Nous n’avons jamais fait de voyages organisés par des agences. Et ce ne sont pas des broutilles telles que de ne pas parler la langue, de ne pas savoir lire, ou encore de ne pas vraiment connaître le code de la route qui vont nous faire changer nos habitudes ! Non, non, non, les Chellali à leur autonomie tiennent et une voiture ils loueront pour parcourir le Qinghai 😉 Même si ça réserve des surprises et pas toujours des bonnes …

Mais avant de commencer mon récit, connaissez-vous cette province de Chine ? Allez, comme d’habitude on va commencer par se repérer sur une carte du monde.

Une seule Chine, 2 pays.

Quand on regarde sur la carte où est situé le Qinghai, on se rend bien compte qu’il est au centre de la Chine et pourtant, quand j’en parle ici, on me dit que cette province est plutôt dans le nord-ouest. J’ai mis du temps à comprendre, mais c’est en préparant notre itinéraire que je me suis rendue-compte du pourquoi : c’est une province vide, la moins peuplée de Chine et l’un des endroits du monde le moins habité.

Les images parlant souvent plus que les mots, regardez cette carte des routière de la Chine (j’ai omis toute la partie extrême nord-est) : On dirait 2 pays différents avec à l’Est quantité de villes et un réseau autoroutier vraiment intense, alors que tout l’ouest est quasiment désertique !

C’est à l’Est de la Chine que se concentre toute la population. Les provinces du Qinghai, du Tibet et le Xinjiang sont quasiment désertiques du point de vue du nombre d’habitants

En fait, la raison de ce peu de population est simple : le Qinghai est situé sur le plateau du Tibet et l’altitude varie aux alentours de 2800 à 7000 mètres. Autant dire que ce n’est pas facile d’y vivre 😉 Pour vous faire une idée, le Qinghai est plus grand que la France (Dom-Tom compris) et la densité de celle-ci est de 100 habitants au km2 contre 7 dans le Qinghai … Et encore, ça ne signifie pas grand chose car la population est essentiellement concentrée dans 2 principales villes, Xining et Golmud.

Au milieu de la province du milieu du pays du milieu

Voilà, tout ça pour vous dire que cet hiver les Chellali père-mère-fils-fille ont mis le cap vers le Qinghai pour leur road-trip annuel et aujourd’hui c’est plus précisément dans les environs de Geermu (Golmud en français) que je vous emmène. Encore une petite carte pour vous montrer où c’est ? Presque au milieu de la province du milieu du pays du milieu 😉

À partir de Golmud, il y a une unique route qui mène à Lhassa au Tibet. Imaginez un peu … 1150 kilomètres entre les 2 villes, à une altitude située entre 4000 et 5300 mètres et seulement quelques petits villages entre les deux, c’est un endroit fait pour les amoureux des espaces vierges !

La réserve naturelle de Hoh Xil

Bon, j’aime autant vous dire qu’en plein hiver on n’avait pas l’intention de faire cette traversée, mais on voulait aller dans un parc naturel protégé inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis peu : le Qinghai Hoh Xil Park ou Kekexili en Tibétain.

Plus grand que l’État du Massachusetts, ce parc est totalement inhabité et il fait partie des espaces les moins étudiés et donc les moins connus de la Terre. Et pour cause. Son altitude très élevée et son climat de plateau froid où la température moyenne annuelle ne dépasse pas 0 degrés, Kekexili a produit une flore et des espèces vivantes uniques au monde dont la plus emblématique est l’Antilope du Tibet. C’est près d’un lac au coeur de ce parc que chaque année toutes les Antilopes du Tibet migrent pour mettre bas. Plus d’un tiers des espèces de plantes et tous les mammifères herbivores qui en dépendent sont endémiques du plateau et 60% de toutes les espèces de mammifères le sont également. On y croise donc fréquemment le yack et l’âne sauvages, des loups et des ours du Tibet. Quand je vous dit que c’est une terre vierge, il faut me croire 😉

Bref, vous comprenez qu’avec ce programme on est partis enthousiastes de Golmud aux aurores pour atteindre Kekexili.

Le coeur léger à plus de 4000 mètres d’altitude

Nous avions environ une centaine de kilomètres à parcourir avec un passage plus délicat à 5200 mètres d’altitude. On était un peu inquiets quant à savoir comment on allait réagir même si ça faisait déjà plusieurs jours qu’on vadrouillait à une altitude moyenne de 3000 mètres avec des pics à 4000. On avait donc eu le temps de s’habituer à l’altitude mais là, on s’apprêtait quand même à faire un bond. Mais la route s’annonçait bonne, la météo promettait un ciel dégagé dans l’après-midi et des gazelles (des vraies !) nous ouvraient la route.

Et évidemment en cours de route nous nous sommes arrêtés toutes les 5 mn (j’exagère mais pas loin 😉 ) Eh oui, quand on embarque un photographe – moi-même – et un vidéaste – mon fiston – il ne faut pas espérer faire un trajet d’une traite dans de tels paysages, aussi court fut-il !

Un poste frontière à plus de 700 km de la frontière !

Mais il y a un arrêt que nous n’avions absolument pas prévu, c’est celui à un poste frontière ! En effet, pour se rendre au Tibet en tant que non Chinois il faut avoir une autorisation spéciale (le Permit Tibet). Celui-ci est simple à obtenir, il suffit de réserver un tour via une agence de voyage accréditée par le gouvernement Chinois et celle-ci se charge des démarches administratives pour obtenir ce permis. Mais ça signifie aussi qu’il est donc impossible de faire un voyage en mode autonome dans cette province. Et c’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle nous n’avions absolument pas l’intention d’y aller et que nous avions choisi le Qinghai, réputé par ailleurs pour être le vrai berceau de la culture Tibétaine soit dit en passant.

Bref, nous voici arrêtés à ce poste sachant que le Tibet est 700 km plus loin ! Nous n’avions évidemment pas de permit Tibet mais nous avons réussi à négocier le fait que les gardes conservent nos passeports et les papiers de la voiture et que nous les récupérions à notre retour le soir.

Nous voici donc reprendre cette route qui longe la rivière de Golmud, appelée aussi localement « le fil du ciel » . D’après ce que j’ai lu, il semblerait que cette rivière aie la particularité d’avoir des zones chaudes et d’autres froides ainsi qu’une grosse variation de débits. Et il est vrai que par endroits elle est totalement prise par la glace alors qu’à d’autres elle coule presque comme au printemps.

Au delà de l’émerveillement, j’ai été très surprise par les paysages que nous traversions et je ne m’attendais franchement pas à ça. Déjà, avant de rentrer dans le « canyon » de cette rivière, le fait de passer par un désert et d’y croiser des gazelles, j’avoue que ça ne faisait pas franchement partie des schémas mentaux que je m’étais fabriqués à propos du plateau du Tibet !

Changement climatique ? Sécheresse ?

Et là, me retrouver dans un paysage aussi minéral et sans neige alors que je rappelle que nous étions mi-février m’a vraiment étonnée. Je sais que cette région est impactée par le changement climatique elle aussi, mais si j’ai entendu parler de problèmes liés au réchauffement, ceux liés à la sécheresse n’ont pas été évoqués à ma connaissance. Est-ce à dire que c’est une zone naturellement aride ? Je ne sais pas …

Ceci dit, quel bonheur de se poser sur les berges avec cette eau cristalline !

La famille Chellali en profite pour vous faire un coucou !

Comme je vous l’ai dit précédemment, cette route longue de plus de 1000 km et ne traverse aucune ville. Par contre, elle est parsemée de temps en temps par des hameaux où l’on peut trouver essence et ravitaillement. C’est que vous imaginez bien que cette route est très fréquentée, non seulement par les voyageurs, mais aussi par les camions de marchandises. Celui dans lequel nous nous sommes arrêtés avait tout l’air d’un village du far west – à la chinoise 😉

Mais cette route longe aussi une ligne de chemin de fer unique au monde : la ligne Xining-Lhassa, la plus haute jamais construite et longue de 1972 km. D’après ce que je sais, sa construction est une prouesse technologique non seulement à cause de l’altitude mais aussi à cause des terrains qu’elle traverse. Le train en lui-même comporte aussi certains équipements spéciaux, et notamment une alimentation en oxygène de manière à parer le mal d’altitude.

Pour parcourir ce trajet, il faut compter 21 heures.

C’est à partir de ce pont que les choses ont commencé à se gâter pour nous. Tout à coup, le temps s’est dégradé, et les températures déjà froides, sont devenues glaciales et un vent violent s’est levé.

Les couleurs ont changé et ont viré au jaune et c’est au détour du virage que nous avons compris pourquoi …

Nous arrivions dans une zone de dunes !

Nous avons décidé de continuer malgré tout. Nous n’étions plus qu’à une trentaine de kilomètres du Kunlun pass (5200 mètres d’altitude) et la visibilité était encore à peu près OK.

Stupide !

Mais là je pense que j’ai commis une erreur stupide. Je suis sortie de la voiture sans chapeau pour prendre des photos (j’en ai pour 2 minutes ais-je dit 😉 ) et le froid glacial m’a littéralement figé le cerveau et j’ai ressenti comme des fourmillements bizarres. Je savais bien que je ne risquais pas l’embolie (ça ne se produit pas comme ça tout à coup, il y a des signaux d’alarme bien plus aigus qui l’annoncent) mais la situation était suffisamment anxiogène entre cette tempête de sable, le fait que nous étions seuls, à 4900 mètres d’altitude, et qui plus est, la visibilité a soudain été réduite à néant. Nous avons donc décidé de rebrousser chemin 🙁

Mais ce n’était pas grave avions-nous pensé car le lendemain on pourrait y retourner et cette fois-ci atteindre ce fameux pass et accéder au parc Hoh Xil !

Plus bas, la tempête s’était plus ou moins calmée et nous avons pu continuer notre chemin rassérénés. Même si ce n’était pas très limpide, l’horizon s’ouvrait à nouveau à nous.

Mais le lendemain, nous n’avons pas pu y retourner … L’équipe des gardes au poste frontière avait changé et la nouvelle n’a rien voulu entendre. Nous avons eu beau leur expliquer que nous ne voulions en aucun cas aller au Tibet – pour preuve nous n’avions pas de bagages – et leur proposer comme la veille de leur laisser nos passeports, rien n’y a fait !

Un vrai reportage en vue …

Alors c’est frustrant, sans aucun doute. Mais cette expérience m’a donné un os à ronger 😉 Comme bien souvent, il devient bien plus tentant de découvrir les secrets d’un mystère lorsqu’une petite partie du voile a été levé, juste de quoi attiser la curiosité. Ausssi, depuis notre retour, je me documente sur cette région, sur les populations qui y vivent, sur cette nature brute et inconnue, sur son exploitation, … Et bien entendu, j’ai des sujets de reportage qui se profilent !

Alors comme on dit « stay tuned », parce que j’ai passionnément envie d’en savoir plus et de le partager avec vous ! Golmud, Hoh Xil, I’m back !!!!

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24 pensées sur “Grosse frustration

  1. Bonjour Laurence
    Très beau reportage c’est très intéressant (Quel belle région)
    Cordialement
    1. Bonjour ! Alors, ca vous a donné envie d’y aller ? 😉
  2. Bonjour,
    Tes photos sont sublimes !
    1. Bonjour ! Un très très grand merci pour le compliment ! Mais en fait, c’est surtout la région qui est sublime 🙂
  3. Merci pour ce partage et ces photos magnifiques.
    1. Bonjour ! Il ne faut pas me remercier, le partage c’est le travail de base du photographe et du voyageur ! En tout cas, je suis heureuse d’avoir pu transmettre une vague idée de comment c’est là bas 😉
  4. Passionnant à lire et superbe à regarder…
    Mais je comprends la frustration, oui !
    A bientôt pour la suite alors.
    1. Bonjour ! Héhéhé, je suis contente que tu attendes la suite 😉 Ca ne sera pas pour tout de suite mais vraisemblablement à la fin de l’été en ce qui concerne cette partie du Qinghai. Mais d’autres endroits de cette région sont à suivre d’ici là ! Merci de tout coeur pour ta lecture !!!
  5. Bravo,
    C’est toujours un vrai plaisir que de vous suivre dans vos aventures
    1. Bonjour ! Le plaisir est réciproque ! Et merci de tout coeur pour votre si gentil message !
  6. Je crains de ne pas être très original, beau récit et superbes photos!
    Bravo et merci
    1. Bonjour . On n’est pas obligé d’exprimer de l’originalité, mais une chose est sûre, c’est que chacun éprouve ses propres émotions. Et moi j’en éprouve beaucoup à vous lire 🙂 🙂
  7. Bonjour Laurence,
    Non seulement tu as du talent en tant que photographe , mais en plus tu es une conteuse redoutable . C’est pénible ces gens qui sont bons partout . Ne me dis pas que tu es aussi une mère et une épouse hors norme ? En tout cas je te remercie de nous faire partager tes aventures . J’attends les suivantes avec impatience .
    1. Ahahah . Lorsque j’étais jeune (au lycée donc ça remonte à loin !) j’avais une très bonne amie. Elle était Suédoise, blonde, belle, bonne à l’école dans toutes les matières, championne de Judo, tous les garçons étaient amoureux d’elle et en plus … elle était super sympa ! Et bien sûr je ne lui arrivais pas à la cheville 😉 Arghhh, comme c’est pénible ce genre de personnage auxquels on ne peut rien reprocher ! Donc je te rassures, je suis pleine de défauts mais j’essaye de les cacher un peu 😉 😉

      Alors à tout bientôt pour la suite des aventures !!

  8. Chère Laurence, j’aime passionnément quand tu prends la route et que tu nous fais découvrir le milieu du milieu du milieu tout là-bas à l’Est. Ces paysages sont fascinants et ton aventure ne l’est pas moins. Je me réjouis que tu ronges ton os et pour tout dire, j’adorerais le ronger avec toi 😉 A bientôt
    1. Ah c’est sûr ma chère , ronger un os ensemble ça serait super sympa ! Mais dis-moi, toi aussi tu en as un paquet, avec tous les voyages que tu fais tu pourrais approfondir certains sujets. Je suis sûre que ça t’aiderait à donner du sens à ta pratique que tu me disais en manque de fond. Vas-y, retourne dans un coin du monde qui t’a touchée, creuse un sujet, prépares-le, fais des recherches !!! Go, go, go 🙂 🙂 🙂
  9. eh bien dis donc! quel voyage! tes photos sont superbes et montrent bien ce que vous avez vécu. Je comprends ta frustration . J’imagine que tu as déjà planifié la suite, c’est pour quand?
    1. Bonjour ma ! Oh, ce n’est qu’un tout petit bout de ce voyage extraordinaire que nous avons fait ! La suite arrive, mais pas tout d’un coup ! En ce qui concerne mon retour dans la région pour creuser un sujet (top secret pour le moment 😉 ) ça sera probablement en septembre- octobre. Je t’embrasse et j’espère que tu te portes bien !
  10. Quel sacré périple !! Tes photos sont superbes ! Ces paysages sont magnifiques ! On attend la suite alors ! 😉
    1. Re-re bonjour 😉 Pas facile de donner une suite dans cette région car il y a pas mal de tracasseries administratives … Donc ça ne sera pas pour tout de suite mais j’ai d’autres parties de cette région encore sous le coude à vous montrer et … tout aussi fascinantes 😉
  11. Peu original : photos magnifiques, quels paysages! Waouh! Hâte de découvrir la prochaine étape par là-bas. Bon, sur ce, je rattrape mon retard ici…
    1. Re-re-re-re-re-re-re bonjour 😉 Je crois que cette fois-ci tu as rattrapé ton retard !!! Je suis ravie de t’avoir compté parmi nous 🙂 🙂 🙂
  12. Bonsoir Laurence,
    Quel reportage magnifique et très bien agrémenté de magnifiques photos.
    Bravo pour le récit qui permet de découvrir une région de la Chine peu connue pour un Français comme moi qui a part aller à Pekin et Changai pour le travail ne connait pas la Chine.
    J’aime particulièrement le style de vos photos, quel appareil Leica Q ou Fuji ?
    Cordialement
    Nicolas
    1. Bonjour ! Merci pour ce retour 🙂 Oui, la Chine est un pays largement méconnu (et je me mets dans le lot !). Je pense que c’est lié au fait que ce pays a longtemps été fermé, qu’il est difficile d’accès à cause de la langue mais surtout de l’écriture, que ce n’est finalement qu’assez récemment qu’il s’ouvre vraiment au tourisme et surtout qu’il est absolument gigantesque !
      Ces photos on été prises avec les 2 appareils, et je pense qu’il y a exactement moitié-moitié entre les 2 😉 Ici, sur le site, c’est difficile de se rendre compte car la taille et la compression donnent de toutes façons de fichiers de moyenne qualité, mais chez moi, c’est … génial 😉

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