CITATION#7

Que peut-on contempler d’autre que l’énigme ?

– Giorgio De Chirico

Mystere (1)

J’ai retrouvé cette citation lue il y a quelques temps de De Chirico suite à mon article « Clin d’oeil bis » où vous avez, pour la plupart, préféré les photos de paysage où l’on ne voit rien. Ce paradoxe, car c’en est un, m’a beaucoup interpellé.

Merci à vous de contribuer ainsi à élargir et à enrichir ma réflexion sur la photographie (et sur l’art en général d’ailleurs) ! J’espère de tout coeur que c’est réciproque !

  1. Tu dis:
    « vous avez, pour la plupart, préféré les photos de paysage où l’on ne voit rien. Ce paradoxe, car c’en est un, m’a beaucoup interpellé. »

    J’ai envie de relier cette phrase à un commentaire que tu as déposé sur mon blog
    « Ce n’est pas une atmosphère qu’on traduit en photographie, mais sa propre émotion, son propre ressenti face à une situation. Et c’est cela qu’il est difficile de communiquer 🙂 »

    Mon questionnement est le suivant: le photographe qui poste sur internet surtout est confronté à un problème important. Pourvoir connaître avec précision le ressenti du spectateur. Dans la vraie vie, avec un contact direct il y a plein de signes qui peuvent parler du ressenti de l’autre. Sur internet , rien à part des commentaires. C’est ce qui rend difficile la communication.

    Je lis souvent les commentaires de tes visiteurs (ce serait d’ailleurs plutôt « visiteuses » tant les femmes sont en « surnombre ») et je me pose la question de savoir ce que l’on peut en retirer réellement. (ça vaut aussi pour mon blog, à un autre niveau..)

    Quelle est la part de vrai dans ces commentaires.
    Est-ce par gout qu’une majorité des commentaires ont préféré les photos de paysages où on ne voit rien?

    1. Bonjour Dominique,

      Haha, la fameuse question de savoir si les commentaires déposés sur un blog sont sincères !
      Bien entendu, je n’en sais rien, mais ma position est de partir du principe que oui dans la majorité des cas.

      Je mets à part les commentaires dont les auteurs viennent uniquement pour avoir « un retour de bâton », à savoir que le commentaire est juste là pour « attirer » de nouvelles visites sur son propre site. Mais je crois qu’ils sont rares au final (en tout cas ici, j’ai l’impression). Il y a aussi les commentaires de gens pressés mais qui veulent malgré montrer qu’ils ont vu et lu. Ca arrive à tout le monde (y compris moi-même !) et je suis toujours reconnaissante de ce petit geste. Car c’est vrai, on le sait tous, que cet internet peut être ingrat à certains moments, on se donne beaucoup de peine pour rédiger et s’il n’y a pas de réactions, on se sent quand même frustrés.

      Pour le reste, la grande majorité, pourquoi est-ce que je devrais douter de leur sincérité ? Rien n’oblige personne à déposer un commentaire me semble-t-il ! Ce que je remarque, c’est que ceux-ci sont toujours d’une grande qualité et qu’on sent une vraie réflexion derrière. Après, bien sûr, tout le monde a sa manière de s’exprimer et de rédiger, plus ou moins longue, plus ou moins détaillée, plus ou moins « stylée », mais qu’importe ! Ce que je remarque, c’est qu’il y a du fond. Il est vrai aussi que j’essaye de pousser à cela, en essayant d’apporter à mon tour dans mes réponses un complément, une nuance, une objection … Bref, mon grain de sel 😉
      C’est d’ailleurs pour cela que je me fais une obligation de répondre à tout le monde. Pour moi, ce blog est un espace d’échanges et n’est pas qu’une vitrine (sinon j’aurais un site – que j’ai d’ailleurs et je n’en fais pas assez de publicité ici alors j’en profite : http://www.laurencechellali.com ;)- et où il n’y a pas d’espace de commentaires). Par ailleurs, je ne suis pas une diva qui « déposerai ses oeuvres » en attendant qu’on la complimente ! Et c’est pour cela que j’ai fini par trouver ce plugin chez wordpress qui informe par mail que j’ai répondu (Comment Email Reply pour ceux que ça intéresserait) car pour moi il est essentiel que la personne qui a pris la peine de se poser ici soit informée que j’en ai tenu compte – ou un autre d’ailleurs car le commentateur reçoit une notification mail s’il y a eu une réponse de qui que ce soit. C’est délicat car il ne s’agit pas non plus d’être invasif mais de trouver une sorte de juste milieu ! J’espère que c’est le cas 🙂

      Enfin, je ne comprend pas trop ta question de « est-ce par goût » que les visiteurs ont préféré les photos de « non-paysages ». Qu’est-ce que tu entends par goût ? Spontanément, je te dirais bien sûr ! Ils ont été plus sensibles à cette ouverture vers l’imaginaire. Mais je ne suis pas sûre que c’est ce que tu voulais demander. Tu pourrais préciser ta pensée ?

  2. Bonjour Laurence,
    cette citation me renvoie à une autre citation de Baudelaire que j’aime beaucoup :
    « J’aime passionnément le mystère, parce que j’ai toujours l’espoir de le débrouiller. »
    Parfois les choses sont belles par ce qu’elles évoquent. La part du mystère ou l’énigme peuvent largement embellir du fait qu’elles suscitent une émotion , un trouble. C’est le cas de cette photo d’ailleurs 😉
    1. Bonjour Isa,
      Cette citation est effectivement très belle et vient merveilleusement bien compléter celle de De Chirico. Cela signifie que face au mystère on opère une construction (ou re-construction) mentale et/ou émotionnelle.
      En ce qui concerne la photographie, elle n’en devient donc que plus riche. Je suis ravie de ce que tu dis, car je crois que c’est exactement cela que je recherche et que j’ai un peu de mal à formaliser en paroles claires : essayer de faire en sorte que le « regardeur » devienne acteur de la photographie.
      Merci Isa de ton apport !
  3. Et moi j’aimerais te remercier d’enrichir mes/nos horizons photographiques. Tes photos ne ressemblent à aucune autre, elles interpellent, questionnent, nous révèlent une réalité ou plutôt une interprétation de celle-ci différente, et surtout nous montrent que l’on peut faire de la photo « autrement ». Bec mon artiste préférée:-)
    1. Ohhhhh, tu es trop trop trop gentille ma très chère cop’s !! Tu me touches beaucoup, sincèrement ! Je ne sais pas si mon regard est si unique que ça, mais en tout cas, j’essaye, il est vrai, d’aller puiser au plus profond de moi ce qui me me touche, m’interpelle, m’émeut. C’est un peu comme d’essayer de penser par soi-même et de faire tomber un à un les « préjugés » dont on est imprégnés. Sauf que ça se fait avec des photographies 🙂 … et que ce n’est quand même pas fastoche !
      Merci d’être là avec ces si merveilleux encouragements !
  4. Bonjour Laurence,
    J’ai l’impression, qu’en général, à travers la lecture d’une photo, on va en premier, essayer de déceler l’intention du photographe, mais on va également ressentir le besoin de projeter nos préoccupations personnelles, et peut-être même se libérer de nos émotions. Ceci étant valable pour toutes les formes d’art.
    Par exemple, ton image m’évoque le temps qui passe à travers ce visage (qui semble être celui d’un jeune enfant) dont les traits s’effacent … Départ, séparation ? Le cadre qui délimite la photo s’estompe également (c’est d’ailleurs joliment réalisé, comme s’il avait été fait au fusain et à l’estompe).
    Merci Laurence de nous donner à réfléchir sur le sens des images lorsqu’elles peuvent parfois paraître un peu « surréalistes » mais tellement suggestives qu’elles ont la faculté de nous plonger dans un réalité beaucoup plus profonde 🙂
    1. Bonjour Marie !

      Ta réflexion est exactement à la base de celle que j’ai entamée avec cette série de l’idéaliste contrarié (c’est par ici si ça t’intéresse de la voir : http://www.photofolle.net/mon-idealiste-contrarie-prend-du-grade-2/) et dans laquelle j’ai essayé de jouer sur ce que les surréalistes appellent « la puissance subversive de l’image ».
      Et j’aime particulièrement que cette réflexion s’articule grâce au médium photographique car il met très clairement en évidence notre subjectivité face au réel.
      Dans le cas de cette photo ci-dessus, elle ne peut en effet avoir de sens que celui que le regardeur va lui donner. Je crois qu’ici l’intention du « créateur » s’efface et passe en second plan, d’autant que je ne lui ai pas donné de titre et que j’ai renforcé le mystère en y ajoutant cette citation sur l’énigme.
      Que dire si ce n’est bravo pour ta perspicacité 😉

  5. C’est une réflexion passionnante: la photo d’un objet absent. Et c’est cette absence même qui donne toute sa puissance d’évocation à cette série de photos. Et si tout s’arrêtait là? Dans ce blanc au-delà duquel il n’y a peut-être rien… Dans les cultures orientales, le blanc est la couleur de la mort. Tes photos me rappellent à leur manière les anciennes cartes de navigation, où l’inconnu était signalé comme le néant ou la fin du monde. Aujourd’hui les cartes sont complètes ou peu s’en faut et l’imaginaire est la seule destination que nous n’abordions pas en touristes. Merci de nous entraîner dans ton monde, dans ta manière de questionner sans fin les objets jusqu’à les rendre complètement étranges.
  6. Bonjour Sophie A !
    Le thème de l’absence est en effet récurrent en art et ce paradoxe a fait couler beaucoup d’encre !
    Je retiens ta remarque à propos du blanc dans les cultures orientales. Il est vrai que le blanc, la couleur très claire et unie évoque d’avantage l’absence que le noir, peut-être parce que lorsqu’il fait clair on est supposé y voir quelque chose, alors que dans le noir il est acquis qu’on n’y voit rien …Dans le blanc, l’absence n’en est donc que plus cruelle.
    Merci à toi de m’avoir ouvert une nouvelle voie de navigation dans mes méandres artistiques, en plus d’une si belle manière ! Tout ceci est absolument passionnant !
  7. 🙂 C’est passionnant et c’est contagieux! Voilà une heure que je sonde ma mémoire et ma bibliothèque pour retrouver les auteurs qui m’ont marquée dans leur utilisation du blanc comme valeur négative absolue. Il y a des textes de Beckett hallucinants sur la dissolution de l’individu, de la mémoire et du corps dans la blancheur (dans « Têtes-mortes » par exemple, ou « Pour finir encore »). Et aussi « Moby Dick » où la force brute alliée à la blancheur suscite une terreur métaphysique. Et puis je me souviens que l’histoire de l’art aussi est pleine de blancs angoissants… Dans notre culture non plus le blanc n’est pas si pur qu’il en a l’air. Voilà qui donne des idées, je trouve! 🙂
    1. Et bien super !! L’inspiration arrive par des chemins qui ne sont pas toujours directs, et c’est cela qui rend aussi les choses si variées 🙂
  8. Que peut-on contempler d’autre que l’énigme ?
    C’est défaire les nœuds qui nous fascine, il y a ceux du cadeau de la vie que l’on défait chaque matin au réveil.
    Et il y a ceux de l’inconnu, de l’insu, qui nous interpellent, un peu comme le regard adressé à soi dans le miroir croisé au hasard. L’énigme laisse la place à la pénombre, à l’imaginaire, laisse de la place tout court ce qui est un luxe dans la vie contemporaine où » le faire » est notre despote.
    Bonjour Laurence.
    1. Bonjour Nathanaël,

      Ah quel bonheur de te retrouver après tout ce temps. Sois le bienvenu !
      C’est exactement ça : l’énigme laisse la place tout court, elle nous offre un espace de liberté. Et il me semble qu’elle est « bien ficelée » lorsque cet espace est malgré tout dirigé (encadré/ soutenu), sinon le risque est grand qu’elle soit décourageante, voire effrayante, ne penses-tu pas ?

      1. Je ne pense pas. Si l’espace de liberté est dirigé, il n’est pas de liberté…
        C’est juste qu’il nous faut , outre accepter que la place soit vacante, vide, non pleine, absente, « échappante « , il nous faut accepter de surcroit une forme de non-savoir, c’est cela qui nous effraie, me semble-t-il.
        Laisser la place, laisser-faire, laisser-être c’est si difficile. Surtout pour nous, toujours occupés à se distraire par tous les moyens possibles ( y compris le travail ) , d’ailleurs on perd sa vie par distraction. aprés on fait bien ce que l’on veut n’est-ce-pas, quoique que ce soit un sujet discutable … Bon je retourne me servir un verre de vin, c’est tellement plus …
        Sourire Laurence.
        1. Je me suis peut-être mal exprimée, ou tout du moins j’étais dans mon « univers » lorsque je t’ai répondu. En fait, je replaçais cette citation dans le cadre d’une oeuvre d’art (c’est quand même De Chirico …) et je suis convaincue qu’il ne faut pas laisser un spectateur devant un mystère trop grand. Et ceci est valable pour toutes les formes d’art. Il me semble qu’il faut quand même que l’auteur donne une direction, qu’il donne des indices sinon son oeuvre devient incompréhensible. C’est l’impression que j’ai lorsque je vois de l’Art Contemporain : combien de fois je me retrouve trop seule face à « quelque chose » où je n’ai pas le moindre indice pour pouvoir construire mon émotion.

          Sinon, dans l’absolu, bien sûr, je suis entièrement d’accord avec toi sur cette notion d’espace de liberté. Et si tu le veux bien, je t’accompagnerais bien volontiers pour un verre de vin. je suis d’accord, c’est tellement plus …

          1. C’est moi qui suis sorti du cadre, et tu as raison… Pour le verre de vin… Je suis passé plusieurs fois prés de chez toi en allant rouler sur les circuits de Misano et Mugello … La prochaine fois nous trinquons ! Baci Laurence.

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