Frimas lacustres

Sur les berges du plus grand lac de Chine

Le temps passe comme l’éclair et j’ai réalisé que je ne vous avais pas encore emmené dans la région du Lac Qinghai !

L’hiver étant maintenant installé, je me suis donc dit que c’était le bon moment pour partager avec vous des images de glace et de steppes gelées.

Le lac Qinghai en quelques chiffres :

— Circonférence : 360 km

— Altitude : 3266 mètres sur le plateau du Tibet, ce qui en fait l’un des plus hauts lac en Chine et du monde.

— Profondeur maximale : 27 mètres

— 23 rivières et ruisseaux se jettent actuellement dans le lac alors qu’ils étaient plus d’une centaine dans les années 60.

La terre sacrée

… Mais aussi un lac sacré, tant pour les Mongols que pour les Tibétains. Ceux-ci ne l’appellent d’ailleurs pas le lac Qinghai (nom réservé aux Chinois), mais le « Lac de la mer bleue » ou « Kokonor » pour les premiers, et « le Lac Bleu » ou « Tso Ngönpo » pour les seconds.

Pourquoi est-ce que je vous donne tous ces noms me demanderez-vous ? Tout simplement parce que la région est tellement passée de mains en mains au fil des siècles qu’on ne sait plus trop qui est qui et qui dit quoi 😉 En effet, ces 3 noms sont communément utilisés en langue orale ainsi que pour la lecture et l’écriture. Résultat : tout est retranscrit dans les 3 langues et dans les 3 alphabets. Aussi, si vous cherchez votre route dans le coin, bon courage car les panneaux ça donne ça :

青海湖

མཚོ་སྔོན་པོ

ᠬᠥᠬᠡ
ᠨᠠᠭᠤᠷ

Comme à chaque fois qu’il y a un phénomène naturel hors du commun, celui-ci devient l’objet de mystifications religieuses. Ainsi, les adeptes du Bouddhisme Tibétain et du Tengrisme Mongol partent tout au long de l’année en pèlerinage qui consiste à faire le tour du lac. De tels voyages doivent être éprouvants car la coutume affirme qu’il faut compter 23 jours jours à pied et 18 à cheval !

Sur leur chemin il y a bien entendu de nombreux points d’arrêts pour les prières. Mais à l’ouest du lac, il y a une île qu’aucun bateau ne relie et c’est seulement en hiver, quand le lac est totalement gelé, que les pèlerins peuvent visiter les moines qui y vivent.

BON À SAVOIR :
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas au Tibet qu’il faut aller pour trouver les racines de la culture Tibétaine, mais ici, dans le Qinghai.

La terre d’élevage

De tout temps, c’est à dire probablement depuis la préhistoire, c’est essentiellement l’activité pastorale qui prime.

Moutons et yacks pour la viande et la laine, chèvre de cachemire, ces animaux sont partout et ils sont élevés autant par des sédentaires que par des nomades.

La viande est absolument délicieuse car le lac est salé.

Sécheresse et changement climatique

Mais depuis 50 ans le lac s’assèche inexorablement, en grande partie à cause du surpâturage mais aussi avec la mise en culture des terres pour produire du blé et surtout du colza. Les paysans puisent dans le lac pour irriguer leurs cultures et il semblerait que les autorités aient décidé de s’atteler au problème en incitant les paysans à s’éloigner des berges.

Sauf que le changement climatique fait son oeuvre lui aussi et des études montrent que le réchauffement de 1,5º ne sera bien entendu pas anodin pour cet écosystème.

Radioactivité

Et puis c’est sans compter les aventures nucléaires de la Chine dans les années 70 lorsqu’elle avait ouvert une usine d’enrichissement d’Uranium ainsi qu’un centre de recherches d’armes nucléaires. Bien entendu, des essais ont été opérés et le lac, dans certains endroits, conserve des traces de radio-activité importantes bien que toute activité de ce genre ait été fermée en 1987.

Cela n’empêche pas les habitants de la zone de pêcher les poissons qui pullulent malgré l’extrême salinité du lac et un abaissement significatif de sa profondeur.

À ce propos, les eaux ont tellement baissé qu’on a vu apparaître une nouvelle île qui est désormais appelée « L’île aux oiseaux » . Ce sont en effet des milliers d’oiseaux migrateurs qui s’arrêtent maintenant ici et le lac est devenu une destination prisée par les observateurs. C’est là qu’on peut voir l’Oie à Tête Barrée qui réalise l’exploit de traverser l’Himalaya pour rejoindre l’Inde ! On y trouve aussi des espèces endémiques telles que la mouette du Tibet.

À part l’élevage et l’agriculture, la région du lac a peu d’activité économique ce qui en fait une région pauvre de Chine. Bien entendu, le tourisme se développe peu à peu, surtout au printemps et en été. Mais les infrastructures sont peu nombreuses et à part quelques promenades à dos de yack ou de cheval et des virées en bateau les touristes ont peu de choix d’activités.

Si vous cherchez donc une destination de vacances hors de sentiers battus et loin des hordes touristiques, c’est « THE place to go » !

L’espace infini

Alors pourquoi venir ici me demanderez-vous ?

Pour l’espace infini, la rencontre du ciel et de la terre, les sourires échangés avec les habitants, la vie simple mais libre.

Et le silence de la glace.

Vous venez avec moi ?

NEWSLETTER
Je souhaite recevoir une notification mail lors de la parution d'un article et je sais que peux me désabonner à tout moment.

6 pensées sur “Frimas lacustres

  1. Bonjour,de bien jolies photos et un descriptif de la région assez clair pour moi, l’essentiel visiblement c’est cette notion d’infinie regard butte rarement sur quelque chose, merci du partage.

    1. @ammon
      Bonjour ! C’est vrai, je n’avais pas réalisé en ces termes et c’est une excellente manière de décrire cet environnement. L’espace à perte de vue au sens propre 🙂 Merci !

  2. Brrrr ! Rien qu’à regarder certaines photos, on a froid ! Pourtant, beaucoup sont lumineuses et réchauffent nos yeux dans cette vaste contrée. Merci et joyeuses fêtes de fin d’année !

    1. @marie-laure-longin
      Ah, c’est sûr que les températures étaient loin d’être douces, d’autant qu’à cette altitude, le temps change à une vitesse incroyable ! Je crois avoir lu quelque part que le lac est gelé plus de la moitié de l’année !
      À mon tour de te souhaiter de très très belles fêtes de fin d’année !

  3. Les explications aussi belles que les images ou l’inverse.
    Merci pour votre témoignage

    1. @mangeon
      Bonjour ! C’est vrai que j’aime bien aussi apporter du texte explicatif aux photos. Ce n’est pas toujours nécessaire, tout dépend du style et de l’intention de la série en fait. Parfois les images suffisent, parfois, comme c’est le cas ici, il est important d’apporter un complément aux photos. Merci en tous cas du compliment !!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.