Je vous disais dans un précédent article que je n’avais pas été très productive cet été en matière de photos et que je me suis plutôt focalisée sur la macro. Mais ce n’est pas tout à fait vrai … La preuve avec ce qui va suivre.

Voilà, j’ai passé une partie de mes vacances près d’un village banal. Lorsque je dis cela, je veux dire que c’était un village classique, tout à fait dans la normalité : aucun monument particulier, son église, ses écoles, son supermarché, ses commerces, sa zone industrielle, etc.. Bref, passez, il n’y a rien à voir. Si on vient ici en vacances, c’est parce qu’on y est né ou qu’on y a de la famille ou des amis, mais certainement pas pour faire du tourisme. Donc, comme dans tout village banal, il a vu croître sa zone pavillonnaire (ou plutôt ses zones). Parmi celles-ci, il y en a une qui a acquis ses lettres de noblesse. Pourquoi elle ? Je ne sais pas vraiment pourquoi. Le fait est qu’au départ c’était le must pour les exploitants agricoles de s’y faire construire sa maison pour la retraite car près du « centre-ville » et du supermarché, et de fil en aiguille, ce lotissement est devenu le coin « huppé » de ce village.

Ca fait assez longtemps que je suis interpellée par ce lotissement mais jusque là, je n’avais jamais eu l’idée d’en faire des photos. Pourquoi interpellée ? Parce que je trouve que tout y est d’un conformisme qui moi me terrifie (le mot est un peu fort mais je suis d’une nature excessive) : l’herbe des pelouses est taillée exactement à la même hauteur dans tous les jardins (quand il y en a, car pour certains c’est sale et ils préfèrent le bitume), les fleurs sont en pots alignés, les arbres sont taillés, les garages sont rangés, les maisons sont toutes dans les mêmes matériaux et les meubles viennent tous du même grand magasin (je sais, je sais j’exagère encore mais je vous assure qu’il y a une part de vérité !). Je suis sûre que le ménage est fait impeccablement, que le sol aux dalles lisses reluit de tout son éclat et que même le feu dans la cheminée doit être propre ! Pour les maisons en cours de construction on sent clairement que le modèle sera identique.

Lorsque j’y passe, je ne peux m’empêcher de penser à l’esprit de concurrence qui doit régner entre les voisins : on sent de manière palpable qu’ils s’observent et que c’est à qui aura la plus belle clôture, le plus beau portail, les plus belles plantes en pot. Et bien entendu, la plus belle maison. Mon petit doigt me dit d’ailleurs à qui appartient la plus grosse (donc belle !) maison.

En même temps, je sais aussi que l’activité sociale de ces lotissements est importante et que tout le monde se connait entre voisins, que souvent la convivialité est vraiment riche, que c’est le royaume des enfants qui y divaguent en vélo, qu’il y a des échanges de bons procédés, etc …

Bref, cet été, j’avais donc rendez-vous pour faire un contrôle technique pour une voiture. Comme je m’ennuie systématiquement et dramatiquement dès que je mets les pieds dans un garage, je me suis donc dit qu’ayant une heure devant moi, ce pouvait être l’occasion d’aller faire un tour dans ce lotissement et d’essayer d’en faire quelques photos. J’avais en tête de photographier les indices de vie qui font que malgré les apparences chaque « parcelle » contient une famille avec sa propre personnalité, qu’au delà des apparences ultra-conformistes chaque maison et jardin nous révèle le caractère unique de ses habitants.

J’ai échoué … Je crois que j’ai été victime de mes propres a-priori. Il ressort de mes photos, je trouve, un sentiment d’ennui terrible et une espèce de mélancolie. Elles sont fadasses, sans âme, vides et sans intérêt. Mais j’ai des excuses : c’était pourtant le plein milieu d’après-midi (16 heures) au mois de juillet (en pleines vacances scolaires et il faisait chaud) et je n’ai pas rencontré une âme qui vive ! Au contraire, tous les volets étaient fermés, les jardins vides, les rues absolument désertes, il n’y avait pas un bruit. Pourtant devant presque toutes les maisons il y avait une voiture garée. J’en déduis qu’il y avait du monde à l’intérieur. Ce n’est qu’à la fin de mon tour que j’ai aperçu au loin 2 personnes.

Note
Le rendu de ces photos est tout à fait inhabituel chez moi : peu de contraste et de saturation de couleurs. Tout cela révèle que décidément ce n’est pas mon monde …

J’ai beaucoup hésité à publier ces photos car il est très rare que je ne porte pas un regard bienveillant sur mes sujets lorsqu’il s’agit d’un reportage. Et puis ces photos révèlent un côté très snob chez moi : pour qui je me prends de juger ainsi la manière de vivre des autres ? La mienne n’est-elle pas tout aussi banale dans ma catégorie ? Probablement, que dis-je, certainement que oui !

Voilà, je serais très curieuse de savoir ce que vous éprouvez à la vision de ces photos car elles sont tout le contraire du sensationnel, de l’esthétique, du rêve, de la poésie que j’ai l’habitude vous proposer. Serez-vous déçus, interpellés, ennuyés ? Que vous évoque cette série ?

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32 pensées sur “LA PETITE SIBÉRIE

  1. ça fait toujours un peu maquette lorsqu’il n’y a pas d’habitants sur ce type d’images. Lotissements lyophilisés, urbanisme et conformisme, mobilier urbain acheté sur les mêmes catalogues d’une commune à l’autre, à l’instar du mobilier particulier « chiné » à la même enseigne. Et oui. Je trouve que ta série reflète assez bien cette effet de norme ; elle me rappelle une série de Raphaël Bourelly intitulée « un monde parfait » : http://www.raphaelbourelly.com/parfait.html
  2. Bonjour Laurence,
    c’est sûr qu’on a pas l’habitude de voir ce genre d’images sur ton blog ! Mais je pense que l’objectif est atteint comme le dit Ronan dans son commentaire : c’est froid et sans vie, on se croirait dans un épisode de la « quatrième dimension » où tous les habitants auraient disparus… Pour ma part, j’aurais beaucoup de mal à vivre dans un lotissement comme celui-ci (j’habite dans un petit village de 200 habitants, dans une vieille maison en pierres avec un grand jardin !).
  3. Tiens ! Un lieu que je connais bien (surtout en ce moment où j’ai des soucis dentaires, vu que mon dentiste a son cabinet dans une de ces maisons…).

    C’est sûr que ce n’est pas le lieu rêvé, mais si c’est le cas pour bien des gens…
    Personnellement, je ne pourrais pas non plus y vivre: j’aurais l’impression d’étouffer, même si je ne juge personne.

    Du coup, ta série rend plutôt bien dans le style froid et normalisé de ce type d’habitat.

  4. ouf ! quel endroit ! comme il y en a hélas de plus en plus en France. Le rêve de la maison individuelle ! mais où est la vie ! sans doute devant l’écran géant que tu n’as pas photographié. Il n’y a même pas de ces jeux en plastique horrible qui en général font partie de la panoplie! Il n’y a donc pas d’enfants non plus. Ces photos me font penser à une ville après une explosion nucléaire !
    Quelle série! photographiquement parfaite mais ce n’est vraiment pas ton monde!
  5. Coucou Laurence , moi aussi je rentre de vacances et comme pour beaucoup d’autre ces photos vont être un choc visuel inhabituel chez toi . Je pense aussi que ton a priori à pris le dessus , tu n’avais pas une réelle envie d’enjoliver cette résidence sans dou pas pris un gros plaisir à prendre ces photos , sans doute parce que c’est un endroit où tu ne t’imagines pas vivre… Pourtant cette zone reflète le quotidien de beaucoup de citoyen moyen , quelque soit le pays , il représente le graal pour beaucoup comme le formica à une certaine époque !!
    Quoiqu’il en soit c’est toujours un gros plaisir de repasser chez toi , Phil
  6. Quel endroit est encore plus froid que la Sibérie? Sans doute ce village dont on ne connait pas le nom… Tes images sont en accord parfait avec le vide de cet espace sans doute tranquille…
  7. On vient de basculer dans un autre monde là!… Cette série est en effet « inhabituelle » mais pas moins intéressante. Ton ressenti par rapport à cette zone d’habitation est palpable… Le lieu est froid, impersonnel, sans vie… ça fait presque penser à un cimetière (bon, j’exagère peut-être un peu!).
    J’ai vécu une partie de mon enfance dans ce genre de lotissement « standard »… mais les maisons étaient toutes différentes par contre.
    Aujourd’hui, avec ma conscience et ma sensibilité d’adulte, je n’irais pas « m’enterrer » dans ce genre de zone pavillonnaire qui respirent pour moi le « faux »… mais je conçois que certaines personnes aiment cela et s’y sentent bien.
  8. Un univers à la Tati… Glaçant…
  9. J’ai une bulle au dessus de la tête en voyant ces photos 😉 et, effectivement, tes photos reflètent bien tout ce que tu dis ; du coup, je suis d’accord avec Philippe (et tu le dis toi-même): tu a été victime de tes a priori. Pourtant (et j’y passe pratiquement tous les jours), je n’y vois pas uniquement cette monotonie, cette absence de vie et j’entends lutter contre… Affaire à suivre.
  10. Bonjour à vous !

    Et bien à ce que je vois, cette série ne vous laisse ni de glace ni indifférents. Ouf, j’avais vraiment très peur !

    Ronan : c’est absolument stupéfiant !!! C’est exactement la même série, avec le même ressenti, le même vide, les mêmes absences, comme si nous nous étions mis d’accord ! Certes son lotissement est probablement dans le sud, mais je suis véritablement interpellée par cette similitude d’ambiance. Ce qui me fait dire que je ne suis peut-être pas forcément victime de mon a-priori mais qu’il y a bel et bien une atmosphère particulière à ce genre de lieux. Je conseille à tous les lecteurs de ces commentaires d’aller visiter le lien de Ronan, c’est édifiant. Je le remet ici : http://www.raphaelbourelly.com/parfait.html

    Philippe, c’est vrai que je n’ai pas pris grand plaisir à faire ces photos et pour cause ! Je t’assures que je n’ai pas rencontré âme qui vive durant cette heure. Comme je le dis dans l’article, on était pourtant en plein milieu d’après-midi en pleines vacances, il y avait des voitures garées devant les maisons, ce qui veut dire qu’il y avait forcément du monde ! Et il n’y a aucune « mise en scène de ma part. Toutes ces photos ont été prises depuis la rue, de manière relativement anodine et sans chercher à aller voir ce qui était caché (et il n’y a pas grand chose de caché puisque les clôtures sont soit inexistantes, soit clairsemées, soit basses). Je n’avais aucune envie de « violer » une intimité lorsqu’elle était cachée soit par un mur soit par une clôture plus dense.

    Il faut toutefois que je précise que dans ce lotissement il y a une partie « HLM » et elle n’a rien à voir avec ce que je vous montre. Les maisons y sont modestes bien entendu, mais comment expliquez-vous que là on sent la vie, les jardins minuscules sont inondés de ces jeux en plastique, on entend les enfants, les télévisions, les bruits de cuisine, il y a des potagers, des plantes folles … Est-ce de cette partie dont tu parles Marie-Laure ? Je ne l’ai pas montré car c’est un autre sujet. Dans ce lotissement ces deux mondes sont bien séparés et je ne suis pas sûre que les gens se côtoient beaucoup.

    Pascaline, Christine, Chri, vous me parlez d’un sentiment de dévastation. Pourtant, c’est tout le contraire qu’on devrait y ressentir ! Ces zones sont en construction, on devrait donc y sentir une sorte de force créatrice, un dynamisme du projet. Et pourtant vous avez tout à fait raison. On pourrait me dire que mon traitement colorimétrique y est pour quelque chose. C’est possible … Mais j’ai si peu retouché ces images : à la base je les ai prises de manière un peu sur-exposée afin de retranscrire la lumière et la chaleur qui ont accompagné ces prises de vue. En post-production, je n’ai fait que les désaturer globalement et j’y ai ajouté un vignetage extrêmement subtil.

    Céline, moi aussi j’ai habité étant toute jeune dans un lotissement de ce genre. Pour moi, ça a été le paradis ! Une liberté totale ! Par contre, tu dis que dans le tien toutes les maisons étaient différentes. Ici aussi ! Et je te garantis que je ne vous ai pas mis une seule fois des photos de la même maison. C’est étonnant que tu aies l’impression qu’elles sont toutes identiques. Encore un mystère pour moi, pour nous …

    Caroline : eh oui, je n’ai pas dit en plus qu’une maison médicale vient de se construire au milieu de ce lotissement (c’est la septième photo dans la série). Ton dentiste y est probablement aujourd’hui. Courage !!

    Chri : tout semble y être pourtant effectivement tranquille …

    1. Ah ben oui, tu as raison, elles ne sont pas tout à fait identiques ces maisons… en fait, je crois que c’est leur toit gris qui m’a induite en erreur!! Comme quoi, on voit bien ce que l’on veut voir parfois, héhé! ;-P
  11. Bravo! J’aime beaucoup… ou je déteste! J’ai très peur moi aussi de l’uniformité, et tes images rendues plus rigides encore par le format carré et ton traitement plongent les desperate housewifes en pleine quatrième dimension. Le tout avec un titre qui colle à merveille au sujet. J’aime être bousculée: je le suis doublement. Surprise de trouver ces images ici, et mal à l’aise juste comme il faut en les visualisant.
    Bonne soirée!
  12. C’est effectivement un peu triste et monotone, tu as su faire passer ton ressenti dans tes images.

    Il y a quelques années, un lotissement un peu semblable s’est construit dans un endroit où je passe régulièrement pendant mes vacances. La première année j’ai été effondrée de voir ça, le rendu était semblable à tes photos.

    Cette année, 4 ans après donc, tout était différent. Les haies avaient poussé, les fleurs aussi, c’était nettement moins clean, et tout compte fait super joli ! 🙂

    Il faut leur laisser le temps de grandir, aux maisons et aux jardins…

  13. Je suis comme toi, je n’aime pas trop ces zones pavillonnaires … qui sont en plus semblables les unes aux autres ! Mais bon … il faut de tout pour faire un monde heureusement …
    Par contre, tu as bien sur faire partager ton sentiment lors de cette balade … et ça c’est fort ! 😉
  14. Bonsoir Laurence,
    j’ai eu besoin de revoir la série et de relire ton article avant de donner mon modeste avis. Pour moi, ce que je trouve très intéressant, c’est que, presque malgré toi, tu nous donnes à voir ton sentiment sur ce lieu. Finalement, en cherchant les indices d’une façon de vivre qui te pose question, cette « normalité » qui créé de beaux sentiments ambivalents en toi est prédominante sur toutes ces photos.

    Du lisse, du propre, des espaces dégagés, ces fenêtres fermées le plus souvent mais qui nous emmènent vers une énigme quand elles sont ouvertes semblent se moquer et nous renvoyer à cela: nos a-priori finalement sont toujours une forme de conformisme. Et là, où se logent-ils?

    Quand on est interpellé, c’est finalement quand les questions se posent, s’ouvrent; en cela je trouve cette série extrêmement réussie par rapport à ce dont tu fais part au début de ton article. Elle pose des questions, et ne donne pas de réponses. Peut être que cela m’a fait beaucoup écho car, avant de faire mes études de chant, j’ai commencé des études de philo, et je me rappelle avoir gratté des heures et des pages sur « qu’est ce que la norme, le normal? » Je retrouve beaucoup ici des interrogations, et des pensées qui m’avaient agitées, et passionnée.

    Oui, il y a une absence d’humain, est ce pour cela que ces photos sont vides? Moi je les perçois au contraire comme pleines d’interrogations. L’espace est dégagé, certes, mais cela ne suffit pas à donner de l’emphase et de la gaieté. Cette douceur des couleurs ne nous enveloppe pas, ne nous rassure pas. Oui, cela sent le malaise, et c’est ce qui est très réussi. Dans ce style, même s’il n’est pas celui avec lequel tu nous régale d’habitude, il ouvre à des questions multiples.

  15. Effectivement, c’est froid. J’avoue que la série ne me parle pas, certainement parce que comme toi, ce n’est pas vraiment mon univers, surtout que je préfère amplement la vieille pierre. Mais tes photos, finalement, représente bien l’état d’esprit des petites villes, où les maisons sont côtés à côté, jolies, mignonnes, mais où il ne s’y passe pas grand-chose et où tout le monde, malgré la promiscuité, paraît isolé, d’où ce sentiment de froideur et d’ennui.
  16. J’ai l’impression que tu as renforcé le côté un peu tristounet en dénaturant tes photos. Non?
    J’aime l’idée de ce reportage. Il reflète ton regard sur ce type de logements. Oui effectivement, on peut penser que c’est triste, morne mais qu’en est-il à l’intérieur des murs? Cela, on n’en sait rien. Comme on dit l’habit ne fait pas le moine!
    Ton reportage est comme un témoignage personnel, à un instant. Le partage d’un ressenti. Du côté du spectateur, de celui qui regarde, il permet de projeter des idées, des représentations, de réfléchir. Bref, c’est un réel travail photographique!

    La normalité est une notion toute relative.

  17. Cela change mais j’aime bien cette désaturation. Elle va avec ton discours. J’ai une préférence pour les photos frontales comme la 12, 16, 17.
  18. Coucou Laurence, que voila une série vraiment très éloignée de ce que tu fais habituellement mais pour cette raison très intéressante. Ayant le privilège de te connaître, je conçois bien à quel point un tel endroit est éloigné de ta personnalité et de ta manière de vivre. Tu as très bien su traduire dans tes photos le sentiment de tristesse qu’il t’inspire. J’aurais toutefois été curieuse de connaître la réaction des gens si tu avais présenté cette série sans aucun commentaire. Personnellement, je perçois ce lieu d’une manière moins désespérée que toi. Peut-être que mon esprit suisse habitué au propre en ordre n’y est pas étranger. Pour moi, c’est un lieu endormi, un peu comme si une fée d’un coup de baguette magique avait suspendu le temps. J’ai l’impression qu’il suffirait d’un claquement de doigt pour que tout à coup la vie jaillisse de ces maisons.Ceci dit, j’apprécie beaucoup que tu nous présentes ce genre d’images, très différentes de ton style habituel. Bon dimanche à toi.
  19. Bonjour chers amis !

    Un grand merci à vous pour avoir pris la peine de vous arrêter un peu plus longuement ici.

    cathy Bernot : Comme je comprend ton point de vue ! Moi aussi j’aime être bousculée, histoire de ne jamais m’endormir sur mes lauriers et de remettre en question ce qu’on tient pour acquis.

    Pastelle : oui, c’est vrai ce que tu dis, il faut laisser du temps au temps. Mais dans le cas présent, ce lotissement existe depuis longtemps (au moins 15 ans pour les premières maisons) et si tu fais attention, il n’y a pas que des espaces en construction ! Il y a beaucoup de maisons qui ont été construites il y a longtemps et elles sont complètement achevées, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Je pense que cela va au-delà de l’échelle de temps … Je ne sais pas du tout comment ce genre de lotissement vieillit dans le temps. Qu’est-ce ça donnera dans le temps ? J’ai un peur peur de la qualité des matériaux et de leur mise en oeuvre. Pour le moment, lorsque je traverse un lotissement qui a une quarantaine d’années (c’était le début de ce concept je crois, amené tout droit des Etats-Unis), je dois avouer que je ne suis pas plus convaincue. On n’a pas réussi à y faire venir la vie telle qu’on l’entend à l’européenne.

    cstef : oh oui, mon lotissement n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres semblables et il n’y a même pas besoin de savoir où il se trouve pour y retrouver ces ambiances si spécifiques !

    cecile : merci pour ton long commentaire fort bien argumenté ! Ce que tu dis m’interpelle effectivement. On est tous imprégnés de notre propre bagage culturel et social et il arrive parfois que celui des autres soit un vrai mystère. C’est le cas ici. Mais l’objet de cette série n’est effectivement pas de porter un jugement définitif, c’est au contraire une tentative pour exprimer mon ressenti dans cet univers qui m’est très étrange et les questions que cela soulève.
    La photo que j’ai choisie en « affiche » pour annoncer illustre parfaitement bien ton propos : une fenêtre avec les volets entrebâillés. Mais son on y fait bien attention, on se rend compte qu’il y a une autre volet en dessous. Lui même n’est pas totalement clos et on aperçoit enfin un tout petit bout de fenêtre. Qui sait ce qui se passe derrière, qui vit là … Il est impossible de répondre à ces questions.

    Plume et zoom : Cette série est typiquement ce qu’on appelle une série conceptuelle, où c’est l’idée développée qui compte plus que les photos en soi. Je comprend tout à fait qu’il puisse y avoir des questionnements qui interpellent et qui intéressent plus que d’autres. Moi aussi il est clair que je préfère largement les « vielles pierres ». Mais ce n’est pas pour autant que je me désintéresse du reste. tel était l’objet de cette série 🙂

    Le journal de Chrys : bien sûr que j’ai joué sur le rendu pour le faire coller à mon ressenti ! Sinon, où aurait été l’intérêt ? Je voulais faire passer un message et j’ai utilisé tous les moyens photographiques à ma disposition : tout d’abord en sur-exposant à la prise de vue et ensuite en désaturant un peu en post-production. je dois avouer que j’ai quand même pas mal tâtonné en ce qui concerne le développement. J’ai tout d’abord essayé le n&b (je les avais imaginées ainsi à la prise de vue), mais ce n’était pas ça (pour le coup, elles devenaient vraiment tristes et sans profondeur). Cette désaturation m’a permis d’exprimer ce que vous avez tous retenu : cet espèce de monde entre deux, ni gai ni triste, ni vivant ni mort. Bref, comme le dit très bien Cécile : un grand point d’interrogation 🙂

    Françoise : Je crois qu’en elles-mêmes ces photos n’ont pas grand intérêt et il me semble que c’est en les regardant ensemble qu’on parvient à comprendre le sens de cette série. Il y a beaucoup de photos frontales (quasiment toutes) car en photo urbaine le placement est de toute première importance sinon, à cause des déformations de l’objectif, on obtient des photos très tordues. Et le meilleur placement dans la plupart des cas, c’est le frontal !

    Spiruline : Ah, c’est la petite suissesse qui parle ! Et je crois que les français ne peuvent rivaliser avec vous côté ordre. Qu’entends-tu par « si j’avais présenté cette série sans aucun commentaire » ? Tu veux dire si je vous l’avais présentée sans rien écrire, comme ça, « brut de brut » ? J’ai l’impression, mais je me trompe peut-être, que vos réactions auraient été assez identiques à ce que vous m’avez dit.

    Vous avez tous relevé que ces images sont très inhabituelles ici et vous avez tout à fait raison. Mais j’ai trouvé extrêmement intéressant de me forcer à sortir de ce que j’aime et ai l’habitude de faire. Attention, je ne suis pas du tout masochiste et j’ai pris du plaisir à réaliser cette série ! J’ai trouvé cela très stimulant et je peux vous certifier que j’ai dû aller chercher très loin les ressources pour vous donner à voir mon ressenti. Sachez que je suis véritablement heureuse de n’avoir pas été complètement à côté de la plaque et d’avoir réussi à vous communiquer mes interrogations. Merci de tout coeur pour vos interventions, vous m’êtes d’une aide très précieuse !

  20. Cette série, étrangement, m’évoque deux choses. La première : les photos pros des agences immobilières, ce n’est pas très intéressant. C’est une vision superficielle. La seconde me renvoie, et c’est en cela que c’est étrange, au film de Beneix « 37.2 le matin » dans sa première partie, lorsque les personnages sont contraints de remettre en teinte une série de bungalows construit à l’identique. La aussi j’ai eu ce sentiment d’ordre et de paresse masquant une implacable cruauté. La relation entre tes photos et ce sentiment est impossible à analyser. Cependant, je crois que ton travail n’est pas anodin et qu’il renvoie à notre pauvreté intellectuelle et à notre manque d’ambition endormies derrière des logis élevés pour être rassurants par leur ressemblance et leur manque d’humanité. Amitiés.
    Jonas
  21. Je vais peut-être à contre-courant mais moi, j’adore ta série. Elle est un parfait contrepoint à ton approche habituelle de la photographie, vivante et onirique.
    Ta série me rappelle cette photographie américaine que montre et critique la banalité de la vie dans les pavillons des banlieues. J’adore!
  22. […] série passionnante chez Laurence! La petite sibérie. Elle est assez dubitative sur ce travail. Peut-on ne pas être bienveillant à l’égard du […]
  23. Je ne sais pas pourquoi, mais en te lisant, j’ai de suite pensé à Desperate Housewives… Et aux « lotissements » aseptisés qui fleurissent un peu partout par ici, à grand renforts de panneaux de 4m sur 3 qui font la pub de nouveaux « lotissements à l’anglaise ». Ta série, elle me fait penser à un catalogue immobilier, un peu… comme les maisons témoins, en quelque sorte.
  24. Bonjour Jonas D., Marc et elpadawan !

    Pfiuuu, ton ressenti n’est pas optimiste Jonas ! Tu me diras, c’est également le mien … Je vois donc que mon message est bien passé. Et tu rejoins bien en cela bon nombre de « commentateurs » de cette série. Ceci dit, tu y ajoutes cette notion de « pauvreté intellectuelle et de manque d’ambition » car tu penses qu’elle est endormie. Je ne suis pas sûre. Les gens qui se font construire des maisons dans ce genre d’endroit font souvent énormément d’effort financier (donc de travail et de sacrifices) afin d’exaucer leur voeux de devenir propriétaire. Et pas n’importe où : ici et certainement pas en pleine campagne ni en centre-ville. Je pense qu’il faut donc être peut-être plus indulgent.

    Marc, c’est sûr, je ne suis pas la seule à être « étonnée » de ce style de lieu et de vie et la dénonciation de la vie étriquée des banlieues n’est certainement pas une nouveauté. Je suis vraiment contente que tu puises dans cette série une satisfaction non pas esthétique, mais surtout intellectuelle (enfin, j’imagine !). Merci de ton coup de coeur !!!

    elpadawan, tu vas penser que je suis très inculte mais je ne connais pas cette série (en fait, je ne regarde plus la télévision depuis des années et des années, du coup je suis très « has been » sur pas mal de points. Mais je comprend le côté « catalogue » immobilier. Ce qui me fait me demander quelle part de responsabilité ont les urbanistes et les architectes et plutôt que de rechercher à dénoncer les habitants, ne serait-ce pas plutôt eux qui imposent ces « modèles tout faits » (exactement comme le prêt à porter).

    Dans ce cas, Jonas D, la pauvreté intellectuelle est à chercher ici, en amont. Il n’y a qu’à regarder les centre-ville lorsqu’ils sont « rénovés » et l’uniformité que les urbanistes proposent : les mêmes matériaux pour le mobilier urbain, le même petit-pavé, les mêmes petits-arbres rabougris,… Aujourd’hui, je suis frappée (et atterrée et attristée) lorsque je viens en France de constater à quelle point tous nos centre-ville finissent par se ressembler, du nord au sud, de l’ouest à l’est. Ah certes, c’est propre, mais je trouve qu’à chaque fois qu’il y a « ré-aménagement » d’un centre-ville c’est un peu de l’âme propre à cette ville qui s’en va. C’est exactement à l’image de ces lotissements.

  25. Bonjour Laurence..
    Que m’inspire cette série?
    Une absence totale de vraie vie.

    En regardant tes photos, je ne pouvais ne pas penser à un petit village de l’île d’Elbe. C’est l’été. les ruelles sont vides, l’heure de la sieste.. Personne dehors à part un chat qui prend l’ombre sous un pot de fleurs.
    Mais un bruit de vie, une musique, des voix..
    Tout le contraire de ce que tu nous montres là.

  26. Bonjour, je ne suis pas fan des lotissements mais il faut leur reconnaître de nombreux avantages. Souvent les terrains sont prêts à construire, viabilisés et aménagés. Ils bénéficient de tarifs avantageux car le lotisseur, souvent la mairie, prend en charge une partie du coût d’aménagement ce qui diminue d’autant le prix de vente du terrain à bâtir. Les familles peuvent aussi bénéficier de prêts bonifiés ou d’aides pour accéder à la propriété. Certains lotissements intègrent des principes de développement durable comme ne pas exposer des façade au nord, rapprocher des maisons l’une de l’autre pour conserver de la chaleur, rompre la monotonie justement en variante les alignements, diminuer la surface du terrain pour baisser le coût d’entretien, l’utilisation d’eau, organiser la disposition pour créer une vie de quartier avec un centre à l’identique des places de village, pour créer du lien social, varier les formes d’habitat pour permettre de la mixité justement etc. Les photos de ce lotissement sont terribles en fait. Mais elles ne traduisent peut-être qu’une certaine vérité mais pas toute la vérité. C’est une Bonne idée de réflexion non, je rejoins d’ailleurs les interrogations de Cécile, merci Laurence !
  27. Non non, je ne te considère pas comme inculte (si le fait de n’avoir pas vu une des myriades de séries américaines faisait de quelqu’un un(e) inculte, je pense qu’on n’aurait pas vraiment beaucoup de gens cultivés dans l’assistance, moi le premier…). Le descriptif sur IMDB ou sur wiki devrait te donner une idée. La série se situe dans une banlieue, aux US, où toutes les maisons se ressemblent, dans un lotissement, où les femmes sont principalement au foyer en attendant que leurs maris rentrent du travail, où c’est le concours de la pelouse la mieux coupée, de la voiture la plus rutilante, etc… Et les histoires se focalisent sur ces femmes au foyer, avec chacune représentant un archétype limite caricatural (la maniaque fée du logis, la mauvaise mère, la top model, la supermaman qui gère ses 4 enfants, etc…)…
  28. J’ai pensé à une chose qui serait peut-être amusante: Y retourner dans trois quatre ans quand les arbres et les haies auront poussé, quand la vie y aura laissé ses empreintes Je suis presque certain qu’on n’aura pas les mêmes sentiments…
  29. Bonjour à vous !

    Dominique, je reconnais le grand optimiste en toi !!!

    Olivier : Bien sûr que ces lotissements ont plein d’avantages, je ne les renie pas ! Et puis si ce n’était pas le cas, ils n’auraient pas fleuri à ce point là jusqu’au moindre petit village de nos campagnes. Tout ce que tu dis est tout à fait vrai ! Sauf que … du point de vue urbanisme c’est très très loin d’être gagné !!! Peut-être que les tous nouveaux ont plus ce soucis écologique et de socialisation, mais ceux qui datent un peu et bien … ce n’est pas gagné …

    Elpadawan : promis, je vais essayer d’en visualiser quelques épisodes, histoire d’e^tre un peu plus dans le vent !

    Chri : comme je le disais précédemment dans une de mes réponses, ce lotissement a DÉJÀ des années !!!!!! Il y a encore pas mal de parcelles qui sont à vendre ou sur lesquelles il y a des maisons qui viennent tout juste d’être construites, et c’est ce qui donne ce côté inachevé très certaineemnt (car objectivement, c’est le cas !). Mais ceux qui sont arrivés là au tout début, ça fait déjà au moins 10 ans qu’ils vivent dans cet environnement. Je crois qu’il faudrait y retourner peut-être dans 100 ans (mais je ne serais plus là pour le voir …)

    Merci encore une fois de tout coeur pour vos interventions extrêmement intéressantes et qui nous ont permis d’avoir des échanges stimulants !!

  30. […] m’a aussi fait penser à une série de photos d’une photographe que j’aime suivre. Photos inhabituelles pour elle, qui reflètent ce […]
  31. J’adore cette série, ce côté aseptisé, parfait, un peu cliché, que l’on retrouve dans les nouveaux lotissements, phénomène appelé « nappe pavillonnaire ». Ca me fait toujours penser à des films (American Beauty, The Truman Show) ou des séries (Desperate Housewives), où c’est poussé à l’extrême.
    http://www.pss-archi.eu/forum/viewtopic.php?id=31273

    J’avais d’ailleurs dans un coin de ma tête une idée d’expo sur ce thème… mais il me manque encore les photos !

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