IL ÉTAIT UNE FOIS …

… Oui, c’est bien ainsi que j’ai envie de commencer ce billet pour vous raconter cette expérience que j’ai vécue au Festival de Photographie de Lishui. Ca a été tout simplement incroyable ! Par où commencer ?

Allez, je vais d’abord parler de moi et je vous propose ensuite d’élargir notre horizon parce que ma petite personne, ça va bien un peu mais trop quand même !

J’ai appris que le nombre d’étrangers en Chine représente 0,003% de la population … Vous comprendrez donc aisément à quel point on se fait remarquer quand on n’a pas une tête d’asiatique ! Et par conséquent, il y a bon nombre de personnes qui n’ont jamais vu un étranger ailleurs que dans les films et qui donc vous regardent, vous touchent pour voir si vous êtes bien vrais. Pourquoi est- ce que je vous dis cela ? Et bien parce que durant une semaine, j’aurais pu me prendre pour une véritable star si je n’avais pas au dessus de la tête cette petite phrase de Montaigne qui m’a toujours accompagnée durant ma vie : « Aussi haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul ». Je crois que je n’ai jamais été autant prise en photo de ma vie et j’ai même signé des autographes. Non mais vous vous rendez compte ?

Laurence-Chellali-Lishui-suite (1)
En plus d’être une star, j’avais des esclaves. Une flopée d’étudiants du Nanjing Art Institute s’est occupée de monter mon expo, je n’avais le droit de ne toucher à rien à part donner des ordres 😉

Voilà, le décor est donc planté et la suite est logique : une multiplication de contacts, des ventes de photographies (y compris mon livre d’artiste « Amour perdu »), des possibilités de futures expositions et tant d’autres choses ! Je n’étais pas la seule photographe étrangère à exposer, très loin de là, mais je crois que j’étais la seule présente physiquement avec un photographe coréen, en tout cas, dans mon « pavillon ». 

Tout cela peut sembler euphorisant, mais pour ma part, je prend les choses très au sérieux car les photos que j’ai vues lors de ce festival me donne énormément à réfléchir : à mon avis, mon travail se situait dans une assez bonne moyenne qualitative, mais je crois que j’ai encore du boulot si je veux être à la hauteur pour l’avenir ! Je vous en reparlerai plus loin dans l’article.

[wc_fa icon= »hand-o-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] Le festival en lui-même

Il m’a fallu attendre d’arriver à Lishui pour comprendre un peu mieux où j’étais 😉 Ce festival fait partie des 4 grands festivals photo en Chine. Voici les chiffres que l’on m’a donné :

  • 52 pays participants
  • 339 expositions
  • 1934 auteurs
  • 6582 photos

Ce festival est plutôt orienté « reportage » et les fans de cette disciplines se seraient régalés. Pour autant, la partie photographie d’art n’était pas en reste. Les expositions étaient réparties dans toute la ville et pour bon nombre d’entre elles dans des entrepôt désaffectés  (c’était mon cas !). Autant dire que je n’ai pas pu aller les voir toutes, car même si Lishui est une « petite ville », on ne pouvait se déplacer sans taxi. Les visiteurs viennent de la Chine entière, ce qui m’épate car bon nombre d’entre eux se sont donc payé des heures de train en couchette molle (ou dure …)  😉

Bien que ce festival soit donc dit « international », et bien … rien n’est écrit en anglais ! On m’a certes donné un programme des expositions, des conférences, des présentations mais comme il était tout en chinois,  … je ne vous fait pas de dessin.

Laurence-Chellali-Lishui-suite
Enfin si, je vous fais un dessin pour vous donner un exemple 🙂

À mon grand désarrois, j’ai ainsi appris que j’avais loupé une conférence de Salgado ! D’autres événements identiques me sont passés sous le nez. La morale de l’histoire, c’est que la prochaine fois je me fais accompagner par un traducteur ! Oh, certes j’étais tout le temps en compagnie, mais la plupart de mes acolytes ne parlaient qu’un anglais plus que rudimentaire… C’est ce qu’on appelle de l’immersion totale 😉

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de prendre beaucoup de photos et toutes celles que j’ai réalisées l’ont été avec mon téléphone. Ce sont donc plus des photos « bloc-note » que de « vraies photos » … Mais qu’à cela ne tienne, je vous propose quand même ci-après quelques vues des différents lieux d’expo. J’ai réalisé la plupart de ces photos le matin avant l’ouverture ou le soir juste avant les fermetures.

Il y en avait donc pour tous les styles : de l’entrepôt désaffecté au style grunge au local chic, en passant par les musées et les édifices publics.

 

[wc_fa icon= »hand-o-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] Les photographes présents

Ainsi donc, nous avons été environ 1900 auteurs à exposer. Fichtre, ce n’est pas rien 🙂 Comme je vous le disais plus haut, rien n’est plus facile ici avec sa gueule de  » western » comme ils disent de penser qu’on est le roi et qu’on arrive en pays conquis : on est pris en photo sous toutes les coutures, on signe des autographes, on veut nous serrer la main, nous dire 3 mots, et j’en passe ! Sauf que si on regarde bien les photos des autres, celles des chinois, et bien on se dit qu’on n’a pas de quoi pavoiser et que malgré l’accueil délirant qu’on nous fait, il faut être à la hauteur ! C’est que la qualité des photographies et des portfolios que j’ai vus était vraiment, globalement, de très très haut niveau ! Bien entendu, tout n’était pas archi exceptionnel, mais vraiment je dois dire que j’ai été scotchée par certains portfolios. A part un « pavillon » (le site N. 4  il me semble) où là c’était vraiment nul, tout le reste, wouahou ! Peut-être avaient-ils rassemblé toutes les croutes ici ? 😉

Plus sérieusement, ce festival m’a permis de tâter le terrain et surtout de me rendre compte de l’environnement photographique en cours en Chine. On a tous en tête ces gens avec leur armadas d’appareils photos. Et bien je peux vous assurer qu’ils savent s’en servir ! J’ai donc du travail si je veux être à la hauteur et je sens bien que si je veux me distinguer parmi ces centaines de milliers de photographes il faut que je saute un gap, « western »ou pas « western ». C’est que je ne veux pas être là pour faire bien dans le décor, je veux être là parce que je le mérite !

Bien bien bien malheureusement, je ne peut vous citer aucun nom d’auteur car tout était en chinois !!! Je pensais que le catalogue du festival allait m’aider mais que nenni … les noms chinois restent en chinois … Mais allez, pour la consolation, dans ce catalogue, j’ai une double page complète juste après l’expo de … Vivian Mayer 🙂

***********

Edit à cet article.

J’ai commencé à le rédiger tout de suite après mon retour du festival. Mais depuis, j’ai été énormément occupée et le temps a filé sans que je puisse m’y replonger. Aujourd’hui que j’en achève l’écriture, le coeur n’y est plus, beaucoup d’autres choses se sont passées depuis et j’ai l’impression de vous parler de choses qui ont eu lieu il y a des siècles ! Aussi, je m’excuse si vous le trouvez bâclé et mal illustré (moi je trouve !). Les photos sont issues de mon téléphone, et à part 2 ou 3 que je me suis amusée à « bidouiller » un tant soit peu, toutes les autres sont « brutes ». Bref, ce sont vraiment des photos informatives et sans âme !

Je m’excuse également de mon peu de présence chez vous, mais outre le temps qui me manque, ma connexion au monde « western » est loin d’être simple et bien souvent, rien qu’à penser à toutes les manipulations informatiques qu’il faut que je fasse et leurs conséquences, les bras m’en tombent d’avance !

Et ce matin, patatra ! Je découvre avec horreur que nous sommes une majorité de français à avoir voté pour le Front National ! Je dis bien nous, car il s’agit bien de cela : nous ne pouvons pas nous déclarer les meilleurs du monde quand ça nous arrange, brandir le drapeau français à tout bout de champ sur nos profils Facebook et parler des autres quand c’est moins beau. Honte à nous, honte sur nous, honte pour nous …

 

 

  1. hello ma Laurence
    super la « Star » , cela a dû être une expérience fantastique et un peu surréelle, non? en tous cas intéressante à vivre
    et je suis comme toi pour la dernière partie de ton article, écoeurée !!!! je hais la violence qu’elle soit physique, verbale ou autre et je hais les intégristes de tous bords et là où va t on? comme tu dis : honte à nous, honte sur nous, honte pour nous
  2. Hé bien pour ma part, ton article me. met du beaume au coeur! car dans ce monde est fou et je ne m’y retrouve pas du tout, et même si on nous l’avait prédit, je suis vraiment triste ce matin de vivre au milieu de gens pleins de haine, car je hais la haine! Donc ça fait du bien de te lire et d’avoir de tes nouvelles! Savoir que cette exposition a été une expérience enrichissante pour toi me ravit!
    T’es photos d’illustration « illustrent » donc bien ce que tu as vécu et tant pis si elles ne sont pas aussi travaillées que tu sais le faire, elles donnent vraiment une idée des lieux..
    Il ne faut pas baisser les bras, l’art doit maintenant lever ses armes pour combattre les haines en soulevant les émotions, continue de nous émouvoir Laurence !
  3. Une lecture commencée dans l’allégresse et le plaisir (c’est toujours ainsi quand je vous lis !) et qui se termine la boule au ventre …
    Alors, merci de continuer à nous enrichir de vos belles expériences et vos superbes photos.
  4. bonjour , , , , et ! Je suis contente que malgré le ton complètement décousu de ce billet vous me pardonniez 🙂 En fait, je viens de réaliser que l’herbe m’a été coupée sous le pied 2 fois lorsque je me suis mise en tête de le rédiger ! la première, c’était au lendemain des attentats de Paris et là, c’est au lendemain d’un score du FN jamais vu. Vraiment de quoi couper le souffle 🙁

    et , vous avez raison ! on doit continuer !!!

  5. Oui Laurence, il y a de quoi avoir le souffle coupé … c’est complètement hallucinant ce qui se passe et j’avoue être dans le creux de la vague ce lundi matin ! …
    Ces quelques infos sur l’expo sont très prometteuses pour ton devenir de photographe 😉
    A bientôt Laurence et continues à nous faire passer un peu de ton énergie positive !!
  6. Bonjour Laurence 劳伦斯( google me dit que ça veut dire Laurence en chinois..et comme je ne peux le contester….)
    J’imagine bien à te lire que cette expérience doit être très forte pour toi. Je suis vraiment content pour toi. La fin de ton message, quand tu parles du fn, m’a fait remonter au début.. Tu dis :le nombre d’étrangers en Chine représente 0,003% de la population. Quand on connait le pourcentage en France, on mesure bien la cause du problème. Il n’y a que ceux qui ont voyagé, ou qui sont assez instruits qui sont capables de ne pas avoir peur de « L’étranger ». Au québec aussi on sent un repli, un refus de l’immigrant et c’est presque « comique » quand on sait que la population de ce pays, le canada est issue à presque 100% de l’immigration.
    1. Bonjour 🙂 Oui, en effet google traduit comme ça mais c’est pour le prénom anglais, donc masculin. Ca me pose d’ailleurs des problèmes ici, car il y a de nombreuses personnes qui s’attendent à voir un homme et plus d’une fois on m’a demandé où était Lawrence 🙂
      Sinon, je ne comprend pas trop la relation que tu fais entre la cause de la montée du fn et la présence d’étrangers … S’il y a probablement un lien, il n’explique certainement pas à lui tout seul cela, pour preuve, le nombre de communes où le fn arrive en tête alors que ces mêmes personnes n’ont jamais vu un étranger de leur vie eux non plus ! Bien sûr que ceux qui ont voyagé ou ceux qui sont plus instruits sont plus à même de résister à cette peur, mais je crois que ceux qui le peuvent vraiment, ce sont ceux qui, comme toi et moi, sont eux-mêmes des immigrés dans un pays qui les accueille et dans lequel ils ont choisi de vivre pour x raisons.
  7. Bonjour Laurence
    Je voulais commenter ces considérations sur ce qui se passe chez nous en expliquant combien tout cela ressemblait de plus en plus aux années 30 et que toute notre jeunesse si peu féru d’histoire méconnait totalement.
    Car l’histoire se répète…
    Il ne s’agit pas de honte ou non, mais de peur, de cette peur qui hante les entrailles des populations dans de telles périodes incertaines, une situation tellement comparable à ce qui s’est passé dans ces années la.
    Et puis je suis tombé sur cet article dans le journal « les échos », qui parait, coïncidence, ce jour. Je ne peux que recommander sa lecture, car il résume tellement bien la situation dans laquelle nous sommes et bien mieux que je n’aurais pu l’expliquer.
    C’est par ici
    http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021538453626-les-lecons-oubliees-des-annees-19-30-1182390.php#xtor=EPR-8-%5B18_heures%5D-20151207-%5BProv_%5D-1975856%402
    1. Bonjour , ça me fait plaisir de te lire 🙂
      Oui, en effet, cette impression de « déjà vu » hante un bon nombre de personnes. Bien sûr, je ne peux pas m’en souvenir et ce n’est pas « imprégné » en moi, tout comme une grande majorité de la population pour qui ce n’est que de l’histoire. Bien sûr aussi qu’il s’agit avant tout de peur, mais je maintiens malgré tout le terme de « honte » : honte aux élites intellectuelles, politiques, économiques d’avoir laissé et encouragé cette peur, d’être opportuniste, d’avoir perdu l’intelligence alors qu’ils ont tous les moyens, je dis bien TOUS les moyens pour inventer un monde, un projet pour l’Homme, pour l’environnement. Honte à eux ! Si nous avons la mémoire courte, l’histoire elle, justement, s’en souviendra. Et sincèrement, je ne voudrais pas m’appeler un Sarkozy, un Le Pen ou un Hollande, car ce qui sera écrit sur eux ne sera pas reluisant.
  8. Bonjour Laurence,
    tout d’abord bravo pour l’expo et merci pour ton retour d’expérience tres intéressant.
    Pour le reste, on n’en fini pas de prendre des coups sur la tête. Je ne sais pas ou tout ça va nous mener mais ça n’augure rien de bon.
  9. J’avais ton article sous la main, attendant une fenêtre de calme… J’ai bien fait d’attendre! Que d’émotions et quel dépaysement! Je suis époustouflée de l’importance de cette exposition, et surtout que tu aies pu exposer quelques temps seulement après ton immersion dans un pays inconnu. J’admire ta ténacité et ta débrouillardise!
    Beaucoup de plaisir à te lire, et à voir tes images-reportages qui dans le cas d’une exposition sont les meilleures images à faire, à mon avis.
    Etant Suissesse, tes dernières lignes me touchent, la tendance extrême droite ayant aussi le vent en poupe ici!
    Merci pour ce compte rendu qui m’a passionnée!
  10. Bonjour et ! Merci de tout coeur pour vos mots, ils me touchent énormément ! Pour les encouragements que vous me prodiguez côté photo, mais aussi pour les paroles de soutien en espérant que notre vie en commun puisse retrouver des jours meilleurs !
    Gine, moi aussi je n’en reviens pas de la rapidité avec laquelle je me suis retrouvée associée au monde de la photo ici. C’est presque irréel. Aussi, il faut que je garde la tête sur les épaules et considérer cela comme une très grande chance qu’il me revient maintenant de faire fructifier 🙂
  11. Ola Laurence …..je suis scotché devant l’image que tu décris dans ton article et j’ai essayé de me projeter dans la réalité de la scène de cette formidable expérience. ….magnifique. …et spectaculaire lorsque les autres nous prennent pour des stars alors qu’on est simplement différents par notre physique ou notre culture…la phrase de Montaigne est bien placée. ………ne brides pas tes yeux comme ca tu profiteras de ton statut de star…..merci pour l’article
    1. Ola ! Merci à toi, du fond du coeur pour tes encouragements !! J’espère juste être à la hauteur 😉 Allez, nous sommes tous le « barbare » de l’autre, ca fait relativiser, non ?
      Plus sérieusement, oui, je profite pleinement de cette facilité dont je n’ai aucun mérite. Toutefois, celle-ci doit être tempérée avec les très nombreux obstacles linguistiques et culturels qui sont loin, très très très loin d’être négligeables !
      Porte-toi bien, portez-vous bien et … bonne et heureuse année à vous !

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