LE FOND ET LA FORME – Par Jean-Paul Ramel – Première partie

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AVANT PROPOS

Cet article est une réaction à celui que j’ai publié la semaine dernière sous le titre « Le fond et la forme » que vous pouvez retrouver à cette adresse : http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme/. La discussion avait déjà commencé dans les commentaires que je vous invite vivement à lire en guise de préambule !

Tout à fait exceptionnellement ce n’est pas moi aujourd’hui qui ai rédigé l’article, mais Jean-Paul qui nous fait l’honneur d’une excellente lecture d’image.

Jean-Paul, à toi la parole !

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La photo litigieuse 🙂 Photo d’origine, « brute de capteur »

bidouillage 1

Me voici donc devant cette image « petit bonheur la chance » « sans avoir d’idée derrière la tête ».

Et immédiatement cette photo me parle. Beaucoup. Autant ou presque que celle sur laquelle j’avais réagi précédemment : ton fameux « mariage à l’italienne »

Je reviendrais sur tes commentaires de ta propre photo qui ne manquent pas d’intérêt, y compris pour mon propos. Dans l’immédiat, j’aimerais d’abord la sauver, d’abord à tes propres yeux et aussi, accessoirement, au regard de ceux à qui tu l’as montré.

Ta photo telle que tu l’as abordé d’abord : cadrage, composition, lignes de force, couleur, lumière. Fort contraste dis-tu avec blancs cramés et noirs bouchés ne donnant pas envie de la sauver et par ailleurs pas un intérêt débordant, pas d’interaction entre le passant et son environnement dis-tu. Une photo banale.

C’est une véritable réquisitoire qui annonce le couperet imminent : effacement sans regret. Pourtant tu n’as pas pu te résoudre à le faire… Pourquoi ?

C’est de cette hypothèse que je pars pour mon propos : tu ne l’as pas effacé car elle est bien plus importante, forte et réussie que tu ne le prétends, même si tu ne sais pas (pas encore ?) pourquoi.

 Tes choix sur la couleur d’abord.

C’est faire honte à des logiciels de traitement que de l’annoncer perdue comme tu le fais. Je n’ai pas l’original en raw, mais j’ai déjà soumis ton fichier web à cette torture, lightroom en l’occurence. Il est très honnêtement rattrapable comme je le montre dans ci-dessous :

Pasted-Graphic

Aucun doute, elle gagne a rester sombre pour éliminer ce qui la parasite : les compteurs ou autres boites sur la droite et surtout cette voiture au fond, en plein milieu de la pastille, qui aurait du faire hésiter à appuyer sur le déclencheur et que l’on devine encore très bien sur ta photo publiée

Tu laisses cette photo en forte dominante sombre et très contrastée : tu as infiniment raison. Restons donc dans le sombre, a forte teneur de contraste, c’est un bon choix.

Tu la convertis ensuite en noir et blanc, la encore, je te suis parfaitement : la couleur parasite inutilement le principal de ton propos et n’apporte strictement rien pas ailleurs. Concentrons nous donc sur l’essentiel. Tu en profites pour faire pratiquement disparaitre la voiture. La encore je te suis parfaitement : un gros problème de moins.

Après apparait ma première divergence à ce niveau.

Comme tu le dis toi-même : en haut la partie éclairée perturbe vraiment la lecture et plus loin que « les tons clairs sur les bords d’une photo incite le regard à s’échapper ».

Tout est dit !!!

Qu’est-ce qui t’empêche alors de la recadrer en supprimant cette partie parasitaire ? Pourtant tu ne le fais pas, soulignant par la même qu’elle a beaucoup plus d’importance qu’il n’y parait. J’y reviendrais, mais pour la simplification de ma « démonstration », je vais pour l’instant travailler sur l’hypothèse de la retenue hésitante d’une débutante en photographie 😉

Donc je recadre la photo noir et blanc dont j’augmente encore le contraste pour éliminer définitivement tous les éléments superflus telle que je la montre ci-dessous (on pourrait aussi en profiter pour éliminer complètement la voiture à moins qu’elle ait aussi une importance que je n’ai pas pris la peine d’analyser ?…)

Pasted-Graphic-1

Reste donc une photo dans son écrin avec un (plusieurs…) cadre(s) dans le(s) cadre(s) afin de concentrer le regard sur le principal.

C’est un impossible écrin dont, à mon sens il s’agit avant tout.

Ce n’est pas la première fois que je me pose des questions sur tes choix de cadrage et celui-ci m’interroge particulièrement :

  Après la découpe, la composition…

Le personnage dis-tu est presque parfaitement centré dans la photo. Tu as déjà montré ta capacité à des cadrages parfaitement symétriques (mariage à l’italienne…) ; or ici, tout est presque centré, mais rien ne l’est vraiment, ce qui est très dérangeant et déstabilisant pour le regard. Et ce n’est pas neutre…

Symétrie des colonnes du fond entre les deux colonnes avant, qui elles ne le sont pas avant la troisième « colonnade » , les portes de premier plan, à nouveau symétriques. Et au milieu de tout cela, planté bien en vue, ce personnage pas du tout au centre, contrairement au « presque » que tu annonces dans ton commentaire : il est au centre de la photo, pas des colonnes, et c’est très dérangeant. Pour finir une poubelle à l’avant plan gauche (et aucune en symétrie à droite…) et ce personnage quasi hors champ à l’extrême gauche du plan de la porte. On finit par ne plus voir que cela : cette apparente symétrie en fait totalement dissymétrique et déséquilibrée !!! Verticalement, c’est pire encore : deux carrés de lumières avec pour toute réponse un noir uni en bas ! (sans compter ce que j’ai coupé précédemment pour simplifier mon propos…)

Et si tout cela finalement donnait à la composition une force phénoménale engendrée par ce déséquilibre d’une image apparemment figée car symétrique et « harmonieuse » qui en fait ne l’est pas du tout ?

Pour tout dire, ce que je vois la, c’est un véritable film, avec un mouvement de caméra, un travelling avant continu de la caméra en profondeur à travers ces trois plans successifs de colonnades pendant que se déroule la traversée latérale des deux personnages dont les destins vont se croiser/recouper, l’un pratiquement encore hors champ mais plus tout à fait, ce qui introduit la notion de temps dans cette image, allant de gauche à droite, et l’autre, pas centré non plus pour LAISSER TOUTE LA PLACE A SON OMBRE, marchant, lui, de droite à gauche.

Et il a l’air décidé le bougre c’est même ce qui m’a le plus frappé à la première vision de cette photo.

Il introduit lui aussi la notion de temps par son « non-centrage ». C’est un homme en marche, sans hésitation et déterminé. On peut imaginer, par là même, la photo suivante que tu as peut-être prise, et non retenue, un « chouya de dixièmes de secondes » après : Le personnage est cette fois bien centré mais la composition est moins harmonieuse : l’ombre au sol est tronquée, le personnage de gauche, bien que plus nonchalant rentre un peu plus dans le champ ce qui lui donne plus (trop ?) d’importance. Le travelling avant rétrécit l’ombre sur les bord de l’image, l’écrin est donc atténué, et la poubelle, si importante, commence elle à être tronquée peut-être. Elle le sera de toute façon dans l’image suivante ou le personnage de droite s’éloigne à gauche pendant que celui de gauche occupe le centre de l’image et que la porte, franchie par la caméra, disparait…

Maintenant que l’on a vu l(es)’accessoire(s), passons à l’essentiel : les personnages dans et hors champ puis, les éléments « inesthétiques et inutiles sur le mur à gauche », et, à la fin, la poubelle qui « tombe comme un cheveu sur la soupe » dis-tu…

 La symbolique 

Le personnage principal, tu le décris comme presque parfaitement centré (mais c’est ce presque qui change tout…) à la « jolie » allure, droit et équilibré…

Je n’ai pas du tout eu le même ressenti. Certes il se détache parfaitement bien, je suis d’accord avec toi, et il a les jambes bien détachées (dans « l’instant d’après » ou il serait parfaitement centré, ce ne serait plus le cas pour les jambes) mais c’est son côté « déterminé » qui m’a frappé et a engendré ce film que je me suis fait dans la tête. Ce film qui ne peut marcher que pour un occidental avec son sens de lecture « normal » de gauche à droite et non pas de droite à gauche ou de haut en bas, le voici :

Cet homme revient résolument vers son passé qu’il a précédemment raté par négligence : l’homme à gauche, à peine visible, qui marche nonchalamment en lisant son journal sans faire attention à ce qui se passe autour de lui et donc son futur (gauche à droite), c’est lui, tel qu’il s’est négligé précédemment. Les deux colonnades de part et d’autre l’indiquent clairement formant la triangulation des trois têtes : les deux lions et la sienne. La diagonale formé par sa silhouette et son ombre dirige le regard vers la tête du lion à gauche dans l’ombre, ce qui fait disparaitre la langue tirée, clairement visible par le soleil sur la tête de droite. Disparaissant, elle ne montre plus donc que ce visage renfrogné d’un passé raté sur lequel il faut revenir pour le réparer, afin d’éviter que se reproduise la tête de droite qui tire la langue sur nos ratées futures, comme ces modillons ou gargouilles moqueurs ou effrayants qui nous contemplent sur les frontons des églises. Il revient donc sur ses pas, bien décidé à revisiter ce passé que, par sa bêtise, il a négligé lorsque il fallait pourtant lui prêter la plus grande attention, comme s’il l’avait jeté à la poubelle, SYMBOLE PRINCIPAL de la signification de cette image comme le montre sa triangulation opposée, marquant encore plus ce passé raté : ce lion mécontent, mis, par symétrie, dans la poubelle du passé non accompli…

Pasted-Graphic-2

J’en reviens donc, au final, sur mon recadrage de départ, que je peux maintenant qualifier de largement abusif.

Puisque Laurence sait recadrer une photo, et n’est pas une débutante, le fait de laisser cette image avec sa partie claire en haut à gauche qu’elle qualifie de fuite pour le lecteur, je ne peux qu’en conclure qu’elle était volontaire, même si non consciente.

De même que cette poubelle marque l’oubli désastreux vers les tréfonds du passé, cette lumière montante en haut à gauche, marque le profond optimisme de cette photographie : en revenant de façon déterminé vers son passé, le personnage va éclairer celui-ci afin de sortir au mieux, de ce passé qu’il avait bien imprudemment abordé. En éclairant son histoire passée, il illuminera son avenir, rendant caduque ce lion qui lui tire la langue aujourd’hui. Il est donc indispensable de la réintroduire dans la version définitive, car elle est la signature finale de cette photo : on n’en sort pas par le bas à droite comme le veut le sens normal de lecture, mais par le haut à gauche, à la signification nettement symbolique qui éclaire le sens de cette photo, qui est tout, sauf banale…

Sortons donc de cette photo pour finir la séquence par un travelling arrière, sur une vision désertée par ces passants maintenant éloignés, ne laissant plus que le sol en contraste noir blanc, les lions et la poubelle esseulés, et cette belle lumière éclatante en haut à gauche lorsque le travelling arrière se termine.

Clap de fin du film.

Je rappelle bien sur que tout cette interprétation est un jeu… Mais c’était quoi déjà le titre ? Ah oui : le fond et la forme…

 icon-angle-double-right Lire la seconde partie

[wc_box color= »secondary » text_align= »left »]À PROPOS DE JEAN-PAUL RAMEL

En guise de biographie, Jean-Paul nous livre un auto-portrait. Si nous avons bien bien suivi la démarche de la lecture d’une image, je crois que chacun pourra aisément se faire une idée de l’auteur 😉

autoportrait 1

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  1. Tout d’abord, je tiens à te remercier chaleureusement Jean-Paul pour cette formidable contribution ! Lorsque tu m’as envoyé ta proposition, je n’en revenais pas et comme je te l’ai dit, je crois que je suis jalouse de ta capacité de lecture.
    J’espère que mes amis lecteurs sauront apprécier la qualité de tes remarques et surtout la pertinence de ton oeil !
    J’aimerais également souligner le fait qu’en principe nous devrions toujours lire de cette manière une image qui nous est soumise : tout d’abord vérifier ses éléments formels puis rentrer dans la symbolique (par définition une image est un symbole !). Puis se poser la question : pourquoi cette image, qu’est-ce que l’auteur a voulu dire, pourquoi a-t-il intégré tels ou tels éléments, qu’est-ce qu’ils signifient, procéder par déductions, faire des suppositions, ….
    Bref, nous assistons avec cette « critique photo » à une belle démonstration lecture ! Jean-Paul pourrait être un lecteur hors-pair, à l’instar de quelques-uns (rares) que je connais ici en Italie, notamment Silvano Biccocchi ou Gian Carlo Torresani qui m’ont à chaque fois époustouflée par leur à propos, leur sens de l’image et leur culture artistique générale impressionnante. Je trouve par ailleurs pour ma part que ces personnes ont une rare capacité de générosité. Car quelle ouverture d’esprit il faut avoir pour entrer dans le monde d’un auteur et essayer par tous les moyens de le comprendre tout en respectant son travail. Chapeau bas Jean-Paul !

    Alors, comme dans toute lecture, l’auteur a son « droit de réponse » et je vais en user maintenant 😉

    Tout d’abord, je dois bien avouer que tu m’as mise au pied du mur et je ne peux que te donner raison lorsque tu me dis que si je n’ai pas jeté cette photo directement à la poubelle, c’est quand même bien que je ne la considérais pas si nulle que ça, voire plus. Je suis une grande fille et personne ne m’as mis un revolver sur la tempe pour que je la publie ! Donc il est indéniable que tu as raison sur ce point.
    Maintenant, pourquoi je l’ai « descendue » ainsi, je crois qu’entre autres, c’est lié au moment de la prise de vue : je n’étais pas dedans du tout, du tout. J’étais avec une amie (absolument pas photographe) et je prenais pour elle en photo des fresques car elle est peintre en décor et souhaitait avoir des modèles. Imagine-toi mon supplice : elle ne voulait surtout surtout pas d’interprétation ni d’effet de composition ou de cadrage et, comble de tout, j’ai dû sortir mon flash car il n’y avait pas assez de lumière. Aaahhhhhhh !!!!!! Mais comme je l’aime beaucoup, je lui ai rendu ce service, même avec un flash 😉 C’est ainsi que cette photo, je l’ai prise comme ça, en dehors de ma « mission » de répertoriage de fresques, par dépit. Et c’est la seule, il n’y a pas eu d’autre tentative … ce n’était ni le moment, ni le sujet. D’où peut-être mon irritation inconsciente 😉 Cela soulève bien entendu la question du recul que le photographe a – ou non – avec la réalité du moment vécu lors de la prise de vue et jusqu’à quel point il peut avoir de l’impact sur la manière dont il va percevoir sa photo post-prise de vue.

    Ensuite, je dois te parler du cadrage, ou plutôt du non-recadrage. À la base, j’ai toujours des difficultés à tailler mes photos. Je n’ai aucune explication rationnelle à cela, mais le fait est que j’hésite toujours très longuement à recarder et quand je le fais, c’est toujours le strict minimum (par exemple je sais que je ne vois dans mon viseur que 95 % de la scène) et surtout, je garde toujours le ratio original (sauf pour le format carré). Dans le cas de cette photo, je dois dire que ta proposition de recadrage me perturbe beaucoup. Comment te dire … c’est comme si elle était amputée de quelque chose. Et là, pour le coup, elle devient vraiment très très plate. Peut-être trop simple ? Non, ce n’est pas cela car j’aime bien aussi les photographies « simples » à découvrir. Je crois au fond que la réponse est dans ton analyse de cette image que tu as su rendre limpide, et effectivement, le sens de lecture que tu proposes tient tout à fait la route. Merci de m’aider à comprendre mes propres photos !!!

    Encore une fois merci Jean-Paul pour cette grande leçon de lecture qui en plus n’est pas finie car dans la seconde partie à venir tu as eu l’intelligence aussi de remettre mon image finale dans le contexte historique de la photographie ! C’est qu’un bon lecteur doit non seulement avoir de grande capacités analytiques mais en plus une très bonne connaissance de l’histoire de la photographie et de l’art en général.

    Si un jour, amis photographes, vous avez l’occasion d’assister à des lectures de photographie, je vous recommande vivement d’y assister, voire de soumettre une de vos photos ou un portfolio si vous en avez la possibilité. Lorsque le lecteur est à la hauteur, c’est un vrai spectacle d’une belle intensité intellectuelle 🙂
    Maintenant, la parole est à vous 🙂

  2. C’est effectivement une très bonne lecture d’image, que tout le monde ne peut pas faire. Je crois que cela montre très bien la subjectivité de la photographie, puisque Jean-Paul y a lu sa « propre » histoire? Je dis ça dans le sens où l’histoire sort de son imaginaire, je ne dis pas qu’il est ce monsieur au passé raté… Quoi que, sans vouloir être indiscret ni désagréable, c’est peut être le cas inconsciemment ? Voyons nous ce que nous sommes ? L’histoire de Jean-Paul n’est pas la même que la tienne, Laurence, même si tu aimes ce qu’il te proposes.
  3. Bonjour !

    Cécile : Merci à toi Cécile 🙂

    Thomas : Je m’excuse, mais je crois que tu n’as pas du tout compris le sens de cet article. Il s’agit tout au contraire d’une démonstration de l’objectivité d’une photo !! Le sujet n’est absolument pas que ce que dit Jean-Paul à propos de cette image me plaise ou non et encore moins qu’elle soit la représentation de l’histoire de Jean-Paul !!! Il a su bien au contraire analyser en toute lucidité les éléments formels qui la composent et leur signification et c’est précisément là que se situe le talent d’un lecteur. Quand je dis qu’il faut un grand sens de la générosité pour un lecteur, c’est justement dans le fait que celui-ci efface ses propres sentiments, sa propre subjectivité pour retirer la substance formelle d’une image. Le grand talent d’un lecteur ce n’est pas d’y lire « son » histoire, mais « UNE » histoire. Thomas, tu as bien déjà lu des critiques d’art. Tu n’as jamais été interpellé par la capacité de ces personnes à procéder à des analyses formelles ? Je ne dis pas que ces personnes ont toujours raison car bien entendu, tout le monde a ses limites et la « connaissance universelle », ça n’existe pas. Tu as dit que tu étais allé voir l’expo Cartier-Bresson. Tu as bien vu qu’il y a des « critiques » qui se sont penchés sur ses photos, les ont analysées et grâce à eux tu as probablement compris d’avantage à l’oeuvre. Si Cartier-Bresson les lisait, il serait lui-même étonné, sois-en sûr !!

    Attention, je ne dis pas que ma photo ici est comparable bien entendu (il ne manquerait plus que ça !!), mais c’est pour te faire comprendre que le sens l’exercice de lecture qu’a proposé Jean-Paul va bien au delà de sa personne et de la mienne !!

    Si nous avons décidé ensemble de le publier, c’est précisément pour donner une ouverture d’esprit à la critique qu’on a très rarement l’occasion d’avoir dans nos « blogosphères » car nous nous contentons la plupart du temps (moi y compris) de notre propre « bulle émotionnelle » face à une image. Pour caricaturer, c’est souvent « j’aime-j’aime pas » argumenté de manière assez superficielle et surtout, de manière très (trop) personnelle.

    Jean-Paul nous propose de prendre de la hauteur, mince alors, profitons de ce cadeau !!!!

  4. Bonjour Thomas.
    Voila ce qui s’appelle se faire plomber son travail d’entrée ou je ne m’y connais pas.
    Tu sembles oublier que je n’avais fais que répondre à la sollicitation de Laurence sur sa photo « le fond et la forme », et c’est bien dans ce sens que j’ai réalisé cette contribution.
    Suis-je le « Monsieur au passé raté » évoqué dans mon commentaire demandes-tu ? Oh que oui bien sur, comme la plupart d’entre nous ayant un peu de bouteille, ou plutôt de casseroles en la circonstance… Nous y sommes tous confronté un jour, parce que, dans les nombreux embranchements que nous propose la vie, il est presque impossible que nous ne choisissions pas un jour un mauvais chemin, que ce soit irréversible ou non.
    Si cela ne t’es pas encore arrivé, c’est que tu as eu de la chance jusqu’ici, tant mieux pour toi, et aussi que tu es jeune encore, 29 ans d’après ce que tu dis de toi sur ton site.
    Cela te laisse beaucoup de temps pour te tromper dans le futur comme cela nous est arrivé quasiment à tous, un peu plus écroulés que nous sommes (beaucoup plus dans mon cas, quasi cacochyme que je suis avec mes 61 ans…)

    Mais quand bien même cela serait vrai et s’applique aussi à moi, qu’est-ce que cela change à l’histoire et à son interprétation que tu n’as pas su comprendre à sa juste valeur semble t’il ? 

    Le coup de génie de Laurence, c’est que dans sa photo « à la sauvette » d’après ce qu’elle nous en raconte, elle a touché à l’universel et c’est pour cela qu’elle a su renouveler un symbole et un mythe ancrés au plus profond de chacun de nous, pauvres humains que nous sommes tous : celui du retour sur son passé pour réparer le peut-être irréparable, pour ne prendre qu’un exemple archi-connu, celui d’Oedipe tuant son père et couchant avec sa mère, ce dont il se désolera le reste de sa vie.

    Elle a su actualiser le symbole, dans une dramaturgie moderne, le magnifier, et surtout le positiver, par toute la dynamique d’espoir qu’elle lui octroi.
     
    C’est avant tout une superbe re-création et ne signifie donc pas qu’il s’agit d’elle ou de moi MAIS D’UNE PHOTO revisitant un grand mythe, et cela sans même sans rendre compte, au même titre qu’un Léonard de Vinci peindra une Joconde élevée au rand de mythe par l’humanité, ou qu’un romancier écrira des polars, ce qui ne le classifiera pas pour autant automatiquement dans la rubrique  « meurtrier en puissance » bien qu’il se soit impliqué dans son écriture.

    Thomas, je t’assure, on peut commenter un texte, une photo, une peinture sans être pour autant tout entier directement et exhaustivement concerné à l’intérieur, même si notre vécu nous aide à nous imprégner de l’émotion que l’ouvrage peut susciter. C’est en fait une chance : cela nous maintien humain parmi les humains et non pas un robot avec un super programme informatique capable d’analyser les oeuvres de tout l’histoire de l’homme avec une justesse et une objectivité peut-être totale, mais une froideur et une indifférence qui le seront tout autant.

    Le plus drôle, c’est que je vais te rejoindre dans ton propos dès lundi, puisque je vais détruire consciencieusement le bel édifice bâti dans ce premier texte.

    Car tu as oublié une chose : ce que je commente ici, n’est pas la photo de Laurence telle qu’elle l’a finalement traitée et retenue, mais son original « brut de boitier », qui va se retrouver à la poubelle, et cette intervention par la même occasion, dans ma prochaine analyse qui portera sur son image finale.

    Ton deuxième oubli, c’est qu’il s’agit d’un jeu, sans la moindre prétention d’ordre médical ou pire encore. Laurence pourra le confirmer, elle qui connait déjà ma deuxième contribution depuis plusieurs jours.

    Si tu le souhaites, je veux bien revenir sur tes propos lorsque ma deuxième contribution sera parue en début de semaine prochaine. Peut-être alors ta position aura t’elle un peu évoluée et pourra t’elle perdre de sa brutalité avec ce nouvel éclairage 🙂

    __________________
    Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, 
    j’y trouverai de quoi le faire pendre.
    (Attribué à Richelieu)
    __________________

    1. Bonsoir Jean Paul,

      Avant tout, je tiens à te présenter mes excuses si je t’ai vexé par mon commentaire, ce n’était vraiment pas le but.

      Laurence m’a justement fait remarquer le côté maladroit de ma réponse, je ne peux qu’acquiescer. Si j’ai dit « ne vois-t-on pas ce que nous sommes ? », c’est du à mon manque de culture artistique. Je n’ai jamais eu l’occasion de lire une critique de photo aussi poussée que celle que tu nous as proposé, voilà pourquoi j’ai répondu un à côté de la plaque.

      J’ai vu ton analyse plus comme une avis personnel qu’une analyse objective d’un critique expérimenté.

      Je t’invite donc sincèrement à prendre ma remarque à la légère, comme celle d’un photographe débutant que je suis. J’espère pouvoir un jour avoir cette même capacité d’analyse dont tu as fait preuve, vraiment. J’ai d’ailleurs demandé à Laurence d’éventuelles références dans le domaine.

      Encore une fois, je retire ce que j’ai dit, et jamais je n’ai voulu te vexer. Erreur de débutant 😉

      1. Excuses acceptées 😉
        La plus grande des qualités humaines est, de mon point de vue la capacité à reconnaitre ses erreurs et s’en expliquer, c’est le début de la fin d’une agressivité inutile, et l’amorce d’un échange oh combien plus fructueux.
        Je n’étais pas vexé mais plutôt sidéré et inquiet pour le risque de dégradation des échanges que cela pouvait entrainer ensuite sur le blog de Laurence, à l’opposé de mon souhait.
        Pour le reste, il existe une solution aux difficultés que tu mets en avant : le travail. Nous avons tous commencé un jour. Si tu adoptes une position un peu plus prudente et cherche davantage à comprendre avant de réagir par impulsion, tu devrais avancer très vite car ta capacité à reconnaitre ton erreur rapidement montre que tu en as l’intelligence : devoir s’excuser n’est jamais très agréable. Bienvenu donc parmi les apprentis honnêtes et curieux.
        Tu as à ta disposition un outil fantastique pour progresser : internet qui n’existait pas à mon époque. Il démultiplie les possibilités d’apprentissage (et aussi les risques de perdre son temps) si on l’utilise au mieux de ce qu’il peut nous apporter. Ainsi donc, ce sont des boulevards de progression qui s’ouvrent à toi car le secret c’est : tout s’apprend, notamment en acceptant l’avis des vieillards. Comme la nature est bien faite et cherche toujours un équilibre, ils y trouveront aussi leur compte : ça peut les aider de leur coté à avoir l’impression de servir encore à quelque chose 😉
  5. Mazette, quel jeu brillamment interprété! Voila la réflexion que je me suis faite hier soir en lisant ce billet. Vu l’heure tardive et la fatigue, j’ai remis à aujourd’hui la rédaction de mon comm. Je le fais maintenant sans avoir lu les autres commentaires pour ne pas être influencée. Tout d’abord, Laurence j’aimerais te dire que tu a de la chance d’avoir un lecteur de la qualité de Jean-Paul. A l’heure où il est si facile de cliquer sur un coeur pour « liker » sans autre effort, voir quelqu’un prendre la peine et le temps de procéder à une telle analyse est remarquable.ça l’est d’autant plus que celle-ci, basée sur plusieurs hypothèses et sur un « décorticage » rigoureux de ta photo, est particulièrement bien construite. Bigre, quel oeil, c’est celui d’un vrai pro de l’image! Bien sûr on peut toujours argumenter qu’une photo peut donner lieu à autant d’interprétations qu’il y a de sensibilités différentes mais en l’occurrence, le propos de Jean-Paul relève de la démonstration mathématique. Personnellement, je m’incline devant ce théorème en reconnaissant que tout se tient. A travers ses explications, cet arrêt sur image revêt une dimension quasi mythologique. Bravo Jean-Paul. J’ai lu tes lignes avec intérêt et admiration, en me sentant un peu bête aussi de trop souvent zapper sur les images, de ne pas savoir assez voir ce qu’elles ont à nous dire. Aujourd’hui dans notre monde saturé d’images, il n’est pas possible de faire un tel travail sur toutes celles qui croisent notre regard mais il est bon parfois de s’arrêter, de regarder et de réfléchir un peu plus en profondeur. C’est bon pour la tête, pour l’oeil et pour l’intelligence. Merci de me l’avoir rappelé d’une si magistrale manière. Belle fin de semaine à tous les deux.
    1. Merci Christine pour ce commentaire élogieux.
      Tu en as bien discerné l’élément fondamental : laisser du temps au temps, denrée précieuse en voie de disparition aujourd’hui. C’est pourquoi il est d’autant plus important de lui redonner toute sa place de loin en loin. J’ai la grande chance d’avoir pu éviter de tomber dans le piège du siphon facebook et béni chaque jour qui passe d’avoir su lui résister, sans vraiment le faire exprès, car il modifie profondément notre relation à la lenteur, composante pourtant essentielle de la structuration et l’enracinnement d’un individu. Cela devient un enjeu quasi philosophique aujourd’hui tellement le quantitatif étrangle le qualitatif notamment dans des domaines tels que la photo, mais bien d’autres aussi… Si ma contribution a déjà servie à ce rappel, alors elle n’était pas inutile. Merci pour ton propos qui l’a si bien mis en évidence.
  6. Je ne suis pas photographe et encore moins artiste, aussi je ne permettrai de commenter les photos ni les commentaires. J’ai fait la lecture et des photos et surtout des commentaires au travers de mon prisme et plus particulièrement sous un angle lié à la perception humaine: ce qui m’intéresse c’est la relation objective entre un stimulus visuel et ce qu’il produit dans nos cerveaux. Je vois la lecture de la photo comme une rétro-inspection factuelle qui s’appuie sur dés éléments géométriques factuelles et leur organisation. Je ne dis pas rétrospection mais bien une rétro-inspection. Ce qui impressionnant, c’est que notre cognition complète ce qui manque (le mouvement de la personne par exemple) pour que le tout aie un sens acceptable par notre cerveau. La rétro-inspection est en fait le décorticage du travail de notre cognition qui permet d’expliquer objectivement chaque détail.
    Je parle d’objectivité, car on ne peut définir la subjectivité. Avec nos esprits cartésiens formatés par une école rigide, tout ce qui n’est explicable (plus exactement qu’on arrive pas à expliquer) est soit subjectif, soit du bruit ou bien de l’aléatoire. On n’arrive pas à avouer notre faiblesse à trouver une relation causale qui permet de prédire l’effet de toute cause (le déterminisme!).
    Pour se convaincre de notre formatage, je propose un petit exercice: essayez d’imprimer un texte en recto-verso et au lieu de mettre l’agrafe en haut à gauche, mettez là en haut à droite et essayez de lire le document. Notre schéma mental est mis à mal (moi, un peu moins, ma langue maternelle est l’arabe).
    Une bonne lecture qui pourrait éclairer beaucoup plus que mes propos: L’erreur de Descartes, de Damasio: dans les décisions les plus calculées au possible, c’est notre émotion (la mère des subjectivités) qui nous guide!
    Bravo pour le travail de lecture, c’est un exercice qui n’est pas donné à tous.
  7. Ryad, voila une contribution qui apporte un regard nouveau et enrichissant aux échanges en cours. C’est de cette diversité la que nait paradoxalement l’approfondissement de la culture et des savoirs, de cet apprentissage que j’évoquais plus haut démultiplié par nos nombreux apports qui vont nourrir et alimenter nos racines, pour qu’elles s’enfoncent un peu plus et s’ancrent mieux encore dans notre terroir.

    C’est bien en effet par la rétro-inspection que le cerveau, après une séance de cinéma, va pouvoir nous permettre de revenir sur des images animées alors qu’il s’agit en fait d’une succession d’images fixes projetées à une vitesse suffisante pour que celui-ci cesse de les traiter individuellement. En utilisant à l’envers ce procédé, nous pouvons par exemple, apprendre à mieux maitriser l’art du diaporama, qui ne peut être une simple succession d’images enchainées, mais l’agencement de celles ci entre elles, et la façon dont le détail important pourra être mis en valeur dans l’entre deux, celle que l’on appelait autrefois la troisième image.

    Tu mets aussi très bien en avant le formatage de notre vision du monde, lié à nos pratiques et notre environnement culturel, par exemple le sens de la lecture. Or c’est un formatage que nous devons intégrer, mais aussi connaitre pour pouvoir l’utiliser ensuite sans le subir. Cela permettra de sortir du chapeau de « technicien » pour intégrer l’enveloppe de « l’artiste ».

    De même l’émotion est une composante fondamentale de l’humain qui va lui permettre d’appréhender et de s’inscrire dans le monde car il est le filtre par lequel nos 5 sens vont transiter pour donner un sens et de l’intensité vitale aux informations que nous percevons (cf la fameuse madeleine de Proust…)

    C’est par tous ces apprentissages « déréalisants » que nous allons subir ou progressivement maitriser, que nous atteindrons progressivement une maitrise de notre art photographique : apprendre à voir en entrant dans le « cliché » dans le sens symbolique du terme, puis à en sortir grâce à nos savoirs faire acquis, pour trouver notre propre regard, ne subissant plus cette phase d’apprentissage pourtant nécessaire pour commencer à s’intégrer dans le monde avant de lui montrer le notre. Cela passe forcément par notre propre subjectivité, donc nos émotions, avant de l’étayer par tous ces savoirs-faire acquis.

    Hum, je ne suis pas sur d’avoir été très clair, mais merci en tout cas pour cet éclairage décalé 😉

  8. Je ne résiste pas à revenir faire un petit tour: c’est passionnant ici tout ce qui se dit!
    En musique, il existe des matières « d’érudition » dont « l’analyse musicale ». J’en ai bien sûr, au vu de mon métier de musicienne, un tout petit peu réalisé, bien que je ne sois vraiment pas une spécialiste, ayant choisie d’être plutôt du côté de l’interprétation, donc plutôt de celui qui va donner à ouvrir une rencontre ou une compréhension d’une oeuvre d’abord par l’émotion. L’analyse musicale est un domaine passionnant, qui peut donner tellement plus de richesse à une interprétation, ou bien des clefs pour comprendre un auteur, une période, une forme… Au bout de ces expériences diverses, je me dis que notre regard, ce qui fait que notre personnalité artistique se construit (quelque soit le mode artistique choisi) Elle naît du mystère de nos contradictions, de nos ambivalences, de notre monde intellectuel mêlé à notre monde émotif, de ces expériences diversifiées d’analyse et d’instantanéité. On gagne tellement à regarder ou entendre autrement une oeuvre, pour moi c’est vraiment au-delà du fait de l’apprécier.
    (Pour avoir d’ailleurs échangé sur la lecture et l’apprentissage de la musique avec des amis arabes, ce n’est pas rien effectivement de se trouver confronter à lire dans un sens de lecture inhabituel. Merci pour cette passionnante intervention Ryad 🙂 )
    J’ai été vraiment séduite de trouver appliqué à la photo une lecture à la façon de cette matière musicale, qui demande tant de culture, de connaissances diverses et d’esprit de synthèse afin de pouvoir ouvrir des directions diverses et des mondes qu’on ne devinait pas au premier regard.
    Je me réjouis de la prochaine.
    1. Et voila une autre entrée qui vient compléter les précédentes avec beaucoup de pertinence :-))
      A titre personnel, cette contribution a une grande saveur, comme si elle me permettait de boucler la boucle. C’est en effet par la musique et le monde magique des sons que je suis tombé dans la marmite de la création et du travail dans ce que l’on appelait alors de ce doux nom de multimédias. Il y a longtemps, très longtemps, dans une galaxie lointaine, je pratiquais la prise de son pour des groupes de musique, tripatouillait les univers sonores qu’engendraient les premiers synthé (un korg MS20 pour ceux qui connaissent…), collaborait à la réalisation de bande son pour un club de cinéma amateur. J’avais aussi créé une association à la suave dénomination d' »association Euterpe » dont faisait parti d’éminents spécialistes en musicothérapie intervenant en hôpitaux psychiatriques
      Il faut un début à tout…
      Merci Cécile pour cette réminiscence…
  9. Je me garderai bien de commenter la maîtrise de cet art qui m’échappe et qui pourtant me captive. Je suis impressionné par l’objectivité de la démonstration.
    Jonas
    1. Jonas, je suis sûre que tout comme Cécile en musique les écrivains ont aussi leurs « analystes ». la démarche doit probablement être très différente, mais sur le fond, il s’agit bien de la même chose : retirer la substance qui permet de comprendre et de structurer.

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