Déclic fatal
Ou comment une photo de trop m’a fait fuir le Xinjiang
Vous voyez cette photo banale et sans intérêt ci-contre ? Et bien regardez-la car elle a du poids dans l’histoire que je vais vous raconter …

Le Xinjiang
Comme vous pouvez le constater sur la carte, le Xinjiang représente environ le 6ème de la surface de la Chine, ce qui en fait la plus grande province du pays. Et pourtant, seulement 1,5% de la population chinoise y vit. Imaginez un peu, cette province, 3 fois grande comme la France, n’est peuplée que de 22 millions d’habitants, dont la moitié sont les Ouïgours.
Elle est malheureusement devenue tristement célèbre ces dernières années à cause des « camps de détention » qu’elle abriterait. Nous y reviendrons plus loin et continuons cette brève présentation.
Quelques données géographiques notables :
- 8 pays bordent les 5 300 km de frontières du Xinjiang : la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et le Cashemire (Inde),
- Le Xinjiang abrite le second désert le plus grand de Chine : le Taklamakan et qui est aussi l’un des plus grands désert du monde,
- Mais il a aussi, à sa frontière avec le Pakistan, le second plus haut sommet du monde (le K2) à 8 611 mètres,
- À l’opposé, c’est ici qu’on trouve le point le plus bas de la Chine à – 155 mètres au dessous du niveau de la mer,
- Enfin, c’est dans le Xinjiang qu’on trouve le pôle terrestre d’inaccessibilité, c’est à dire l’endroit le plus éloigné d’un rivage du globe.
- Autant dire que cette situation entraîne un climat extrême, glacial en hiver et brûlant en été, même si à cause de l’immensité du territoire il y a bien entendu des différences du nord au sud et en fonction des régions montagneuses ou non.


Mais tout ça, c’était sans compter 2 facteurs que nous avions largement sous-estimés et l’apparition inopinée de ce fameux Coronavirus qui fait trembler la terre entière.
Mais alors, pourquoi aller dans le Xinjiang en vacances ???
Et oui, après ce que je viens de vous décrire, vous devez penser que cette région serait une des dernières où on aurait envie d’aller pour des vacances ! Mais que voulez-vous, on ne se refait pas, et dans la famille, généralement, tout ce qui est interdit nous attire 😉 Combien de fois à l’aéroport lorsque je voyais la destination d’Ürümqi, la capitale du Xinjiang, mon coeur palpitait d’envie ! Et puis pour moi, ces voyages sont toujours l’occasion de faire du repérage de terrain en vue de futurs reportages, alors vous comprendrez bien que les mystères et les secrets qui entourent cette région ne pouvaient qu’attiser ma curiosité !
Et puis, après de nombreuses recherches, il semblait que la région, malgré cette mauvaise réputation, n’était absolument pas dangereuse en termes de sécurité. Qui plus est, contrairement au Tibet où on ne peut pas aller sans avoir loué les services d’une agence de voyages, ici on peut tout à fait voyager en complète autonomie. En tout cas, sur le papier …
Ainsi, nous voilà partis pour 11 jours en voiture de location avec un trajet prévu de 2300 km et qui passera à travers les déserts et les montagnes, autant de promesses de paysages hivernaux splendides et de rencontres avec les habitants dont nous nous réjouissions à l’avance !

En effet, si le Xinjiang est sur le papier une province où on peut circuler librement, dans les faits, les déplacements sont extraordinairement compliqués. Si je ne me trompe pas dans les comptes, en l’espace de 4 jours, nous avons été contrôlés sur des barrages routiers pas moins de 17 fois !
17 fois, nous avons dû descendre de voiture, sortir nos bagages, faire enregistrer nos passeports, répondre aux quand, pourquoi, comment, où, montrer nos réservations d’hôtel, justifier de notre itinéraire, … Et bien entendu, vous imaginez bien que pour la plupart des policiers, c’était la première fois qu’ils voyaient même un passeport. Donc chaque arrêt durait entre 30 et 45 minutes !
Nous étions préparés à être contrôlés plus que de coutume, mais là, ça devenait vraiment compliqué et surtout stressant car la police, qui est la même dans le monde entier, ne peut s’empêcher de montrer qu’elle a le pouvoir, surtout les chefallions. Nous dépendions donc du bon vouloir de chacun et 2 fois nous avons eu nos passeports confisqués et avons été escortés jusque sur l’autoroute pour qu’on retourne d’où on venait.
Jusqu’au contrôle de trop où nous avons eu peur …
Nous avions enfin réussi à quitter l’autoroute et nous étions sur la nationale. Bien entendu, nous avons été stoppés par un barrage. Les policiers n’étaient que 2, il faisait un froid de canard et la neige commençait à tomber. Ils nous ont contrôlés mais cette fois-ci nous sommes restés dans la voiture et au bout d’un moment ils nous ont dit de repartir. Et là je ne sais pas ce qui m’a pris ! Peut-être que j’avais été ragaillardie par ce contrôle « soft », peut-être que le policier était pour une fois sympa, mais j’ai demandé si je pouvais prendre une photo du paysage. « Oui, oui » m’a-t-il répondu avec un chouette sourire.
Mais le temps que je mette manteau, chapeau, gants, écharpe, que je sorte de la voiture et que je prenne ma photo pourrie (cf la photo d’introduction de l’article 😉 ), un car de police est arrivé et tout est parti en vrille.
À nouveau on nous demande nos passeports, à nouveau on nous les confisque et on nous escorte dans un poste de police dans lequel, manque de chance, nous avions été stoppés la veille et c’était eux qui nous avaient obligés à faire demi-tour.
Là, on nous fait pénétrer dans une pièce à part du quartier général et on nous prévient qu’il s’agit d’une salle d’interrogatoire. D’autres cars de police arrivent ainsi qu’une voiture banalisée toute noire, probablement celle d’un officiel.
Tout ce petit monde discute vivement et semble énervé. Ils nous montrent du doigt et font des grands gestes comme s’ils voulaient comprendre comment on a pu se retrouver sur cette route alors qu’ils nous en avaient interdit l’accès la veille. Il faut dire, je l’avoue, qu’elle traverse des champs de pétrole à perte de vue et on était d’ailleurs étonnés nous mêmes qu’on puisse s’y retrouver librement. Mais c’est vraiment en toute innocence qu’on l’avait prise, nous n’avions fait que suivre le GPS et les 2 ou 3 contrôles que nous avions subis dessus ne nous avaient pas empêchés de continuer.



Bref, la situation, quoi qu’il en soit n’était pas bonne, les chefs, les sous-chefs, les sous-sous-chefs étaient énervés, leurs sbires se faisaient engueuler et nous on sentait qu’on allait payer les pots cassés. Et quand on sait qu’on a à faire avec la police du Xinjiang, on peut, malheureusement, s’attendre à tout !
Alors sur nos petits fauteuils de salle d’interrogatoire on s’est dit qu’on allait arrêter là les frais et on leur a signifié qu’on partait du Xinjiang. Devant leurs yeux on a annulé toutes nos réservations d’hôtel et on a changé notre billet d’avion. Retour au bercail !
Sauf que c’était sans compter qu’on ne peut pas mettre d’essence en tant qu’étranger !
Et oui, imaginez un peu des stations essence barricadées avec des hauts murs d’enceinte, une entrée surveillée par 2 vigiles qui doivent déplacer de lourdes barrières et qui ne vous laissent entrer qu’une fois qu’a été validée la correspondance entre votre carte d’Identité et la reconnaissance faciale. Sauf qu’un étranger, il n’a qu’un passeport et le système ne marche donc pas. La seule solution que nous avions trouvée avait été de demander à l’hotel de faire le plein pour nous.
Heureusement, nous avions juste assez d’essence pour rentrer à Ürümqi car lorsque nous avons demandé à la police de nous aider à en remettre ils n’ont rien voulu entendre. Qu’on tombe en panne sur une autoroute qu’on nous force à prendre, ce n’est plus son problème car ça arrivera suffisamment loin du poste pour qu’elle s’en lave les mains.
Lorsque nous sommes arrivés le soir à l’hôtel, la jauge indiquait 5 km de carburant restant. Autant vous dire que les derniers kilomètres nous avaient semblé très longs, et lorsque nous avons garé la voiture, on s’est jurés d’appeler l’agence de location de voiture et qu’elle se débrouille avec leur voiture sans essence 😉 !
La ville de Karamay
Karamay, dont le nom signifie « Huile noire en Ouïgour, est la seule étape que nous ayons réussi à faire. C’est une ville nouvelle créée de toutes pièces lorsqu’en 1950 un berger aurait découvert du pétrole sortant tout seul d’un puit naturel. Le bassin pétrolifère dans lequel elle est située couvre à lui seul 14% de la consommation de pétrole en Chine.














Bien sûr, nous aurions dû d’avantage nous préparer à cette situation, mais sincèrement, nous ne nous attendions pas à un tel degré de surveillance. Nous voyageons beaucoup en Chine, des coins les plus peuplés aux plus reculés, et à part une exception dans le Qinghaï à cause de la proximité du Tibet, jamais nous n’avons rencontré de problèmes de police, de barrages, de surveillance. Pour moi, le Xinjiang est tout simplement une autre Chine !
Il est vrai que cette période est aussi particulière avec ce virus qui bouleverse tout en Chine, et je veux bien croire que les autorités sont sur les dents. Mais il n’empêche que virus ou pas virus, les barrages routiers tous les 30 km sont là, les vigiles à chaque station d’essence, de bus, à chaque entrée de supermarché, … sont là aussi.
Est-ce à dire que je ne retournerai pas dans le Xinjiang ? Rien n’est moins sûr ! Tout d’abord, ma curiosité n’a pas été rassasiée, loin, très, très, très loin de là ! J’ai au contraire plus que jamais envie de découvrir cette région et ses habitants. Mais c’est sûr que si j’y retourne, ça ne sera certainement dans les mêmes conditions et il s’agira d’un voyage extrêmement préparé à l’avance et surtout, avec quelqu’un qui connait très bien le Xinjiang. Je sais qu’il faudra que je fasse avec les autorités mais ça ne me fait pas peur car je sais désormais à quoi m’attendre.
Et puis quoi, je reviens avec à peine une centaine de photos, même pas de quoi faire une petite série. Ce n’est pas possible !!
À bon entendeur, Xinjiang, tu me reverras !!!!!!! 😉 😉
Note à propos de ce fameux Coronavirus 2019-nCoV
Nous sommes donc rentrés à Nanjing depuis le 30 janvier 2020. Je tiens à vous rassurer qu’ici tout va bien et que Nanjing, à l’heure actuelle n’est que peu touchée par ce virus. Bien entendu, la vie quotidienne est très affectée car tout est fermé hormis les magasins de première nécessité. Les entreprises sont elles aussi fermées et personne n’a le droit d’aller travailler. Les écoles et universités, fermées pour les vacances, ne rouvriront pas avant le 17 février mais on s’attend à tout moment que ce délai soit étendu. Cependant, les transports fonctionnent même s’il est fortement recommandé de ne pas sortir de chez soi à condition évidemment, de porter un masque !
À part ça, tout va bien Madame la Marquise 😉




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