J’ai très envie de vous parler d’un projet photo un peu fou, mais exceptionnel !! Oui, oui, on peut dire exceptionnel car très probablement unique au monde.
En partenariat avec le studio HLiiC, nous avons décidé de réaliser une série de 10 daguerréotypes qui viendront s’insérer dans le cadre bicentenaire de l’invention de la photographie. Et le Ministère de la Culture a retenu notre projet pour être référencé dans ses événements !
Alors ça vaut bien quelques explications n’est-ce pas ?
1. Le contexte historique
1826 est donc l’année de l’invention de la photographie par Joseph Nicéphore Niépce. Vous connaissez probablement cette photo qu’il a prise de chez lui cette année là :

Niépce s’associe avec Louis Jacques Mandé Daguerre, et ce dernier invente le fameux Daguerréotype. Il parvient à fixer durablement l’image produite par la lumière, qui ne s’efface plus, et surtout qui ne demande plus des heures de temps de pose. Cette avancée ouvre la voie à une véritable révolution visuelle et culturelle.
Le 19 août 1839, la présentation officielle à l’Académie des Sciences à Paris fait sensation. Conscient de l’importance de cette découverte, le gouvernement français achète le brevet à Daguerre afin de le rendre public et gratuit, offrant ainsi au monde entier une invention qui bouleversera la représentation du réel.
Rapidement, le daguerréotype se répand en Europe et aux États-Unis. Des ateliers s’ouvrent dans les grandes villes, et le portrait devient un art populaire : chacun peut conserver son image ou celle de ses proches. Cette démocratisation transforme durablement le rapport des individus à la mémoire, à la représentation et au temps. Même remplacé dès les années 1850 par des procédés plus simples et reproductibles, le daguerréotype demeure une invention fondatrice, symbole du moment où la lumière devient outil de mémoire.
2. Contexte contemporain
Aujourd’hui, la pratique du daguerréotype tend à disparaître, malgré les efforts de The Daguerreian Society, une association américaine regroupant une centaine de collectionneurs. Dans le monde, seule une vingtaine de personnes maîtrisent encore ce savoir-faire, et à peine une dizaine en possèdent encore une véritable expertise et réalise des daguerréotypes de manière professionnelle.
Cette raréfaction s’explique par plusieurs facteurs : le coût élevé du matériel, la toxicité des produits chimiques, mais surtout l’extrême complexité technique. Les spécialistes s’accordent à dire que le daguerréotype est le procédé photographique le plus difficile à maîtriser de tous ceux jamais inventés.



3. Le daguerréotype : une image unique et intemporelle
Le rendu d’un daguerréotype est impossible à restituer fidèlement sur un écran. Il est même tout simplement extrêmement difficile de le photographier. L’image est en effet déposée sur une plaque d’argent ultra réfléchissante à force d’avoir été polie, semblable à un miroir. Selon l’angle sous lequel on l’observe, elle apparaît ou disparaît progressivement.
Ainsi, contempler un daguerréotype constitue une expérience singulière, l’image se mêlant à notre propre reflet, l’un surgissant tandis que l’autre s’efface au gré des mouvements du regard et de la lumière.
À cela s’ajoute une restitution des détails et une netteté absolument saisissants. Même sur un minuscule médaillon, les rides d’un visage apparaissent avec une netteté extraordinaire. La précision est telle que l’image semble parfois acquérir une forme de profondeur tridimensionnelle.
Vous l’aurez donc compris, toutes les images que je vous montre ici ne rendent absolument pas hommage au rendu unique du daguerréotype.

À l’origine, le daguerréotype est une image unique et inaltérable et la lumière fixée sur une plaque de cuivre recouverte d’argent demeure pour toujours. Il n’existe pas de négatif, la photographie est directement positive, et chaque image est non reproductible, à la fois œuvre et objet. À l’inverse, dans la photographie argentique ou numérique, le négatif – qu’il s’agisse d’un film ou d’un fichier RAW – n’est qu’une étape intermédiaire et il doit être développé et transféré sur un support, la plupart du temps du papier, pour devenir visible.
Il est cependant possible d’obtenir une image daguerréotype à partir d’un négatif en simulant une chambre et en exposant la plaque de cuivre recouverte du négatif à la lumière. On obtient ainsi un tirage daguerréotype, tout aussi unique, car la préparation de la plaque d’argent, son temps d’exposition et son traitement après exposition est entièrement manuel.
4. La série
Venons-en au cœur du projet !
L’idée est de produire des daguerréotypes à partir de fichiers RAW, en faisant dialoguer ce procédé né au XIXe siècle avec des technologies contemporaines. Faire se rencontrer le passé et le présent, en quelque sorte.
J’ai la chance immense d’avoir à Nanjing, tout près de chez moi, le studio HLiic, dirigé par Hengli et Xian, derniers grands spécialistes mondiaux du daguerréotype ! Ils m’accompagnent dans ce travail dans un esprit très proche de la relation traditionnelle entre un photographe et son tireur.
J’ai réalisé une série de dix images autour de l’architecture contemporaine des grandes villes. Mais ces bâtiments se mêlent à des reflets qui viennent perturber la lecture de l’image. On ne sait plus toujours ce qui appartient au réel, au reflet, à l’avant-plan ou à l’arrière-plan. Ce jeu visuel fait directement écho à la nature même du daguerréotype, où l’image apparaît, disparaît, se transforme selon l’angle du regard et de la lumière.
Ce choix n’est pas anodin. Je voulais ancrer le daguerréotype dans notre époque, montrer qu’il ne relève pas seulement de l’objet historique ou du musée. Ce procédé ancien peut encore parler du monde contemporain, et peut-être même d’une manière particulièrement troublante.
Car il y a aussi dans cette série une réflexion sur notre modernité. Ces architectures de verre et d’acier, symboles de puissance et de progrès, semblent parfois vaciller sous la présence diffuse du végétal. Comme si la nature attendait silencieusement de reprendre sa place.
Et puis le daguerréotype porte en lui une ambiguïté fascinante. Il produit une image presque fantomatique, instable, insaisissable, tout en étant d’une précision extrême. Il rappelle ainsi ce qu’est profondément la photographie : à la fois une illusion et une trace du réel, une interprétation du monde mais aussi l’enregistrement incontestable de quelque chose qui a réellement existé devant l’objectif.
À travers ce partenariat, notre volonté est donc de contribuer à faire vivre ce patrimoine rarissime qu’est le daguerréotype, en associant savoir-faire historique et création contemporaine.










Pour des raisons techniques et financières, les daguerréotypes seront de petite taille (10×12,5 cm) et nous prévoyons de les encadrer dans de grands cadres en verre et acier d’environ 30 cm pour leur donner un aspect très contemporain.
Intention artistique
Derrière nous, ce qui nous attend
La ville moderne et la photographie naissent dans le même moment historique. Tandis que l’industrialisation redessine l’espace et que les villes s’étendent selon une logique nouvelle d’organisation et de puissance, la photographie introduit une autre forme de maîtrise, celle de l’image. Pour la première fois, le monde peut être fixé, observé, conservé. La modernité semble ainsi s’ouvrir sous le signe d’une double promesse, transformer le réel et en retenir l’apparence.
La civilisation industrielle et urbaine se construit alors autour d’un sentiment inédit de puissance. L’homme paraît capable d’organiser son environnement, de transformer les paysages et d’imposer sa logique au territoire. La ville devient l’expression la plus visible de cette confiance avec son espace entièrement façonné par l’intelligence humaine.
La photographie accompagne cette affirmation. En capturant le monde tel qu’il apparaît, elle donne l’impression que le réel peut être saisi, retenu, presque possédé. L’image devient la trace d’un instant, la preuve visible de ce qui est, ou tout du moins, de ce qui a été.
Mais toute forme de maîtrise repose sur un équilibre bien plus fragile qu’il n’y paraît. Le visible entretient une étroite relation avec l’invisible, une présence n’est effective qu’en contraste avec ce qui n’est pas vu et une preuve suppose une réfutation. Ces polarités ne s’opposent pas, elles se répondent et se conditionnent mutuellement. Dissociées, elles s’annulent. Réunies, elles rendent le monde possible.
Peut-être en va-t-il de même pour notre rapport au temps. Derrière nous demeure un passé qui continue d’agir, même lorsqu’il échappe à notre regard. Devant nous s’étend un futur tout aussi invisible, parfois imaginable, parfois prévisible, mais toujours incertain. Entre ces deux horizons, le présent semble nous appartenir. Pourtant, il ne cesse de se dérober.
La photographie se situe précisément dans cet intervalle. Elle enregistre le réel au temps présent, avec une précision mécanique, mais elle le transforme en même temps en image, c’est à dire en abstraction. Elle est à la fois trace et illusion, vérité et mensonge, présence et apparition.
Dans cette tension se révèle peut-être quelque chose de plus vaste, la fragilité même de la modernité. La ville contemporaine, souvent perçue comme l’expression ultime de la puissance humaine, demeure pourtant inséparable du monde vivant dont elle dépend. Toute maîtrise apparente repose sur cet équilibre précaire, et l’avenir de nos cités, comme celui de nos sociétés, demeure suspendu à leur capacité à respecter cette interdépendance.
5. Les expositions prévues et les soutiens
Outre celui du Ministère de la Culture Français, nous avons reçu de nombreux soutiens d’organismes officiels, de Musées et de galeries qui se sont engagés à exposer ce projet ou à organiser un événement autour de lui. Ainsi, les musées comme Fotografiska à Shanghai et 1826 à Hangzhou l’exposeront. La galerie Nomad No Mad à Shanghai et l’Université des Beaux Arts de Nanjing également. La série sera également exposée dans différentes Alliances Françaises en Chine et d’autres lieux sont en projet.
À ce jour, et à mon grand regret, je n’ai toujours pas trouvé de lieu d’exposition en France. Pourtant, j’adorerais montrer ces daguerréotypes, dire au public français que ce procédé, pourtant inventé par nous, n’est pas mort. Rendez-vous compte qu’aujourd’hui en France, je n’ai trouvé qu’un seul spécialiste du daguerréotype en activité, Jérôme Monnier. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché et d’avoir demandé dans les réseaux de photographes « vintage » ou sur les forums photo s’ils en connaissaient, ! Seul ce nom est sorti. Il y en avait quelques autres, mais tous ont cessé leur activité depuis bien longtemps.
Ce qui me fait dire, qu’à ma connaissance, nous ne sommes plus que 2 français dans le monde à faire des daguerréotypes aujourd’hui ! Incroyable, non ?
Le Consulat Général de France à Shanghai m’aide à entrer en contact avec les Rencontres d’Arles. Nous attendons leur réponse, mais je ne me fais pas trop d’illusion, sans réseau puissant c’est le genre de lieu impossible à pénétrer. À suivre quand même !
Alors, si ce projet vous plait, que vous avez envie de le soutenir et que vous avez des contacts avec des institutions en France, n’hésitez pas à en parler ! Il faut juste savoir que les daguerréotypes sont déjà presque tous vendus, aussi je doute qu’une galerie soit intéressée s’il n’y a pas de vente à la clé car, bien entendu, c’est une édition unique. Il y a donc aussi la contrainte du temps car il faudra bien qu’ils soient donnés un jour à leur propriétaire. Ils patientent jusqu’à la fin du bicentenaire, c’est à dire en septembre 2027. La tournée en Chine s’étale pour le moment entre octobre 2026 et mai 2027.
N’hésitez pas à me contacter !


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