C’est incroyable ! J’ai souvent pris le train à la gare centrale de Milan mais à chaque fois dans la précipitation, en m’engouffrant directement dans le métro ou en en sortant vite pour attraper un train. Ce qui fait que je n’ai jamais pris le temps de bien la regarder. Dernièrement, j’ai donc eu exceptionnellement une heure à trainer avant de prendre mon train et pour la première fois, je suis sortie pour regarder de quoi avait l’air ce bâtiment stupéfiant et grandiose déjà de l’intérieur. Et là, je suis restée interloquée par, comment dire, la puissance de l’architecture, un mélange de style Liberty et Art Déco, dans une veine totalement mussolinienne : un véritable temple élevé à la gloire du fascisme, une sorte de bloc monolithique, quasiment philosophique, comme si cette gare était le vestige du passage d’une civilisation extra-terrestre.
Et figurez-vous que j’ai été tellement suffoquée par l’architecture que j’ai été incapable de prendre des photos, enfin disons, des photos qui soient à l’image de mon sentiment. Ce qui fait que malgré cette introduction, je ne vous montrerais pas de photographies de la gare … Bizarre me direz-vous, mais je crois que cette digression est nécessaire pour ce qui suit. Ou tout du moins, elle explique peut-être à mes yeux la photo que je vais vous montrer. La voici :
Cette gare m’a vraiment laissé une impression étrange et je crois, de tristesse. Elle est trop grandiose pour être à l’échelle humaine (imaginez un peu, sa hauteur fait 72 mètres, soit un immeuble de 20 étages !!). La gare était pourtant bondée et les italiens ne sont pas réputés pour être des gens tristes ! Mais là, j’ai eu cette vision de gens comme perdus, désorientés, anxieux et cette photo est exactement à l’image de ma sensation. J’ai pris quelques clichés avec ce point de vue car j’ai été attirée par la publicité sur écran géant juste au dessus en même temps que ces personnes qui attendaient de voir leur train affiché de l’autre côté. En la découvrant en détails une fois rentrée à la maison, j’ai été saisie par la complexité de la situation et à quel point était ténu ce fameux « instant décisif ». Nos écrans ne permettant pas de visualiser ces détails, j’ai donc découpé cette photographie pour vous les faire découvrir et je vous conseille de cliquer sur les photos pour les agrandir.
Tout d’abord l’aspect général
Cette photographie divisée en 1/3 -2/3 met en opposition le monde virtuel (la publicité) et le monde du réel (les gens sous le panneau d’affichage), et les 2 personnages de la publicité semblent regarder les gens déambuler sous eux.
Mais ne trouvez-vous pas que cette publicité en haut est triste à mourir ? Ces 2 mannequins, bien qu’enlacés semblent être totalement perdus chacun dans leur monde complètement artificiel. Leurs yeux sont cachés par des verres réfléchissants, ils sont recouverts de tatouages qui ne semblent être là que pour évoquer le souvenir lointain des fleurs et de la nature, ils ne sourient pas, regardent par-terre. On pourrait presque croire qu’ils ont peur du monde qu’ils regardent en dessous d’eux, c’est à dire le monde réel.
Et ce monde réel, parlons-en et commençons par les personnages en premier plan
Vous avez vu comme eux aussi ont l’air perdus, à consulter leurs téléphones. Ce qui est étonnant, c’est leur similarité : en mouvement tous les deux et avec la même démarche corporelle, ils portent leurs lunettes exactement de la même manière (rappelant celles de l’affiche) et en plus ils sont chauves. Prêts à se croiser ils s’ignorent cependant superbement. Le personnage à gauche, en bleu, lui aussi a un air un peu hagard, désappointé.
Entrons dans le détail de la foule

Voyez-vous ces visages eux aussi tristes, perdus, fermés, voire en colère. Personne ne sourit. Et tiens, j’aperçois encore un autre homme, qui semble être chauve et barbu lui aussi, avec les mêmes lunettes ! Y aurait-il un costume unique à l’instar de la publicité du haut ?
Et les autres affiches publicitaires, que nous proposent-elles ?

… des corps fragmentés. D’un côté, à droite, un bout de torse et de jambes de cette femme, au centre une publicité qui expose des hommes découpés et au dessus, cette bouche. Là, il s’agit d’une publicité contre la mafia qui nous dit que la lutte contre elle n’est pas une fiction. Et enfin, tout à gauche on aperçoit des caméras de surveillance qui vous le conviendrez, symboliquement en disent long sur notre liberté. Que voient-elles elles aussi ? Des corps fragmentés, des visages fermés, anxieux ?
Bref, vous l’aurez compris, je suis étonnée moi-même de trouver dans cette photographie autant de détails qui concordent tous dans le même sens et je trouve que c’est une photo fondamentalement triste, avec une vision de la société vraiment loin d’être folichonne. Ce qui m’interpelle, c’est que la situation était extraordinairement complexe et il est bien évident que je n’ai pas vu tous les éléments lorsque j’ai déclenché. Sur le moment, j’ai seulement essayé d’intercaler un premier plan (un passant) pour donner de la profondeur à mon cliché. C’est vrai que je n’étais pas très gaie et que je me sentais moi-même un peu perdue au milieu de cette foule et de ce bâtiment « inhumain », mais pensez-vous qu’on puisse être influencé à ce point par une ambiance, un environnement ? Ou alors, peut-être est-ce toujours ainsi lorsqu’on photographie des foules ?




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