Dans le premier volet de cette série d’articles que j’ai décidé de dédier à Constantine, je vous avais fait faire un petit tour global de la ville et de ses environs. Aujourd’hui, j’aimerais vous convier à parcourir le dédale des rues et des marchés de la vieille ville, vous faire sentir la frénésie qui y règne et assister, bien malheureusement, à l’état de délabrement dans laquelle les autorités laisse s’enfoncer ce patrimoine unique en son genre.
La Medina
La vieille ville se divise en 3 quartiers : la ville arabe, la ville européenne et la partie juive. La première se caractérise par un dédale de ruelles inextricables, où il est bien souvent difficile de s’orienter à moins de bien connaître son itinéraire. La seconde a été construite à l’époque coloniale aux emplacements de la vieille ville arabe, donnant pour résultat un mixte assez étonnant de ruelles étroites et enchevêtrées et de rues plus rectilignes et d’apparence plus « rationnelle ». La dernière partie quant à elle est plutôt elle aussi de style « colonial ». Je dirais que le style architectural de ces 2 dernières parties est plutôt du genre « grandes villes du sud de la France ».
Je vous laisse découvrir en photos l’activité intense qui y règne ! Je vous rappelle que j’ai pris ces photographies au mois d’août alors que la ville est censée être en période « calme » avec bon nombre de personnes qui sont parties en vacances (la plupart d’ailleurs en Tunisie, les algériens désertant leur pays au prétexte qu’il n’y a pas de structures touristiques – mais ça c’est encore un autre sujet dont je parlerai probablement une autre fois). Bref, je vous laisse imaginer ce que ça doit être alors que l’activité bat son plein en milieu d’année !





























État des lieux
Cela fait maintenant 15 ans que je viens régulièrement ici. A l’époque, la ville était déjà en piteux état, mais l’espoir était là de voir les autorités et les associations reprendre le dessus après 10 années de guerre civile, se ré-approprier son histoire, relever la tête, être fières de son patrimoine. A l’époque, on me disait que l’exode rural (conséquence de la guerre civile) avait été un coup très dur pour la ville et qu’elle avait été « tiers-mondisée »avec une multiplication de bidonvilles, une surpopulation par rapport au nombre de logements disponibles, une chute radicale du niveau et de la qualité de vie. Aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce qui a été fait pour que les Constantinois retrouvent la fierté d’habiter l’une des plus vieilles villes du monde ?
Et bien je dois dire … pas grand chose. Pourtant, comme je vous le disais dans l’article précédent, Constantine doit porter les couleurs de la culture arabe en 2015. De très nombreux projets ont été entamés, certains, très rares, sont finis ou sur le point d’aboutir comme un palais des congrès en périphérie de ville ou un gigantesque hôtel Hayat. Il y a (il y avait) des plans de sauvetage pour la vieille ville mais ceux-ci sont déjà quasiment en train d’avorter, et plutôt que de rénover de manière pérenne l’habitat traditionnel, il semble que les constantinois devront se contenter du ravalement de façade sur les parcours officiels. Que leur intérieur s’écroule littéralement, ce n’est pas l’affaire des autorités, ces dernières ayant été probablement trop occupées à surveiller d’autres « chantiers » plus personnels.
Commençons par ce qui a fonctionné tout de même et j’aimerais signaler la fin de la restauration du palais Ahmed Bey (inauguré en 1835 juste avant l’invasion française). Il y a 4 ans, j’avais pu le visiter en pleine restauration mais les photographies étaient interdites, et cet été … il était fermé au public. Je ne puis donc que vous montrer sa façade qui cache tout, vraiment tout : la magnificence des pièces décorées avec des mosaïques extraordinairement raffinées, des boiseries peintes, un jardin luxuriant avec bien évidemment une fontaine au centre, etc … Bref, personnellement, c’est un peu comme ça que j’imagine ma future maison en Algérie 😉

Ce qui va fonctionner (enfin j’espère !)
Dans les photos ci dessus, je vous ai montré un aperçu de la rue Didouche Mourad (ex rue de France) qui est une artère très importante d’accès à la veille ville. Les autorités ont entrepris la rénovation du bitume, ce qui est bien, mais je dois avouer que c’est pour le moment un véritable capharnaüm car jusqu’à récemment encore (est-ce que ces travaux ont été finis ?) il y avait du sable et des gravas partout. Pour déambuler dans cette rue, mieux valait être muni d’un équipement anti-poussière !




Ce qui ne fonctionne pas du tout …
L’état de délabrement des habitations est alarmant. Chaque fois que je viens à Constantine, je vois un peu plus d’immeubles qui sont sur le point de s’écrouler. Et là, je ne parle que de la veille ville, je vous ferais visiter d’autres endroits plus tard et je vous laisserai juges.



Pourtant, l’habitat traditionnel est de toute beauté (ou disons pourrait être). Généralement sur 2 étages, l’immeuble est construit autour d’une cour intérieure que se partagent plusieurs familles. Pour l’anecdote, encore une fois, les algériens sont absolument adorables et lorsqu’ils voient des gens comme nous, le nez en l’air, ils n’hésitent pas à nous inviter à pénétrer leur intimité, juste comme ça, histoire de faire connaissance, de parler, de partager un thé. C’est comme cela que j’ai pu prendre les photos ci-dessous



L’autre véritable fléau est la saleté de rues. Celles-ci sont littéralement laissées à l’abandon et les poubelles sont rarement ramassées. C’est d’ailleurs étonnant car l’intérieur des maisons est d’une propreté quasi maniaque. Mais une fois passé le seuil du privé et l’espace public franchi, c’est comme si plus personne ne faisait attention. Le problème vient bien évidemment des autorités qui n’organisent que peu ou prou le ramassage des ordures (et bien souvent, lorsqu’un camion passe, ce dernier est tellement vétuste que toutes les ordures s’envolent dans son sillon une fois qu’il redémarre). Mais il me semble aussi qu’il y a une sorte de désintérêt, un découragement de la part des habitants. A leur décharge, comment se débarrasser des détritus ? C’est normal dans une société développée qu’il y en ait ! Pour ma part, s’il n’y avait pas chez moi un ramassage bien organisé, je ne sais absolument pas comment je me comporterais. Le seul endroit d’ailleurs où je n’ai vu aucuns déchets avec une absence totale de ramassage, c’était en Côte d’Ivoire dans un petit village appelé Assikoi. Là, les choses sont simples : il n’y a pas de déchets car il n’y a rien à jeter (http://www.photofolle.net/tag/cote-divoire/)


En conclusion
Voilà, j’en ai fini avec ce petit tour de la Médina de Constantine. Bien entendu, la ville ne se résume pas seulement à cette partie et j’aurais l’occasion dans les prochains articles de vous faire découvrir d’autres quartiers qui n’ont strictement rien à voir avec l’ambiance que je vous décris ici. Je vous ferais découvrir notamment l’université, la grande mosquée ainsi qu’une ville entièrement nouvelle qui est absolument stupéfiante !

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