Cet été, j’ai passé trois mois sur le plateau tibétain, dans le Qinghai. Une façon, entre autres, de fuir la chaleur de Nanjing et d’avoir une pensée compatissante pour mes amis européens qui, pendant ce temps, connaissaient canicules sur canicules. Je dois reconnaître que je n’ai pas beaucoup regretté mon choix !
Mais surtout, je voulais prendre le temps. Le temps de retrouver mes amis tibétains, de partager leur quotidien, de m’immerger un peu plus dans le monde tibétain du Kham. J’ai aussi eu la joie d’accueillir ma famille, dont pour certains d’entre eux c’était la première découverte de cette région. Et comme toujours lorsque je suis là-bas, les projets se sont multipliés : rencontres, découvertes, photographies, détours imprévus… trois mois n’ont finalement pas été de trop !
Au fil de ces semaines, j’ai aussi eu la chance d’assister au changement de saison. L’été était encore bien installé à mon arrivée début juillet, avec ses montagnes couvertes d’herbe tendre et ses milliers de fleurs. Puis, peu à peu, les couleurs ont changé. L’automne est arrivé, transformant les paysages en une palette de jaunes et de bruns, avant que les premières neiges ne viennent annoncer l’hiver.
Et entre tous ces moments, il y avait bien sûr les kilomètres parcourus pour aller d’un endroit à l’autre, des fêtes de village aux courses de chevaux, des mariages aux cérémonies, des invitations spontanées aux séjours de quelques jours dans les campements nomades. Et puis il y a aussi tous ces kilomètres partagés avec les voyageurs que j’ai eu la chance d’accompagner à la découverte de cette région exceptionnelle, à chaque fois avec le même plaisir de leur faire découvrir ces paysages qui me fascinent depuis tant d’années.
Et des kilomètres, il y en a eu ! Rendez-vous compte qu’à elle seule, la préfecture de Yushu, où j’étais basée, représente quasiment la moitié de la France ! Autant dire que j’ai eu l’occasion d’emprunter toutes les formes de routes possibles : les grandes routes goudronnées, les pistes poussiéreuses, les chemins de montagne, et même bien des passages en véritable hors-piste. Je crois que j’ai tout vécu 😉
Et c’est justement en regardant mes photos que l’idée m’est venue de vous montrer la beauté de ces routes et de ces chemins. Car ici, la route n’est jamais seulement un moyen d’aller quelque part, elle fait partie du voyage, elle traverse des paysages incroyables et réserve toujours une surprise au détour d’un virage. Elles donnent toujours furieusement envie de continuer, de découvrir ce qu’elles cachent et ce qu’elles vont révéler plus loin.
Alors attachez votre ceinture et… On the road again !!!

L’été
Le Qinghai est une province immense, dont la superficie représente environ une fois et demie celle de la France. Entièrement situé sur le plateau tibétain, que l’on surnomme souvent le « Toit du Monde », il offre des paysages façonnés par l’altitude et par des espaces vides démesurés.
La partie sud de la province, celle qui fait l’objet de cet article, se situe en moyenne autour de 4 200 mètres d’altitude. Ici, l’été est une parenthèse précieuse pour la flore, la faune et les nomades. C’est une saison courte, qui s’étend généralement de la mi-juin à la mi-septembre, avant que le froid ne reprenne ses droits.
Pendant ces quelques semaines, le plateau se transforme alors en une incroyable palette de couleurs. Des nuances infinies de vert recouvrent les vallées et les montagnes, ponctuées par les couleurs de la terre et de la roche : bruns profonds, rouges éclatants, gris ou noirs minéraux selon la géologie et l’altitude.
Et lorsque le ciel tibétain décide de jouer sa partition, avec ses immenses nuages blancs qui semblent toujours si près de nous et ses lumières changeantes, le spectacle devient tout simplement saisissant.












Contrairement à une idée assez répandue, le plateau tibétain est loin d’être une immense étendue plate. Bien au contraire, ses reliefs sont d’une diversité incroyable !
Au détour d’un virage, le paysage peut changer radicalement. Les douces collines couvertes de pâturages laissent place à des sommets acérés, les vallées paisibles s’ouvrent soudain sur des gorges vertigineuses, et les cols franchissent parfois la barre des 5 000 mètres.
Quelques heures plus tard, un paysage presque lunaire, sans un arbre à l’horizon, peut laisser place à des forêts de mélèzes, d’ifs ou de sapins qui rappellent parfois les Alpes.
C’est cette incroyable variété qui fait que, même après tant de kilomètres parcourus, l’émerveillement ne s’épuise jamais. Il suffit d’une lumière, d’une couleur ou d’un nouveau paysage pour donner envie de s’arrêter encore, de regarder encore… et de photographier … encore 😉 Même quand il ne fait pas beau !







L’automne
Les calendriers traditionnels chinois et tibétain considèrent qu’à partir du mois d’août, l’automne commence doucement à s’installer (autour du 7 août selon le calendrier chinois, et vers la mi-août dans la tradition tibétaine). Sur le plateau, il suffit alors de regarder les montagnes pour constater que la nature suit son propre rythme : les verts éclatants de l’été commencent peu à peu à laisser place aux premières nuances dorées de l’automne.
Le changement ne se fait pas brutalement. Les nuits, en revanche, deviennent rapidement plus fraîches, avec les premières gelées qui apparaissent. Mais pendant la journée, le soleil tibétain reste généreux, permettant encore aux innombrables fleurs de colorer les prairies et les vallées.










Je dois avouer que l’automne est définitivement l’une de mes saisons préférées ici. En quelques semaines à peine, le plateau change complètement de visage. Les montagnes se parent de nouvelles couleurs, les vallées deviennent des tableaux de jaunes, d’ocres et de rouges, et chaque trajet réserve son lot de surprises.
La lumière, elle aussi, se transforme. Plus rasante, plus chaude, elle souligne les reliefs et donne aux paysages une profondeur incroyable. Il suffit parfois de reprendre une route déjà parcourue quelques jours auparavant pour avoir l’impression de découvrir un tout nouvel endroit.
L’automne me rappelle finalement le printemps, mais comme son miroir inversé. Au printemps, la nature se réveille et porte la promesse des beaux jours à venir. En automne, elle ralentit et se prépare au repos de l’hiver. Les paysages ont alors une certaine mélancolie, mais celle-ci n’est jamais triste car elle contient aussi une promesse, celle du renouveau qui viendra après les mois froids.
Je ne suis pas bouddhiste, mais certains concepts résonnent profondément avec ce que je ressens en parcourant ces montagnes, notamment celui de l’impermanence. Ici, le paysage change sans cesse, au rythme des saisons, de la lumière et des éléments. C’est sans doute ce qui rend l’automne si particulier sur le plateau tibétain. On a l’impression d’assister au mouvement d’un paysage, d’une terre suspendue entre les derniers éclats de l’été et les premières traces du froid qui gagne peu à peu les montagnes.




Fin septembre, les premières neiges ont commencé à apparaître sur les hauteurs, venant poudrer les sommets les plus élevés. Il ne s’agit pas encore de ces grandes chutes qui transforment entièrement le paysage, mais d’une neige fine et légère, déposée sur les pentes, exactement comme du sucre glace sur un magnifique gâteau. Entre les plaques blanches, l’herbe d’altitude conserve encore ses reflets dorés, comme un dernier éclat de l’automne qui résiste avant l’arrivée de l’hiver.
À cette période de l’année, les montagnes changent peu à peu de visage. Les nomades ont commencé leur descente vers des altitudes plus basses, emmenant avec eux leurs troupeaux à la recherche de pâturages plus accueillants. Les campements se font plus rares, et les mouvements des hommes disparaissent progressivement du paysage. Les vastes étendues retrouvent alors leur solitude, et les yacks, autrefois nombreux à parcourir ces pâturages, deviennent moins présents.






En parcourant les photos de l’article, vous avez peut-être remarqué une chose : les routes sont presque toujours vides. Ce n’est pas un hasard si elles occupent une place si importante dans mes photographies. Ici, la circulation est extrêmement rare, simplement parce que ces territoires sont immenses et que très peu de personnes y vivent. Le tourisme y est encore absent, ce qui offre la liberté extrêmement précieuse de pouvoir s’arrêter n’importe où, n’importe quand, pour profiter d’une lumière, d’un paysage ou d’un animal sauvage.
Je n’avais pourtant pas décidé de photographier les routes. C’est seulement en triant mes images que je me suis rendu compte à quel point elles revenaient souvent. Et finalement, ce n’est pas très étonnant. D’un point de vue photographique, la route est un élément formidable : elle apporte une structure au paysage, guide le regard, crée une profondeur et offre souvent de magnifiques courbes qui invitent à suivre son tracé. Mais au-delà de l’image, elle raconte aussi quelque chose du voyage lui-même : l’attente, la découverte, la surprise de ce qui se trouve un peu plus loin.
C’est cette sensation que j’aime retrouver à chaque fois que je prends la route sur le plateau tibétain. Il ne s’agit pas seulement d’aller d’un point à un autre, mais de se laisser surprendre par ce qui apparaît au détour d’un virage, par une rencontre inattendue, par un paysage que l’on n’avait pas imaginé.
C’est aussi ce que j’ai envie de partager avec les voyageurs qui choisissent de m’accompagner. Au fil des années, j’ai parcouru ces pistes, découvert ces vallées, rencontré des familles nomades et construit des itinéraires qui permettent de prendre le temps de ressentir pleinement cette région exceptionnelle. Alors si l’envie vous vient, un jour, de vivre cette aventure à votre tour, je serai plus qu’heureuse de vous emmener sur ces routes du plateau tibétain, à la découverte de paysages et de populations qui, je l’espère, vous toucheront autant qu’ils me fascinent depuis tant d’années.
Alors, attachez votre ceinture… la route continue !



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