En effet, il y a pose longue et pose longue … Il y a celle qui dure plusieurs minutes (voire plusieurs heures si ce n’est plusieurs jours ou mois !!) à celle qui dure moins d’une seconde. Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la pose longue … mais courte, à main levée, sans filtres et sans trépied.
Pour ceux qui me connaissent, vous savez que je fais partie de ces photographes qui n’aiment pas trop s’alourdir de matériel et qui aiment et chérissent leur liberté de mouvement. À la maison, j’ai un magnifique trépied avec rotule hi-tech, niveau, sac de voyage, etc … et il est pourtant quasiment neuf. Je dispose également d’une petite panoplie de filtres ND (des sortes de verres sombres qui se vissent sur le devant de l’objectif et qui servent tout simplement à diminuer la lumière. Il s’agit en fait ni plus ni moins de lunettes de soleil pour objectif et qui sont plus ou moins sombres). Mais ceux-ci aussi restent sur mon étagère depuis des années.
Pour réaliser certains types de photographies en pose lente, vous n’avez besoin d’aucun matériel particulier !
Pourquoi est-ce que je n’utilise pas ce matériel ? Tout simplement parce que je ne l’ai jamais avec moi et que les occasions et surtout les désirs de réaliser des photographies avec lui ont été rarissimes. Je suis sûre que je ne suis pas du tout originale et que vous êtes nombreux à être exactement dans le même cas que moi ! C’est pour cela que j’ai envie de vous donner quelques conseils, car même si on n’a pas tout ce matériel sous la main, on peut néanmoins réaliser des poses longues … mais courtes quand même 🙂
Pour illustrer mes propos, je vais partir d’une séance photo réalisée cet été, en plein jour et par très très beau temps !
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Petit rappel technique sur ce que j’entends par pose longue
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AVERTISSEMENT
Je ne traite pas ici du cas de la pose longue sur des sujets complètement statiques et lorsque l’appareil photo est posé sur un support fixe. On utilise généralement ce genre de procédé lorsque l’on souhaite des photographies de très très haute qualité et surtout parfaitement nettes de 0 mm à l’infini.
Qui dit pose longue dans le sujet qui nous intéresse dit inévitablement flou de mouvement. Ainsi, je considère qu’une pose est longue à partir du moment où le mouvement du sujet ou/et du photographe est perceptible dans la photographie. Bien entendu, il n’y a aucune recette de cuisine dans le cas qui nous préoccupe car déterminer le temps de pose afin de faire apparaître le mouvement est directement dépendant de la luminosité ambiante et/ou du mouvement du sujet.
Côté flou de mouvement de la part du photographe, il est cependant d’usage de dire que lorsqu’on est à main levée, pour qu’une photo soit nette, il faut que le temps de pose soit plus ou moins inverse de la longueur focale. Dit en language compréhensible par le commun des mortels, cela signifie que si vous avez un objectif de 50 mm, votre temps de pose ne doit pas descendre en dessous de 1/50ème de seconde sinon il risque d’y avoir du flou de bougé. Attention, ces données valent pour un équivalent 35 mm et si vous avez un appareil photo type APS-C, vous devez multiplier par 1,5, si vous avez un capteur 4/3, il vous faudra multiplier par 2 (voir ici un tableau des conversion gracieusement offert par wikipédia !). Par ailleurs, plus on a de l’expérience en photographie plus on arrive à être ferme et on peut se permettre de descendre en dessous de ce temps de pose « limite ».
Ainsi, si vous souhaitez obtenir un effet pose longue sur un sujet fixe et grâce au mouvement de votre appareil photo, assurez-vous que votre temps de pose soit dans les environs de votre longueur focale.
Concernant le flou de bougé du sujet, tout dépend bien entendu de la vitesse avec laquelle il évolue ! Entre photographier le mouvement d’un léopard lancé à pleine vitesse et celle d’un escargot (même lancé lui aussi à pleine vitesse), le temps de pose pour obtenir un effet de flou de mouvement sera très très très différent ! À ce propos, quelqu’un a-t-il déjà essayé de photographier un escargot en pose longue ? Tiens, ça me donne une idée, à essayer un jour 🙂
Ceci revient à dire que plus votre sujet bouge vite, moins votre temps de pose aura besoin d’être long pour faire apparaître le mouvement. Au contraire, si votre sujet bouge lentement, vous aurez besoin d’allonger votre temps de pose.
Le problème de la quantité de lumière en pose longue devient crucial. Car comme vous ne l’ignorez pas, l’exposition d’une photographie se fait par le truchement de 3 paramètres qui interagissent entre eux, c’est à dire que si on en modifie un cela, a un impact sur les 2 autres. Ces 3 paramètres sont le temps de pose, l’ouverture du diaphragme et la sensibilité. Ainsi, si vous souhaitez réaliser une photographie en pose longue en plein jour, en plein soleil et sans aucun filtre, attention à la sur-exposition ! Voici ce que je vous conseille :
- Mettez votre appareil photo en mode P ou en semi-automatique avec priorité ouverture (A) ou priorité vitesse (S ou Tv)
- Iso (sensibilité) : les plus bas possibles. Cela signifie que votre capteur sera moins sensible à la lumière. Désactivez absolument les iso auto !
- Diaphragme : le plus fermé possible, c’est à dire avec le plus grand chiffre possible (par exemple f/16) si vous êtes en priorité ouverture. L’appareil adaptera automatiquement le temps de pose.
- Temps de pose : Si vous êtes en priorité vitesse, choisissez le temps de pose adapté à la situation. L’appareil règlera tout seul l’ouverture de diaphragme en conséquence.
- Et bien entendu, désactivez impérativement le flash !
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Voici les paramètres techniques pour cette photo prise avec un micro 4/3 et objectif de 20 mm :
iso 100,
f/16,
vitesse 1/30ème.
À 1/30ème de seconde et avec cet objectif je sais que j’aurais pu obtenir une photographie nette (j’ai la main maintenant assez ferme), mais ça aurait été sans compter le vent qui s’engouffrait en violentes rafales dans les branches de l’arbre juste au dessus de moi et qui les faisait tournoyer. C’est précisément cela que je recherchais. Mais pour cela, il m’a fallu tâtonner et trouver le bon réglage qui me permette d’obtenir une photo floue et qui rende bien la dynamique du vent. Car entre une bouillie de feuilles (temps de pose trop long) et une photo seulement un peu floue et sans consistance forte (temps de pose trop bref) la frontière est mince. Le ciel est « cramé » mais cela ne me semble pas vraiment gênant ici : il serait resté bleu que cela n’aurait rien ajouté à l’image ! Par ailleurs, vous remarquerez que certains détails sont quand même assez nets (certaines feuilles et branches), ce qui contribue à rendre lisible la photographie.
Dans le même ordre d’idée, je me suis tournée ce jour là vers le sous-bois dans lequel j’étais et j’ai essayé de réaliser une photo à la fois nette et floue. Je l’ai prise en format 16/9ème afin d’éviter que trop de traînées du ciel cramées n’apparaissent en haut de l’image.
Les paramètres techniques de cette photo sont les suivants :
toujours 100 iso,
f/10,
1/40ème de seconde.
Pour la photo du vent dans les feuilles, je m’étais tenue fermement et je n’avais pas du tout bougé laissant le mouvement des branches faire le travail tout seul. Ici j’ai procédé un peu différemment : je n’ai pas bougé au début du temps de pose puis à la fin j’ai opéré un petit mouvement avec mon appareil photo vers le haut afin d’obtenir à la fois certains éléments de feuilles et de branches nets et les trainées sur les arbres. Ce n’est pas la photo du siècle et je regrette que les troncs d’arbre ne soient pas droits. Mais ma « technique avait ses limites : je n’avais pas le temps matériel de réaliser correctement mon mouvement vertical, et si j’augmentais le temps de pose, tout le haut de l’image était cramé. Aussi je me tournais vers une autre idée …
Je remarquais à la lisière du bois et à travers une haie, une simple serviette de bain bleue qui séchait sur une corde à linge.
Voilà ce qui me manquait pour pousser encore plus loin mon flou : une touche de couleur !
C’est ainsi que je me suis plongée dans la peinture abstraite en m’amusant à obtenir des effets de texture et des formes. J’ai fait ce qu’on appelle du light painting à l’envers … J’ai réglé mon appareil photo sur le mode priorité à la vitesse et j’ai fini par trouver que 2,5 secondes de pose me permettaient d’imprimer un mouvement tranquille et de récupérer des textures vraiment intéressantes !
Pour toutes les photos ci-dessous, c’est donc avec le mouvement de mon appareil que j’ai réalisé ce travail. Avec 2,5 secondes de temps de pose, j’avais le temps d’opérer des mouvements horizontaux, verticaux, des vagues, des cercles, des tourbillons, etc … sans pour autant trop bruler les tons clairs car la haie derrière laquelle il y avait la serviette bleue était d’un vert très sombre et peu de lumière passait à travers.
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Et si je supprimais la couleur !
Puis tout à coup, je me suis dit que je pourrais pousser plus loin encore l’abstraction en me concentrant seulement sur les rayons de lumière, non pas pour les couleurs qu’ils procurent (le vert, le jaune, le bleu, …), mais pour leur formes. Fermeture radicale du diaphragme (f/16) et sous-exposition afin de ne garder que l’essentiel que j’imaginais ensuite en noir et blanc. Voici ce que ça donne …
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En conclusion
Cela fait quand même quelques années que je fais de la photographie, et je dois avouer que je n’arrive pas encore à trouver de véritables limites à cette pratique tant les surprises qu’elle nous offre sont nombreuses. Ce qui ne cesse de me fasciner c’est que grâce à un simple appareil on puisse faire plier le réel, ce qu’on a devant soi à toutes nos fantaisies. La photographie est vraiment un sport de rêveurs !!
À la fin, vous allez vous demander pourquoi j’ai intitulé cet article « la vraie-fausse pose longue ». Tout d’abord, j’estime que prendre une photo à 2,5 seconde n’est pas vraiment une pose longue, il ne faut pas exagérer ! Il est vrai que par les temps qui courent on veut que tout aille vite, et plus particulièrement tout ce qui est numérique. Mais sincèrement, pour moi, une vraie pose longue, c’est tout ce qui entoure le protocole : repérer les lieux, revenir avec un trépied (et des filtres !), l’installer, l’équilibrer, fixer l’appareil photo, régler sa hauteur, cadrer, attendre la bonne lumière, déclencher à distance, ré-essayer jusqu’au résultat voulu. C’est toute une philosophie de l’attente, de l’anticipation ! Ce que je vous propose ici est au contraire une philosophie du spontané. Attention, cela ne veut pas dire que c’est moins qualitatif, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’intention au préalable et comme toutes les techniques, elle se travaille pour être maîtrisée.
Bien entendu, si vous avez des questions, n’hésitez pas à me les poser dans les commentaires ci-dessous, j’y répondrai avec plaisir !
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Articles complémentaires
Si vous souhaitez approfondir le sujet sur la photographie abstraite, je vous conseille de lire cet article que j’avais intitulé Gueule d’abstrait
En complément de cet article sur la pose longue, vous pouvez également lire celui consacré à la photographie en faible lumière













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