… Le Ying et le Yang de la photographie
La première chose qu’on apprend en photographie c’est sa définition parce que c’est de là que découle toute notre pratique :
Photographier signifie littéralement « Peindre avec la lumière ». Son étymologie vient du grec qui assemble le préfixe φωτoς, photos (lumière, clarté) et le suffixe γραφειν, graphein (peindre, dessiner, écrire).
S’il est vrai que techniquement c’est tout à fait vrai, cette définition peut être trompeuse car elle ne met l’accent que sur la lumière. Or aujourd’hui, j’aimerais vous inviter à ne surtout pas oublier son corollaire : l’ombre.
Or, c’est se priver d’un outil de composition et d’enrichissement hors du commun !
C’est pour ça aussi qu’on aime tant photographier lorsqu’il y a du soleil, et même si la mesure de la lumière est parfois un peu plus ardue, bien souvent nos photos sont meilleures.
En effet, avec la qualité des boîtiers actuels qui permettent des performances techniques remarquables, le photographe peut se passer dans une grande majorité de cas d’effectuer lui-même ses ajustements. Ainsi, la qualité technique peut faire passer inaperçue une erreur de composition, ou tout du moins la compenser. Avec une jolie lumière – donc une jolie ombre, on a toutes les chances d’avoir une jolie photo.
Tandis qu’avec une lumière plate, c’est à dire sans ombre, et bien que la technique soit encore plus simple, il faut alors tout miser sur la composition.
Et la composition, c’est autrement plus ardu que la technique !!! C’est d’ailleurs AMMON, par une de ses interventions dernièrement dans un commentaire sur le blog qui me disait précisément ceci : « Quand le temps n’est pas au rendez-vous, il n’y qu’à trouver les bonnes compositions ». Je plussoie à ses paroles !


Oui, le meilleur atour de la lumière c’est l’ombre. C’est elle qui permet d’attirer l’attention sur la lumière.
Non seulement elle crée le contraste, mais elle permet de mettre en exergue les éléments lumineux. Sans elle, ils auraient probablement été noyés.


En effet, notre oeil est naturellement attiré par tout ce qui est clair et on a tendance à éliminer tout ce qui est sombre. C’est pourquoi d’ailleurs on recommande toujours de supprimer tout élément clair sur les bords du cadre car ils attirent notre oeil et risquent de faire « sortir » notre attention en dehors de la photo. Et on sait bien que ce qui intéresse le photographe, c’est qu’on reste DANS la photo, et qu’on en regarde tous les éléments !
Quand on arrive à découper la photo grâce aux jeux d’ombre, ça donne des situations très intéressantes car on crée en quelque sorte des séries de « cadre dans le cadre ». Dans ces cas là, l’oeil ne navigue plus au sein de la photo par simple balayage (haut-bas, droite- gauche, diagonales, etc.. ) mais effectue ce qu’on pourrait appeler des « sauts de puce »
L’ombre est la meilleure amie de la composition
Par temps ensoleillé ou en situation de fort contraste, elle peut donner une structure, un squelette à nos photos. Elle nous permet de donner du rythme, de remplir des plans vides, de donner du dynamisme, de faire des effets de cadre !
C’est pourquoi il faut apprendre à la déceler et à évaluer son potentiel dans nos compositions.
En diagonale, à l’horizontal ou en vertical, l’ombre donne une forte structure à nos photos.
On sait combien les lignes de force sont importantes dans la structure d’un image. Bien au delà de l’intérêt du sujet, ce sont ces lignes qui vont faire que la photo tient « debout » ou non. Elles sont ce que j’appelle le squelette.
Lorsque la situation le permet, il ne faut surtout pas hésiter à faire participer les lignes formées par les ombres à la structure générale de la photo, voire même leur donner un rôle majeur ! Leurs forces et leur directions jouent un rôle de balancier dans la composition et c’est grâce à cet équilibre des forces que la photo « tient debout ».
Par goût personnel, j’ai tendance à privilégier les ombres en diagonale, je trouve que ça confère beaucoup de dynamisme à la composition. Mais tout est permis !
Les ombres permettent de remplir les plans vides !
Et oui … Parfois, lors du cadrage, on souhaite éliminer une partie de la scène. Ou bien, on souhaite si possible placer le point fort au 1/3. Mais du coup, on se retrouve avec une grande zone vide. C’est là que le rôle de l’ombre intervient. Le plan est tout aussi vide, mais grâce à l’ombre, on va pouvoir le remplir.
C’est d’autant plus vrai lorsqu’on photographie au grand angle. En effet, une des difficultés de ces focales tant redoutées par les débutants, c’est de se retrouver avec de grandes zones trop vides qui sont non seulement inintéressantes mais qui en plus risquent de déséquilibrer la composition. Et là, je peux vous assurer que les ombres sont nos plus grandes alliées !
Les ombres donnent du rythme !
Dans le même ordre d’idée que le remplissage de plans, les ombres peuvent aussi donner un certain rythme à nos photos. C’est surtout vrai pour les ombres répétitives.
Pour la photo des palmiers ci-contre par exemple, sans la présence de l’ombre, je n’aurais certainement pas fait le même cadrage et j’aurais placé les arbres plus bas. Mais j’ai trouvé que ces ronds d’ombre créaient un contraste intéressant avec les troncs verticaux. Bien entendu, ce n’est pas la photo du siècle, loin, très loin de là mais elle me semble un peu moins vide d’intérêt avec ce rythme créé par la répétition des ronds.
Les ombres permettent les effets de « cadre dans le cadre ».
Vous connaissez tous cette astuce du « cadre dans le cadre » qui permet à coup sûr de faire se concentrer le regard sur le centre de la photo et qui l’empêche d’en sortir 😉 Et puis cet effet a l’immense mérite de simplifier la lecture de la photo ce qui est bien souvent un bon point !
L’ombre est votre meilleure amie dans ce cas de figure !
Une variante de cet effet est d’interposer un élément comme dans l’exemple de la photo de la maison où j’ai attendu qu’un passant intervienne. Outre le fait qu’il m’a permis de concentrer l’intérêt sur la maison blanche avec son design minimaliste et ses portes jaunes, la présence de sa silhouette permet de donner de la profondeur à l’image.
Et n’oublions pas les silhouettes !
C’est bien connu également, rien ne vaut l’introduction d’un humain dans le cadre pour obtenir un point fort.
Alors ne nous privons pas et n’hésitons pas à utiliser cette astuce d’une manière un peu détournée, et plutôt que d’attendre que le « vrai » humain entre dans le cadre, chassons l’ombre de sa silhouette.
On y gagnera en plus en mystère 😉


Alors techniquement parlant, comment s’y prendre ?
Nos appareils photos ont un capteur qui mesure la quantité de lumière qui entre dans le boîtier. Ce posemètre, dans la plupart des cas, dispose de 3 modes d’évaluation :
- Mesure matricielle, évaluative ou multizone (le terme dépend des marques d’appareil photo)
- Mesure pondérée centrale
- Mesure spot
1 : Les symboles peuvent différer d’une marque à une autre. Référez-vous à votre notice d’emploi 😉
Ainsi, si vous avez bien compris la logique du posemètre en ce qui concerne notre ombre, le mieux est de choisir la mesure pondérée centrale ou la mesure spot. En effet, vous ne voulez surtout pas obtenir une moyenne globale de la lumière comme le ferait la mesure matricielle, parce que ce que vous voulez, c’est exposer pour les hautes lumières !
Et c’est avec l’un des 2 autres modes, vous allez pouvoir vous occuper en priorité des hautes lumières sans tenir compte de l’ombre !
C’est là qu’un petit exercice de doigté intervient 😉 Voici la marche à suivre* :
- Visez une partie claire de la scène. Vous n’avez pas besoin de faire une mise au point.
- Mémorisez l’exposition obtenue en appuyant sur le boutons dédié. Cela dépend des appareils photo, parfois vous aurez à maintenir votre doigt appuyé sur ce bouton jusqu’à ce que vous ayez déclenché, parfois une simple pression suffit à enregistrer la mesure jusqu’à la prochaine prise de vue.
- Faites votre cadrage, soignez votre composition en prenant bien en compte les ombres et faites la mise au point sur votre point fort.
- Déclenchez !
*Bien entendu, cela est valable pour les mode semi-automatique. Si vous êtes en mode tout manuel, ça ne s’applique pas !
Attention ! De manière générale, je vous conseille de sous-exposer globalement quoi qu’il en soit ! En post-production, il sera toujours temps de redonner un coup de pêche aux zones lumineuses.

Sur tous les appareils photos, un bouton de mémorisation d’exposition est présent avec la plupart du temps l’inscription AE-L/AF-L (ou une étoile pour Canon)
AE-L signifie Auto Exposure Lock et AF-L Auto Focus Lock.
Dans votre menu de configuration, je vous recommande de dédier cette touche sur uniquement AE-L.
Architecture, photographie de rue, abstrait, nuit, paysage, l’ombre est à mettre à toutes les sauces !
PS : Pour les plus attentifs vous aurez remarqué que je n’ai pas abordé la question de l’ombre dans le portrait. Ca fera l’objet d’un article à venir !

































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