Ca fait longtemps que j’avais envie de découvrir le Tibet et surtout la culture Tibétaine. Habitant en Chine, vous me direz que ce n’est pas très difficile d’y aller. C’est vrai. Sauf que pour aller dans cette immense région qui s’appelle très exactement et officiellement « Région Autonome du Tibet », les étrangers doivent obligatoirement obtenir un permis spécial (Permit Tibet) et surtout réserver un « tour » avec une agence de voyage. En dehors de cela, impossible de se déplacer par ses propres moyens et surtout en toute liberté. Et moi, les voyages organisés ce n’est franchement pas ma tasse de thé, surtout dans une région archi touristique où je vois gros comme une maison qu’on va me trimballer de lieux convenus en lieux convenus. Et en plus pour très cher (le Tibet est une des destinations de vacances les plus chères de Chine).

Mais j’avais aussi entendu dire que le Tibet ne se limite pas au Tibet administratif et que bien au contraire, pour découvrir la vraie culture Tibétaine, celle qui n’a pas été dévoyée par le tourisme, il faut aller dans le Sichuan ou dans le Qinghai. Je suis déjà allée dans le nord du Qinghai (Frimas lacustres, Rafraîchissant !, Grosse frustration) et j’en avais le souvenir d’un mélange de cultures Tibétaines, Mongoles, Hui (musulmans) et bien sûr Han (ethnie chinoise) pour ne citer que les principales car en fait le Qinghai compte 37 groupes ethniques officiellement reconnus ! Mais entre le nord et le sud, il y a quelques milliers de kilomètres, d’immenses no man’s land et je me suis dit que ça pouvait être vrai. Quant au Sichuan (le pays du Panda) je n’y étais jamais allée, j’avais donc tout à découvrir !

C’est pourquoi, armée de mon google maps, de mon bloc note, de recherches sur internet et de plein de curiosité, je nous ai concocté un itinéraire à cheval entre le Sichuan et le Qinghai, en évitant bien soigneusement la Région Autonome du Tibet et ses cohortes de touristes.

2600 km en 12 jours pour une petite boucle !

Comme toujours dans mes articles consacrés aux voyages, j’aime commencer par vous montrer une carte, histoire de situer les lieux de l’action 😉 Ci-dessus, j’ai donc surligné avec un trait rouge les 3 provinces dont nous parlons et en pointillé bleu notre itinéraire. Et aujourd’hui, je vais donc vous montrer une sélection de photos prises le long de ce circuit.

Comme vous le voyez, notre point de départ a été Chengdu, la capitale du Sichuan, mais aussi et surtout la capitale du Panda ! Mais nous n’y sommes pas restés du tout car période Covid oblige, la ville comptait quelques zones rouges (c’est à dire avec des cas) et on ne voulait pour rien au monde risquer de se retrouver coincés. Donc pour la visite de la ville, ca sera une prochaine fois 😉 Aussi dès la voiture louée, nous avons filé droit vers l’ouest !

Mais avant de commencer notre voyage, j’aimerais revenir quelques instants sur cette histoire de découverte de la culture Tibétaine sans mettre les pieds au Tibet.

Qui sont les Tibétains ?

Les Tibétains sont probablement d’origine Mongole et vivent en fait principalement sur le plateau du Tibet. Qui est vaste, très très vaste et bien plus grand que le Tibet administratif. Par ailleurs, les Tibétains sont loin d’être une ethnie unifiée et ils se divisent en 3 principaux groupes : les U-Tsang, les Amdo et les Kham.

Pour compliquer le tout, à l’intérieur même de ces 3 groupes, il y a un nombre incalculable de sous-groupes qui se différencient par leurs us et coutumes, ceux des vallées et des hauts plateaux, les sédentaires, les nomades, les semi-nomades. Et entre eux, ils ne se comprennent pas car ils utilisent des dialectes différents et même des écritures différentes !

*Carte trouvée sur Google

Tout ça pour dire qu’en réalité la population Tibétaine, d’un point de vue ethnique et linguistique, ne se résume pas à ce qu’on appelle le Tibet. Ce dernier abrite en fait moins de la moitié des Tibétains. Le gouvernement central chinois reconnait cette étendue ethnique car ces 3 régions (grandes comme environ 4 fois la France) sont divisées en 11 « Préfectures Autonomes Tibétaines ». Généralement, cela signifie que les gens à la tête du gouvernement local et dans les administrations doivent, par la loi, être issus de la minorité ethnique (ce qui n’exclue pas bien entendu qu’ils appartiennent au Parti Communiste 😉 ), l’enseignement doit se faire dans les 2 langues (tibétain officiel et mandarin) et un certain nombre de lois sont adaptées selon les us et coutumes locaux (à condition bien entendu qu’elles ne viennent pas en contradiction avec la constitution chinoise).

Cette division du Tibet en une région autonome (Tibet Autonomous Region) et 11 préfectures autonomes elles-mêmes à l’intérieur de plusieurs Provinces est finalement si compliquée que les observateurs étrangers, les médias et moi-même il faut bien le dire, avons tendance à considérer que seule la région autonome du Tibet réfère au « Tibet » à proprement parler, tandis que le reste du Tibet correspondrait à la Chine ethnique. Ce qui en fait est une erreur absolue.

Heureusement, sur le terrain, les choses sont plus simples que sur le papier ! En effet, quiconque se retrouve dans ces préfectures autonomes tibétaines sait qu’il n’est plus sur le territoire traditionnel de la Chine ethnique, ou Han, mais bien sur celui du Tibet. Je confirme à 1000% ce qu’on m’avait dit. Sans avoir quitté la Chine ni avoir mis les pieds au Tibet, j’ai fait une vraie plongée au coeur de la culture Tibétaine. Outre l’altitude et le paysage des hauts plateaux, l’architecture, les traits physiques de la population, leurs vêtements, leur nourriture, la présence massive de moines et de monastères m’ont rappelé que ces terres sont bien tibétaines et non chinoises (Hans).

Aussi, si j’ai bien une recommandation à faire pour ceux qui veulent découvrir cette culture, c’est finalement bien plus intéressant de le faire en dehors du « Tibet » aujourd’hui car non seulement on peut y voyager en toute liberté et sans aucune restriction, mais en plus y on rencontre des gens « épargnés » par le tourisme de masse, ce qui change tout !

À l’assaut du plateau du Tibet

Voilà, les bonnes bases étant posées, on peut commencer à parler de ce voyage 🙂

Préparer un tel road trip n’est pas chose facile, non pas parce qu’on est en Chine (avec les outils actuels internet, ce n’est pas si compliqué), mais parce qu’on a à faire avec un territoire immense, extrêmement dépeuplé et une altitude moyenne de 4000 mètres au dessus de la mer. Ce qui signifie très peu de structures d’accueil, peu de routes (en plus ce sont des routes de montagne) et l’improvisation n’est pas vraiment possible ni surtout recommandée. Pour vous donner une idée, voici une photo (toute pourrie faite avec mon téléphone ;)) d’un panneau d’indication de la distance des prochaines « villes ». C’est dire s’il faut bien calculer ses étapes !

La seconde difficulté est l’adaptation à l’altitude qui n’est pas à prendre à la légère. Ce n’est quand même pas le moment de se faire un oedème pulmonaire ou cérébral. Nanjing doit être à 50cm au dessus du niveau de la mer (j’exagère mais à peine !), Chengdu à environs 500 mètres. Et tout le reste, ça monte vite, très vite ! Aussi, nous avions prévu de rester 3 jours dans une zone intermédiaire située entre 2000 et 3000 mètres.

Et là, nous avons découvert un paysage 100% alpin ! Des montagnes recouvertes de forêts de pins, des vallées avec des rivières parfois impétueuses parfois calmes, des lacs, des fleurs, des insectes, des marmottes, … Et sincèrement, s’il n’y avait pas eu l’architecture des maisons, les drapeaux de prière tibétains dispersés partout et les monastères en veux-tu en voilà, j’aurais pu me croire dans les Alpes.

Enfin, pas tout à fait quand même… La première photo que je vous montre-ci dessous laisse découvrir le mont Siguniangshan qui s’élève à 6250 mètres quand même. Et il n’est pas le plus haut du Sichuan, c’est vous dire 😉 Je vous laisse vous faire une idée par vous même avec les photos ci-dessous 🙂

Mais comme je vous le dis plus haut, on pourrait être dans les Alpes ou au Canada s’il n’y avait pas tous ces drapeaux de prière Tibétains. Ils sont partout ! On les appelle aussi les « chevaux de souffle » et on les accroche là où il y a du vent. Ainsi, ils aident à transporter les prières jusqu’aux divinités mais touchent aussi de leurs grâces tous ceux qu’elles traversent. C’est joli non ? 🙂

Il y a toujours 5 couleurs :

  • bleu : l’espace (la voûte céleste),
  • blanc : l’air (ou le vent, les nuages),
  • rouge : le feu,
  • vert : l’eau,
  • jaune (ou orange) : la terre.

Souvent les Tibétains lancent des papiers de prières vers le ciel pour augmenter la puissance des drapeaux. C’est pourquoi on trouve toujours d’innombrables petits papiers au pied des mats.

Des cols, encore des cols et tout à coup …

… Le plateau du Tibet !

Non, en fait ce n’est pas vrai 😉 Je dois avouer que je n’ai aucune idée de quand nous l’avons atteint. Est-ce que c’est quand les montagnes se sont élargies peu à peu, quand les arbres se sont faits beaucoup plus rares à cause de l’altitude nous laissant face à des paysages de prairies ?

En fait il n’y a pas eu de « tout à coup » parce quand on pense qu’on est arrivé en haut il y a encore plus haut juste derrière 😉 Mais à un moment, notre altimètre n’est plus descendu en dessous de 4000 mètres. Et c’est là qu’on s’est dit qu’on devait être sur le plateau.

Il y avait aussi comme une sensation d’espace assez unique, un air particulier, un ciel qu’on avait l’impression de pouvoir toucher et même les fonds de vallée ne semblaient plus aussi profonds. Personnellement j’adore la montagne, mais là, les paysages qui s’offraient à nous m’ont touché au delà de toute mesure.

Le parc des 3 rivières

La Chine compte un nombre de parcs naturels incalculable mais il y en a un particulièrement remarquable dans cette zone : le Sanjiangyuan, ou le parc des 3 rivières. C’est ici que prennent source le Fleuve Jaune, le Yantze et le Mékong. Le projet a débuté en 2004 et le parc couvre actuellement approximativement la surface de l’Angleterre et en 2030, une fois sa mise en place achevée, il devrait représenter l’équivalent d’environ le tiers de la France et sera presque relié au Parc de Kekexili (voir l’article Grosse Frustration à ce propos)

C’est dire si sa mise en place n’est pas une mince affaire tant la superficie est grande ! Mais nous sommes dans une zone également appelée le « 3ème pôle » et son importance pour la survie de milliards d’êtres humains est cruciale à cause des fleuves, sans parler bien évidemment de la biodiversité unique ici. Les prairies et les zones humides hébergent des espèces animales et végétales endémiques comme l’antilope et l’âne sauvage du Tibet, les ours, des léopards des neiges, des loups, …

Mais il y a également toute la problématique des populations qui vivent dans cette zone.

Certes, elle est très peu peuplée. Vraiment très peu peuplée … Il n’y a pas une seule ville, juste 3 ou 4 villages et ce sont surtout les nomades qui vivent ici l’été pour le pâturage des animaux. Mais sur une telle surface, vous pouvez vous imaginer à quel point c’est un no man’s land !

Or, qui dit mise en place d’un parc naturel, dit réduction drastique, voire interruption totale des activités humaines. Toutes les usines, toutes les activités minières et d’extraction ont d’ores et déjà été supprimées, sauf certaines stratégiques semblerait-il car bien évidemment cet endroit dispose de ressources naturelles rares 🙁

En ce qui concerne les nomades, à un certain moment le gouvernement chinois a pris des mesures pour essayer de les sédentariser, au moins partiellement. Entre autres dispositifs, il les a obligés à faire pâturer leurs troupeaux à l’intérieur de zones clôturées. Le problème c’est que cela a eu un impact négatif sur la faune sauvage qui n’a plus pu se déplacer librement à cause de ces clôtures. Le second problème est qu’il y a eu surpâturage et donc une détérioration importante du sol.

Il semblerait donc que cette année décision a été prise de supprimer un certain nombre de clôtures. Mais je n’arrive pas à trouver plus de détails à ce propos. De même, j’ai été extrêmement étonnée de ne pas voir un seul mouton ou chèvre durant tout notre périple. Est-ce qu’ils ont été interdits ? C’est possible car ces animaux, à cause de la manière dont ils broutent détériorent gravement les prairies. Car clôtures ou pas clôtures, le problème du surpâturage dans des zones aussi fragiles et menacées par le réchauffement climatique est réel. La surproduction de viande pose un problème économique aigu pour ces nomades qui ne vivent que de l’élevage. Mais comment sortir de ce cercle vicieux ?

Passer un col à cette altitude est classique dans cette zone.

Connaissez-vous le Cordyceps sinensis ?

On m’a offert une drôle de plante et ce n’est que plus tard que j’ai enfin compris de quoi il s’agit !

Au moment où on me l’a donné, on m’a dit que c’était pour lutter contre les effets de l’altitude. Mais il semblerait que ça aille bien plus loin que cela et cette « plante » est utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise depuis des millénaires pour améliorer toutes sortes de choses. Et du fait de sa rareté, elle vaut plus que de l’or ! L’année dernière, 1 kg a été vendu 140000 dollars !

Mais qu’est-ce que c’est ? En fait c’est horrible ! Il s’agit d’un champignon parasite qui colonise les chenilles lorsqu’elles sont encore sous terre. Il prend possession de leur cerveau et les oblige à remonter presqu’à la surface. Et ensuite, il pousse à partir de leur tête … Un champignon ou une chenille zombie quoi !

Ce « champignon » représente un revenu conséquent pour les Tibétains (sa vente peut doubler leurs revenus annuels !) Mais il devient de plus en plus rare à cause du surpâturage, des prélèvement excessifs et du réchauffement climatique.

Je comprends mieux maintenant pourquoi la dame les a manipulés avec autant de délicatesse lorsqu’elle me les as donnés. Elle m’a dit de les mettre dans de l’alcool et d’en boire une gorgée par jour. Je ne suis pas sûre de le faire 😉 Malheureusement 2 se sont cassés pendant le transport.

Revenons donc à notre voyage 🙂

Nous voulions aller dans ce fameux parc des 3 rivières et notamment voir la source du Fleuve Jaune. Mais nous n’avons pas pu … Nous n’avons pu que longer sa limite sur la seule route d’ailleurs de toute la zone. Mais au moment de bifurquer à l’intérieur, nous avons été arrêtés et on nous a appris que personne ne peut y pénétrer à moins d’une autorisation spéciale et les nomades. À la fois extraordinairement frustrant et compréhensible, nous avons dû rebrousser chemin. Mais nous avons quand même pu enjamber le Fleuve Jaune, encore tout jeune, tout petit en comparaison avec ce qu’il devient par la suite et … étonnement rouge !

Ceci dit la frustration n’a pas été totale car nous avons traversé des paysages sublimes quand même 🙂

Les rencontres

Un voyage n’est pas vraiment un voyage s’il n’y a pas de rencontres ! Et celui-ci fût d’une richesse incroyable !

Les Tibétains sont des gens adorables, extrêmement accueillants, souriants, avenants, curieux, gais ! Les chinois ont les mêmes qualités mais là, nous sommes encore à un cran en dessus ! Et encore une fois, avec le recul nous avons béni le ciel de ne pas être allés dans la province autonome du Tibet car d’après ce qu’on nous a rapporté, les gens locaux ont un rapport surtout mercantile avec les touristes. Ici, ce n’était absolument pas le cas, bien au contraire ! Il nous est arrivé à plusieurs reprises de ne pas pouvoir payer notre repas car l’aubergiste refusait 😉

Deux rencontres nous ont particulièrement marquées car nous avons été accueillis lors d’événements familiaux qui nous ont fait pénétrer au coeur de certaines coutumes Tibétaines. Je ne vais pas vous en parler en détail maintenant car ce post est déjà très long et je reviendrai dessus dans un autre article dédié. Mais je ne pouvais pas faire l’impasse dans ce résumé de voyage sur ces liens qui se sont tissés entre ces familles et nous !

Traditionnellement comme je le disais plus haut, les Tibétains sont majoritairement nomades. Ils ont donc l’habitude d’une vie solitaire, mais l’humain étant un animal social par excellence, ils se retrouvent régulièrement pour de grandes fêtes qui rassemblent la grande famille élargie.

La première fois, nous nous étions arrêtés par hasard sur un col où on avait vu au loin bon nombre de voitures. Nous nous sommes dits que ce devait être un point de vue intéressant 😉 Et en fait, nous avons fini la journée à apprendre à danser avec nos nouveaux amis !

Je suis désolée pour la qualité de la vidéo, je suis tout sauf une vidéaste 😉

Notre voyage nous menait entre autres dans la ville de Yushu. Ici, chaque année en juillet a lieu une des plus importantes foire aux chevaux tibétaine. Qui dit foire aux chevaux, dit courses, voltige, danses, … En route, nous avons aperçu un grand rassemblement de tentes et de chevaux, aussi nous nous sommes dits que ce devait être une course en préparation. Mais en fait non 😉 Il s’agissait d’une réunion de famille sur plusieurs jours et les courses auraient lieu quelques jours plus tard. Mais ces gens nous ont dit de rester avec eux et ainsi pendant 2 jours nous avons été leur hôtes. Ce fut inoubliable ! Je vous raconterai en détail dans un prochain article, mais en attendant je vous confie cette petite vidéo :

Et aussi quelques photos quand même pour vous donner l’eau à la bouche pour les futurs posts 😉

Et enfin, la religion

Et oui, car de ce que j’ai découvert, le Tibet sans la religion, ce ne serait plus le Tibet ! Attention, ici on parle du bouddhisme Tibétain qui est l’une des 3 grandes branches du bouddhisme et il se distingue notamment du bouddhisme du Grand Véhicule pratiqué par les chinois.

Pour une française habituée (et très attachée) à notre fameuse laïcité, et vivant dans un pays (la Chine) qui fonde lui aussi son pacte social sur la laïcité, arriver dans une contrée où partout, vraiment partout, on voit des moines et des monastères gigantesques, des pèlerins sur le bord de la route (certains effectuent même leur trajet en faisant 3 pas puis se prosternent de tout leur corps, puis se relèvent, puis recommencent), des drapeaux de prières sur chaque maison, chaque tente, chaque monticule, la présence de la religion m’a même parue suffocante au bout d’un moment. Impossible d’y échapper.

Je n’ai pas réussi à trouver les chiffres officiels du nombre de moines. Ils doivent exister dans la littérature en chinois c’est sûr, mais tout ce que je trouve sur les sites anglophones et francophones, ce sont des statistiques qui remontent à 1950 et qui ne concernent que la Province Autonome du Tibet, pas le « Grand Tibet ». Je dois donc m’en remettre à mon intuition. Mais je dirais qu’avancer 10 voire 20% de la population ne serait pas exagéré. Il est vrai que toutes les familles que nous avons rencontrées comptent au moins un moine en leur sein, même si officiellement selon la loi Chinoise, il est interdit de forcer un individu à rentrer dans les ordres. Et s’il le fait, ce n’est qu’à sa majorité contrairement à il y a quelques années où des enfants entre 6 et 12 ans étaient « donnés » pour la vie moniale.

Lors de nos rencontres, nous avons eu l’honneur d’être associés à un certain nombre de rites religieux, et là aussi je reviendrai dessus dans un prochain article. Je vais m’en tenir ici à mon impression générale.

Certains se demandent si le bouddhisme est une religion ou une philosophie. Je pense que quand on traverse des lieux où la pratique est aussi hégémonique et l’emprise sur la population aussi importante, on a à faire avec le pouvoir et l’argent. Il y a un clergé clairement identifié, une hiérarchie, des rites, un rôle et des obligations sociales,… Donc c’est une religion 😉

Les régions que nous avons traversées (et ce n’est quand même pas rien, nous avons sillonné sur 2600 km donc on a eu le temps de se rendre compte !) sont toutes très pauvres, surtout sur le plateau. Et pourtant, nous n’avons pas vu un seul temple ou un seul monastère en mauvais état. Bien au contraire ! C’est comme si toute la richesse s’accumulait ici ! Des constructions gigantesques, des façades immaculées, des toits dorés resplendissants, des centaines et des centaines de dortoirs autour des monastères. Et je ne parle pas de l’intérieur qui est encore plus luxuriant ! Bref, un foncier religieux avec beaucoup d’argent pour construire, entretenir ces bâtiments énormes et loger les milliers de moines.

Et à côté de ça, des villages à peine viabilisés, des maisons plus que modestes et des gens où l’on voit bien qu’ils vivent dans la précarité financière.

Je ne peux m’empêcher de penser à ces enfants que nous avons croisés dans un minuscule village au pied d’un monastère resplendissant. Leurs niveau de saleté indiquait sans aucun doute qu’ils étaient extrêmement pauvres car je ne vois pas comment un adulte pourrait les laisser dans un tel état s’il avait les moyens de faire autrement. Comme j’ai été touchée lorsqu’ils se sont mis à ramasser des fleurs pour nous les offrir !

Je pense aussi à cette petite fille qui marchait à peine accompagnée d’un autre enfant presqu’aussi jeune qu’elle (peut-être son frère), dans un état de saleté indicible. Elle faisait la manche dans le restaurant où nous étions et quémandait argent ou nourriture. Nous étions pourtant à Yushu, une ville relativement importante, dans un quartier central avec pléthore de magasins de vêtements et d’accessoires justement pour les moines. Je n’avais jamais vu un enfant mendier en Chine !

Lors de la Révolution Culturelle, la très grande majorité des temples et des monastères furent détruits et les moines envoyés en « camps de rééducation ». Quand on voit l’importance de la religion dans la société Tibétaine et à quel point elle est intrinsèquement liée à la culture, j’imagine très facilement à quel point cette période a dû être un naufrage absolu pour les Tibétains.

Aujourd’hui, de ce que j’ai vu, je pense qu’elle a survécu à ces 10 années de cauchemar, et même plutôt bien.

Je lis ça et là qu’il y a encore de la répression à l’égard des moines, ou tout du moins une étroite surveillance comme savent bien le faire les chinois 😉 Donc pas très rigolo … En même temps, moi qui suis issue d’un pays laïc comme la France, je suis à même de comprendre qu’un clergé, quel qu’il soit, doit rester dans son domaine de compétence, c’est à dire la spiritualité. Or, une des spécificité du bouddhisme Tibétain c’est que son chef, le Dalaï lama est aussi le chef temporel (c’est à dire politique). Et bien qu’il ait officiellement renoncé il y a quelques années à cette fonction, la limite entre le rôle spirituel et temporel des lamas n’est pas toujours évidente dans les faits. Et ils sont tellement nombreux qu’ils sont forcément puissants ! Si j’essaye de m’imaginer l’équivalent en France avec nos prêtres ou nos imams, je ne suis pas sûre que je verrais leur pouvoir d’un bon oeil. On voit ce que les Evangélistes font aux Etats-Unis, et ça ne donne pas franchement une idée de progrès … En même temps, ce « clergé » fait tellement partie de la culture et de l’identité Tibétaine qu’y toucher, c’est aussi leur porter une atteinte. Cruel dilemme !

Pour conclure

Voilà, je crois que je vous ai donné un bon aperçu général de ce Tibet en dehors du Tibet 😉

J’aurais aimé conclure ce voyage sur une note optimiste, mais j’ai senti beaucoup de fragilités dans la traversée de cette contrée. Et la plus grande menace est celle du réchauffement climatique qui est en train de déferler sur cette terre et ces populations. Normalement, à l’altitude où nous étions, tous les plus hauts sommets auraient dû être enneigés. Mais combien en avons-nous vu réellement ? Tout au plus une dizaine. Tous les autres étaient gris de leurs pierres.

Notre voyage s’est d’ailleurs achevé sur une note triste. Nous devions aller voir un glacier et nous avons découvert un mourant. J’en ai fait un article pour le Studio Hans Lucas : https://hanslucas.com/lchellali/photo/57836.

Cet article est long, très long ! Mais comment résumer en seulement quelques lignes une telle richesse ? Impossible !!!

J’espère que vous aurez pris du plaisir à le lire et à découvrir les quelques images ! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires ! Si je le peux, j’y répondrai avec plaisir !

NEWSLETTER
Je souhaite recevoir une notification mail lors de la parution d'un article et je sais que peux me désabonner à tout moment.

4 pensées sur “Des Tibétains sans Tibet

  1. Quel périple! J’aurais adoré être à tes côtés. Ton récit est passionnant, j’attends bien évidemment la suite avec impatience. À bientôt Laurence

    1. Merci chère Christine !!! Oui, c’était vraiment un beau périple et c’est sûr, j’y retournerai parce qu’il y a encore tellement de choses à découvrir ! Ce n’était qu’une introduction finalement 🙂 🙂

  2. Vivement la suite, c’est passionnant, j’a-do-re !!

    1. Merciiiii chère Carole ! Toi aussi tu dois avoir tellement de choses passionnantes à dire dans ton petit coin perdu d’Afrique ! Moi aussi j’attends la suite !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.