Que font 2 photographes qui passent du temps ensemble ? Elles font de la photographie et souvent, elles s’échangent leur matériel, histoire de voir et de tester autre chose…
C’est ce que nous avons fait avec mon amie Anne-Laure lors de son séjour à Genova cet été et elle m’a gentiment prêté un petit objectif rigolo comme tout : un toy lens SLR Magic. Monté sur mon appareil photo micro 4/3 (ici on les appelle « mirror less »), ce 11 mm est devenu grosso modo un 22 mm, donc un grand angle. Ce petit objectif tout en plastique (à part peut-être la lentille, je ne me souviens plus …) permet de réaliser des photographies avec un effet « lomographie », c’est à dire que les distorsions, les aberrations chromatiques, le vignettage, … bref, tous ces défauts bannis par les objectifs « standards » sont au contraire recherchés.
Aujourd’hui, j’aimerais vous faire part de mon retour d’expérience.
Je ne suis pas une spécialiste de matériel, loin s’en faut ! Je n’en ai pas énormément et surtout, j’ai le même depuis des années car celui que j’ai comble tous mes besoins. Aussi, pardonnez-moi si je ne suis pas super précise et technique dans mon petit compte-rendu 🙂
Impressions générales
Le rendu que cet objectif donne à nos photos (et je pense de ces types d’objectifs en général dits « TOY ») est très marqué, et s’il est amusant à utiliser de temps en temps, je pense que sa « personnalité » est tellement forte que je ne me verrais pas l’utiliser si souvent que cela. Ceci dit, de temps en temps cela ne me déplairait pas de partir avec lui, avec en tête une idée pour profiter de ses caractéristiques « lomographiques ». Il est vrai que c’est un investissement pas trop onéreux (Anne-Laure m’a parlé d’une centaine d’euros) au regard du matériel photographique en général, alors pourquoi ne pas y penser un jour …
Dès la prise de vue, j’ai donc été frappée en tout premier par le rendu des couleurs. Peut-être que certains d’entre vous pourront m’en expliquer les raisons (à cause de la lentille plastique ?), mais les contrastes sont vraiment présents. Et malgré le fait que j’ai fait mes photos en format raw, au final je me suis rendue compte que je ne pouvais plus jouer tant que cela sur les courbes de contraste sans ruiner la qualité des photos. C’est drôle car en cela les décisions de réglage à la prise de vue se rapprochent vraiment de l’argentique où j’ai constaté plus d’une fois que même scannérisé numériquement il était ensuite délicat et limité de jouer sur les rendus de couleur ou de contraste. De la même manière, la précision de cadrage est vraiment importante mais j’y reviendrai plus loin.



Je vous présente les 3 photos ci-dessus sans aucune correction de post-production. Vous remarquez à quel point elles sont « naturellement » contrastées ? Est-ce que c’est lié au fort vignettage, au flou sur les bords et à la forte distorsion qui, en comparaison avec le centre de la photo nous donne cet effet de contraste intense ?
Je n’ai pu que légèrement modifier le contraste (et donc les couleurs) dans la photo-ci-contre

Une autre option peut consister à, au contraire, complètement exagérer le rendu original en contrastant à l’extrême la photo. Il est vrai que ce n’est pas classique et que ce ne sera certainement pas au goût de tout le monde, mais je trouve que pour ma part, lorsqu’on décide d’utiliser ce type d’objectif pour son rendu « hors normes », c’est justement pour sortir des sentiers battus. Alors, pourquoi ne pas oser, à l’image de ces photographies ci-dessous 🙂



… Et rien ne nous empêche de faire la même chose pour les photos n&b …


Précision de cadrage
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cet objectif à la « qualité douteuse » nous oblige à cadrer avec une très grande précision si on ne veut pas voir disparaître tout l’effet lomographie recherché, et notamment le vignettage. Car celui-ci, bien qu’assez aléatoire en fonction de l’ouverture du diaphragme est quand même bien présent sur toutes les photos, et surtout sur la surface des plus petits côtés de la photo (en haut et en bas dans le cas d’une image au format vertical, et à droite et à gauche dans le cas d’une photo au format horizontal). Aussi, si on ne veut pas avoir « un bout de vignettage » qui traine tout seul, il faut sérieusement s’appliquer à la prise de vue car tout redressement sera interdit après.
L’exemple ci-contre est assez parlant : la photo originale est de travers et le vignettage super limite en haut de l’image. Impossible donc à redresser si je veux le garder « intègre ». Il ne me reste plus alors qu’à contraster à l’extrême pour le faire disparaître. Mais le résultat final est plus que bof car la scène apparait selon moi de manière très déséquilibrée dans le cadre.


Un peu dans le même ordre d’idées, je crois qu’en utilisant ce genre d’objectif pour faire de la photographie d’architecture, il faut s’attendre et accepter le fait que tout soit déformé, et surtout tout ce qui est près du bord ! Ainsi, lignes et graphisme seront soumis aux aléas des déformations. Pour ma part, ce n’est pas pour me déplaire et cela peut donner un effet intéressant.

[wc_fa icon= »arrow-circle-right » margin_left= » » margin_right= » »][/wc_fa] À propos du vignettage
Cet objectif est entièrement manuel ce qui veut dire que c’est au photographe de décider de l’ouverture et de la mise au point. En ce qui concerne le vignettage, ce qui est très intéressant c’est que celui-ci change d’aspect en fonction de l’ouverture du diaphragme.
- Si celui-ci est complètement fermé, vous aurez un vignettage comme dans la photo ci-dessus, c’est à dire avec une frontière très nette entre l’image et la zone noire.
- Si au contraire il est très ouvert, le vignettage sera alors beaucoup plus adoucit, voire quasiment invisible si vos bords de l’image sont déjà dans une zone sombre. Seules alors apparaîtront les déformations de l’objectif.
Dans les exemples ci-dessous je ne peux malheureusement pas vous donner les valeurs d’ouverture car cet objectif ne permet pas la mémorisation des exifs de ce point de vue. Je le fais donc de mémoire, et il se peut qu’elle défaille. Attention donc à ne pas prendre au pied de la lettre ce que je vous communique 😉




Un effet inattendu
Si quelqu’un peu m’expliquer ce qui s’est passé dans le cas de ces 2 photos je suis preneuse. Pourquoi est-ce que j’ai eu cet effet de « quadrillage » dans les 2 photos ci-dessous ? Je dois avouer que je ne m’en suis pas rendue compte sur le moment (j’ai pensé que mes photos étaient tout simplement floues …) et donc je ne peux pas dire quels éléments particuliers sont intervenus. La lumière n’était pas particulière, son angle par rapport à moi ne me semble pas problématique … Alors, qu’est-ce ? 😉


La mise au point
De même que le contrôle de l’ouverture et de la fermeture du diaphragme est manuel, la mise au point l’est également. Pour ma part, ce n’est pas un souci puisque j’ai l’habitude de réaliser mes photographies en mise au point manuelle lorsque je suis avec mon réflex. Par contre, avec mon micro 4/3 et l’objectif que j’utilise toujours dessus (un 20 mm f/1,7, soit plus ou moins un 40 mm) je ne suis jamais en mise au point manuelle car la bague de cet objectif est tout simplement intenable tant sa course est longue et surtout ne s’arrête jamais. Avec ce petit objectif, ce n’est pas le cas du tout et la mise au point s’effectue vraiment bien. Par contre … par contre … où faire la mise au point ?
Là, je dois avouer que j’aurais encore besoin de l’avoir en main (Anne-laure, quand reviens-tu à Genova 😉 ) pour y comprendre mieux. Je vous donne tout de suite un exemple pour illustrer mon « désarrois » :

C’est sûr que j’étais à pleine ouverture car il s’agit d’une statue à l’intérieur d’un palais et le vignettage est suffisemment estompé pour que je puisse l’affirmer sans me tromper. Je devais également être très près de la statue car l’effet grand angle amplifie largement les jambes du sieur. On voit bien que j’ai fait la mise au point précise sur les yeux de la statue mais il me semble que compte-tenu de ma proximité et l’ouverture du diaphragme, les genoux auraient du être bien plus flous, un peu comme le tronc et le chapeau. Or, les jambes sont presque au point, ce qui défie toute logique photographique : comment peut avoir une mise au point en même temps sur 2 parties éloignées différemment l’une de l’autre, sachant que l’ouverture du diaphragme est maximale ? J’ai remarqué ce même phénomène sur plusieurs autres photographies mais celle-ci est vraiment significative. Quelqu’un aurait-il une réponse à me donner là aussi ?
La technique du « centré-décentré ne fonctionne pas
La plupart du temps, j’utilise ce qu’on appelle la technique du « centré décentré », c’est à dire que je fais la mise au point au centre puis je compose et je cadre ma photo en décentrant mon sujet mis au point. Or avec cet objectif, mis à part le problème étonnant soulevé plus haut, la zone de netteté se trouve essentiellement au centre de l’image ! Donc, pour les adeptes comme moi du décentrage extrême, gare aux erreurs de mise au point ! Ci-après un autre exemple pour illustrer ma déconvenue :


Enfin, dernier petit souci mais qui n’est pas lié directement à l’objectif, c’est la précision de la mise au point à travers l’écran. Bien que celui de mon appareil photo soit assez grand et lumineux, il reste cependant qu’on ne voit pas toujours très bien et surtout avec précision les zones de netteté, surtout quand on est à grande ouverture. C’est ce qui m’est arrivé dans le cas de la photo ci-dessous où ma mise au point est légèrement décalée (sur les chaises en premier plan et non pas sur la jeune femme et l’homme la regardant arriver). C’est ici qu’intervient d’ailleurs la familiarité avec son matériel : lorsque je suis avec mon 35 mm manuel et mon reflex, je connais tellement bien ce couple que je perds finalement très peu de temps à faire la mise au point car j’ai parfaitement intégré les zones de netteté. Je crois d’ailleurs que c’est pour cela que j’apprécie tellement les focales fixes : j’élimine finalement énormément de choix possibles au profit de la réactivité.

En conclusion
J’ai vraiment passé un très très bon moment avec ce petit objectif, bien que seulement quelques jours pour l’apprivoiser ne m’ont pas été suffisants. Il faut dire aussi qu’avec Anne-Laure nous sommes de grandes bavardes et que nous n’avons donc pas pris non plus le temps de décharger les photos sur l’ordinateur pour pouvoir les visualiser correctement et tenir compte des erreurs flagrantes.
Je n’ai pas réussi de grandes photos et j’ai plutôt été en mode « découverte », me laissant surprendre par différents essais. Est-ce à dire que j’en achèterai forcément un ? Je ne sais pas … Mais si l’occasion se présente, je risquerai fortement de me laisser tenter car ce qui est bien avec ce genre de matériel « cheap », c’est qu’il y a une décomplexion totale du point de vue des normes communément admises.

Allez, plus sérieusement, je vous souhaite une excellente journée ! Et encore une fois, si mon compte-rendu est incomplet ou erroné, n’hésitez pas à faire les remarques qui s’imposent ! C’est au contraire constructif pour tout le monde 🙂
A la revoyure 🙂

Le site d’Anne Laure : http://annelaurejacquart.com/

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