Minimalisme sépia

… et en sur-exposition

Il y a quelques mois, j’avais été invitée dans le Xinjiang, cette immense province au nord ouest de la Chine. J’avais d’ailleurs rédigé un article à ce propos que vous pouvez retrouver ici : http://www.photofolle.net/rencontre-avec-les-ouighours/

Je vous avais parlé de plein de choses, des gens, de la musique, de la peinture, du sur-tourisme … mais pas du désert ! Et pourtant, au centre du Xinjiang il y a le désert du Taklamakan, le plus grand au monde de dunes mouvantes (il est classé 18ème mondial en terme de surface). Depuis des siècles les habitants luttent contre lui et il y a d’ailleurs un projet pharaonique de barrage vert pour empêcher son avancée. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler aujourd’hui.

Lors de ce séjour, les organisateurs nous ont emmenés dans 2 points différents, et à chaque fois j’ai presque eu un fou-rire à cause du côté absurde des situations. En effet, sur le premier spot, nous avons été pris dans une tempête de sable, ce qui nous empêchait de voir à plus de 10 mètres. C’est ballot, car par définition il n’y a déjà pas grand chose à photographier dans un désert, alors quand la tempête s’y met, autant dire qu’il faut de l’imagination pour produire des photos. Et le second spot était supposé être une vitrine du développement du tourisme dans cette région très pauvre du Xinjiang. Manque de chance, il n’y avait personne, pas un touriste, pas un chat … mais quand même des dromadaires 😉

Vous imaginez bien que ces 2 situations ont été un super carburant pour photographier même si tout semblait se liguer contre nous 😉 Et comme durant toute la durée de mon séjour dans le Xinjiang, ici aussi j’ai vu les choses en noir et blanc. Mais cette fois-ci, peut-être à cause de la couleur du sable, de l’extrême luminosité ou de ces dunes à perte de vue, je me suis dit que j’aillais essayer pour la première fois de faire un virage sépia. Oui, vous avez bien lu … je crois bien que c’est la première fois que je m’essaye à cette tonalité ! Je ne sais pas vraiment pourquoi je ne l’ai jamais explorée jusque là. Peut-être par peur de faire des images un peu vieillottes ? De ne pas bien maîtriser cette « couleur » ? Par apriori ? Toujours est-il que je l’ai bien senti à ce moment 😉

Le spot numéro 1 : la tempête

Comme toujours en Chine lorsqu’ils décident de mettre les moyens, ils n’y vont pas de main morte. Nous nous sommes retrouvés à l’entrée de ce que, nous, nous appellerions un parc d’attractions. Mais en fait, il s’agit simplement d’un centre d’accueil touristique où les visiteurs peuvent trouver tout ce dont ils ont besoin pour faire leur incursion dans le désert : vêtements, ombrelles, bottes de protection, bâtons de marche, souvenirs et bien entendu, … des restaurants ! – je dis toujours qu’il est absolument impossible de mourir de faim en Chine tellement il y a de restaurants partout et ouverts à toute heure 😉

Ce centre d’accueil était flambant neuf et avait été inauguré seulement quelques semaines avant notre visite. Or, non seulement nous étions hors période touristique, mais en plus il n’avait pas encore acquis de notoriété. Donc autant dire qu’il était vide … totalement … absurdement vide. C’est toujours étrange de se retrouver seul dans des lieux faits pour accueillir des milliers de personnes. Mais quand en plus une tempête de sable se lève et qu’on n’y voit plus à 10 mètres, de tels endroits prennent des allures de ville fantôme !

Donc la tempête se lève tout à coup et aussitôt, le personnel se précipite pour nous distribuer des foulards et des lunettes de protection contre le sable. Je range vite mon Leica Q qui n’est pas tropicalisé (c’est un vieux monsieur, je crois qu’ils ont réglé ce problème avec les nouveaux modèles). Heureusement que j’avais ma « Grosse Bertha », un moyen format Fuji GFX50R qui lui est tropicalisé. Et dans ces conditions, en étant quasiment aveugles, il fallait qu’on prenne des photos ! Pour les paysages de carte postale, c’était clairement rapé 😉

Une fois passé le « centre d’attraction », ils nous ont fait nous engouffrer dans des petites voiturettes sans toit pour nous emmener plus profondément dans le désert. On n’y voyait toujours rien et durant les 15 minutes de trajet mes vêtements et mon sac photo ont eu le temps de se remplir de sable ! Personnellement je me suis beaucoup amusée car c’était une situation tellement absurde qu’on ne pouvait qu’en rire !

Ils nous ont déposé près d’un hangar où toutes sortes de véhicules de divertissement nous attendaient : des quads, des luges, des motos,… Mais on n’a pas pu les utiliser car on risquait réellement de se perdre compte-tenu de la visibilité quasiment nulle. Je résume donc la situation : il fallait qu’on photographie une étendue de sable à perte de vue, sans soleil – et donc d’ombres – pour donner du relief, bouchée par un mur de sable et il fallait que les photos donnent envie de venir ici. Comment dire … sacré défi 😉

Qu’à cela ne tienne, le vent s’est légèrement calmé et nous avons pu commencer à y voir un peu mieux et surtout plus loin ! Mais il n’empêche, j’étais condamnée à faire des photos … minimalistes. Et ca a été loin de me déplaire ! Là, il s’agissait de chercher la moindre variation de lumière, la moindre ligne qui se détachait à peu près, le moindre relief qui donnerait un peu de structure à la photo. Le tout avec des lunettes en plastique et un foulard sur le nez.

Le spot numéro 2 : le no man’s land

Le lendemain, à une centaine de kilomètres du premier spot, nous nous sommes rendus dans un autre « parc d’attraction ». Celui était encore bien plus grand mais beaucoup plus ancien. Je vous épargnerai cette fois-ci les photos car le kitch côtoyait tellement les fausses pierres, les fausses plantes, les faux animaux, les fausses statues que c’en était comique 😉

Cette fois-ci, ils nous ont fait monter dans une sorte de gigantesque camion 4×4 et nous avons mis plus d’une heure à arriver à notre destination ! Très vite j’ai compris l’intérêt de ce camion juché sur des roues gigantesques : les pistes sont régulièrement ensevelies sous le sable ce qui fait que le véhicule doit être capable de franchir les dunes nouvellement formées en toutes circonstances. Je confirme, le Taklamakan est bel et bien un désert de dunes mouvantes !

Notre destination était un nouveau spot touristique perdu dans le désert. Sauf que, bien que le temps cette-fois-ci était clément – c’est à dire ensoleillé et surtout sans tempête de sable ! – j’ai eu l’impression d’arriver dans un endroit totalement abandonné …

Une fois encore, je me suis retrouvée dans une situation avec une sensation d’absurdité qui m’a fait beaucoup rire. Qu’est-ce qu’on faisait ici ?

En fait, à part des yourtes vides, sans rien à l’intérieur, et quelques chameaux qui attendaient le client, il n’y avait strictement rien à voir ni à faire. Franchement, j’aurais été une touriste j’aurais demandé un remboursement ! Heureusement que nous les photographes, nous sommes capables de nous amuser avec 3 fois rien !

Mes compagnons photographes ont décidé de faire une ballade en dromadaire, histoire de voir si un autre point de vue sur ce néant était possible 😉 Pour ma part, j’ai préféré rester et me concentrer sur les quelques petits éléments graphiques que je pouvais me mettre sous la dent. Et finalement, ça a été leur procession au loin qui a été la plus satisfaisante ! Ils étaient si mignons 😉 😉

Je dois quand même signaler que, fort étrangement, ici il y avait un petit lac ! En fait, la nappe phréatique est toute proche dans cette région et elle est abondamment alimentée en eau par la cordillère des Kunlun qui est toute proche. Cette chaine de montagnes fait office de transition entre la Chine et le Pamir et compte pas mal de sommets à plus de 7600 mètres. Et juste derrière, se niche le K2. Je vous raconterai peut-être dans un autre article comment les chinois sont en train de planter des forêts entières pour limiter l’avancée de ce désert, et ceci grâce à la précieuse eau sous-terraine.

Je dois avouer que je suis assez déstabilisée par le rendu sépia de mes photos sur fond blanc, surtout celles qui sont sur-exposées. Elles sont beaucoup plus jolies quand on les regarde sur un fond noir ou gris très sombre, comme c’est le cas dans mon logiciel de développement. J’espère que cela ne vous aura pas trop dérangé !

Comme je le disais en introduction, c’est la première fois que je me lance dans le sépia. Mais j’apprend et si certains d’entre vous ont des remarques ou des conseils à me donner, je suis plus que preneuse !

En tout cas, j’espère que vous aurez apprécié ces incursions désertico-monochromatico-minimalistes 😉 J’ai laissé parler mon ressenti et le sépia correspond assez bien à ces ambiances surréalistes il me semble. Le noir et blanc apporte toujours une part d’échappatoire au monde réel, et le sépia, qui rappelle bien la couleur du désert par ailleurs, offre une petite couche supplémentaire à cette distance au réel.

Quoi qu’il en soit, vous l’aurez bien compris, je me suis beaucoup amusée ici malgré l’adversité. Nous, les photographes, arrivons presque toujours à nous accommoder des conditions de prise de vue. Par contre, il ne faut pas nous demander l’impossible et si les organisateurs attendaient de nous des paysages de carte postale, aucun d’entre nous n’a pu leur en fournir.

Allez, si … quand même une petite 😉

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Commentaires

2 réponses à “Minimalisme sépia”

  1. Avatar de christine

    Promotion touristique assurément ratée (il faut être un peu maso pour vouloir passer ses loisirs dans ce no man’s land) mais alors l’ambiance de tes photos, j’adore! Je les regarde et vois le sable danser devant mes yeux, j’ai envie de caresser les courbes des dunes, je me perds dans ce néant. J’aime beaucoup ton choix du sépia qui en l’occurrence ne donne pas du tout un rendu vieillot. Un grand bravo de t’en être sortie aussi bien dans ces conditions dantesques.

    1. Avatar de Laurence Chellali
      Laurence Chellali

      Merci ma chère Christine ! Oui, franchement, côté tourisme prestation assurément ratée comme tu dis. Mais qu’est-ce que je me suis amusée !!

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