promenade génoise le noir et blanc est superbe!
  3. Magnifique cette promenade! Mes racines du Sud se réveillent et sont enchantées! Belles ambiances, ça donne très très envie de venir pour aller voir tout ça!!! J’adore la photo avec le chien blanc au premier plan: il a une expression terrible! Merci pour la balade, vraiment.
  4. Magnifiques ! Bien vu, enfin moi je les vois comme toi ces caruggi…meme atmosphère, meme lumière…c’est très réussi, tu as bien mis en valeur l’ame de ces ruelles…Avanti pour ton projet !
  5. Toujours cette recherche et cette originalité qui sont ta signature. J’aime tout particulièrement celle avec le chien, celle avec l’enfant au pied de l’arche, et l’homme à l’imper flou, et celle avec le bonjour. Mais en fait j’aime l’ensemble, j’aime te suivre dans ces ruelles pleine de charme, sous ton regard.
  6. ralala! ton billet me vient m’avertir qu’il est temps que mes photos de ce WE ont assez reposé! Merci encore ce workshop était vraiment formidable, même avec la pluie.
    Cette série évoque bien ce que j’ai ressenti: une ville en mouvement et chargée d’histoire et d’histoires….
  7. Bonjour Laurence.
    Bon, je reviens. Je suis déjà passé dans ces ruelles hier, passé et repassé. Et je n’ai pas mis de commentaires. Je me demandais simplement s’il t’arrive de faire des choses banales, parfois?
    Suis sous le charme de ces photos, de ta façon de voir et de montrer.
    Merci pour cette visite.
    ps, La femme au ristretto, je crois bien que j’aurai plaisir à lui tenir compagnie.
  8. Bonjour Laurence, c’est rigolo, car tes photos me font penser au vieux centre historique de la ville où j’habite (sauf que moi je suis à la périphérie). Les immeubles sont toutefois moins haut. J’avoue ne pas trop aimer la ville, ça m’oppresse et ces photos expriment bien mon ressenti. Toutefois, je comprends qu’on puisse aimer cette ambiance, notamment ces petites rues qui fourmillent d’artisans en tout genre, les extrêmes qui se côtoient, ça donne quelque chose d’assez particulier.
  9. Bonjour à vous !

    Et bien écoutez, je suis ravie que cette petite ballade trouve cet écho chez vous ! Qui sait, si vous décidez de venir faire un petit tour par ici, ne manquez pas de me contacter !!

    Je suis assez interpellée sur le fait que vous les trouviez originales. Merci, merci, vous me faites très plaisir, mais j’aimerais bien savoir ou comprendre en quoi elles sont atypiques ? A cause du noir et blanc ? Parce qu’elles sont éloignées de l’habituelle photo carte postale ? Parce que je ne cherche pas à mettre en valeur Genova avec des couleurs vives ? En fait, j’avoue ne pas très bien saisir ce que vous avez voulu dire 😉

    Cath : eh oui ! 15 jours déjà 🙂

    Chri : ce sont des photos somme toute très simples, mais je crois que c’est leur organisation (u plutôt non organisation !) qui te donne cette impression que c’est comme ça que le monde va 🙂

    Muriel : c’est normal, il y a à peine 200 km qui séparent ces 2 villes ! Par contre, la vieille ville de Genova est vraiment, vraiment plus grande que Menton et à moins d’être un très bon marcheur, il est impossible d’en faire le tour en une journée (sauf à passer rapidement dans les « grands axes » si on peut appeler certaines ruelles comme ça).

    Plume et zoom je ne sais pas où tu habites ? Je suis curieuse du coup 😉 C’est sûr, si tu n’aimes pas la ville, Genova te sera probablement insupportable car précisément à cause de la hauteur des immeubles on a cette impression d’être très très petit. A l’inverse, comme ces ruelles ne sont que piétonnes (forcément !), Genova n’est pas stressante comme une ville classique au niveau du son. Ici, les gens marchent (il n’y a pas de vélos quasiment, la ville étant en plus perchée sur des montagnes, et il faut un mollet de fer si on veut y déambuler en vélo !), et on les entend s’interpeller, rire, chanter ! car les italiens, c’est bien connu, sont exubérants 🙂

    Dominique : ah ! quand même quelqu’un qui est sensible à cette très belle femme au ristretto. je me disais que j’avais dû louper ma photo et que j’étais « aveuglée » par le moment de la prise de vue 🙂

    Merci encore une fois de tout coeur à tous pour votre passage et d’avoir pris le temps de laisser vos impressions !!

  10. Honte à moi !!!
    Dans ma réponse précédente à vos commentaires, j’ai oublié de vous souhaiter la bienvenue à toi Alessandro, à toi 1idée et à toi Sandrine !! Je suis absolument confuse …

    BIENVENUE à vous !!!!!!!

  11. Superbe série en N&B Laurence! Mes préférées vont à celle du chien, de l’enfant en coin du mur et du « bonjour » (elles m’ont faites sourire). Beau travail encore une fois, merci pour ces belles images!
  12. Bonjour,
    Ces photos sont très plaisantes. J’aime les cadrages, des compositions spontanées (mais pas hasardeuses !) et le choix du noir et blanc. J’apprécie la photo de rue et beaucoup de scènes me plaisent donc beaucoup (notamment carrugi8 !).
    Je viens de tomber sur le blog via l’article sur la faible lumière que je viens de lire. Ton projet de retourner là bas avec un Holga me paraît être une très bonne idée ! En effet, je suis un peu surpris par la présence du bruit un peu désagréable sur un certain nombre des photos de cette série. Une bonne pellicule et ça ne sera qu’un lointain souvenir à mon avis ! 🙂
    Bravo pour la série et le blog.

    Rémy

  13. Bonjour Céline, Shooter et Rémy G. !

    Tout d’abord, bienvenue à toi Rémy et merci pour tes compliments et tes encouragements ! Il est vrai que le bruit est très présent sur certaines photos, mais une fois imprimé il diffuse une sorte de voile qui au final adoucit bien la photo. Ceci dit, il est tout à fait vrai qu’il vaut mieux ne pas les regarder de trop près !

    Merci à vous Céline et Shooter !!

  14. Ah ça c’est bien la méditerranée avec ses rues étroites, ses extérieurs intérieurs et aussi l’inverse… une série très réussie !
    Juste dommage qu’il y ait autant d’images sur un même post, on aimerait en commenter certaines en particulier…
    1. C’est effectivement assez typique de la Méditerranée mais Genova est assez particulière malgré tout.
      Oui, c’est vrai qu’il y a beaucoup de photo mais je ne pense pas que ça soit rédhibitoire pour en commenter seulement certaines en particulier. Peut-être devrais-je les numéroter à l’avenir pour ce type de post. Pourquoi pas 🙂

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