Une lectrice m’a fait remarquer récemment que dans un de mes derniers posts, les lignes de certaines de mes photos n’étaient pas parallèles au bord du cadre. Je l’en remercie sincèrement car elle me donne l’occasion d’aborder un sujet qui me tarabuste depuis un certain temps : la question du redressement des lignes.

Je vais m’intéresser dans cet article plus particulièrement aux photographies d’architecture car c’est là que généralement se pose le plus la question.

Il y a 3 aspects qu’il faut différentier car la réponse va être de trois ordres :

  • Le redressement d’une photo car elle n’est pas horizontale
  • La déformation des lignes due à l’objectif,
  • La déformation due à la perspective,

Commençons par aborder le premier point car celui-ci est le plus simple 🙂

La ligne d’horizon

Tous les photographes le savent, mieux vaut, la plupart du temps, que la ligne d’horizon soit bien parallèle au bord du cadre. Vous remarquez que j’ai bien souligné « la plupart du temps » car comme toujours il existe des exceptions et j’ai vu des photographies dont l’horizon n’était pas parallèle et c’est justement ce « défaut » qui en faisait toute la force expressive ! Comme toujours, les règles existent pour de bonnes raisons, mais on a aussi d’excellentes raisons de leur désobéir lorsqu’elles ne suffisent pas – ou plus.

Ceci étant dit donc, de manière générale, il vaut mieux avoir sa ligne d’horizon bien parallèle au bord du cadre 🙂 La raison en est simple : naturellement, on voit les choses « droites ». Un pylône, s’il est penché, va nous donner une impression de fragilité, une surface d’eau ne peut être qu’horizontale (sinon, notre cerveau a parfaitement intégré qu’elle coulera !), un bâtiment doit être droit, à part la Tour de Pise (mais c’est justement parce qu’elle est penchée, donc exceptionnelle, qu’elle est connue !)

Ainsi, la photo ci-contre nous montre une ligne d’horizon formée par les escaliers parfaitement parallèle au cadre et horizontale. De plus, les pylônes ainsi que les murs du bâtiment sont tels qu’on attend qu’ils soient, c’est à dire bien verticaux. La courbe formée par le dôme est un style architectural qui n’entre évidemment pas en ligne de compte.

Bien entendu il est assez rare qu’à la prise de vue on soit strictement parallèle même en faisant bien attention, et bien souvent il est nécessaire de redresser un chouilla. C’est pourquoi lorsque les lignes sont aussi fortes qu’ici il est préférable de cadrer légèrement plus large à la prise de vue de manière à avoir du rab lorsqu’on redressera en post-production.

La déformation due à l’objectif

La déformation des lignes liées à l’objectif se caractérise par des lignes qui ont tendance à être convexes ou concaves sur les bords. C’est ce qu’on appelle la distortion.

Pour comprendre, un objectif est composé d’un groupe de lentilles, certaines concaves et d’autres convexes. Elles sont là pour compenser les défauts les unes des autres.

La plupart du temps, dans le cas d’un zoom, ce groupe de lentilles se déplace d’un seul bloc, en fonction de la longueur focale choisie. Ce qui veut dire en termes plus compréhensibles, que ce groupe de lentilles s’éloigne ou se rapproche du capteur selon que l’on zoome ou non. Si on dit par exemple qu’on est à une longueur focale de 35 mm, ça signifie que le centre optique de mon groupe de lentilles est à 35 mm de mon capteur. À 300 mm, mon centre est à 300 mm du capteur, etc … C’est pourquoi un objectif à 35 mm est toujours beaucoup plus court qu’un 300 mm

Source de l’image : wikipedia

Explications du schéma ci-contre :

La ligne verticale noire représente le diaphragme. En fonction d’où il est placé, devant, derrière ou au centre, voici ce qu’on obtient :

  • Ligne 1 : Déformation dite en coussinet
  • Ligne 2 : Déformation dite en barillet
  • Ligne 3 : Pas de déformation

Idéalement, il faudrait donc que tous les objectifs aient le diaphragme placé entre 2 groupes de lentilles. Sauf que ces objectifs sont rares, très rares et donc chers, très chers 😉

Bien entendu, les constructeurs font tout leur possible pour minimiser ces distortions. Sur les objectifs dits à focale fixe il y arrivent relativement bien car c’est plus simple puisque ça ne bouge pas. Par contre, en ce qui concerne les zooms, ces distortions aux focales extrêmes sont la plupart du temps très visibles, voire gênantes dans le cas de zooms de moins bonne qualité

Autant si l’on photographie en argentique on ne peux rien corriger (ou très difficilement), autant en numérique on a à notre disposition des outils très faciles à utiliser pour compenser ces distortions. Certains logiciels de traitement d’image tels que Lightroom ou Capture One (je ne connais pas les autres donc je ne me prononcerai pas) ont même une base de donnée interne des objectifs qui corrige automatiquement les distortions à l’importation ! Attention ce pendant, il ne faut pas attendre non plus de miracle ! Si votre objectif n’est pas bon et qu’en plus de déformer fortement il perd de la qualité sur les bords de l’image, ça sera de toutes façons difficile ! De même, à des focales extrêmes, la distortion restera présente quoi qu’il en soit.

Mais la déformation ne tient pas seulement à la qualité optique de l’objectif, ça serait trop simple ! Elle dépend aussi de notre distance vis à vis de notre sujet et de notre angle de vue (la perspective).

La déformation due à la perspective

La déformation due à la perspective est assez différente des 2 autres dans ce sens que, quoi qu’il en soit, les lignes finissent en diagonale !

En architecture (mais pas que) on utilise souvent des objectifs à bascule et décentrement. Ils permettent de garder le boîtier bien perpendiculaire au sujet et donc d’éviter les déformations de perspective.

Bien sûr, là aussi l’objectif est en cause. Mais à moins de mettre une petite fortune dans un objectif à bascule, le meilleur objectif standard du monde déformera toujours selon notre point de vue !

Ainsi, dans la photo ci-contre, j’ai une grosse déformation des lignes des bords due à la perspective. Ma ligne directrice (en vert) est parfaitement verticale. Par contre, les autres lignes que j’ai soulignées en rouge sont sérieusement penchées. Cette déformation est celle de la perspective.

De là il découle un conseil fort avisé 😉 Si vous voulez à tout prix éviter l’effet de perspective, éloignez-vous autant que possible du bâtiment de manière à ce que votre appareil photo reste le plus perpendiculaire possible face à la scène. Dans la photo ci-contre, j’étais très proche et j’ai donc dû faire pivoter mon appareil me mettant en situation de contre-plongée. Si vous voulez que cet effet de perspective conserve un aspect naturel, cadrez frontalement, c’est à dire que vous devez être positionné juste en face du bâtiment de manière à ce que la ligne centrale (réelle ou imaginaire, en vert dans la photo) soit parfaitement au centre. Toutes les autres lignes de chaque côté viendront alors converger avec un effet miroir (lignes rouges de la photo).

Sachez aussi qu’un cadrage vertical accentuera l’effet de perspective alors que dans un cadrage horizontal la déformation sera moindre.

Enfin, une focale courte (jusqu’à 35-40 mm) aura tendance à beaucoup plus déformer qu’une longue focale (à partir de 50 mm).

Alors, faut-il redresser les lignes ou non ?

Comme toujours, il n’y a pas de réponse toute faite et je suis au regret de donner une réponse de Normand : ça dépend 😉

Ca dépend avant tout de l’intention du photographe mais aussi de ses goûts esthétiques, des conditions de prise de vue, de l’importance de la déformation, …

Pour ma part, je pense que s’il y a des lignes très proches des bords et que si celles-ci ne sont que très modérément tordues, on a tout à gagner de les redresser afin d’obtenir une image « propre », surtout si on a à faire avec de l’architecture moderne.

Mais dans le cas d’une architecture plus ancienne, les déformations ne gênent pas vraiment à mon avis, je dirais même au contraire, elle peuvent même parfois renforcer l’impression d’ancien ou de vintage dans le cas de la photo en NB ci-dessous, voire d’étrangeté comme dans l’exemple de la photo du temple. Bref, on voit bien que tout ça est bien subjectif 😉

Par contre, il y a des situations où je trouve que le redressement de ces lignes donne un résultat plus que moyen car ça manque totalement de naturel.

Les photos ci-contre en sont un bon exemple. Les 2 premières, celles des tours, ne sont pourtant si déformées que ça à l’origine, mais le fait d’avoir redressé les lignes des bords les rend très bizarres à mon goût. En tout cas, elle ont clairement la marque de la correction numérique (ce n’est pas un mal en soit bien sûr !) mais pas très bien faite, avec un manque flagrant de subtilité. À la limite, la première pourrait servir de photo abstraite si je la retournais 😉

Quant à la dernière photo, elle était vraiment très déformée car j’ai dû brandir mon appareil à bout de bras et même ainsi j’étais en légère contre-plongée. En post-production j’ai essayé de redresser les lignes du mieux que je pouvais, mais je trouve que les immeubles ont vraiment une drôle de tête. Et pourtant, comme vous pouvez le constater je n’ai pas redressé le bord gauche jusqu’au bout car croyez-moi sur parole, c’était encore pire !

Bref, à mon avis, il arrive parfois que trop de perfection tue la perfection ! Et je préfère 1000 fois une photo au bords déformés mais à l’aspect naturel plutôt qu’une photo où l’on sent le forçage artificiel.

Amusons-nous avec les perspectives et les diagonales

Vous l’aurez donc compris, je suis plutôt partisane de laisser vivre les perspectives et les diagonales et de n’opérer avec l’outil « redressement » que vraiment lorsque ça apporte quelque chose à la photo et à condition que ça reste naturel !

Je suis plutôt le genre de personne qui préfère s’adapter, ou mieux encore, tirer profit des contraintes 😉

Mon objectif déforme ? Je ne peux pas changer mon point de vue ? Le building que je veux photographier est trop grand ? Qu’à cela ne tienne, des diagonales je créerai, avec elles je m’amuserai 🙂

Encore une fois, il est important de souligner qu’il n’y a pas de méthode miracle, pas de recette de réussite assurée, pas de règle gravée dans l’airain.

Les outils numériques nous offrent une facilité de post-production dont il faut pleinement profiter. Avec eux nous avons une vraie maîtrise de notre image finale. Mais si ces outils de redressement en particulier sont d’une facilité déconcertante à utiliser, ça ne veut pas dire qu’il faut le faire systématiquement.

Ce qui fait la force d’un magicien, c’est que ses trucs et astuces sont invisibles, indétectables. Faisons de même avec nos images, laissons la magie sur le devant de la scène, ne décevons pas les lecteurs en laissant apparaître les dessous des cartes 🙂

Chaque photo, chaque situation est unique. À nous de prendre la bonne décision et d’intervenir à bon escient !

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4 pensées sur “Redresseurs de torts

  1. Magnifique et éclairant! Merci Laurence pour cette leçon en ligne!

    1. Bonjour Laurence, il m’arrive encore de ne pas faire une photo, si je n’arrive pas à être à l’horizon, bien que je peux sans grand soucis redresser, aussi les photos que je réalise sont souvent au format le plus grand, ce qui me laisse de la place pour voir ce que je peux en faire. D’une façon générale une photo que je loupe, direct poubelle, il m’arrivait lorsque j’étais en activité et lorsque je faisait de tests caméra, de bricoler un peu pour que ça aie de la gueule, j’ai bien aimer ton sujet ! belle fin de journée.

  2. Bravo Laurence, j’ai tout compris … ou presque !
    J’adore quand tu t’amuses avec les perspectives et les diagonales, top !

  3. …de bonnes explications, de beaux exemples, merci Laurence! 🙂
    Pour moi, le pire est d’etre entre deux eaux. Pas vraiment parallèle, pas vraiment incliné…
    Comme dans la vie! 🙂
    Michel

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