Xiapu, entre dentelle et tricot

Non, non, je n’ai pas disparu dans les limbes de la toile, je n’ai pas non plus été enlevée par les chinois ni ne suis partie dans une contrée loin de la folie du monde ! C’est juste que ces dernières semaines (mois !) ont été très intenses 🙂

Alors comme je n’aime pas toujours brusquer les choses, j’ai eu envie de renouer avec vous avec des images douces, apaisantes et pour cela je vous emmène dans une partie de la Chine pour laquelle j’ai eu un vrai coup de coeur !

La côte du nord de la province du Fujian

Pour vous donner une idée un peu plus précise de l’échelle, Xiapu est situé à 800 km au sud de Nanjing
zoom sur le district de Xiapu

Attention, j’ai écrit Xiapu en gros pour que ce soit bien visible ! En réalité, c’est un district du Fujian de taille très modeste (grand quand même comme la Guadeloupe !), peu connu, peu touristique et relativement peu densément peuplé pour l’Est de la Chine.

Étant donné que cette année nous n’avons pas pu rentrer en Europe à cause de ce fichu Covid, nous avons décidé de mettre le cap sur cette région pour nos vacances. Quelle belle découverte !

Alors pourquoi avons-nous choisi cet endroit me demanderez-vous ? En fait j’en ai entendu parler par le monde des photographes ici qui m’ont vanté à de nombreuses reprises la beauté de cette côte de la mer de Chine, qui a la particularité d’être exploitée depuis les temps immémoriaux pour l’aquaculture.

Et puis j’avais vu des photographies de Michael Kenna de cette région, extrêmement graphiques grâce aux fermes aquatiques et, vous vous en doutez, je m’étais du coup promis d’y aller un jour 😉

Xiapu n’est pas à proprement parler touristique, ou disons que ce qui en fait précisément le charme, c’est qu’il s’agit plutôt d’un tourisme assez confidentiel et je pense orienté pour la classe supérieure citadine de Fuzhou, Hangzhou ou Shanghai, et bien entendu pour les photographes. On y trouve donc beaucoup de petits hôtels d’une dizaine-quinzaine de chambres maximum, très modernes et design, perchés sur les falaises avec des vues imprenables. Et pour notre plus grand bonheur, on n’y trouve pas de grands complexes touristiques ni d’aménagements qui défigurent la côte. On y vient pour profiter du luxe, du calme et de la volupté, le tout pour bien moins cher que dans des sites prisés tels que Xiamen plus au sud 😉

Tous les villages sont restés authentiques et la source de revenus quasi exclusive provient de la pêche et des métiers qui y sont liés. Et parmi ceux-ci, il y a les incontournables fournisseurs de bambous qui serviront à l’élevage des crustacés.

Au moment où nous y étions, ils étaient en pleine préparation et c’étaient des centaines de milliers de bambous qui s’accumulaient partout. Comme j’aurais aimé les voir en mer ! Mais pour cela, il faudrait que je revienne en octobre. Et en attendant, j’ai dû me contenter de ceux qui ont résisté à la dernière saison de pêche.

Une côte en dentelle

Alors si je vous parle de dentelle, c’est parce que c’est vraiment l’effet que m’a fait la côte. Découpée en mille morceaux, la rive de la mer de Chine est extraordinairement compliquée, sans compter les centaines d’îles. Avec la marée aidant, et à moins d’être à un endroit sans équivoque possible, on ne sait jamais si on est au bord de la mer, d’une rivière ou d’un lac. En effet, la mer s’enfonce parfois sur plusieurs dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres, ce qui est assez déroutant, et le sens de l’orientation en prend un coup 😉 Mais comme en plus il y a aussi des lacs et des rivières, il faut presque aller « goûter » l’eau pour savoir à quoi on a à faire. Qui plus est, le paysage est toujours très changeant car la mer se retire parfois extrêmement loin, laissant la place à un paysage de boue assez surréaliste.

La mer peut se retirer sur d’immenses surfaces, laissant une impression de fin du monde avec des centaines de bateaux échoués. Au fond, la ville de Xiapu à proprement dit et qui ne présente strictement aucun intérêt.

En effet, ici, le fond marin n’est pas constitué de sable ou de rochers, mais de terre. Et attention, il est redoutable de s’y promener car on peut s’enfoncer jusqu’aux genoux dans un effet de succion assez effrayant (j’en ai fait l’expérience en y laissant ma tongue au passage 😉 )

Je vous met une photo en couleur afin que vous puissiez vous rendre compte à quel point la végétation qui parsème ces bras de mer peut être prêter à confusion ! On est dans des lagunes sans aucun doute, mais comme la mer est très peu salée (ce n’est pas la Méditerranée de la Camargue, c’est l’océan Pacifique) la végétation est finalement très verte et proche de celle qu’on peut trouver au bord des lacs.

Et des aiguilles à tricoter

Je disais donc plus haut que c’est un des endroits de la mer de Chine où il y a le plus grand nombre de « fermes » constituées de bambous plantés dans le fond vaseux, et que malheureusement nous n’y étions pas à la bonne saison pour pouvoir admirer les effets graphiques sur le paysage. Cependant, je me suis malgré tout régalée et je n’ose même pas imaginer ce que ça doit être en automne et en hiver !

Est-ce l’influence des images de Michael Kenna qui m’a poussée à produire des photos en noir et blanc ? C’est possible. Sauf qu’au contraire de lui, je n’avais pas du tout envie de photos très contrastées. J’ai plutôt eu la volonté de retranscrire une grande douceur, une jolie subtilité dans les dégradés de gris.

Alors bien entendu, ce ne sont pas des photos où l’on va faire « wahou ! » en les regardant, mais si vous les agrandissez (ce qui est plus que recommandé !), j’espère que vous trouverez l’esprit que j’ai voulu leur donner et que vous vous laisserez bercer par la douceur, l’espace, la paix.

Techniquement, j’ai utilisé mon moyen format, le Fujifilm GFX 50 R. J’ai en effet commis l’erreur de débutant plus que stupide en ce qui concerne mon Leica Q … J’ai oublié chez moi son chargeur de batterie, alors même qu’elle était déjà quasiment à plat 🙁 Mais je n’ai pas été malheureuse, rassurez-vous 😉

J’ai bien entendu pris toutes les photos en format raw, mais j’avais activé l’option du noir et blanc directement à la prise de vue. Au passage, c’est quelque chose que je vous recommande lorsque vous photographiez en noir et blanc car bien souvent la composition n’est pas la même selon que l’on voit ou non les couleurs. Et si vous êtes en raw (surtout pas en jpeg !) vous pouvez toujours, si vous le souhaitez, revenir ensuite à la couleur.

La lumière au moment de ces prises de vues a indéniablement joué un rôle majeur dans le rendu final, mais il ne faut pas s’y tromper ! Nous étions en pleine saison des typhons, avec un ciel changeant du tout au tout à chaque instant ! Et nous étions harassés de chaleur. Je peux vraiment dire que ces prises de vue ont été gagnées à la sueur de mon front (et plus !) 😉

Pour conclure cette petite introduction à Xiapu (je reviendrai avec d’autres articles, notamment sur la pêche et la plage ), je vais quand même vous laisser admirer un coucher du soleil, cette fois-ci tout en couleur et pris de notre chambre d’hôtel. Autant vous dire que la sélection de la photo n’a pas été une mince affaire tant chaque soir nous avions droit à un spectacle éblouissant !

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20 pensées sur “Xiapu, entre dentelle et tricot

  1. coucou , un grand merci encore une fois pour ce voyage partagé !j’adore l’image dentelle et tricot et les structures me font penser à de la vannerie ! on dirait d’énormes paniers immergés. En tous cas c’est sublime, biz

    1. Bonjour,
      Ravi d’avoir de tes nouvelles, tes photos sont toujours aussi belles, quant à la mer qui s’enfonce assez loin dans les terres on a la même chose en Bretagne par endroits, mais la côte étant différente, cela ne donne pas les mêmes effets.Pour ce qui est des oublis de chargeur, cela m’est arriver lorsque je faisais des essais pour des nouvelles caméras ou caméscopes, un jour ou j’avais prévu de faire des bouts de films à Brétigny, c’était la cassette que j’avais oublier ! belle journée

      1. Bonjour Mireille ! Comme tu as raison, c’est vrai que j’aurais pu ajouter vannerie ! C’est un vrai plaisir pour moi de partager ces petits coins du monde avec vous. C’est un peu une façons d’être avec vous 🙂 Des bises Mireille !

      2. Bonjour Ammon ! Figures-toi que nous avons beaucoup pensé à la Bretagne. Cet endroit y ressemble beaucoup en effet. Tu as l’oeil 😉 Côté tête en l’air, je ne suis donc pas la seule ! Cassette, carte SD, chargeur, … on a tous fait une de ces gaffes un jour ou l’autre … Je suis ravie que ces photos te plaisent et je te remercie beaucoup pour tes éloges !

    2. Bonjour Mireille ! Comme tu as raison, c’est vrai que j’aurais pu ajouter vannerie ! C’est un vrai plaisir pour moi de partager ces petits coins du monde avec vous. C’est un peu une façons d’être avec vous 🙂 Des bises Mireille !

  2. toujours à nous faire rêver!! que de beaux paysages! cela me touche d’autant plus que je me sens coincée ici, merci Covid
    tes photos sont toujours aussi belles et graphiques< heureuse de voir que tu peux profiter de ces beautés
    Bises

    1. Bonjour ma chère Christine ! Comme je te comprends, c’est vraiment dur de rester coincé et enfermé. Peut-être que si tu prends une loupe et que tu regardes à travers, tu découvriras un nouveau monde dans ton appartement ? Je t’embrasse chère Christine et te souhaite beaucoup de courage !

  3. Merci Laurence de partager ces merveilles d’un endroit où je n’irai sans doute jamais!

    1. Ah cher Chri, dans combien d’endroits n’irons-nous jamais ? Rien que d’y penser la tête me tourne ! Du coup, mes petits endroits, j’aime bien les partager 🙂

  4. Bonjour,
    Je vous lis depuis un moment, et j’avoue ne plus me souvenir depuis quel article lié à la photographie je suis arrivé sur votre site web 🙂
    Vos récits ouvrent une fenêtre sur un pays que l’on connait finalement peu en occident. J’ai découvert Shanghai grâce à des voyages professionnels, et c’est avec plaisir que je contemple vos prises de vues et lis vos impressions de l’intérieur de la Chine, pays qui offre beaucoup de variété dans les paysages, climats, ambiances…
    Merci, et bonne continuation.

    1. Bonjour Jacques et bienvenue ! Oh oui, on connait si peu la Chine ! Moi-même avant de venir y habiter, je n’en avais qu’une idée extrêmement vague. Ca s’améliore avec le temps, mais la route est longue, très longue avant que je puisse dire que je connais bien la Chine. Parfois je dois dire que j’éprouve de la gêne vis à vis des Chinois car eux connaissent infiniment plus de choses sur nous que l’inverse, et je suis souvent prise au dépourvu devant mon abyssale ignorance. J’espère vous retrouver très bientôt alors 🙂 🙂

  5. Coucou Laurence,
    Je suis vraiment contente de lire que ce coin de Chine lointaine t’a séduite et de découvrir tes images qui, effectivement ont un côte « kennien » indéniable. J’ai hâte d’en savoir plus maintenant que tu nous as mis l’eau à la bouche. Amitié. C.

    1. Bonjour ma chère Christine K. Oui, un coup de coeur et si tu reviens, je t’y emmène !!! Par contre je pense que Kenna aurait beaucoup plus contrasté ses photos et il aurait fait des poses longues (de toutes façons avec sa chambre il n’a pas trop le choix. Et puis il serait venu à la bonne saison, lui 😉 😉 😉 Des becs 🙂

  6. Bonjour Laurence et merci pour ces belles images ramenées de voyage !
    Moi, j’ai fait des « wahou » pareil ! ;-p

    1. Bonjour Céline ! Comme tu es gentille !!!Merci de tout coeur pour tes wahou !!!!!! Et merci de ta présence !

  7. Bonjour Laurence,
    Découverte de ton site il y a plusieurs semaines, j’y vais doucement, je me régale, je voyage, j’apprend….Il est rare qu’un pro ouvre ses portes avec tant de générosité (et de qualité)…Merci.
    Concernant ces magnifiques photos prises au moyen format, je me permet une question.Il me semble déceler un peu de grain???
    Est-ce la compression?
    Est-ce ton choix?
    Bon dimanche Laurence

    1. Bonjour Michel et sois le bienvenu ici ! être photographe et ne pas partager les images du monde, c’est à mes yeux incompatible 🙂 🙂 Concernant les photos, oui, il n’y a pas qu’un peu de grain, il y en a même beaucoup ! Je dirais qu’à 80% du temps j’en rajoute artificiellement car je trouve que les photos numériques ont tendance à être trop lisses. À mes yeux, le grain leur donne un peu de profondeur, de matière, elles sont plus « organiques ». Tu me diras que c’est bizarre d’avoir un appareil photo avec une définition extrême et d’ajouter du grain. Mais justement, la définition si fine couplée au grain, ça donne un combo que j’aime particulièrement car je ne perd pas en détails et gagne en profondeur 🙂 Ceci dit, la compression quoi qu’il en soit ne fait pas du bien, du tout du tout, et les photos que vous voyez ici n’ont rien à voir avec celles que je développe en direct sur mon écran. Bon dimanche à vous et j’espère à très bientôt !

      1. Merci beaucoup Laurence.Je comprend tout à fait ta démarche à propos du grains. Je trouve aussi que cet ajout unifie la surface de l’image. Tu le fais avec élégance, juste ce qu’il faut. 🙂
        A bientôt!

  8. Hello Laurence,
    Cet endroit est sublime et tu nous le fait découvrir d’une manière si personnelle, avec nuances et douceur … c’est beau, je comprends ton coup de coeur.
    Merci et vivement la suite 🙂
    Des bises.

    1. Bonjour chère Marie ! 1000 merci pour tes compliments !!! Disons que jusque là, dans mes voyages en Chine mes vrais coups de coeur ont plutôt été dans le nord et à l’ouest. Comme quoi, j’ai encore du chemin à faire 😉 Je te souhaites une excellente journée et … à tout bientôt pour la suite 🙂

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