LE BLOG PHOTOFOLLE
- par Laurence Chellali

LA SANTE CHEZ LES PAUVRES


Pardonnez mon titre provocateur, mais aujourd’hui, le politiquement correct n’est pas ma tasse de thé. Attention, n’y voyez pas de message moral ou culpabilisateur ! Nous avons un merveilleux système de santé et nous n’avons pas à en rougir. Mais il n’en demeure pas moins vrai qu’à Assikoi, il vaut mieux avoir une bonne santé et pas d’accident … Le centre de santéAccueil Le personnel Ici, il y a donc un médecin avec quelques infirmier(ères), une sage femme et un pharmacien. Le médecin est fonctionnaire et est nommé à ce poste pour une durée déterminée. Celui que nous avons rencontré est bien entendu jeune, avec beaucoup de bonne volonté, mais surtout celle de partir dès qu’il aura les moyens de monter son propre cabinet. Je ne lui jette pas la pierre, tout un chacun souhaite améliorer ses conditions de travail et de vie, et il n’y a aucune raison que cet homme échappe à ce désir. Mais forcément, ce genre de système apporte son lot d’inconvénients, et en premier lieu la non implication et le risque de détournement de fonds. A l’opposé, Assikoi a un médecin dont les tarifs sont plus que raisonnables. Mais même à des tarifs très bas, quand on est pauvre, c’est trop, et bien malheureusement de nombreux assikoyens n’ont pas les moyens d’avoir accès aux services de santé. Le médecin, la sage femme et l'infirmier en chefLe pharmacien Un centre de santé dépourvu de moyens Le centre de santé compte 2 bâtiments : l’un réservé aux consultations et aux soins, l’autre à la maternité. Tous les 2 sont équipés de façon extrêmement sommaire. Lors de notre visite, il y avait très peu de monde et je vous promets que j’ai eu l’impression d’un centre de santé fantôme : des pièces quasi vides, des salles d’intervention sans aucun équipement même élémentaire, une pharmacie plus que minimaliste. Dans ces conditions, c’est sûr que c’est difficile d’exercer son métier de médecin, de pharmacien ou de sage femme. Les cas plus sérieux sont envoyés à l’hopital d’Adzopé quand l’ambulance est là. Cette dernière a été donnée par un assikoyen qui vit en Europe. Jusqu’à quand tiendra-t-elle ? Heureusement, les ivoiriens sont les champions de la mécanique et il est à parier que cette voiture bravera les plus terribles des ornières des 15 km de piste. l'ambulancechambresalle des premiers soins La maternité est équipée du plus strict minimum : une table d’accouchement, un pèse-bébé, une toise. Je crois sincèrement que c’est à peu près tout. La chambre : un grand et un petit lit. Les draps sont ammenés par les familles, ainsi que la nourriture. L’accouchée ne reste pas longtemps, grosso-modo juste celui de rassembler la somme pour payer « la prestation ». Seule une femme sur 2 accouche à l’hôpital. Par ailleurs, il semblerait que les grossesses de très jeunes filles soient de plus en plus nombreuses. Et il est vrai que je ne compte pas le nombre de très jeunes mères que j’ai pû croiser. La contraception est bien entendu quasi inexistante à cause du coût. Les femmes connaissent la pilule, mais il semble que ce soit le système des injections qui soit le plus développé car le moins onéreux. Pour ma part, je n’en n’avais jamais entendu parler. Et pour cause. Après quelques recherches sur internet, j’ai découvert que ce moyen de contraception n’est à utiliser que s’il n’y a pas d’autre solution car les effets secondaires concernant l’ostéoporose sont importants, sans parler du fait qu’il faut en moyenne attendre entre 9 et 18 mois après l’arrêt de ces injection pour un retour aux cycles normaux, une prise de poids très importante, et j’en passe … chambre de la maternitésalle d'accouchementle plan de travail pour l'accueil des nouveaux nésjeune fille de 15 ans en consultation de grossessejeune femme et son bébé qui a 2 heuresjeune mère de 17 ans qui me présente son deuxième enfant Une médecine d’urgence Les gens attendent souvent le dernier moment avant de consulter, quand tout a été tenté avec les moyens du bord. Parfois l’issue est fatale. Comme cette histoire de ce petit garçon décédé quelques jours avant mon arrivée. Tombé d’un arbre, il n’a rien dit à ses parents de prime abord. Mais les jours ont passé et il est allé de plus en plus mal. Ammené à l’hôpital, il est mort d’une lésion interne. Il avait 8 ans. Mais il arrive aussi que les choses s’arrangent, comme ça a été le cas pour ma petite voisine. Brulée très fortement à la jambe avec de l’eau bouillante, du talon jusqu’à l’aine, elle a été soignée à la biaffine, sans aucune consultation. Durant tout mon séjour, elle a boité, incapable de tendre ou de plier la jambe. Quand je suis partie, les croûtes commencaient à se former, la blessure n’était pas inffectée et la cicatrisation était en bonne voie. A 10 ans, elle sait qu’il faut être fort face à la douleur parce qu’il n’y a pas le choix. le médecin nous rejoint dans la maternitéA l'entrée, liste des patients qui sont en dette La vaccination Les moyens, l’argent, c’est tout ce qui manque à ces gens y compris pour la vaccination de leurs enfants. Notre association a financé une campagne juste avant mon arrivée. 800 enfants ont ainsi pû être vaccinés. Dans le même temps, le gouvernement ivoirien a également initié des vaccinations contre la polio, financées en partie grâce à des ONG. Sans tous ces dons, ces vaccinations ne pourraient pas se faire. Aujourd’hui, seule la solidarité permet à ces enfants d’échapper à des maladies mortelles ou handicapantes. Nous devons continuer cet effort de partage ! campagne de vaccinationfinancée par de nombreuses ONG La médecine traditionnelle Je dois vous dire que j’ai souvent pensé, face à ce dénuement de moyens financiers et matériels, à ce qu’était devenue la médecine traditionnelle. Cette pensée m’est venue lors d’une rencontre avec une jeune femme qui allait de maison en maison avec une bassine remplie de boîtes de médicaments usagées. Bien entendu, elle en ignorait probablement tout. Au meilleur des cas, il restait encore la notice et on pouvait espérer qu’elle pouvait la lire avant de vendre le comprimé. Au pire, elle distribue ces pastilles et sirops à l’inspiration. Comment en est-on arrivé là ? C’est une grosse carence de ma part que de n’avoir pas plus approfondi le sujet. Car quand je pense que l’Académie des technologies française a signé un accord de coopération avec l’Académie chinoise de médecine traditionnelle, je me dit qu’il y a vraiment des choses à faire, à (re)découvrir dans ce sens. Quand je pense à tous ces chimistes occidentaux qui vont dans les coins les plus reculés d’Afrique à la rencontre des médecins « traditonnels », qu’on appelle je ne sais pas pourquoi « guérisseurs », et ceci pour en savoir plus sur leurs connaissances des plantes, des pierres, des animaux et que sais-je encore ? Jusqu’à quel point, pour reprendre un terme de Bourdieu, l’a-culturation ou la dé-culturation a-t-elle fait des ravages ? Pharmacie de médecine traditionnellepharmacie de médecine de charlatans —————————————— Je suis seule responsable des propos tenus ici. Mon opinion ne reflète pas nécessairement celle de l’association ASSIKOI.

Laurence

Laurence

Côté rêvesJe dis souvent que je ne photographie pas ce que je vois, mais ce que je ressens. Grâce à la photographie, je peux modeler le réel et y imprimer mes sentiments en organisant les formes, les couleurs, les contrastes tels qu’ils me parviennent pour en faire émerger mon monde émotionnel. Côté pratique … Je gagne ma vie en vendant des photographies à des agences et à des collectionneurs, mais aussi en dispensant des cours de photographie dont vous pourrez trouver toutes les modalités dans la rubrique « Cours« . Plus apparentée à une « coacheuse photographique », j’aime pousser mes élèves à trouver leur propre chemin et leur style personnel.

3 Commentaires

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    Bernard Lévénez 20 avril 2009 à 11 h 54 min
    Bonjour Laurence,
    Je pense avoir été un des premiers adhérents à Assikoi, du temps de Meigné… Si je ne m’en suis jamais vraiment interessé je vois que toi, tu es vraiment très impliquée, je te tire mon chapeau, je vais prendre contact avec Marie Laure pour me remettre à mon niveau dans cette association.

    Bernard

  •    Répondre
    TEMOIGNAGE : Je connais Assikoi depuis 1995. Le centre de santé a été construit entre 1984 et 1988. Je ne sais pas exactement la date. A l’époque, le service permanent était assuré par un infirmier de brousse. En 1999, je me rends pour la quatrième fois à Assikoi, je retrouve alors Florence, une petite fille à qui je suis très attaché. Florence est malade. Ses camarades me disent « elle a chaud » et Florence me dit « j’ai la peau qui se soulève », j’observe et ne vois rien. Je la prends par la main et nous allons voir sa maman. Je dis à la maman : Florence est malade, il faut faire quelque chose. La maman tourne sa tête vers moi et me fait comprendre qu’elle n’a pas d’argent. Je l’invite alors à m’accompagner au centre de santé et je précise que je paierai la consultation et les médicaments. Diagnostic rougeole. Florence sera soignée, isolée des autres enfants, je ne la verrai pas pendant mon séjour. Aujourd’hui Florence est une merveilleuse jeune fille. En 2001, même scénario, Félicité 7 ans est malade, elle vit chez sa vieille grand-mère illettrée et sans argent. Je paie la consultation. On lui prescrit un antibiotique à avaler et des bains de bouches. Nous n’aurons les médicaments que le lendemain soir car il faut prendre le taxi brousse pour les chercher à Adzopé. Je paie les médicaments et le taxi brousse. Mais : L’antibiotique est a garder au frais, donc premier problème trouver un réfrigérateur. Deuxième problème faire comprendre à la grand-mère que ce médicament est à avaler, que l’autre est un bain de bouche qu’il faut recracher et qu’il faut prendre les médicaments trois fois par jour. J’essaie de faire quelques dessins sur les boites, mais peine perdue. Le lendemain, prenant peur par rapport à une mauvaise utilisation des médicaments, je confie Félicité à une jeune femme : Augustine. Aujourd’hui, Félicité est une merveilleuse jeune fille en pleine santé. Quelques temps plus tard, Augustine prendra d’autres enfants en charge et deviendra notre « maman d’accueil ».
    Je ne peux pas passer sous silence le décès de Débora 6 ans. Débora fait partie des enfants qui nous accueillent à notre arrivée. Elle va bien et joue ave ses camarades. Dans la nuit, elle a une crise de paludisme, le matin elle va mieux. Sa maman part aux champs. Dans la matinée Débora est conduite au centre de santé car son état c’est brusquement aggravé. A 19 h, elle nos quitte. Je n’apprendrais son hospitalisation et son décès que le lendemain.
    Par ce témoignage j’espère attirer votre attention sur la réalité des choses et mobiliser le plus de monde possible. Les lits qui sont au centre de santé ont été envoyés par conteneur par mon association.
    Robert MONDANGE LES AMIS DU PAYS D’ASSIKOI.
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    salut à tous,
    sur la question de santé, je ne suis pas un medecin, mais quand je connais aussi quelque chose qui peut faire avancer les choses; Dr.Regis peut en témoigner.
    tout cela pour dire nous devons tous nous intéressé à la santé de nos concitoyens. même si nous nous portons bien chez nous, regardons un tant soit peu chez le voisin pour pour voir son état de santé

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