Je vous disais dans un précédent article que je n’avais pas été très productive cet été en matière de photos et que je me suis plutôt focalisée sur la macro. Mais ce n’est pas tout à fait vrai … La preuve avec ce qui va suivre.
Voilà, j’ai passé une partie de mes vacances près d’un village banal. Lorsque je dis cela, je veux dire que c’était un village classique, tout à fait dans la normalité : aucun monument particulier, son église, ses écoles, son supermarché, ses commerces, sa zone industrielle, etc.. Bref, passez, il n’y a rien à voir. Si on vient ici en vacances, c’est parce qu’on y est né ou qu’on y a de la famille ou des amis, mais certainement pas pour faire du tourisme. Donc, comme dans tout village banal, il a vu croître sa zone pavillonnaire (ou plutôt ses zones). Parmi celles-ci, il y en a une qui a acquis ses lettres de noblesse. Pourquoi elle ? Je ne sais pas vraiment pourquoi. Le fait est qu’au départ c’était le must pour les exploitants agricoles de s’y faire construire sa maison pour la retraite car près du « centre-ville » et du supermarché, et de fil en aiguille, ce lotissement est devenu le coin « huppé » de ce village.
Ca fait assez longtemps que je suis interpellée par ce lotissement mais jusque là, je n’avais jamais eu l’idée d’en faire des photos. Pourquoi interpellée ? Parce que je trouve que tout y est d’un conformisme qui moi me terrifie (le mot est un peu fort mais je suis d’une nature excessive) : l’herbe des pelouses est taillée exactement à la même hauteur dans tous les jardins (quand il y en a, car pour certains c’est sale et ils préfèrent le bitume), les fleurs sont en pots alignés, les arbres sont taillés, les garages sont rangés, les maisons sont toutes dans les mêmes matériaux et les meubles viennent tous du même grand magasin (je sais, je sais j’exagère encore mais je vous assure qu’il y a une part de vérité !). Je suis sûre que le ménage est fait impeccablement, que le sol aux dalles lisses reluit de tout son éclat et que même le feu dans la cheminée doit être propre ! Pour les maisons en cours de construction on sent clairement que le modèle sera identique.
Lorsque j’y passe, je ne peux m’empêcher de penser à l’esprit de concurrence qui doit régner entre les voisins : on sent de manière palpable qu’ils s’observent et que c’est à qui aura la plus belle clôture, le plus beau portail, les plus belles plantes en pot. Et bien entendu, la plus belle maison. Mon petit doigt me dit d’ailleurs à qui appartient la plus grosse (donc belle !) maison.
En même temps, je sais aussi que l’activité sociale de ces lotissements est importante et que tout le monde se connait entre voisins, que souvent la convivialité est vraiment riche, que c’est le royaume des enfants qui y divaguent en vélo, qu’il y a des échanges de bons procédés, etc …
Bref, cet été, j’avais donc rendez-vous pour faire un contrôle technique pour une voiture. Comme je m’ennuie systématiquement et dramatiquement dès que je mets les pieds dans un garage, je me suis donc dit qu’ayant une heure devant moi, ce pouvait être l’occasion d’aller faire un tour dans ce lotissement et d’essayer d’en faire quelques photos. J’avais en tête de photographier les indices de vie qui font que malgré les apparences chaque « parcelle » contient une famille avec sa propre personnalité, qu’au delà des apparences ultra-conformistes chaque maison et jardin nous révèle le caractère unique de ses habitants.
J’ai échoué … Je crois que j’ai été victime de mes propres a-priori. Il ressort de mes photos, je trouve, un sentiment d’ennui terrible et une espèce de mélancolie. Elles sont fadasses, sans âme, vides et sans intérêt. Mais j’ai des excuses : c’était pourtant le plein milieu d’après-midi (16 heures) au mois de juillet (en pleines vacances scolaires et il faisait chaud) et je n’ai pas rencontré une âme qui vive ! Au contraire, tous les volets étaient fermés, les jardins vides, les rues absolument désertes, il n’y avait pas un bruit. Pourtant devant presque toutes les maisons il y avait une voiture garée. J’en déduis qu’il y avait du monde à l’intérieur. Ce n’est qu’à la fin de mon tour que j’ai aperçu au loin 2 personnes.
Note
Le rendu de ces photos est tout à fait inhabituel chez moi : peu de contraste et de saturation de couleurs. Tout cela révèle que décidément ce n’est pas mon monde …
J’ai beaucoup hésité à publier ces photos car il est très rare que je ne porte pas un regard bienveillant sur mes sujets lorsqu’il s’agit d’un reportage. Et puis ces photos révèlent un côté très snob chez moi : pour qui je me prends de juger ainsi la manière de vivre des autres ? La mienne n’est-elle pas tout aussi banale dans ma catégorie ? Probablement, que dis-je, certainement que oui !
Voilà, je serais très curieuse de savoir ce que vous éprouvez à la vision de ces photos car elles sont tout le contraire du sensationnel, de l’esthétique, du rêve, de la poésie que j’ai l’habitude vous proposer. Serez-vous déçus, interpellés, ennuyés ? Que vous évoque cette série ?




























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