Si vous avez suivi nos aventures des deux derniers posts au sujet du mariage de nos amoureux constantinois, vous comprendrez que le sujet de notre bref séjour cette fois-ci n'était pas le tourisme !
Nous avons pu néanmoins nous échapper une petite heure avec Ryad(pause café comprise !) afin de faire un tour dans la vieille ville de Constantine, car j'avais quand même très envie de vous faire visiter cette cité millénaire.
Comme vous le verrez, elle a totalement perdu ses fastes et elle est complètement en voie d'écroulement. Malheureusement, rien n'est fait pour la conserver et j'ai bien peur que d'ici quelques années cette partie de la ville aura complètement disparu, au profit de barres à la soviétique dans la périphérie constantinoise. La faute à quoi, à qui, c'est vraiment difficile de le déterminer. J'ai quelques pistes, mais elles ne suffisent pas à expliquer cet abandon du passé.
L'une d'entre elle serait l'exode rural massif il y a 15-20 ans, lors de la guerre civile qui a laissé un profond traumatisme. Une autre serait la corruption et le détournement de fonds organisé quasi comme un état de fait. Une autre encore serait ce que le sociologue Pierre Bourdieu appelle l'a-culturation ou la dé-culturation de la société algérienne qui a eu lieu pendant les 150 ans de colonisation.
Je crois pour ma part aussi que globalement le peuple algérien n'est pas un peuple de bâtisseurs. A l'origine, c'est un peuple de nomades, et qui, contrairement au Maroc par exemple, n'a pas eu de royauté pour laisser des traces de palais impériaux, de châteaux forts, etc … Ainsi, le touriste à la recherche de sensations architecturales sera déçu par les monuments quasi inexistants. A l'inverse, il sera bouleversé par les paysages grandioses et cette sensation d'immensité (l'Algérie fait 5 fois la France). Et par dessus tout, par les gens. J'aime à dire que voyager en Algérie, c'est faire avant tout des rencontres. En effet, hormis dans le grand sud où il y a des nombreuses agences de voyages organisés genre trekking dans le désert, dans le reste du pays, ll n'y a rien d'organisé et l'hôtellerie est quasi inexistante (tout du moins dans les standards internationaux). Les algériens eux-mêmes ne font pas de tourisme (ou si peu que c'est anecdotique) et leurs déplacements se font surtout dans la famille. Et je crois que de ce point de vue là, l'Algérie fait partie de ces rares pays du monde qui n'est pas perverti par le tourisme. Pour ma part, voyager en Algérie est d'une exceptionnelle richesse humaine, et je pense que ceux qui nous ont déjà accompagné – je pense à vous Emeric et Marie-Laure – ne viendront pas contredire cela !
Mais je digresse, je digresse et je dois revenir à mes moutons !
Je vous propose donc ce petit diaporama en DUO , sur une musique que Caroline est allée chercher pour animer musicalement les photos. Je dois dire que Caroline a eu une intuition assez extraordinaire en choisissant de la musique Andalouse ! Cette musique datant du temps de l'invasion des arabes en Espagne est en effet très chère à la région de Constantine et je suis très fière que mes photos aient réussi à évoquer cette source historique à Caroline. C'est vraiment un très beau et bon DUO !!!
Alors comme d'habitude, cliquez sur le diaporama et laisser-vous emporter dans les ruelles de Constantine. Evidemment, la lecture en plein écran est fortement recommandée !
A la suite de ce diaporama, je vous ai mis quelques photos légendées afin de vous donner de plus amples explications si ça vous intéresse !
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La vieille ville de Constantine est nichée sur un rocher à la hauteur vertigineuse !
J'ai pris cette photo car depuis que l'Algérie a été qualifiée pour la Coupe du Monde de foot contre l'Egypte en remportant le match par 3 buts, les algériens n'en finissent pas d'afficher les drapeaux partout, de chanter "One, two, three, Viva l'Algeria !", et les affiches des joueurs de foot sont partout !
Certaines vieilles portes sont tout simplement magnifiques. Dans de nombreux immeubles, il reste également ces vieux carreaux de ciment qui valent une véritable petite fortune en France
Je ne sais pas vous, mais entrer ici pour aller consulter un avocat ou faire des affaires, il faut vraiment mettre de côté ses a priori !!
Les devantures des artisans sont des véritables joyaux de poésie. Elles vaudraient un sujet à elles seules ! Ici, c'est la "haute couture" des robes d'avocat.
Certains immeubles sont si délabrés qu'ils semblent abandonnés. Ici, pourtant, une petite fille en sort, probablement pour aller faire une course
Le raccordement ADSL ! Le plus drôle, et ce qu'on ne voit pas ici, c'est que juste en face, il y a une échoppe qui vend du fil électrique !
Cette partie de la ville est constamment en effervescence, et il faut vraiment jouer des coudes pour avancer !
Un des fléaux de l'Algérie est le chômage, des jeunes en particulier. Un mot a même été inventé : "hittiste" qui vient de mur en algérien, afin de décrire ces gens qui n'ont rien d'autre à faire que d'être appuyé contre un mur
Ici, nous somme à l'extérieur de l'ancien palais du Bay, lequel, pour notre plus grande joie, est en cours de restauration. Celle-ci va d'ailleurs bientôt être achevée. Pour l'instant, les visites sont encore interdites, mais grâce au bagou de Ryad, depuis plusieurs années nous avons la chance de pouvoir le visiter "officieusement". Je n'avais pas le droit de prendre des photos de l'intérieur, mais croyez-moi, c'est un véritable petit joyau !
A la sortie (ou à l'entrée !!) de la vieille ville, il y a la place de la brèche, vestige de l'époque coloniale. Ne se croirait-on pas à Montpeller ? Ici, avec Ryad, nous avons pu apprécier un "jus d'orange d'orange" (en algérien, tous les jus de fruit sont des jus d'orange – si tu veux un jus de pomme, tu demandes un jus d'orange de pomme !). Chose absolument incroyable, c'est que le café en terrasse est mixte ! D'habitude, les cafés mixtes sont plutôt appelés "salons de thé" et on ne voit rien de l'extérieur. J'ai eu un tel sentiment de soudaine liberté que j'en ai fumé une cigarette, chose tout à fait incroyable pour une femme à Constantine ! D'ailleurs, 2 jeunes filles qui sirotaient à côté de nous leurs jus ont pouffé en voyant ça … Bon, promis, je ne recommencerai plus, je suis généralement attentive à respecter les us et coutumes des pays que je visite, mais là, c'était trop bon, avec ce doux soleil …
J'aimerais ajouter pour finir que ce n'est pas si facile de prendre des photos, et ceci pour plein de raisons. Tout d'abord, comme je l'ai dit, l'Algérie n'est pas touristique, aussi les gens n'ont pas l'habitude de voir des énergumènes se ballader avec un appareil photo. Alors en plus quand il est gros – c'est à dire pas un un téléphone portable 🙂 – on passe immédiatement pour un professionnel, voire un journaliste. Et quand on connait l'efficacité du coup d'oeil algérien, c'est mission quasi impossible d'être discret ! Ensuite, ce coup d'oeil algérien t'identifie immédiatement comme française, et j'avoue que je n'avais pas du tout envie de passer pour une française qui revient sur les traces de son passé colonial. De ce point de vue, je n'étais pas à l'aise du tout.
D'un autre côté, si on avait eu le temps, je suis sûre que j'aurais pû faire des photos sur des endroits qu'on ne voit pas d'habitude. En effet, j'ai souvent été interpellée pour me demander ce qu'il pouvait bien avoir d'intéressant à photographier ! Se sont ensuivies évidemment des discussions avec invitation immédiate à rentrer chez les gens. Mais nous avons dû décliner car nous savions que ça signifiait café, gâteaux … Bref, notre escapade d'une heure avec Ryad aurait tourné en une journée complète ! Je suis sûre que Marie-Laure se souvient d'une anecdote comme ça, n'est-ce pas ?


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