INCONSCIENT FÉMININ

Souvenez-vous, je vous avais annoncé il y a quelques semaines ma participation à une exposition collective à la Feltrinelli de Genova. Jusque là, je n’avais pas eu le droit de vous dévoiler l’image que j’avais produite pour cette occasion, mais maintenant que l’expo est finie, je redeviens enfin maître de ma photo !

L’idée de base était de réaliser une photo avec une pointe d’ironie, de mettre l’accent sur les petits défauts et les petits vices des femmes, de se moquer de leur coquetterie notamment. Travailler sur le sujet de « la femme » me fait généralement peur car on a très très vite fait de tomber dans des clichés, drôles dans le meilleur des cas, grossiers dans la plupart des autres.

J’ai donc commencé par faire une première prise de vue. Merci à ma petite Marie, ma fille chérie qui accepte toujours de se soumettre de bon gré à mes élucubrations photographiques !

InconscientFeminin1 InconscientFeminin2

Mais bien que j’aime beaucoup les photos qui en sont sorties je n’étais pas satisfaite. Sur la première image, j’avais essayé de représenter le mythe de la licorne, souvent associée à la féminité, à l’éternité, à la beauté, l’élégance, etc … Mais bof, je crois qu’il n’y a que moi qui me comprenait … Pour la seconde, j’ai demandé à Marie de me faire un air coquin, comme si elle avait l’air de dire « voilà pourquoi je suis jolie, c’est parce que je prends soin de moi. Et voici les dessous de mon secret »  Mais là encore, ça ne correspondait pas à ce que je voulais faire.

Changement de cap donc … Et si je faisais un portrait sans visage ! Juste des mains, des cheveux et un accessoire. Un tube de rouge à lèvres, pourquoi pas … Et voilà ma Marie qui se prête à nouveau à mon objectif. Comme elle est patiente ! Et c’est en ouvrant ma photo sur l’ordinateur que je me suis dit qu’on dirait la moitié d’un de ces fameux tests de Rorschach. Donc juste pour voir, j’ai essayé de mettre tout simplement le double de la photo en miroir

 

InconscientFeminin

 

Etonnant, non ? En tout cas, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, cette photo a vraiment de l’impact et c’est donc celle que j’ai choisie pour participer à cette exposition.

A l’époque où je l’ai faite, l’expo n’avait pas encore de titre. Et bien avec elle (grâce à elle ?), le directeur a du coup choisi de l’intituler « Inconscient féminin ».

Depuis, je me dis qu’il y a quelque chose à faire dans cette direction. Je n’ai pas encore eu le temps de m’y pencher sérieusement, mais ça reste dans un petit coin de ma tête en idée de série à réaliser. Dans un article relativement récent, je vous avais proposé 2 photos reprenant cette technique (http://www.photofolle.net/la-non-devinette/ ). Et comme parfois les grands esprits se rencontrent, je vous invite à aller visualiser une série qu’a réalisée Ronan Joncour dans le même esprit : Jeu de symétrie

 

 

 

  1. J’avais reconnu à l’époque la chevelure de Marie, qui avait évoqué les photo prises dans l’eau, une baignoire ?
    Cette photo en test de Rorschach cogne ! Elle a l’impact puissant et dérange bien comme il faut , ouvrant déjà le sujet, au deux sens du terme !
     » Ouvre toi à la vie, ou c’est elle qui t’ouvrira  » m’irait bien comme sous titre…
    Quant à l’inconscient féminin, masculin, hermaphrodite, asexué, non temporalisé… Il faudra que l’on aille boire un café Laurence pour débattre.
    J’adore cette photo et le trouble qu’elle génère !
    Par ce que la chevelure en plus symboliquement… Et puis aussi … Bon je laisse un peu de place aux autres ? Bon d’accord, d’accord …
    Super travail !
  2. Ah la voila cette fameuse photo! Effectivement, elle ne laisse pas indifférent. Elle cogne, elle dérange, en tous cas moi elle me met terriblement mal à l’aise. En la regardant, je pense immédiatement à la Méduse de la mythologie grecque, cette belle jeune fille un peu trop fière de sa chevelure qu’Athéna aurait changée en un paquet de serpents (j’ai horreur de ces bestioles). Je n’ai pas envie de savoir ce que cela traduit de l’inconscient féminin parce que, j’ose te le dire en toute amitié, très très exceptionnellement, voila une photo de toi que je n’ai pas envie de regarder. Par contre, ta licorne me parle et me séduit nettement plus. Bonne soirée Laurence.
  3. Ouffffff !!! En effet ça suscite des émotions !!! Moi non, plus elle ne me laisse pas indifférente…. A la fois dérangeante et superbe dans les courbes, cette photo est bien originale !
    Par contre, je ne sais pas encore dire si j’aime ou non….
    Pour moi, c’est ça l’Art : quand on existe dans le regard de l’autre, même si c’est « dérangeant ».

    Par contre, j’aime bien celle avec le masque de beauté !
    Bisous à tous et bonne soirée !

  4. Et bien moi j’aime ! Et c’est vrai que c’est vraiment le genre d’image que j’aime retrouver en expo, qui intrigue et amuse. Et celle-ci me parle beaucoup, la féminité dans toute sa complexité !
  5. Bonsoir Laurence, bravo pour cette photo étonnante, particulièrement généreuse en fantasmagorie. J’aime tes explications limpides sur la genèse de ce travail. Tant de photos restent murées derrière le mutisme de leurs auteur-e-s. Merci pour cette découverte . Au premier coup d’oeil, j’ai pensé (conditionné peut-être) à l’homosexualité et ses droits encore trop étriqués : deux femmes comme une seule, des cheveux en bataille indiquent la lutte, le bâton à lèvres pour la féminité partagée et ces mains qui semblent se rendre mais qui en fait s’ apprêtent à se tendre vers d’autres. J’ai été un peu long. Pardon. Bonne nuit.
    Jonas
  6. Bonjour Laurence,
    Pour une fois, j’ai du mal, avec l’une de tes images. J’aime être dérangée, j’adore le travail de photographes « dérangeants » tels Helmut Newton, par exemple. Mais là, hier, j’avais du mal à trouver pourquoi je n’adhérais pas trop. Avec le recul, je trouve que ta photo a une beauté magnétique, mais au lieu de provoquer une émotion en moi, de me bousculer, j’ai l’impression d’être voyeuse par rapport aux émotions de quelqu’un d’autre. Je crois que c’est ça, qui me dérange.. Tout ça est très subjectif. Pas sûre d’être très claire?
    Dans un style plus léger, ta licorne est très sympathique, avec ce petit air de féminité guerrière et élégante.
    Bonne journée
  7. Bonjour à vous !

    Je crois que c’est exactement le genre d’images qu’on aime ou qu’on n’aime pas, ça passe ou ça casse. Au moment de l’élaboration, je suis restée moi-même comme suspendue aux sentiments qu’elle a provoqués en moi, entre le « wouahou » et le « beurk ». Je lui trouve à la fois un côté absolument fascinant, mon oeil n’arrive pas à décrocher de ces formes et de ces symboles, il n’arrive pas à sortir de l’image. Et en même temps, elle me révulse. Je crois que c’est lié au fait que je l’ai laissée exactement telle que je l’ai prise et que je n’ai pas enlevé les oreilles avec le fameux « tampon ». Sans ces oreilles qui jouent à la fois le rôle d’yeux et de bouche, je pense que cette image aurait été moins dure. Mais c’est un choix délibéré de ma part, j’ai voulu aller jusqu’au bout du malaise.

    Savez-vous qu’en plus de cet étrange sentiment, il m’arrive quelque chose de bizarre par rapport à cette photo. C’est comme si elle était allée au delà de moi, comme si elle s’était échappée de mon processus créatif pour aller au delà et vivre sa vie. Ce que je veux dire, c’est que j’ai vraiment l’impression de ne pas (plus) la maîtriser, un peu à la manière de Frankenstein qui a engendré un monstre dont il perd le contrôle ensuite. Du coup, vous imaginez bien que je trouve les 2 autres photos bien ternes et sages pour supporter la comparaison !

    Nathanaël, effectivement cette photo a été prise dans la même période que les images de Marie dans la baignoire. Tu as raison, cet effet fait que le sujet est totalement ouvert, disséqué. Sauf qu’il n’y a que nos propres sensations et propres fantasmes à y voir. C’est peut-être ce que tu as voulu dire Cathy quand tu écris que tu as l’impression d’être voyeuse. C’est quand même incroyable ce que tu dis, non ? Parce que en soi, en toute objectivité, il n’y a rien de particulier à voir, à par des cheveux éparpillés et 2 mains dont une qui tient un tube de rouge à lèvres. Il n’y a rien d’obscène contrairement aux images de Helmut Newton qui peuvent elles être interprétées de cette manière si on en reste au premier degré. En fait, ici c’est exactement l’inverse qui se passe : il n’y a rien à voir au premier degré, tout se passe au second.

    En fait, je rigole quand je dis que j’ai fait un test de Rorschach, mais je me demande si au final ce n’en est pas un vrai de vrai !

    Spiruline, je suis aussi très interpellée par ce que tu écris : ce n’est pas que tu n’aimes pas la photo, mais c’est que tu n’as pas envie de la regarder, ce qui est, me semble-t-il, bien plus intense comme sentiment. Ca me va tout à fait 🙂

    Caroline, on n’est pas obligé de décider. Moi même, vois-tu, je ne l’ai pas encore fait 🙂 Quant à toi Marine, tu y as tout de suite trouvé ton compte alors que toi Chri, tu sembles ne pas avoir trouvé encore les contours. N’est-ce pas fantastique ?

    Jonas D, tes interprétations sont vraiment intéressantes. Un ami m’a fait la même réflexion que toi dernièrement, en interprétant par contre le rouge à lèvres différemment. Au lieu d’être un symbole féminin, il devient un symbole phallique, à la fois séduisant et menaçant que la femme homosexuelle s’approprie.

    Je vous remercie de tout coeur pour vos interventions qui permettent d’aller bien au delà de la simple description de cette image. C’est absolument passionnant et je peux vous promettre que tout cela est la source pour moi d’intenses réflexions sur ce qui fait d’une photo une « simple » photo et d’une autre dont on se « souvient ». Merci !!!

  8. ah oui, je comprends le malaise évoqué par Spiruline 🙂
    C’est que l’effet est perturbant, mais très intéressant.
    Les mots qui me viennent aussitôt sont « absorption » et « égocentrique ». Ce qui pourrait donner « absorption par l’égo » en conservant le « centrique » pour la symétrie.
    Bon, c’est un peu tiré par les cheveux tout ça, encore un coup de la licorne.
    Cela dit, le rouge à lèvre aurait été dans l’autre main de Marie et plus au niveau du cou (un peu en dessous de l’oreille et proche de l’axe de symétrie) tu aurais pu créer une créature absolument terrifiante, les oreilles devenant des yeux et le rouge à lèvre dessinant une bouche.
    Évidemment ça n’était pas l’objectif et là je m’égare un peu, c’est vrai 🙂
  9. Je m’en doutais, et tu as raison Laurence il n’y a rien a voir au premier degré et tout se passe au second, le préconscient dans la première topique de Freud, car nous en sommes là, disons le ! et les commentaires de ce fait sont passionnants… Je jubile ( tu sais pourquoi ) j’aimerais un micro devant la photo exposée ! Un vrai test de Rorschach… Entre la chevelure ( même en licorne phallique ) et le rouge à lèvres…. Toutes les portes sont ouvertes engouffrons nous !
    Dis juste à Marie qu’elle est superbe et que cela n’a rien  » à voir  » avec elle !
    Baci Laurence. Super travail qui pourrait faire date .
  10. Ah, difficile d’exprimer avec des mots ce que cette photo remue au plus profond de soi … Je la trouve pour ma part très dérangeante, voire morbide (désolée pour ce terme peut-être un peu cru, mais je n’en vois pas d’autre). La position des mains et de la chevelure me donne une impression de « panique », comme s’il s’agissait d’une victime qui s’est débattue et le « miroir » m’évoque une aspiration, comme si ta fille était happée par quelque-chose … bref, un peu comme spiruline, je n’ai pas trop envie de m’attarder dessus.
    Je trouve en revanche les 2 autres assez sympas, plus « légères » … mais effectivement, moins fortes.
    Bonne soirée
  11. oui, elle dérange cette image Laurence ! enfin, elle « me » dérange … j’y vois un monstre, une créature sortie d’un mauvais rêve !
    mais cela n’enlève bien sûr rien à la qualité de votre image, à la réalisation, à la mise en pratique de vos – j’allais dire  » fantasmes » – sans savoir vraiment si c’est le bon terme mais c’est celui qui me vient à l’esprit !
    alors oui, pourquoi pas !
    en tout cas bravo pour votre travail toujours renouvelé !
  12. Et bien on peut dire que le résultat est étonnant. Je t’avoue que le fait qu’il n’y ait pas de visage me fait bizarre, mais j’adore le côté graphique ! 🙂
    Et sinon, Marie a le plus joli des prénoms… Ah ben c’est normal, c’est le mien aussi ! Et « aimer » en est un annagramme… 🙂
  13. Bonjour à vous !

    A l’unanimité cette photo interpelle ! N’est-ce pas ce que nous devons en retenir ?

    Nathanaël : Ne t’en fais pas, Marie a parfaitement compris que tout se joue bien au delà d’elle et je peux t’assurer que tout cela l’amuse beaucoup ! De toutes façons, je demande TOUJOURS leur autorisation aux enfants avant de publier leur image lorsque celle-ci va bien au-delà du simple portrait. Sinon, pour les autres photos, je fais exactement comme celles que je peux prendre d’inconnus dans la rue par exemple. C’est à dire que dans la mesure où je ne porte pas atteinte à leur dignité comme on dit, je me sens libre de publier ces photos.

    Merci d’avoir pris le temps d’écrire vos sentiments, je suis très honorée de vos attentions !

  14. Oh là là …. Mais que vas-tu nous trouver dans l’inconscient masculin alors !!!

    Il y a un moment que je n’avais pas pu passer ici. Toujours de très belles choses !
    Les duos photos/textes avec Chri et Nathanael (si j’ai bien enregistré au passage) sont superbes !

  15. En tant qu’homme cette photo me frappe beaucoup , la femme que l’on arrive jamais à apprivoiser , cette femme à l’inconscient impalpable et « immatériel pour nous , et cette femme toujours sensuelle , je dis cela parce que je retrouve un coté pubien , voire plus dans cette photo , Phil

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