
Avec une telle photo d’introduction, vous allez penser que je suis tombée amoureuse de ce boîtier ! Mais me précipitons pas les choses et attendez de lire la suite pour savoir s’il s’agit d’une vraie histoire d’amour ou d’une aventure sans lendemain 😉
Tout a commencé lorsqu’un ami m’a prêté son Leica monochrome accompagné des summicron 28 mm et 50 mm. J’avais déjà pas mal fantasmé sur ce boîtier à cause de la visée télémétrique (j’y reviendrai plus loin) typique de la gamme M des Leica et sur le fait que, étant équipé d’un capteur pour photographier exclusivement en noir et blanc, ce Leica devait forcément produire de superbes images monochromes 😉 Mais le prix stratosphérique de ce boîtier a fait en sorte de laisser dans les limbes mes fantasmes, jusqu’à ce jour de printemps où j’ai enfin pu tenir l’objet de mes désirs 😉
Avertissement :
Je ne suis absolument pas une aficionados du matériel photo que je considère seulement comme un outil. Mais ça ne m’empêche pas d’être curieuse lorsqu’il y en a qui sortent du lot.
Par ailleurs, il faut bien retenir que ce post n’est en rien un test et qu’il porte uniquement sur mon ressenti personnel. Donc bien entendu, dénué de toute objectivité 😉
* Le Leica Q a connu un succès (mérité) incroyable et est devenu l’un des appareils les plus connus de la marque ! J’en possède moi-même un depuis des années et je ne m’en séparerais pour rien au monde ! Si ca vous intéresse, j’avais écris ceci à son propos : Le Q m’a eue et Retour sur le Leica Q.
** Je parle de l’analogique au passé mais c’est juste pour mettre l’accent sur le côté anachronique de Leica. Bien sûr que l’analogique est encore bien présent dans nos pratiques !!
Présentation du Leica Monochrome (Typ 246)
Avant toutes choses, présentons ce boîtier atypique dans le monde des appareils photo numériques d’aujourd’hui.
Leica est connu pour 3 choses : la cherté de ses appareils et objectifs, la qualité de ses produits et … son conservatisme. C’est ainsi que toute la gamme M, celle qui est probablement la plus connue*, continue de proposer des appareils avec mise au point exclusivement manuelle et via la visée télémétrique, ce qui au temps du numérique et du tout automatique peut sembler pour le moins surprenant ! Et cerise sur le gâteau, ce Typ 246 ne peut produire que des images en noir et blanc. Là, je crois qu’on dépasse l’anachronisme et que l’on est pas loin de tomber dans le consumérisme de passionnés, car même au temps de l’analogique on pouvait choisir si nos prochaines 12, 24 ou 36 poses seraient en couleur ou en noir et blanc**. On n’avait qu’à changer de pellicule. Mais puisque ce Leica est un appareil numérique et qu’on ne peut pas changer de capteur comme de pellicule, on se retrouve à avoir le boîtier complet dédié au noir et blanc.
Je ne vais pas rentrer dans la technologie pure du capteur car j’en serais bien incapable. La seule chose qu’il faut retenir, c’est que le capteur du monochrome est conçu pour enregistrer les images en niveaux de gris et qu’il est donc impossible de produire des photos en couleur.
Je tiens à préciser que le Leica que j’ai essayé n’est pas du tout de la dernière génération et que sa sortie date quand même de 2015. La marque a depuis lors sorti d’autres appareils dits « monochromes » dans sa gamme.


Le fonctionnement du Leica 246
Mis à part qu’il ne peut prendre que des photos en noir et blanc, rien ne le différencie de tous les appareils photos du monde. Je dirais même mieux, à l’instar de tous les Leica, il est d’une simplicité biblique à l’usage, ce qui est à mes yeux une qualité hors pair !
La visée télémétrique
Par contre, ce qui change fondamentalement par rapport à tous les autres appareils photo, c’est sa visée télémétrique. Et ça, ça oblige à revoir presque tous ses réflexes d’utilisateur d’auto-focus, ce qui n’est pas rien. Vraiment pas rien ! Mais à l’usage, c’est aussi tout ce qui fait le charme de la prise de vue avec ce type de visée 🙂
Il faut donc oublier l’auto-focus et faire le point à la main. Dans le viseur, on voit donc 2 images et il faut tourner la manette du focus jusqu’à ce qu’elles coincident parfaitement.
C’est évidemment bien plus lent que le focus automatique mais d’aucuns disent qu’il s’agit d’une habitude à prendre. Je les crois volontiers 🙂 Ceci dit, hormis pour les photos où le sujet ne bouge pas (photos posées, nature morte, paysage,…), la mise au point manuelle reste bien plus lente et surtout il est très facile de faire une erreur. C’est pour cela que l’on doit retourner dans la majeur partie des cas à la bonne vieille formule de l’hyperfocale 🙂
L’hyperfocale
Peut-être que parmi vous, certains se demanderont « mais qu’est-ce que c’est que ce machin ? » En fait c’est très simple, l’hyperfocale est tout simplement la distance à partir de laquelle tous les objets sont nets. Elle est donc en étroite relation avec la notion de profondeur de champ et donc de l’ouverture du diaphragme.
Avec les objectifs actuels, l’hyperfocale n’est plus que très rarement utilisée car les auto-focus sont diablement efficaces, à tel point que les repères d’hyperfocale ont même disparu de la plupart des objectifs modernes ! Cependant, certains ont encore ces informations et je suis sûre que vous avez déjà vu ces échelles en vous demandant peut-être à quoi ca pouvait bien servir 😉

Vous aurez donc compris pourquoi, en l’absence d’auto-focus, cette hyperfocale est essentielle car c’est elle qui va nous permettre d’être rapide.
Une fois ce préambule expliqué, passons à mes coups de coeurs avant de m’épancher sur mes coups de gueule 😉

Ce que j’ai aimé !
La spontanéité
Et bien justement, j’ai adoré la mise au point grâce à l’hyperfocale ! Ce qui est fantastique, c’est qu’il n’y a qu’à mettre l’oeil dans le viseur et ne s’occuper que du cadrage et de la composition. J’ai ressenti un vent de liberté et de spontanéité qu’on ne peut pas avoir avec un auto-focus.
En effet, lorsque l’on utilise l’auto-focus, il faut forcément faire le point quelque part, et même s’il est super rapide, il y a quand même ce laps de temps de réflexion et de mise au point qui provoque un petit arrêt, une suspension dans l’acte photographique. Avec l’hyperfocale, on voit, on déclenche et c’est tout 🙂
Après ma première sortie, j’ai été étonnée du peu de « déchets » liés à un défaut de mise au point (il y en a eu beaucoup quand même mais dûs à d’autres problèmes dont je vous parlerai plus loin). Ce n’était pas la première fois que j’utilisais cette technique de mise au point, mais je l’avais toujours faite avec des appareils type « Rolleiflex », donc beaucoup plus lourds, moins pratiques et peu maniables, et je n’avais pas réalisé à quel point elle pouvait offrir cette spontanéité. Alliée à un appareil discret, ultra silencieux, l’utilisation de l’hyperfocale rend la photo peut-être plus instinctive, moins pensée. Ce qui me va très bien ! Bref, je continuerai l’expérience avec mon Leica Q à l’avenir car, conservatisme oblige, son objectif possède les repères 😉 Et si vous, vous avez un objectif qui permet de mesurer l’hyperfocale, c’est une méthode de mise au point que je vous recommande chaudement !!






Appareil simple, intuitif, sans fioritures
Ce Leica ne trahit évidemment pas la philosophie de ses appareils sur leur simplicité d’usage et comme je l’écrivais précédemment, c’est un vrai bonheur à l’usage. Je ne l’avais jamais eu en main et pourtant, c’est comme si je l’avais toujours possédé.Rien ne change pour ainsi dire par rapport à mon Leica Q et j’ai immédiatement retrouvé toutes mes marques. C’est à dire pas grand chose mais exactement ce qu’il faut pour photographier 😉 Accès immédiat à l’ouverture, la vitesse, les ISO. Et 2 boutons d’option pour le mode de mesure de la lumière et la mémorisation d’exposition. Quand je compare l’ergonomie des Leica à mon Fujifilm GFX 50R (rien que le nom me donne mal à la tête 😉 ) c’est le jour et la nuit. J’adore le rendu des photos de ce Fuji et je ne regrette pas un instant de l’avoir. Mais quel désastre tous ces boutons partout qui ne servent à rien !!

Ce que j’ai moins aimé, voire pas du tout aimé
Et oui, malgré ce que je vous ai décris plus haut, ca n’a pas été le coup de foudre et après cet essai, cet appareil a disparu de la liste de mes fantasmes. Voici pourquoi …
L’objectif apparait dans le viseur
C’est peut-être le problème le moins grave car c’est probable qu’on finisse par s’habituer et s’adapter. Mais quand même …
Je disais précédemment que j’avais été étonnée du peu de « déchets » liés à un défaut de mise au point. Mais combien j’en ai eu à cause de cadrages et de compositions totalement ratées !
En effet, un des gros gros gros inconvénients de cet appareil, c’est que l’objectif apparait dans le viseur. Et c’est encore pire quand on met le pare-soleil, pourtant indispensable. Voici ce qu’on voit à l’intérieur :

Comme vous pouvez le constater, le pare-soleil occupe un bon quart du viseur. Celui-ci est celui du 28mm et c’est probablement le plus invasif. Une encoche percée est d’ailleurs prévue pour pallier à ce problème, mais franchement, ça ne le résout qu’en partie. Et même sans pare-soleil on continue d’avoir un angle mort ce qui pour moi est vraiment rédhibitoire.
Certes, on cherche ici à avoir des photos très spontanées et intuitives. Certes, j’ai décidé d’être moins accros au cadrage millimétré et de plus « laisser aller » les choses. Mais là c’est un saut trop radical pour moi et j’ai quand même besoin de voir tout mon cadre pour décider si oui ou non j’y intègre ou non tel ou tel élément.
Le cadre n’est pas délimité par le viseur mais par un entourage blanc
Seconde grosse difficulté qui m’a bien rafraîchie, c’est le fait que, en fonction de l’objectif monté, ce que l’on voit dans le viseur n’est pas le cadrage final !
Reprenons notre première photo pour illustrer ce que je veux dire. Le cadre blanc que l’on vois dans le viseur est en fait le fait le cadre réel. Tout ce qui est en dehors sera hors du cadre de la photo. Quand on monte un 28mm il n’y a qu’une très petite différence, mais là, avec le 50mm, il faut donc aussi faire attention à ces lignes blanches. Je n’ose même pas imaginer quand on monte une focale plus longue !
Donc, entre la mise au point manuelle, l’objectif qui obstrue la visée et l’attention au cadre, c’est quand même un sacré exercice et je dois dire que tout le gain de spontanéité et de discrétion que peut apporter cet appareil, je l’ai allègrement perdu lors de mes essais. Et pour le coup, je peux vous assurer que les photos de mes sorties au 50mm sont presque toutes parties à la poubelle !

La qualité du fichier
Alors vous me direz les 2 problèmes qui m’ont posé des difficultés ci-dessus peuvent se résoudre avec l’habitude. Il suffit de beaucoup s’entraîner 😉 Un appareil à vision télémétrique se conquiert ou s’apprivoise selon son tempérament et il faut le temps qu’il faut pour l’avoir bien en main comme on dit 😉
Mais un fichier pas terrible restera un fichier pas terrible et en plus difficilement exploitable. Et je dois dire que les images procurées par ce M246 m’ont vraiment laissées sur ma faim.
Je n’ai rien à reprocher au noir et blanc en soi mais je ne le trouve pas non plus aussi extraordinaire que ça et j’ai beaucoup de mal à voir la différence avec un fichier raw en couleur converti en n&b. Peut-être se voit-elle à l’impression ?
Par ailleurs, lorsque je décide de photographier en n&b, je profite d’habitude avec bonheur de l’option « rendu monochrome » que mes 2 appareils photo me fournissent. D’une aide incroyablement efficace, elle permet de directement voir en n&b à la prise de vue, ce qui garantit une composition 100% ad hoc (voir à ce sujet cet article sur le noir et blanc). Or avec cette visée télémétrique je me retrouve comme avec un appareil reflex où je ne peux qu’imaginer le n&b. J’avais probablement perdu l’habitude et j’ai donc été souvent déçue par mes images, tout simplement parce que je ne les ai pas bien anticipées en n&b. Et là, pour le coup, impossible de revenir en couleur puisque par définition le capteur ne les enregistre pas. Mais là encore, il s’agit d’une question de pratique et ce serait injuste de totalement blâmer cet appareil pour ça. Sauf qu’en ce qui me concerne, je trouve que c’est dommage, d’autant que le dos de l’appareil, lui, offre un écran avec la vision numérique en n&b de la scène. C’est donc bien possible d’avoir une visée télémétrique digitale et de potentiellement pouvoir bénéficier de tous ses avantages !
Là où je suis très très déçue, c’est au niveau de la dynamique. Cet appareil « crame » les blancs tellement facilement que c’est à se demander s’il est fait pour supporter la lumière méditerranéenne 😉 La photo ci-contre en est un exemple parfait avec une scène certes très contrastée, mais je sais que mon Leica Q n’aurait jamais cramé à ce point les arches sur la gauche. J’ai bien essayé de récupérer un peu les blancs mais je n’ai fait que du gris. Quand c’est brulé, c’est brulé 😉 Bon, il est vrai que ce M246 date de 2015 et comme je le disais précédemment, Leica a dû faire des progrès depuis. Mais c’est un appareil que l’on trouve encore d’occasion entre 3800 et 4600 euros ! (sur le site officiel de Leica avec 2 ans de garantie). Et bien entendu je parle sans objectif 😉
J’avais entendu dire qu’avant l’arrivée du Leica Q les appareils numériques de la marque étaient décevants, surtout par rapport à ce qui se faisait chez la concurrence pour un tarif beaucoup, beaucoup, beaucoup moins haut. Je ne peux que confirmer …



En conclusion
J’ai trouvé cet essai passionnant et je me suis sincèrement amusée avec ce boitier ! Mais j’en ai conclu qu’il n’était pas pour moi, non seulement du point de vue prise en main avec trop de contraintes mais aussi au niveau qualitatif.
Mon sentiment est que ce genre de boîtier est un peu anachronique dans le monde de la photo aujourd’hui et il se situe vaguement entre 2 univers. Ni appareil numérique performant avec tous les avantages et le confort de prise de vue qu’on peu avoir, et notamment depuis l’avènement des appareils sans miroir (mirrorless). Ni non plus appareil analogique qui eux nous obligent à une autre manière de photographier et dont le rendu des films est inimitable.
C’est un boitier qui se veut élitiste, techniquement et financièrement, mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? S’imposer des contraintes techniques, ou plutôt ergonomiques si on veut être plus exact, nous fait-il faire de meilleures photos, ou tout du moins des photos différentes ? Peut-être, … mais j’en doute. Je n’ai pas eu le temps de m’habituer suffisamment à la manipulation de ce Leica pour en avoir une idée précise. Mais une chose est sûre, c’est que les résultats que j’ai obtenus n’ont pas été à la hauteur de ce que j’espérais. Si je le compare à mon moyen format (le Fuji GFX50R) dont je n’aime pas franchement l’ergonomie, qui est plus technique qu’un autre appareil et qui m’oblige donc à penser différemment mes prises de vue, la qualité des photos que j’obtiens au niveau du rendu, de la qualité du « piqué » ni trop dur ni trop mou, de la quantité de détails, … est telle que j’accepte sans rechigner ces contraintes. Ce qui n’a pas été le cas pour ce Leica.
Vous l’aurez donc compris … mon verdict est que je ne fantasmerai plus sur ce Leica M246 Monochrome ! Ceci dit, comme je suis pour le pluralisme et la diversité, je ne jugerai certainement pas les adeptes de ce modèle. Il faut de tout pour faire un monde, n’est-ce pas ?




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