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  • L’œil photographique

    L’œil photographique

    Depuis que je donne des cours de photographie, il y a une chose sur laquelle j’insiste le plus : ce qui fait la différence entre une image correcte, juste, et une image vivante, ce n’est pas la technique. C’est le regard.

    C’est vrai, les photographes parlent souvent de matériel et de technique. Ils ont raison car sans l’outil, même une simple boîte noire, pas de photo. Sans le triangle d’exposition – sensibilité, ouverture et vitesse – pas de photo. Pourtant, avant même de déclencher, je suis convaincue que c’est notre regard qui fait la photographie. Et ceci est d’autant plus vrai qu’avec les appareils photo, des plus sophistiqués aux simples smartphones, les automatismes embarqués produisent techniquement d’excellents résultats. Mais si ça suffisait, nous serions tous des Cartier-Bresson n’est-ce pas ?

    Donc si ce n’est pas à cause du matériel ou de la technique, pourquoi certaines photos sont-elles plus parlantes que d’autres ? Pourquoi certaines semblent avoir une âme et nous bouleversent ? Il y a 1000 réponses à ces questions, et aucune réponse n’est simple. Mais j’aimerais en aborder une aujourd’hui qui, à mon avis, est à la base de toute démarche photographique. Il s’agit de l’oeil photographique, cette capacité à voir réellement, à sortir du simple regard fonctionnel pour entrer dans une observation différente du monde.

    La colonne vertébrale

    Fondamentalement, une bonne photo repose sur un équilibre. Les forces en présence, lignes, masses, directions, doivent se compenser, dialoguer entre elles. C’est ce jeu d’équilibre qui donne à l’image sa solidité.

    Les lignes et les formes

    Le plus simple, déjà, est de se servir des lignes qui sont présentes dans la scène. Elles organisent l’espace et guident le regard. Mais pas que cela ! Elles peuvent relier ou séparer les éléments, créer du mouvement, installer une direction de lecture. Ainsi, une diagonale donnera de l’élan tandis qu’une horizontale apaisera et une verticale donnera du dynamisme.

    Les formes, souvent le corollaire des lignes, sont également intéressantes car par leur simplicité elles attirent naturellement l’oeil, elles mettent de l’ordre dans le chaos. Avant même qu’on identifie un sujet, notre œil perçoit des masses, des volumes, des rapports de force et souvent c’est ce qui donne à une image sa structure et son impact immédiat.

    Bien entendu, il n’y a pas que les lignes et les formes qui donnent sa structure et son équilibre à une photo, mais elles constituent néanmoins la base essentielle à toute composition

    Le cadre

    On le sait bien, mais il est parfois bon de le rappeler : cadrer, c’est avant tout choisir ce qu’on inclut ou ce qu’on écarte de l’image. Mais ce n’est pas tout. Le cadre joue aussi un rôle structurant, ne serait-ce que par l’orientation que l’on choisit.

    Ainsi, un format horizontal (dit format paysage) aura tendance à apporter de la stabilité tandis qu’un format vertical (dit format portrait) apportera de la tension.

    Mais le cadre, par sa forme géométrique rectangulaire ou carrée, sert aussi de support, de maintien à l’architecture de la composition. C’est lui qui délimite l’assise, il sert en quelque sorte de « mur de soutien », y compris pour les compositions diagonales. C’est pourquoi, dans la mesure du possible, un photographe va chercher à aligner les lignes de force de sa composition parallèle au cadre, ou au contraire, se servir de l’angle du cadre pour réaliser une composition diagonale.

    Le cadre peut aussi servir à évoquer ce qui se trouve… hors cadre. Il ne le montre pas, bien sûr, mais il le suggère, il invite le spectateur à imaginer, à compléter mentalement ce qui échappe au regard. C’est un procédé que j’affectionne particulièrement, car il stimule l’imagination du lecteur, crée une part de mystère, et par là même, retient l’attention.

    La composition

    Ah, la fameuse composition ! 😉
    On en parle tout le temps, et pourtant, elle reste souvent entourée de mystère. En réalité, composer une image, c’est avant tout une question d’équilibre, un jeu subtil entre tous les éléments qui la constituent.

    Cet équilibre ne concerne pas uniquement les lignes, les formes ou le cadrage. Il s’étend aussi bien sûr à la lumière, aux couleurs, aux textures, et à tout ce qui contribue à la structure visuelle d’une photographie. Mais restons, pour l’instant, sur cette colonne vertébrale essentielle : celle qui donne sa stabilité à l’image.

    Car qui dit équilibre dit aussi que la photo ne doit pas “tomber” d’un côté ou de l’autre. Les masses, grandes ou petites, les éléments, principaux ou secondaires, doivent se répondre et se compenser pour que l’ensemble tienne debout. C’est cette tension entre les forces visuelles qui donne à une image sa cohérence, sa présence et sa force.

    Ce que j’appelle enveloppe, c’est tout ce qui ne participe pas de la structure. Pour prendre une image, ce pourrait être la chair, l’enveloppe charnelle. Dans l’enveloppe, j’y glisse les contrastes, les couleurs, les textures, l’exposition, le rôle du premier et de l’arrière plan. Bien entendu, ces éléments participent aussi à la structure dans une certaine mesure, mais leur rôle permet surtout de donner un impact visuel immédiat, une troisième dimension à l’image, une certaine profondeur.

    L’exposition

    La manière d’exposer une scène, neutre, sur ou sous-exposée va avoir un fort impact sur le rendu visuel d’une photo. C’est là qu’à mon avis entre la technique primordiale de la photographie, c’est à dire le triangle « sensibilité, ouverture et vitesse ». Pour qui maîtrise ce triangle, c’est une véritable porte ouverte pour affiner ce que l’on veut exprimer.

    Je ne peux qu’encourager à sortir des automatismes des appareils photo – forts efficaces par ailleurs pour obtenir une photo techniquement correctement exposée, et d’explorer des expressions personnelles. Les automatismes sont faits par des ingénieurs dont le but n’est pas l’expressivité, mais une courbe d’exposition la plus mathématiquement juste ou bien encore un histogramme le plus allongé possible et sans écrêtage.

    Le contraste, les couleurs ou le noir et blanc

    Le contraste est la rencontre de deux forces opposées. Bien souvent, c’est lui qui fait vibrer une image, qui lui donne de la tension et du relief. Le rouge et le vert, par exemple, sont deux couleurs diamétralement opposées sur le cercle chromatique, et pourtant, lorsqu’elles se côtoient, elles se renforcent mutuellement. Il en va de même pour le noir profond et le blanc éclatant, ou pour une plume de duvet posée sur un sol de béton brut : douceur contre dureté, légèreté contre densité.

    Mais attention, ces oppositions ne sont pas des affrontements. Elles fonctionnent parce qu’elles se complètent.

    À l’inverse, certaines images puisent leur puissance non pas dans la confrontation, mais dans la fluidité. Des tons proches, une lumière douce, une faible différence entre ombre et lumière, le regard ne saute pas d’un point à un autre comme dans les photos contrastées, il circule. Le non-contraste est plus une esthétique de la continuité qui force à regarder plus lentement.

    Les différents plans

    Qui dit chair dit volume. Or, la photographie, par nature, est une surface plane. Alors, comment donner l’illusion d’une troisième dimension dans un médium qui n’en possède que deux ? En plus de la gestion de la lumière, la réponse tient dans la manière dont on organise les différents plans de l’image.

    Les plans – avant-plan, plan moyen et arrière-plan – sont les strates visuelles qui structurent la profondeur. Grâce à elles, on guide le regard à travers l’image et on lui donne une sensation d’espace presque physique.

    C’est en jouant avec ces trois niveaux que l’on va suggérer le volume de l’espace. Par les superpositions, les flous, les écarts de netteté ou de luminosité on va créer une hiérarchie visuelle avec certains éléments qui avanceront et d’autres qui reculeront. C’est cette dynamique, cette circulation entre les plans, qui donne chair et profondeur à la photographie.

    Avec l’âme, nous touchons au plus sensible, au plus subjectif, au plus impalpable. Et pourtant, je ne peux éviter d’aborder cet aspect car au final, c’est lui qui est le plus déterminant. Je pense en effet que nous avons tous en tête des photos qui sont objectivement complètement ratées de tous les points de vue cités précédemment : mal exposées, cadrage raté, composition bancale, … Et pourtant, ces photos ont une force, une véritable âme qui nous touche. C’est comme avoir à faire avec une personne d’une grande laideur mais dont le sourire nous la rend irrésistiblement et inexplicablement sympathique et, au final, belle.

    Mais il faut bien l’avouer, ces cas sont rares et il est bien plus facile de donner une âme quand une photo est réussie avec les éléments cités précédemment. En plus de ceux-ci, j’aimerais en souligner 3 nouveaux : le rôle de l’instant décisif, de l’idée et celui de la post production.

    L’instant décisif

    L’expression « l’instant décisif », popularisée par Henri Cartier-Bresson, désigne ce moment fugace où toutes les forces d’une image s’accordent en une harmonie parfaite. Il y a aussi ce moment, de mon point de vue, non plus où tout converge, mais celui où tout semble sur le point de basculer et où l’ambiguïté, le flou, l’inachevé prennent la place de la perfection.

    Mais cet instant n’est pas seulement un réflexe ou une coïncidence heureuse. Il est le fruit d’un regard discipliné et d’une intuition entraînée. Il suppose de comprendre la structure d’une scène, d’anticiper le mouvement, de sentir quand les lignes et les rythmes vont se rencontrer. C’est ce que j’appelle l’oeil photographique qui sait saisir le hasard parce qu’il y est préparé.

    L’idée

    À mes yeux, la plus grande difficulté en photographie réside dans sa matière première : le réel.
    Le monde qui nous entoure est d’une complexité vertigineuse, visuellement, bien sûr, mais aussi sensoriellement. Au moment de la prise de vue, nous sommes traversés par mille stimuli : les sons, les odeurs, la lumière changeante, le vent sur la peau, la chaleur ou le froid, parfois même l’émotion d’un instant. Tout cela influence notre perception et, par conséquent, notre jugement.

    Décider quand déclencher, quoi inclure dans le cadre et quoi en exclure devient alors un véritable défi. Car, sauf dans les situations totalement maîtrisées – studio, mise en scène, nature morte -, il est impossible de tout voir et de tout contrôler.
    Croire qu’un photographe voit tout et compose chaque image avec une maîtrise absolue relève du mythe. Le réel est trop dense, trop mouvant. Il nous dépasse toujours un peu.

    Mais si tout ne peut être prévu, tout ne doit pas être laissé au hasard.
    C’est là qu’intervient ce que j’appelle l’idée : cette intention photographique, parfois très claire, parfois plus diffuse, qui guide le regard avant même le déclenchement. En bref, l’intention, c’est ce qui relie le photographe à son sujet.

    La post-production

    Je sais que certains d’entre vous vont peut-être tiquer en me voyant inclure la post-production dans ce que j’appelle « l’âme » d’une photo. Ca serait à lui tout seul un sujet à part entière et d’ailleurs, il est déjà sur ma liste d’articles à venir 😉.

    Mais si j’ai choisi d’en parler ici, c’est parce que je suis profondément convaincue que la post-production est une étape essentielle du processus créatif. Elle vient juste avant l’impression, ce moment où l’image devient matière, et elle joue un rôle crucial dans la manière dont une photographie prend sa forme presque finale.

    C’est à ce stade que l’on affine son intention, que l’on clarifie le message visuel. On ajuste la lumière, la densité, la colorimétrie, non pas pour « embellir » artificiellement, mais pour révéler ce qu’on avait perçu au moment de la prise de vue. Peu importe qu’elle soit visible ou non, l’essentiel est qu’elle participe à ce supplément d’âme que ne nous autorise pas les limites de nos appareils photo ou de nos pellicules.

    Cet article ne fait que survoler de manière très sommaire ce que j’appelle « L’oeil photographique », il y aurait tant de choses à ajouter, à affiner, à nuancer ! Mais j’espère qu’il vous ouvrira quelques pistes de réflexion !

    Mais ce que l’on peut dire, c’est que l’œil photographique est une façon de percevoir le monde, c’est un regard qui sélectionne, qui organise. Il sait reconnaître un potentiel visuel, un équilibre de formes, une tension entre deux éléments, un geste fugitif, une atmosphère. Là où d’autres ne voient qu’un paysage banal ou une scène ordinaire, le photographe perçoit une structure, un rythme, une émotion à saisir.

    Dernièrement, j’étais en sortie photo avec mes élèves. Je les ai laissés libres d’explorer un périmètre assez vaste, pensant qu’ils resteraient à proximité tant le potentiel visuel était fort. Mais, à ma surprise, ils se sont vite dispersés, errant la tête en l’air à la recherche de sujets. Une heure plus tard, nous avons fait le point et le constat était clair : leurs photos étaient banales, correctes mais sans plus. L’explication était relativement simple : ils étaient restés au stade de « l’oeil touristique », effleurant à peine un réel tellement plus riche que ce qu’ils avaient observé de manière superficielle
    Je les ai alors renvoyés sur le terrain, cette fois avec pour consigne de vraiment regarder : prendre le temps, observer chaque détail, chaque situation, varier les points de vue et les cadrages. Le résultat fut sans appel : les photos issues de ce second temps de réelle observation étaient bien plus fortes, plus sensibles, plus personnelles.

    Tout cela pour dire que cet oeil photographique n’est pas inné, il se forme avec le temps, par la pratique, l’analyse, la culture visuelle, mais aussi par la sensibilité personnelle. Et surtout, il se développe à mesure que l’on comprend ce que l’on veut dire avec ses images.

    N’est-ce pas fantastique de savoir que l’on est donc toujours en progrès ?

  • Minimalisme sépia

    Minimalisme sépia

    Il y a quelques mois, j’avais été invitée dans le Xinjiang, cette immense province au nord ouest de la Chine. J’avais d’ailleurs rédigé un article à ce propos que vous pouvez retrouver ici : http://www.photofolle.net/rencontre-avec-les-ouighours/

    Je vous avais parlé de plein de choses, des gens, de la musique, de la peinture, du sur-tourisme … mais pas du désert ! Et pourtant, au centre du Xinjiang il y a le désert du Taklamakan, le plus grand au monde de dunes mouvantes (il est classé 18ème mondial en terme de surface). Depuis des siècles les habitants luttent contre lui et il y a d’ailleurs un projet pharaonique de barrage vert pour empêcher son avancée. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler aujourd’hui.

    Lors de ce séjour, les organisateurs nous ont emmenés dans 2 points différents, et à chaque fois j’ai presque eu un fou-rire à cause du côté absurde des situations. En effet, sur le premier spot, nous avons été pris dans une tempête de sable, ce qui nous empêchait de voir à plus de 10 mètres. C’est ballot, car par définition il n’y a déjà pas grand chose à photographier dans un désert, alors quand la tempête s’y met, autant dire qu’il faut de l’imagination pour produire des photos. Et le second spot était supposé être une vitrine du développement du tourisme dans cette région très pauvre du Xinjiang. Manque de chance, il n’y avait personne, pas un touriste, pas un chat … mais quand même des dromadaires 😉

    Vous imaginez bien que ces 2 situations ont été un super carburant pour photographier même si tout semblait se liguer contre nous 😉 Et comme durant toute la durée de mon séjour dans le Xinjiang, ici aussi j’ai vu les choses en noir et blanc. Mais cette fois-ci, peut-être à cause de la couleur du sable, de l’extrême luminosité ou de ces dunes à perte de vue, je me suis dit que j’aillais essayer pour la première fois de faire un virage sépia. Oui, vous avez bien lu … je crois bien que c’est la première fois que je m’essaye à cette tonalité ! Je ne sais pas vraiment pourquoi je ne l’ai jamais explorée jusque là. Peut-être par peur de faire des images un peu vieillottes ? De ne pas bien maîtriser cette « couleur » ? Par apriori ? Toujours est-il que je l’ai bien senti à ce moment 😉

    Le spot numéro 1 : la tempête

    Comme toujours en Chine lorsqu’ils décident de mettre les moyens, ils n’y vont pas de main morte. Nous nous sommes retrouvés à l’entrée de ce que, nous, nous appellerions un parc d’attractions. Mais en fait, il s’agit simplement d’un centre d’accueil touristique où les visiteurs peuvent trouver tout ce dont ils ont besoin pour faire leur incursion dans le désert : vêtements, ombrelles, bottes de protection, bâtons de marche, souvenirs et bien entendu, … des restaurants ! – je dis toujours qu’il est absolument impossible de mourir de faim en Chine tellement il y a de restaurants partout et ouverts à toute heure 😉

    Ce centre d’accueil était flambant neuf et avait été inauguré seulement quelques semaines avant notre visite. Or, non seulement nous étions hors période touristique, mais en plus il n’avait pas encore acquis de notoriété. Donc autant dire qu’il était vide … totalement … absurdement vide. C’est toujours étrange de se retrouver seul dans des lieux faits pour accueillir des milliers de personnes. Mais quand en plus une tempête de sable se lève et qu’on n’y voit plus à 10 mètres, de tels endroits prennent des allures de ville fantôme !

    Donc la tempête se lève tout à coup et aussitôt, le personnel se précipite pour nous distribuer des foulards et des lunettes de protection contre le sable. Je range vite mon Leica Q qui n’est pas tropicalisé (c’est un vieux monsieur, je crois qu’ils ont réglé ce problème avec les nouveaux modèles). Heureusement que j’avais ma « Grosse Bertha », un moyen format Fuji GFX50R qui lui est tropicalisé. Et dans ces conditions, en étant quasiment aveugles, il fallait qu’on prenne des photos ! Pour les paysages de carte postale, c’était clairement rapé 😉

    Une fois passé le « centre d’attraction », ils nous ont fait nous engouffrer dans des petites voiturettes sans toit pour nous emmener plus profondément dans le désert. On n’y voyait toujours rien et durant les 15 minutes de trajet mes vêtements et mon sac photo ont eu le temps de se remplir de sable ! Personnellement je me suis beaucoup amusée car c’était une situation tellement absurde qu’on ne pouvait qu’en rire !

    Ils nous ont déposé près d’un hangar où toutes sortes de véhicules de divertissement nous attendaient : des quads, des luges, des motos,… Mais on n’a pas pu les utiliser car on risquait réellement de se perdre compte-tenu de la visibilité quasiment nulle. Je résume donc la situation : il fallait qu’on photographie une étendue de sable à perte de vue, sans soleil – et donc d’ombres – pour donner du relief, bouchée par un mur de sable et il fallait que les photos donnent envie de venir ici. Comment dire … sacré défi 😉

    Qu’à cela ne tienne, le vent s’est légèrement calmé et nous avons pu commencer à y voir un peu mieux et surtout plus loin ! Mais il n’empêche, j’étais condamnée à faire des photos … minimalistes. Et ca a été loin de me déplaire ! Là, il s’agissait de chercher la moindre variation de lumière, la moindre ligne qui se détachait à peu près, le moindre relief qui donnerait un peu de structure à la photo. Le tout avec des lunettes en plastique et un foulard sur le nez.

    Le spot numéro 2 : le no man’s land

    Le lendemain, à une centaine de kilomètres du premier spot, nous nous sommes rendus dans un autre « parc d’attraction ». Celui était encore bien plus grand mais beaucoup plus ancien. Je vous épargnerai cette fois-ci les photos car le kitch côtoyait tellement les fausses pierres, les fausses plantes, les faux animaux, les fausses statues que c’en était comique 😉

    Cette fois-ci, ils nous ont fait monter dans une sorte de gigantesque camion 4×4 et nous avons mis plus d’une heure à arriver à notre destination ! Très vite j’ai compris l’intérêt de ce camion juché sur des roues gigantesques : les pistes sont régulièrement ensevelies sous le sable ce qui fait que le véhicule doit être capable de franchir les dunes nouvellement formées en toutes circonstances. Je confirme, le Taklamakan est bel et bien un désert de dunes mouvantes !

    Notre destination était un nouveau spot touristique perdu dans le désert. Sauf que, bien que le temps cette-fois-ci était clément – c’est à dire ensoleillé et surtout sans tempête de sable ! – j’ai eu l’impression d’arriver dans un endroit totalement abandonné …

    Une fois encore, je me suis retrouvée dans une situation avec une sensation d’absurdité qui m’a fait beaucoup rire. Qu’est-ce qu’on faisait ici ?

    En fait, à part des yourtes vides, sans rien à l’intérieur, et quelques chameaux qui attendaient le client, il n’y avait strictement rien à voir ni à faire. Franchement, j’aurais été une touriste j’aurais demandé un remboursement ! Heureusement que nous les photographes, nous sommes capables de nous amuser avec 3 fois rien !

    Mes compagnons photographes ont décidé de faire une ballade en dromadaire, histoire de voir si un autre point de vue sur ce néant était possible 😉 Pour ma part, j’ai préféré rester et me concentrer sur les quelques petits éléments graphiques que je pouvais me mettre sous la dent. Et finalement, ça a été leur procession au loin qui a été la plus satisfaisante ! Ils étaient si mignons 😉 😉

    Je dois quand même signaler que, fort étrangement, ici il y avait un petit lac ! En fait, la nappe phréatique est toute proche dans cette région et elle est abondamment alimentée en eau par la cordillère des Kunlun qui est toute proche. Cette chaine de montagnes fait office de transition entre la Chine et le Pamir et compte pas mal de sommets à plus de 7600 mètres. Et juste derrière, se niche le K2. Je vous raconterai peut-être dans un autre article comment les chinois sont en train de planter des forêts entières pour limiter l’avancée de ce désert, et ceci grâce à la précieuse eau sous-terraine.

    Je dois avouer que je suis assez déstabilisée par le rendu sépia de mes photos sur fond blanc, surtout celles qui sont sur-exposées. Elles sont beaucoup plus jolies quand on les regarde sur un fond noir ou gris très sombre, comme c’est le cas dans mon logiciel de développement. J’espère que cela ne vous aura pas trop dérangé !

    Comme je le disais en introduction, c’est la première fois que je me lance dans le sépia. Mais j’apprend et si certains d’entre vous ont des remarques ou des conseils à me donner, je suis plus que preneuse !

    En tout cas, j’espère que vous aurez apprécié ces incursions désertico-monochromatico-minimalistes 😉 J’ai laissé parler mon ressenti et le sépia correspond assez bien à ces ambiances surréalistes il me semble. Le noir et blanc apporte toujours une part d’échappatoire au monde réel, et le sépia, qui rappelle bien la couleur du désert par ailleurs, offre une petite couche supplémentaire à cette distance au réel.

    Quoi qu’il en soit, vous l’aurez bien compris, je me suis beaucoup amusée ici malgré l’adversité. Nous, les photographes, arrivons presque toujours à nous accommoder des conditions de prise de vue. Par contre, il ne faut pas nous demander l’impossible et si les organisateurs attendaient de nous des paysages de carte postale, aucun d’entre nous n’a pu leur en fournir.

    Allez, si … quand même une petite 😉

  • Au troisième pôle

    Au troisième pôle

    Toit du monde, plateau du Tibet ou encore … troisième pôle. C’est ainsi qu’on nomme cette région de Chine dont je suis littéralement tombée sous le charme !

    À tel point que j’ai passionnément envie de la faire découvrir à d’autres ! Alors comme je l’ai beaucoup parcourue ces dernières années et que je finis par bien la connaître, c’est décidé, je me lance dans l’accompagnement de groupes de photographes !

    C’est ainsi que j’ai organisé un premier voyage test le mois dernier avec deux photographes, ce qui m’a permis de valider l’un des parcours, l’accompagnement, les hôtels, ce qui est possible de faire ou non, le budget, … Et surtout, l’esprit que je veux lui donner !

    Je vous raconte mes réflexions …

    La saison du printemps

    Je connais la région en hiver et en été mais je n’avais jamais eu l’occasion de la découvrir au printemps ! Et je me suis rendue compte qu’en Mai, même dans la seconde moitié du mois, ça ressemble bigrement à nos hivers. Certes il n’y a plus de neige dans les fonds de vallée, mais les sommets sont encore bien recouverts et surtout, il peut recommencer à neiger à n’importe quel moment ! Et côté températures, même si ce n’est pas glacial, on peut connaître toutes les saisons en une seule journée.

    Je m’attendais donc à des paysages plus verts, tout du moins dans les vallées, à l’émergence des fleurs, à voir beaucoup d’animaux sortir de leur hibernation. Mais c’est un tout autre paysage qui s’est offert à nous, plus mélancolique, plus chaotique et cependant d’une beauté intacte ! Personnellement, j’ai adoré les pentes d’herbe dorée ponctuées d’arbustes bruns, le ciel tourmenté, la neige effleurant à peine les montagnes et s’étalant en dégradé. Les rivières parfois encore gelées, fondant sous un soleil voilé. J’étais en pleine poésie romantique !

    Ainsi, même si ça a été une surprise inattendue, j’ai décidé de valider le mois de mai comme période de départ car pour ceux qui veulent des photos loin des clichés habituels de vertes prairies – certes plus habituels mais néanmoins magnifiques ! -, cette époque est tout simplement parfaite !

    Le parcours

    Dès le début, j’ai souhaité me concentrer sur la découverte du Qinghai, une région du plateau tibétain, au nord de la Province autonome du Tibet (R.A.T). Pourquoi ? Car ici, pas un touriste ne vient, ni chinois, ni occidental ! Le Qinghai est une région 100% tibétaine restée sauvage et à l’écart de tout. Selon moi, c’est ici que la magie opère véritablement car le Qinghai est resté purement authentique.

    Pour 14 jours de road-trip, j’avais donc prévu un itinéraire de 1200 km, ce qui pour la région n’est pas grand chose compte-tenu de l’immensité du territoire.

    Le rendez-vous était fixé à Xining, la capitale du Qinghai, puis nous avons pris un avion pour Yushu. Le parcours s’est achevé à Maqên où nous avons repris un avion pour Xining.

    À chaque étape, il était prévu de s’arrêter 2 jours pour pouvoir explorer les environs. Ce n’était pas de trop ! En effet, entre les arrêts incessants pour photographier les paysages à couper le souffle que nous traversions, les rencontres avec les nomades ou les propriétaires de petites épiceries qui parsèment la route et qui nous ont systématiquement invités à boire un thé tibétain, nos journées ont été largement remplies ! Mais en ce qui concerne les rencontres, j’y reviendrai plus loin …

    Tsengon, un conducteur remarquable !

    Même si en cette saison les routes principales étaient tout à fait praticables, notre chauffeur s’est révélé être un conducteur hors pair dès lors qu’il a fallu emprunter des pistes – nombreuses ! Je connais Tsengon depuis plusieurs années et c’est un garçon en qui j’ai toute confiance. C’est un jeune tibétain de 24 ans qui la plupart du temps est berger, et qui donc connait son environnement comme sa poche. Mais je n’avais jamais voyagé avec lui sur d’aussi longues distances et je voulais pourvoir valider – ou non – si je pouvais m’appuyer sur lui pour d’autres voyages. Et bien c’est fait ! En prime, c’est un garçon toujours de bonne humeur, gai, avenant, ouvert ! Que demander de plus ?

    Les incursions dans les réserves naturelles de Kekexili et de La Source des Trois Rivières

    Le Qinghai est le lieu de ces 2 réserves naturelles majeures en Chine et je tenais absolument y faire des incursions. Et quand je dis qu’elles sont majeures, je ne plaisante pas ! À lui seul, Kekexili couvre 45 000 km², soit neuf fois la superficie du parc national du Grand Canyon aux Etats-Unis. Et ce n’est rien à côté de l’immense Parc national de la Source des Trois Rivières (Sanjiangyuan), qui s’étend sur 316 000 km², soit plus que la taille de l’Italie.

    Étonnamment, en faisant des recherches sur le web, je me suis aperçue que ces réserves ne sont jamais répertoriées dans les listes des sites internet, y compris chez Wikipedia ! Il faut effectuer des recherches directes par nom pour obtenir des informations. Quand je vous dit que le Qinghai est en dehors de nos radars occidentaux 😉

    Les animaux

    Je disais précédemment que je m’attendais à voir beaucoup plus d’animaux sauvages à cette époque de l’année. Mais j’étais en avance d’un mois …

    Ceci dit, nous n’en avons pas été privés, loin de là ! Ânes sauvages (les Kiangs), Yacks sauvages, Gazelles tibétaines, loups, lynxes et les premières Grues à cou noir qui migrent dans les zones humides du plateau. Tous ces animaux sont endémiques et on ne les trouve nulle part ailleurs sur la planète ! Mais à la différence des safaris, ici il faut observer minutieusement les étendues car aucun ranger ne nous accompagne car il n’y en a tout simplement pas, aucun animal n’est géolocalisé par puce, et les débusquer ne se fait que grâce à soi-même !

    PS : Certaines photos ci-dessous ont été prises par Tsengon, notamment celle du yak sauvage et une des ânes

    C’est pourquoi, contrairement à mon idée initiale d’organiser des voyages centrés sur la photographie animalière, j’ai finalement choisi d’intégrer cette pratique dans le cadre plus large du road-trip, sans en faire l’objectif principal. À moins, bien sûr, que des photographes « à l’ancienne » – de véritables pisteurs, conscients qu’il n’y aura aucune garantie de résultat – souhaitent relever le défi de ces immensités. Ici, les espaces sont trop vastes, parfois rudes et imprévisibles, pour s’y aventurer sans l’appui d’un spécialiste. Peut-être qu’un jour, si je parviens à collaborer avec quelqu’un qui connaît parfaitement la faune d’un secteur précis, je pourrai envisager un voyage dédié (et pourquoi pas partir sur les traces de la légendaire panthère des neiges*…).

    *Le film « La panthère des neiges » avec Vincent Munier a été tourné dans cette région !

    Les rencontres

    Ce voyage m’a également permis de comprendre ce que je suis capable ou non d’assurer en termes d’organisation, l’esprit que je souhaite donner à ces futures aventures et … ce que je ne veux pas faire.

    Venir dans cette partie du haut plateau signifie avant tout arriver dans un monde vierge de tout tourisme. Et vous le savez, c’est rarissime de nos jours ! Ici, on ne trouve ni convois de 4×4, ni campings cars, ni bus. Et il y a des grandes chances de ne jamais croiser un occidental de tout le voyage.

    Par conséquent, la population locale nous accueille d’une manière incroyable ! Les tibétains sont des gens tellement généreux, tellement curieux, souriants, gais, rieurs ! C’est un pur bonheur que d’aller à leur rencontre ! Avec nos têtes différentes, c’est impossible de passer inaperçu et de se fondre parmi les gens. Mais en échange, on a un millions d’occasions de photographier des sourires, des situations surprenantes et avec une liberté absolue !

    C’est pourquoi je tiens à préserver cet état d’esprit en limitant volontairement la taille des groupes. Deux photographes par voyage, pas plus : c’est, selon moi, le seuil idéal pour maintenir la spontanéité des rencontres – ces invitations à partager un thé, les serrements de mains, les conversations qui naissent naturellement. Cela permet aussi de ne pas intimider les personnes que nous croisons, de créer un climat de confiance, et ainsi de pouvoir les photographier avec respect.

    Et puis je dois dire que je ne veux pas être « une cheffe d’expédition ». Ce n’est ni dans mon tempérament, ni dans mes compétences que de manager un groupe de 6 personnes pendant 2 semaines. Ce que j’aime, c’est partager, guider si besoin, établir des relations amicales, être attentive au bien-être et à la satisfaction de l’autre. Bien sûr, j’organise au mieux les étapes, ce qu’il y a à voir, dans quel hôtel nous allons dormir, quelle route nous allons prendre. Mais ce que je souhaite, c’est que toutes les autres décisions puissent se prendre collégialement, que nous décidions ensemble où nous arrêter pour déjeuner, faire un détour pour voir un point de vue différent, accepter ou non l’invitation d’une famille nomade … Toutes ces choses là sont presque impossibles à faire avec un groupe de 6 personnes.

    Voilà, je pense que j’ai fait le tour des réflexions que je voulais partager avec vous !

    J’espère que vous aurez senti que je souhaite me lancer dans cette nouvelle activité avec passion et sincérité. Bien entendu, je souhaiterais générer des revenus avec elle, mais l’envie de faire découvrir cette région merveilleuse compte largement autant, si ce m’est plus !

    J’ai donc créé un site web dédié à ces road-trips photographiques où je détaille tout ! L’esprit du voyage, la présentation de la région détaillée, les informations pratiques et bien sûr les tarifs !

    J’adorerais vous convaincre de venir avec moi un jour sur ces terres uniques !

  • « Un Voyage Inoubliable au Tibet : Prêts pour l’aventure ? »

    « Un Voyage Inoubliable au Tibet : Prêts pour l’aventure ? »

    Si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous devez savoir que je suis littéralement tombée sous le charme de la culture tibétaine.

    Alors j’ai un rêve … celui de partager ma fascination de cette contrée avec des photographes ! Aussi, je suis en train de sérieusement penser à y organiser un voyage en mai 2025 pour un tout petit groupe de personnes.

    Mais laissez-moi avant vous expliquer le lieu et la philosophie du projet.

    Le lieu

    Bien souvent quand on parle du Tibet on pense à cette région du sud ouest de la Chine appelée Province Autonome du Tibet avec pour capitale Lhassa. Je n’y suis jamais allée et je ne pense pas que j’irai un jour car c’est très touristique et on n’est pas libres de nos mouvements car on doit obligatoirement être accompagnés par une agence de voyage. Et je connais les agences de voyage chinoises, elles nous emmènent systématiquement dans les lieux les plus communs.

    Non, je vous parle d’un autre Tibet, extrêmement sauvage, complètement méconnu – y compris des chinois – et où la culture est restée intacte car non dévoyée par le tourisme. Il s’agit de la province du Qinghai.

    Le Qinghai est une immense province au centre de la Chine. Pour vous donner une idée de ses proportions, elle fait presque une fois et demi la France. Géographiquement, elle est située sur le plateau du Tibet et historiquement elle fait partie du Grand Tibet.

    Le toit du monde

    Le Qinghai est une région sauvage située en moyenne à 4200 mètres d’altitude et elle comporte des chaines de montagnes encore plus élevées à plus de 6800 mètres. C’est là que prennent source le Fleuve Jaune, le Mécong et le Yantze. Il y a d’ailleurs la Réserve Naturelle des 3 rivières, le Sanjiangyuan. Cette immense réserve de 360 000 km2 (pour votre référence, le Royaume Uni fait 246 000 km2) est faite de zones humides, de montagnes acérées, de prairies, de collines. Bref, une gamme extraordinaire de paysages variés. Sans compter la mythique réserve naturelle de kekexili, très difficile d’accès car il n’y a quasiment aucune route ni piste qui la traverse. C’est la plus sauvage et la plus extrême de la région.

    C’est aussi bien entendu le royaume des animaux sauvages et endémiques comme le yack sauvage, l’âne du Tibet, la fameuse panthère des neiges, l’ours du tibet, les loups, les marmottes, les renards du Tibet, les pikas à lèvres noires, et même des singes ! Et je ne vous parle pas des oiseaux tels les vautours de l’Himalaya, les aigles royaux, les canards du Tibet, les oies, les Grues à cou noir. Bref, ce sont des centaines d’espèces d’animaux que l’on peut observer !

    Malheureusement je ne suis pas équipée du bon objectif pour photographier les animaux et les exemples que je vous donne montrent des animaux sauvages bien petits. Mais pour le prochain voyage, en plus de consacrer du temps au « guet », croix de bois, croix de fer, je m’équiperai 😉

    Les tibétains

    Comme vous pouvez le voir sur la carte ci-dessous, les tibétains sont loin d’être un peuple uni. En fait, il y a 3 sous-ethnies tibétaines : Les U-Tsang sont essentiellement dans la Région Autonome du Tibet tandis que les Amdo et les Kham sont répartis dans le Qinghai ainsi que dans les provinces limitrophes du Sichuan, du Yunnan et du Gansu. Ces 3 sous-ethnies ne parlent pas la même langue. Et pour compliquer le tout, il y a aussi pas mal de Mongols et de Hui (ethnie musulmane)

    T.A.P signifie Tibetan Autonomous Prefecture. En principe, dans ces préfectures ou régions il y a un certain degré d’autonomie de manière à adapter les règles aux coutumes ethniques majoritaires. En principe aussi, les leaders sont issus de l’ethnie majoritaire.

    Ce qui est important de savoir, c’est que de nombreux tibétologues considèrent que les premières origines du peuple tibétain trouvent leurs sources dans le Qinghai actuel. Ainsi, de nombreux dignitaires sont nés dans l’Amdo dont l’actuel Dalai Lama.

    Voyager dans le Qinghai ce n’est donc absolument pas découvrir un « Tibet au rabais », bien au contraire !

    Les Tibétains qui vivent dans le Qinghai sont pour la plupart des nomades et … des moines. En fait, pour être plus exacte, la moitié de la population totale (moins de 6 millions) vit à Xining, la capitale de la province et à Haidong en bordure du Gansu, là où les conditions climatiques et géographiques sont moins extrêmes. Et ce n’est bien entendu pas dans ces centres urbains que je veux vous emmener 😉

    Je veux vous emmener à la rencontre de ce peuple tibétain, si attaché aux grands espaces et si expert à vivre avec peu. Les tibétains sont des gens absolument adorables, à la fois timides et modestes mais si accueillants et tellement gais !

    J’ai convaincu Passang, une amie tibétaine qui a passé sa vie à travailler pour promouvoir l’éducation auprès des nomades et en particulier celle des femmes, de nous accompagner dans notre périple. Elle a appris l’anglais toute seule parce qu’elle voulait avoir une fenêtre ouverte sur le monde. Elle serait tellement heureuse de vous rencontrer et de nous servir de guide !

    La philosophie

    Je suis une photographe aussi je souhaite organiser ce voyage exclusivement avec des photographes.

    En effet, seuls des photographes comprennent qu’on puisse rester sur le même lieu si la lumière est bonne, si un événement se produit, si on sent qu’il y a quelque chose d’exceptionnel qui va arriver, et ce, pour un temps indéterminé 😉 Seuls eux aussi comprennent que sur un trajet on est capable de s’arrêter 10 fois parce que c’est trop beau, même si le temps est pourri.

    Et puis j’aimerais que chacun travaille réellement sur un projet photo et qu’à la fin du voyage chacun ait 1 ou 2 séries finalisées. Ainsi, je prévois des réunions tout au long du séjour avec partage des photos, des réflexions, sur l’avancée du projet, sur l’editing, …

    Par ailleurs, je ne suis pas une agence de voyage. Aussi, pour cette première aventure, je souhaite réunir des photographes qui seront tolérants sur les aléas qui peuvent se produire et qui ne seront pas à cheval sur le confort. D’autant que j’ai décidé de m’appuyer exclusivement sur des personnes locales comme Passang dont je vous ai parlé plus haut, ainsi que Tsengen, un jeune garçon tibétain que j’aime beaucoup. Il sera notre chauffeur et notre guide « nature ». En effet, c’est un berger et cavalier hors pair qui connait les montagnes comme sa poche.

    De plus, le Qinghai n’étant absolument pas touristique, il y a peu d’infrastructures d’accueil et pas d’activités touristiques pour ainsi dire. Venir ici, c’est arriver sur un territoire vierge et totalement en dehors des sentiers battus, y compris pour les chinois qui sont excessivement peu à s’aventurer dans ces contrées. Et je tiens absolument à préserver cette authenticité, donc l’idée est de se fondre avec les contraintes locales et non pas d’importer nos désirs ou nos fantasmes.

    En résumé

    2 semaines pendant la seconde moitié du mois de mai 2025

    Voyage à prix coutant, soit environ 2000 euros sans le vol international A/R

    4 photographes

    Pas de condition physique particulière.

    Conditions

    Pour cette « première fois », je souhaite partir avec 4 photographes uniquement. Deux places sont d’ores et déjà réservées. Au total nous serions donc 7 personnes : 4 photographes, 1 guide, 1 chauffeur et moi-même.

    Le prix

    Je suis déjà allée plusieurs fois dans cette région et j’y ai même déjà emmené des amis. Mais c’est une chose que de partir avec des amis et c’en est une autre avec des inconnus à qui je vais faire payer mes services. Donc, étant donné que c’est une première pour moi, j’ai décidé d’organiser ce premier voyage à prix coûtant. Plus tard, une fois que je serai mieux rodée, les choses changeront 😉

    Je suis en train d’établir le budget par personne et je pense arriver aux alentours de 2000 euros hors aller-retour en avion pour la Chine et l’assurance responsabilité civile /rapatriement.

    Ce budget comprend les hébergements, les frais de chauffeur et de guide, la location du mini-van, la location de 4×4 pour des excursions sur des pistes, la nourriture ainsi que probablement le retour en avion de Yushu à Xining.

    En ce qui concerne le billet d’avion pour la Chine, il est un peu trop tôt pour avoir des prix fiables car il s’agit d’arriver à Xining et l’aéroport n’est desservi que par des compagnies aériennes chinoises. Or celle-ci ne mettent à jour leurs vols que quelques semaines avant. Ma longue expérience des voyages Europe/Chine me permet de vous affirmer que de toutes façons il n’y a pas de précipitation à acheter les billets d’avion car les prix ne varient qu’en fonction de la période et non pas de combien de temps avant on les achète. A ce jour et à titre d’exemple, il faut compter entre 650 et 900 euros l’aller retour Paris/Xining.

    En ce qui concerne les autres frais, la bonne nouvelle récente est que la Chine ne demande plus de visa pour des séjours inférieurs à 30 jours pour la plupart des pays d’Europe.

    Les dates

    Le voyage serait prévu pour 2 semaines en mai 2025, probablement aux alentours du 15 au 30 mai. C’est une des meilleurs périodes car il ne fait plus aussi froid, les animaux sortent de leur hibernation, les oiseaux migrateurs arrivent, il reste de la neige sur les sommets mais les pairies verdissent et les nomades commencent à prendre leurs quartiers d’été.

    Le parcours

    Vous l’aurez compris, le territoire est grand, très grand ! J’essaye de prévoir un parcours avec le moins de km possibles mais je n’arrive pas à descendre en dessous de 2000 km 😉

    En 2 semaines c’est largement faisable d’autant que je prévois de pauses de plusieurs jours à certains endroits.

    Pour le moment le parcours n’est pas encore définitif mais voici les grandes indications :

    La condition physique

    En moyenne nous serons aux alentours de 4200 mètres et vous vous posez peut-être la question de la condition physique à cette altitude. Je vous rassure tout de suite, à priori il n’y a aucun pré-requis particulier. En fait il faut simplement accepter de vivre plus lentement, ce qui est à la portée de tout le monde 😉 D’après ce que j’ai lu, le mal d’altitude ne dépend ni de la condition physique ni de l’age et il peut toucher les plus aguerris des sportifs car c’est un phénomène purement individuel.

    Si nous partons de Xining nous serons à 2200 mètres et nous monterons relativement doucement puisque nous serons en voiture et nous mettrons 2 ou 3 jours pour atteindre le plateau. Mais je vous proposerai également de prendre de la médecine traditionnelle chinoise en prévention pour éviter les effets du mal d’altitude. Je l’ai testée à plusieurs reprises et ça fonctionne bien ! Personnellement, je sais que le matin je me réveille avec des maux de tête pendant 10 minutes et ensuite ils disparaissent. Pour d’autres ça peut être des épisodes de nausée passagers et d’autres, rien du tout. Quoi qu’il en soit, nous aurons de toutes façons également des bouteilles d’oxygène en cas de crise plus importante.

    En conclusion

    Voilà, je vous ai donc exposé mon projet un peu fou ! Un peu fou car comme je vous l’ai dit plus haut, certes j’ai l’habitude de mener des workshops, mais jamais je n’ai organisé un voyage photo de bout en bout, d’autant plus que je tiens absolument à le faire en dehors des circuits touristiques.

    Ceci dit, je vous rassure, il n’y a aucun danger ! La Chine est un pays extrêmement sûr et c’est un vrai bonheur que d’y voyager rien que pour cette raison. Les routes sont bonnes et les hébergements sont très corrects, même si dans cette région ils sont un cran en dessous.

    Pour le moment tout n’est pas encore organisé de bout en bout mais je voulais vous en parler dès maintenant car le mois de mai arrivera vite ! Et puis une fois notre quatuor sur pied, nous prendrons le temps de faire connaissance et nous peaufinerons ensemble certains détails. A quatre, c’est vraiment facile de faire un voyage sur mesure qui nous ressemble !

    Si vous êtes intéressés par cette super aventure, n’hésitez pas à m’écrire un mail à cette adresse : laurence.chellali@photofolle.net. Il reste encore 2 places à prendre. A ce prix, dans cette contrée méconnue et vierge, je pense sincèrement que c’est une opportunité à ne pas perdre si vous avez le goût de l’aventure, du voyage et des rencontres !

    Si vous voulez en savoir plus sur cette région, je vous invite à consulter les articles que j’ai déjà écris bien sûr, à regarder les photos :

  • Collapsed en exposition à Gênes

    Collapsed en exposition à Gênes

    Je suis ravie et fière que ma série « Collapsed » fasse l’objet d’une exposition individuelle dans la galerie d’art Vision Quest à Gênes en Italie.

    Elle sera exposée du 12 décembre 2014 au 15 février 2025 !

  • À la rencontre de la communauté des Ouïghours

    À la rencontre de la communauté des Ouïghours

    En septembre dernier, j’ai été invitée pour faire des photos des habitants de Kashgar et de ses environs par le département culturel du gouvernement local. Ces photos devraient faire l’objet d’une exposition future au musée de Kashgar, dont la date, à la chinoise, n’a pas encore été fixée. De ce qu’on m’a dit, celle-ci va dépendre du calendrier des dieux célestes et terrestres qui sont pour le moment très occupés, donc en attendant j’ai eu envie de partager avec vous ces personnages et ces terres rencontrées !

    Un peu de géographie

    Kashgar est une ville préfecture de la région du Xinjiang (officiellement Région Autonome Ouïghoure du Xinjiang) située à l’extrême ouest de la province. De ce côté-ci du Xinjiang, 5 pays en « stan » bordent la frontière : le Tadjikistan, le Pakistan, Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Afghanistan. Nous ne sommes pas loin non plus de territoires qui sont disputés avec l’Inde

    Le Xinjiang est la plus grande région de Chine et pour vous donner une idée, elle représente plus de 3 fois la France ! C’est dire si du nord au sud et d’ouest en est les paysages et les cultures sont variés ! A l’ouest on trouve la chaine de montagnes Karakoram où culmine le K2 et en son centre il y a le désert de Taklamakan, l’un des plus grand désert au monde de dunes mouvantes, au nord il y a les monts Altaï.

    En ce qui concerne les populations il en est de même et c’est un sacré melting pot mais avec quand même 2 ethnies majoritaires, les Ouïghours et les Hans.

    NB : Je ne rentrerai pas ici dans le débat, largement influencé par les aspects géopolitiques et idéologiques, sur le « génocide » et l’exploitation des Ouïghours. Tout ce que je peux dire, c’est que je suis allée 2 fois dans la région, et que je n’ai rien vu de particulier, si ce n’est une surveillance policière qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Chine et que je trouve pour ma part très inconfortable. En revanche, et notamment dans la région de Kashgar, la culture et la langue Ouïghour sont bel et bien vivaces. Pour preuve, j’avais un interprète chinois/ouïghour car de nombreuses personnes ne parlent pas mandarin, notamment les anciens et les campagnards.

    En orange : la province du Xinjiang
    En rouge, la préfecture de Kashgar
    Le xinjiang compte environ 20 millions d’habitants. Ici la répartition des minorités dans la province.
    Source : Wikimedia commons

    Le carrefour des routes de la soie

    Le sur-tourisme

    La ville a été le point de rencontre des routes du Nord et du Sud pendant plus de deux millénaires. Ce carrefour stratégique, où se croisaient les voyageurs qui avaient bravé les étendues arides du désert de Taklamakan, et ceux venant de l’Ouest, ayant franchi les hauteurs imposantes du Pamir, était le lieu où l’on échangeait chameaux contre yaks. À l’origine bouddhiste, la région a été tour à tour dominée par différentes civilisations, et la région regorge de vestiges archéologiques.

    Aujourd’hui, elle a gardé son statut de hub vers les pays d’Asie mais l’industrie touristique joue un rôle majeur dans son développement économique. Et, de mon humble avis, elle est victime du sur-tourisme. Vous me voyez donc venir …

    Bien que la vieille ville soit relativement bien préservée et qu’il y ait un certain effort de conservation et de restauration du patrimoine, les hôtels et les logements type Airbnb occupent une place prépondérante, sans compter les centaines de maisons transformées en boutiques de fanfreluches, les restaurants, les salons de thé, … Bref, Kashgar est à l’instar de nos villes historiques européennes hyper touristiques où il devient difficile de distinguer le vrai du faux, la vraie vie de celle dédiée aux loisirs et à la consommation touristique.

    Un peu d’authenticité

    Ce qui m’a le plus saisi, c’est la proximité architecturale, vestimentaire, linguistique, musicale, … avec la culture turque. Les origines turkmènes des ouïghours n’est pas usurpée ! Mais quand on pense que Kasghar est à égale distance – environ 4000 km -d’Istanbul et de Pékin on est moins étonnés.

    Je connais bien l’Algérie et surtout Constantine qui a conservé des traditions issues de la domination ottomanes encore très présentes. Et bien figurez-vous que parfois je me suis demandée si je n’étais pas transportée dans la vieille ville de Constantine dans une de ses maisons traditionnelles sur 2 niveau avec une cour intérieure rassemblant tous les membres de la famille. Ou bien encore si je n’allais pas entendre les youyous d’un mariage avec les gandouras algériennes qui ressemblent tellement à certaines tenues traditionnelles d’apparat des ouïghours !

    Couple de jeune mariés posant devant leur maison. Leurs kaftans pourraient être portés en Algérie sans dépareiller ! La seule chose qui change vraiment est le chapeau traditionnel qu’ils arborent.

    En s’enfonçant d’avantage dans le coeur de la ville, on peut trouver des signes de vie authentique, et enfin des habitants qui ne nous reluquent pas seulement comme des étrangers et même qui finissent par nous sourire – un peu 😉

    Les enfants qui jouent librement dans les ruelles, les femmes qui papotent médisent à propos de la vie, les marchands ambulants, un homme qui porte dans ses bras une chèvre affolée, la musique qu’on entend à travers une porte, tous ces signes qui nous montrent que la gentrification et le tourisme n’ont pas encore tout transformé et qu’il y a encore des vrais gens qui y vivent.

    Fondamentalement, il est toujours compliqué pour moi de me confronter à des lieux hyper touristiques. Je comprend parfaitement que les locaux en aient marre d’être observés comme des tableaux de musée, que tout le monde cherche à jeter un oeil dans leurs maisons, qu’ils puissent se sentir dépossédés de leur intimité. Je suis parfaitement consciente que je fais partie de ce ces voyeurs lorsque je voyage et que je participe à la dégradation de l’environnement social, d’autant plus que je les photographie ! Moi, je sais que je le fais dans le respect, mais eux, qu’en savent-ils de ce que je vais faire de leurs photos ? Que savent-ils de mes intentions ? Je suis en train de penser à ce propos qu’un article de réflexion sur la photographie de voyage pourrait être intéressant. Qu’en dites-vous ?

    Les vraies rencontres se sont faites dans la campagne

    Champ de coton avec les peuplier pour casser le vent qui vient du désert tout proche.

    Vous imaginez donc bien que j’étais assez contente de partir de Kashgar et de m’enfoncer dans les campagnes. Bon, campagne n’est pas le mot tout à fait adéquat car il renvoie notre imaginaire à des paysages verdoyants avec des vaches et des vallons 😉 Ici, dans cette région, il s’agit plutôt d’oasis car je suis partie en direction du désert du Taklamakan. Mais là encore, notre imaginaire lorsqu’on parle d’oasis nous porte à penser qu’on va traverser des paysages de palmiers et de vergers. Or, dans cette région il n’y a pas de palmiers et les arbres qu’on voit border les routes sont une espèce de peupliers.

    Et quant aux paysages, ils sont assez ennuyeux à vrai dire car c’est très plat et les cultures alternent avec des champs de coton, maïs et vignes et vergers. J’ai d’ailleurs été très étonnée car ces cultures demandent énormément d’eau, mais on m’a dit que cette région était largement irriguée par les rivières qui descendent de la chaîne de montagnes Kunlun et du Pamir. Pourtant, le désert est aux portes de cet immense oasis et il y a des efforts considérables pour lutter contre son avancée avec des programmes de plantations d’arbres phénoménaux !

    Bon, jusqu’ici vous devez vous demander où est passé mon enthousiasme habituel lorsque je partage avec vous mes découvertes. Ca vient, ça vient 😉

    Le marché

    Loin, très loin de la furie touristique de Kasghar nous avons fait un stop dans un marché local pour faire quelques emplettes. Quel bonheur ! Proche de relever de la cour des miracles, ce marché était rempli de gens souriants, ouverts, curieux, accueillants, gais, contrastant absolument avec les citadins de Kashgar.

    Un bal improvisé se tenait au milieu des bouchers, des boulangers, des marchands de 4 saisons, des maquignons, des restaurateurs, des barbiers, et même d’un dentiste ! J’avoue qu’à la vue de son étal, je me suis retrouvée dans un siècle que je n’ai jamais connu et je me suis prise à remercier les dieux de la science et de l’hygiène de ne pas avoir à faire recours à ce dentiste de campagne. Le bonhomme était en train de soigner un vieil homme à la chemise ensanglantée avec … des pinces de bricolage. Il ne m’a pas autorisée à prendre des photos mais de toutes façons je ne pense pas que je les aurais diffusées car je ne suis pas sûre que ce soit très décent.

    Maintenant, plus que des mots, je vais me contenter de vous montrer les portraits de ces personnes qui m’ont tant charmée.

    La musique

    Plus haut je vous disais que la culture ouïghoure est fortement influencée par la culture islamique et la musique fait bien entendu partie de ses apports. Là encore, j’ai été frappée par la similitude avec le Malouf, la musique Constantinoise. Pourtant, cette dernière est arabo-andalouse et dont la tradition se rattache à la ville de Séville ! Comme quoi, nous sommes tous frères et le celui qui me dit qu’il y a un choc des civilisations, je lui tord le cou.

    Ainsi, j’ai eu l’honneur d’être invitée dans la maison d’un groupe de musiciens très connus car ils sont détenteurs de la musique traditionnelle, le Muqam de Dolan. Le chanteur principal est même inscrit sur les listes régionale et nationale du patrimoine vivant. D’après ce qu’on m’a expliqué, cette musique locale est assimilé au jazz en ce sens qu’elle repose en grande partie sur l’improvisation.

    En fait, dans cette partie du Xinjiang, nous sommes sur les terres d’un sous-groupe ethnique ouïghour, les Dolan (ils ont même leur propre variété de mouton dont certains valent 2 millions de dollars – oui, oui, ce n’est pas une faute de frappe !). J’ai été accueillie comme une reine car ils ont déjà été invités 2 fois à Paris pour donner des représentations, alors la France ils l’aiment de tout leur coeur !

    La peinture

    Les Dolan ne sont pas seulement des virtuoses de la musique, mais ils sont aussi des peintres hors pair ! Je dois avouer que lorsqu’on m’a proposé d’aller visiter le musée dédié à la peinture paysanne locale, j’étais à moitié enthousiaste car je ne m’attendais pas à voir des chefs d’oeuvre. Et bien figurez-vous que tous mes aprioris ont été battus en brèche sèchement lorsque j’ai vu la qualité remarquable de la production de ces « peintres du dimanche ». Sincèrement, je ne m’attendais pas à me retrouver devant des peintures aussi expressives, contemporaines, innovantes, créatives, drôles, poétiques,… J’en suis restée bouche bée ! Et figurez-vous que le Musée du Louvre en possède quelques pièces ! Je me demande bien lesquelles mais si un jour il y a une exposition je vous recommande vivement d’y aller, vous ne serez pas déçus.

    Ce qui est vraiment intéressant, c’est que toutes racontent le quotidien de ces gens, leurs espoirs et leurs déboires et personnellement j’y ai vu un formidable résumé sociologique.

    J’aurais adoré aller visiter les ateliers de ces peintres et voir les toiles sur lesquelles ils travaillent. Mais malheureusement on n’a pas eu le temps et de toutes façons, de ce qu’on m’a dit, ce n’est pas la saison de la production de peintures (Sic!). En fait, en septembre les paysans sont occupés dans les champs pour les récoltes et c’est surtout en hiver qu’ils se mettent aux pinceaux. Et puis de toutes façons ils n’ont pas vraiment d’atelier car habituellement ils se réunissent dehors ou dans une salle pour peindre à l’unisson. En fait, c’est une vraie tradition propre à cette région et le savoir-faire en matière de peinture se passe de générations en générations et au plus grand nombre. La peinture ici n’est pas une affaire individuelle mais collective !

    J’ai pris en photo quelques toiles que j’ai vraiment bien aimées mais il y en avait tellement ! J’aurais pu passer la journée dans ce musée à vrai dire 😉 Voici un tout petit aperçu de cette découverte :

    Voilà chers amis, je suis heureuse de vous avoir présenté succinctement ce petit bout de terre. Je n’ai pas abordé ici le désert, ça fera probablement l’objet d’un autre article car il y a beaucoup à en dire et de belles images à découvrir. Mais en parler ici aurait fait trop d’un coup et vous n’avez pas que ça à faire de lire mes longs articles 😉

    Vous êtes peut-être surpris que je ne vous montre que des photos en noir et blanc, mais durant ce séjour c’est comme ça que j’ai vu les choses. Bien sûr, les couleurs sont superbes, les motifs traditionnels des vêtements sont très bigarrés, les maisons sont ocres comme le sable du désert qui entoure la région. Mais j’avais envie de me concentrer sur l’âme des lieux et des gens, et pour cela le noir et blanc est inégalable !

    Côté technique, j’étais accompagnée de mes fidèles boîtiers, le Leica Q et le FujifilmGFX 50R, le Leica avec son 28 mm et le Fuji avec un 63mm (environ 50mm). Je sais, c’est assez lourd à porter et surtout encombrant quand on les a autour du cou. Mais que voulez-vous, on ne réfrène pas la passion des belles images n’est-ce pas ? 😉 D’aucuns me diront que ce n’est pas discret, surtout pour de la street photo. Mais la Chine est encore un endroit où on peut librement photographier sans que les gens ne prennent ombrage ou se cachent, même dans les endroits les plus touristiques comme Kasghar. Et puis avec ma tête d’étrangère, c’est peine perdue que de vouloir être discrète car je suis repérée avant même que je ne repère moi-même les gens ! Alors je profite pleinement de ce plaisir !

  • Conférence au NIVA

    Conférence au NIVA

    Je suis très fière d’avoir été conviée à partager mes réflexions sur la relation de la photographie avec la réalité auprès des étudiants de l’Institut des Arts Visuels de Nanjing.

  • Conférence sur le livre d’artiste

    Conférence sur le livre d’artiste

    Je suis ravie de partager mes réflexions sur le livre d’artiste à destinations des amoureux du livre. Merci au Garden Bookstore de Shanghai d’avoir organisé cette conférence !

  • L’ingénue et le légume en exposition

    L’ingénue et le légume en exposition

    Merci au Studio Nomad No Mad et au Garden bookstore de Shanghai d’accueillir ma série l’Ingénue et le légume !

  • Bonne année et … bon appétit !

    Bonne année et … bon appétit !

    Les agapes sont à peine achevées que je vous en propose de nouvelles ! Mais cette fois-ci les délices seront un peu spéciaux et il vous faudra faire preuve d’imagination -ou de sens de l’aventure, c’est selon votre tempérament – pour oser affronter les mets que je vous présente 😉

    En fait, si vous suivez le blog depuis un certain temps, ce n’est pas la première fois que je vous en parle. La preuve : http://www.photofolle.net/lingenue-et-le-legume/ . En très bref résumé, cette série, que j’ai intitulée « L’ingénue et le légume » rassemble 20 végétaux que je trouve sur les étals du marché en Chine et qui me sont totalement inconnus. Étant analphabète, je n’ai aucun moyen de savoir comment ils s’appellent et encore moins comment les préparer ! Aussi, j’ai laissé jouer mon imagination en leur inventant toutes sortes de définitions. Et pour corser le tout, j’ai re-colorisé les photos à l’origine en noir et blanc afin de brouiller leur origine 😉

    Un livre d’artiste

    Cela faisait très longtemps que j’avais envie de rassembler ces images au sein d’un ouvrage mais je n’avais jamais encore pris le temps de bien y penser. C’est désormais chose faite et je voudrais vous présenter – enfin ! – ce livre d’artiste réalisé à l’automne dernier.

    Définition

    La définition du livre d’artiste est assez compliquée – ou plutôt ambigüe et varie selon les pays et les courants de pensée. Je ne vais pas en faire l’historique ici et je vais me contenter de vous dire la manière dont je l’interprète.

    Tout d’abord, il faut distinguer le livre d’artiste et le livre d’art. Selon moi, ce qui différencie les 2 tient dans le fait que le livre d’artiste est un objet où l’expérience de la manipulation de celui qui le consulte compte autant que le contenu. La conception du livre, la forme qu’il prend doivent servir et accompagner le contenu. Bref, le contenant et le contenu forment un tout. J’ajouterais également qu’il est important que l’artiste soit à l’origine du concept du livre. Si ce n’est pas le cas, le livre devient alors une oeuvre « à deux auteurs ». Cela ne signifie pas que le livre doive être obligatoirement réalisé par la main de l’artiste (parfois c’est impossible), mais sa conception, son idéation, si.

    En conséquence, et surtout en ce qui concerne la photo, je trouve que c’est particulièrement intéressant car cela permet de donner une troisième, voire une quatrième dimension à la série. Il permet de lui donner corps. Et c’est exactement ce que j’ai fait avec mon livre !

    De l’idée à la réalisation

    J’étais donc avec mes 20 images de végétaux et je me demandais comment je pourrais leur donner corps. La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est que je voulais les présenter comme des planches d’herbier. Ainsi, chaque planche pourrait être consultée de manière indépendante. Pas de reliure à proprement parler donc. À priori, ça me simplifiait la vie étant donné que j’avais décidé de réaliser ce livre entièrement manuellement, par moi-même. Sauf que dans le cas présent, il me fallait donc une boîte pour contenir mes planches. Et la réalisation d’une boîte, ce n’est pas une mince affaire !!

    Exemple d’un feuillet. Le carré gris correspond à la petite fenêtre percée.
    La feuille de l’intention artistique destinée à être pliée en 6.

    Les planches

    Mais avant toute chose, je devais m’occuper des planches. Comment les distinguer de la série des photos ? Est-ce qu’on ne risquait pas de les confondre avec un simple portoflio ? Et comment faire pour les textes ? Dans les images originales, ils sont en français et en chinois or je souhaitais élargir mon audience à un public anglophone et italophone. Il me fallait donc un espace pour la traduction.

    J’ai donc décidé de mettre les photos dans un double feuillet, avec sur la gauche les textes dans les 4 langues et sur la droite la photo débarrassée du texte incrusté. Mais ça me paraissait un peu fade et plat, surtout lorsque le feuillet était fermé. J’étais face à une page totalement vide et ça n’allait pas du tout. C’est alors que j’ai eu l’idée de découper des petites « fenêtres » qui puissent permettre d’avoir un aperçu de l’image avant l’ouverture. Et en fait ça marche bien car ça attise vraiment la curiosité et donne à chaque fois l’envie de découvrir le mystère qui se cache. Et pour adoucir le tout mais aussi pour apporter une jolie finition, j’ai arrondi toutes les pages aux coins. Je vous promet, je suis devenue la reine de la découpe 😉

    Enfin, pour qu’un herbier soit digne de ce nom je devais quand même nommer mes légumes et mes fruits. Après de longues recherches j’ai enfin réussi – avec plus ou moins de certitude – à trouver leurs noms scientifiques. Je les ai réunis dans une dernière planche que j’ai collée dans le fond de la boîte.

    Me restait à trouver le papier ! Quel type et surtout, quelle épaisseur ? Il me fallait un papier suffisamment épais pour que mes planches aient un bon maintient mais pas trop non plus pour qu’elles soient faciles à plier et que ça ne se déchire pas sur la pliure. Heureusement que j’ai HLIIC, un super studio photo à Nanjing et qu’ils ont été patients avec moi ! On a en effet fait une multitude d’essais d’impressions sur différents supports, ils ont cherché chez tous les fabricants de papiers la perle rare qui correspondait à tous les critères esthétiques, de résistance, de souplesse, de longévité d’impression, … Mais on a fini par trouver !! Il s’agit d’un papier de coton finement texturé avec une trame horizontale, de couleur très très légèrement crème.

    Quand à la page « intention artistique » et « index », j’ai fini par trouver un joli papier de riz fine art. La spécificité de ce papier est d’être assez fin et donc un peu transparent. Parfait pour supporter un pliage en 6 parties, il s’est révélé extrêmement difficile à coller dans le fond de la boîte car une fois humide de la colle, c’était comme si je devais coller une serviette en papier qui se chiffonne et se déchire au moindre faux geste ! Mais je tenais, pour des raisons de cohérence, à ce que ce soient les mêmes papiers. Comme disait Albert Camus : Il y a tellement d’espoir têtu dans le coeur humain.

    La boîte

    J’ai longuement cherché une idée de boîte qui serait originale et qui cacherait des surprises car je souhaitais qu’elle soit marquante. En effet, étant donné que mon « herbier » n’avait pas de reliure, je me disais qu’il fallait quand même trouver un moyen pour rendre intéressant son « emballage ». J’ai donc passé beaucoup de temps à chercher, à regarder des images sur la toile, à aller dans les magasins, … Et de fil en aiguille j’ai fini par trouver mon inspiration et mon idée.

    Mais de l’idée à la réalisation, il y a un grand pas !! Au début, j’ai pensé faire appel à un artisan pour la réaliser car je ne pensais pas être en mesure de la faire moi-même. Sauf que ça me revenait très très cher. Beaucoup trop cher en fait et le prix de vente du livre risquait d’être définitivement prohibitif. Aussi, j’ai pris mon courage à 2 mains et je me suis lancée !

    Le prototypage

    On n’imagine pas avant de passer au concret le nombre d’obstacles que l’on va rencontrer à toutes les étapes ! Tout d’abord la structure. Je suis partie d’une boîte trouvée dans le commerce et qui s’ouvrait en mode « portfolio ». Dans ma petite tête c’était assez simple : il suffisait d’ajouter ma grosse languette de fermeture. Sauf que pour que tout s’emboîte facilement il faut tenir compte des différentes épaisseurs ! Je ne compte plus le nombre de calculs de millimètres, d’essais et d’erreurs que j’ai faits 😉

    Je voulais également que cette languette ferme avec des aimants de manière à ce que tout se maintienne bien. Mais quels aimants, quelle puissance en tenant compte des épaisseurs de papier, où, comment les cacher, … ?

    Il me fallait aussi faire des découpes dans la boîte elle-même de manière à faciliter son ouverture et la prise en main des planches. Mais comment faire proprement de manière à ce que ça soit invisible ? Heureusement que j’ai pu compter sur mes amies Amandine Nabarra (une artiste exceptionnelle !) et Christine Giard (un relieuse d’art tout aussi exceptionnelle !). Je leur dois une fière chandelle !

    La réalisation finale

    Une fois le prototype achevé, c’est à dire une fois la preuve de faisabilité faite avec des matériaux basiques et la validation de la chronologie de toutes les différentes étapes, il était donc temps de passer aux choses sérieuses, c’est à dire utiliser les matériaux définitifs, et notamment le papier en soie que j’avais choisi pour la grosse languette de fermeture, l’étiquette du titre et la pochette. Je tenais en effet à utiliser ce papier précieux car il a un toucher de tissu, apporte une touche soyeuse très délicate, et techniquement, il assure une solidité sur la charnière impossible à obtenir sans tissu. Mais je me suis rendue avec horreur qu’il était partiellement transparent une fois collé !

    Ce n’était pas un retour à la case départ, mais pas loin … J’ai donc dû tout doubler mes cartons de papier blanc de manière à cacher les ombres indésirables.

    Le livre fini

    Il me reste maintenant à vous présenter mon livre enfin fini !!!

    Vous vous doutez bien que compte-tenu de la difficulté, mais aussi le temps de réalisation de chaque exemplaire, je n’en ai fait qu’une édition très limitée de 6 (plus une épreuve d’artiste). Au niveau de ses dimensions, la boîte fait 23×32,5 cm et les planches ont un format A4.

    Je me dois de remercier ici mon fils Alexandre pour la vidéo. Sans lui, je n’y serais jamais arrivée !

    J’ai eu l’honneur de présenter ce livre lors d’une exposition au Studio Nomad No Mad à Shanghai en octobre et novembre dernier. Et il devrait continuer à être exposé cette année, et cette fois-ci en Italie. Mais je vous en dirai plus le moment venu !

    Voilà, j’espère que ce livre vous plait ! En tout cas, j’y ai mis tout mon coeur et beaucoup d’énergie. Je peux enfin clore le chapitre de mes légumes mystérieux et me consacrer à mon prochain projet de livre. Affaire à suivre donc 😉

  • Songshan project

    Songshan project

    Merci au collectif Songshan project de m’accueillir sur les murs de ce festival !

  • La recette du bonheur

    La recette du bonheur

    Le nom de l’exposition reflète exactement mon sentiment !

    Je suis heureuse et fière de participer à cette exposition au Studio Nomad No Mad à Shanghai !

  • C’est la fête aux cavaliers tibétains !

    C’est la fête aux cavaliers tibétains !

    Ce n’est pas compliqué, les tibétains sans leurs chevaux ne seraient plus des tibétains. Le cheval est littéralement dans leur ADN ! Mais ils sont aussi des humains et leurs chevaux, outre qu’ils sont leurs compagnons de travail, leur servent à se mesurer, à concourir sur leur habilité, leur force, leur rapidité, leur beauté. Et pour cela, il faut de grands rassemblements !

    Ainsi, le festival équestre de Yushu dans le Qinghai fait partie des lieux de compétition parmi les plus prisés par les Tibétains. Vous vous souvenez, l’année dernière j’avais essayé d’y participer mais c’est une toute autre aventure qui s’était présentée. Or cet été j’ai eu la joie d’être invitée par le gouvernement local pour y assister. Enfin j’allais pouvoir voir ces fameuses courses !

    Un monde en multicolor

    En été, sur le plateau du Tibet, c’est la saison des pluies. Indispensables pour nourrir les fleuves qui prennent naissance sur le toit du monde, ces pluies ont malgré tout été éprouvantes et sur une petite semaine je n’ai pas eu la chance de voir le soleil pour ainsi dire. Quel dommage ! Mais même avec ce temps maussade – et relativement froid car on ici on est haut, très haut – je vous laisse vous faire une idée du chamarrage éclatant des costumes d’apparat que les différents clans revêtent. C’est un régal pour les yeux !

    Les gens viennent de toute la région et font parfois plusieurs centaines de kilomètres pour y participer. A la fois occasion de retrouvailles familiales et amicales, cette fête du cheval rassemble des milliers de cavaliers depuis la nuit des temps.

    J’espère que vous me pardonnerez la piètre qualité des vidéos mais je ne suis pas du tout une experte et je les fait avec mon vieux téléphone.

    C’est qu’ici nous sommes en territoire Kham, une des trois branches tibétaines, les deux autres étant les Ütsang et les Amdo. Bien qu’ils considèrent Lhassa comme le lieu de pèlerinage central de la vie bouddhiste (c’est un peu comme le Vatican pour les chrétiens ou La Mecque pour les musulmans), les Kham ont leur propre langue tibétaine et leurs coutumes. Il est intéressant de noter que jusque dans les années 60, ils ont lutté contre le pouvoir de Lhassa pour leur autonomie avant de se rallier à la cause du Dalaï Lama, plus pour des questions religieuses que politiques : les communistes athées leur faisaient horreur.

    Mais revenons à nos chevaux … Vous vous attendez probablement à ce que je vous montre comment se déroule cette fête et quelles sont les épreuves. J’espère que vous ne serez pas déçus mais je ne le ferai pas 😉 Ce n’est pas parce que je ne veux pas, mais je n’ai tout simplement pas de photos ! En effet, en tant qu’invitée officielle ma place était dans les tribunes et c’était tout simplement impossible de prendre des photos parce que j’étais trop loin et que je n’avais pas les super zooms ad hoc. J’ai bien réussi à m’approcher des bords du terrain à un certain moment mais il pleuvait beaucoup, j’étais fatiguée car j’avais passé plusieurs heures à arpenter les alentours et je n’avais plus cette « niaque » du photographe si indispensable pour aller chercher ses photos. J’ai donc filmé avec mon portable et c’est ce que je vous montre, histoire de ne pas vous laisser trop sur votre faim 😉

    J’espère que vous n’aurez pas la tête qui tourne trop en visionnant cette vidéo ! Désolée par avance pour les swing mais ces chevaux vont vite et ils passent en un instant !

    Comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas des courses de vitesse mais d’adresse. Dans cette séquence, les cavaliers doivent viser au fusil des petites cibles au sol alors qu’ils sont lancés au triple galop. Dans d’autres épreuves, ils utilisent des arcs ou, plus pacifiquement, ils doivent ramasser au sol le plus grand nombre d’écharpes. Dans ces compétitions, outre le fait que le cavalier doit être extrêmement agile, il faut également que le cheval tienne une ligne droite alors qu’il est complètement déséquilibré par le poids du jockey. En effet, lorsque celui-ci « descend » au ras du sol et remonte ensuite, on sent l’effort considérable fait par le cheval pour ne pas tomber. Et c’est ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit, ce qui rend ces courses finalement très dangereuses tant pour le cheval que pour le cavalier.

    Le saviez-vous ?

    […] Quant à la réputation de ses habitants les plus hostiles, les Khampas, elle remonte à la nuit des temps. Marco Polo les qualifiait déjà de «tueurs sans foi ni loi, pratiquant l’idolâtrie et toutes sortes de magies» et veillait soigneusement à ne jamais traverser leur territoire. Bien plus tard, les caravanes empruntant la route du thé, entre Lhassa et Kangding, furent régulièrement pillées par ces cavaliers de l’apocalypse qui massacrèrent aussi les explorateurs français Dutreil de Rhins (en 1894) et Louis Liotard (en 1940). Dans les années 20, Alexandra David-Néel était bien la seule à leur trouver un air de «gentlemen brigands»… en précisant toutefois que les autres Tibétains les considéraient, eux, comme des barbares. […]

    Source : Article du Figaro

    Bien sûr aujourd’hui ces Khampas ne sont plus les brigands d’autrefois et leur gentillesse n’est pas à démontrer ! Il n’en demeure pas moins que les danses effectuées durant cette fête m’ont souvent semblé guerrières et la présence de toutes sortes d’armes m’a surprise, d’autant que leur port est interdit dans tout le reste de la Chine.

    Alors pas de photos dans ce billet ?

    Bien sûr que si ! Mais j’ai choisi d’axer mes photos sur l’émotion plutôt que sur le style reportage qui, grâce à la couleur, est plus descriptif, plus « démonstratif ». Je souhaite vous faire rencontrer l’âme de ces personnes et pas seulement vous offrir une visite de courtoisie en pays tibétain. Et pour cela, rien ne vaut le noir et blanc pour mettre en scène ces regards croisés !

    Ces photos ont été prises côté « coulisses ». Mais je voulais aussi vous montrer le côté tribunes et vous faire découvrir les spectateurs. Il manque malheureusement le son et vous auriez entendu ces cris brefs et aigus que les tibétains ont l’habitude de lancer pour exprimer leur joie. Ici, pas de chansons ou de slogans à l’unisson de supporters mais des « youhou » qui fusent continuellement et qui crépitent comme des pétards 🙂 Même les moines sont de la partie !

    J’ai eu envie d’ajouter une dernière photo pour parler de quelque chose qui moi me touche beaucoup, je veux parler du phénomène culturel des moines enfants. Bien qu’officiellement les enfants ne puissent plus entrer dans les ordres avant leur majorité, à 18 ans, dans cette partie du Tibet c’est encore chose très courante et cette photo est loin d’être une exception. Parfois, ces enfants sont confiés à la vie monastique très très jeunes, dès 6 ans. Cette photo me touche car on y voit ce petit moine sur les genoux de son père, en arrière plan il y a probablement son frère et à coté, probablement aussi, leur oncle, tous les 3 moines. Il mange du popcorn et on sent qu’il doit profiter de ce moment de fête pour se faire dorloter, comme le ferait n’importe quel petit garçon. C’est que ces enfants moines vivent au monastère, loin de leurs parents et souvent ils sont confiés à un moine de la même famille (un frère, un oncle, un cousin). Même s’ils sont bien traités par ces derniers, cela ne remplacera jamais la présence de la mère et/ou du père. Je me demande quels effets psychologiques, et notamment du point de vue affectif, cela peut avoir sur ces enfants. Par ailleurs, lorsque je les regarde, je me dis que jamais ils n’auront la possibilité de choisir leur vie, ni même de recevoir une instruction autre que religieuse et encore moins de fonder une famille. Est-ce que c’est juste ? Je n’en suis pas sûre …

    Cette journée aux courses s’achève. J’espère que vous aurez pris du plaisir à la découvrir !

    Pour ceux qui seraient tentés d’aller à la rencontre de ces tibétains, n’hésitez pas à prendre contact avec moi ! Je peux vous donner pas mal de contacts locaux et de conseils pour visiter cette région de Chine très largement méconnue et en dehors de tout sentier touristique. Bien sûr, il faut être vadrouilleur mais si vous lisez ce blog c’est probablement que vous êtes photographe et … un photographe pas vadrouilleur ça n’existe tout simplement pas 😉

  • Collapsed à Barrobjectif

    Collapsed à Barrobjectif

    Je suis ravie et fière que ma série « Collapsed » soit exposée lors du festival Barrobjectif du 16 au 24 septembre 2023, et qui plus est, en très très très bonne compagnie !

  • A palm Print

    A palm Print

    Je suis ravie de vous annoncer que ma série « Ensemble » sera exposée à la galerie Ofoto à Shanghai en compagnie d’autres prestigieux artistes !

  • Harbin, la ville du froid très glacial

    Harbin, la ville du froid très glacial

    Vous voyez Marseille ? Vous voyez Stockholm ? Et Vladivostok ? Et bien il faut monter encore plus haut pour trouver Harbin, la dernière grosse ville chinoise avant la Russie.

    On s’est dits que pour les fêtes de fin d’année, ça serait pas mal de se rapprocher du pays du Père Noël, si ce n’est géographiquement, au moins dans le « feeling » de la neige, de la glace, des rennes et tutti quanti. Mais quelle idée nous a prise d’aller nous jeter dans la mâchoire du froid ! Certes je suis amatrice de sensations fortes, les extrêmes ne me font pas peur, mais là, je crois qu’il faut être né dans ces contrées pour supporter ces températures 😉

    Présentation de la ville d’Harbin

    Comme je suis assez fanatique des cartes car c’est seulement grâce à elles que j’arrive à bien me repérer (je honnis le GPS même si je le trouve très pratique – oui oui, je sais c’est très contradictoire !), laissez-moi vous montrer où a eu lieu la scène de ce billet 🙂

    Située à 2200 km au nord de Nanjing, Harbin est la capitale de la province du Heilongjiang. Si vous avez encore en tête vos cours d’histoire, cette région a été appelée Mandchourie pendant un temps, et les Japonais, lorsqu’ils envahirent une partie de la Chine créèrent le Mandchoukuo où ils mirent à sa tête le fameux dernier empereur Puyi (qui avait été auparavant déchu en 1912).

    * L’oblast autonome juif a été fondé à l’initiative de Staline en 1934, avec le yiddish comme langue officielle. Il a conservé le statut de terre d’accueil pour les Juifs de Russie. C’est l’un des deux territoires juifs officiels dans le monde, l’autre étant Israël.

    Son histoire

    Il est rare que je relate l’histoire d’une ville mais celle-ci est singulière. Et puis c’est intéressant de savoir pourquoi on surnomme Harbin « La Petite Moscou de l’Est ».

    Il faut faire un saut 150 ans en arrière. La région n’était alors composée que de villages. Depuis, ils ont laissé place à la mégalopole de Harbin, où 10 millions de citoyens chinois résident dans un décor architectural rappelant la grandeur impériale russe. Étonnant, non ? Voici pourquoi.

    En fait, ce sont les Russes qui ont fondé cette ville en 1898 avec la ligne de chemin de fer qui reliait le Baïkal à Vladivostok. Point névralgique sur le tracé, Harbin est ainsi rapidement devenue la métropole la plus animée du Nord-Est chinois, et en 1917 elle comptait plus de 100 000 habitants, parmi lesquels se trouvaient quelque 40 000 Russes dont au moins 20 000 juifs. En effet, avec la « Loi de Mai » et la perspective de déportations, de quotas éducatifs, de dépossessions et même de pogroms, bon nombre de juifs se sont exilés vers l’Est avant la création l’oblast autonome juif *. De l’héritage juif de la ville ne subsistent aujourd’hui que deux synagogues ainsi qu’un cimetière.

    Bien que la majeure partie des partisans du tsarisme ait fui vers Paris, Berlin et Prague, le rôle de Harbin dans l’accueil de ceux ayant été persécutés par les bolcheviks est souvent négligé par les historiens. Et c’est surtout à partir de 1917 qu’Harbin a vu arriver massivement des pro-empire russes.

    Berceau du parti fasciste russe

    Dans les années 1930, de nombreux membres de la communauté russe de Harbin ont embrassé l’idéologie fasciste, principalement pour tenter de former un front asiatique antibolchévique avec l’empereur japonais Hirohito.

    En exil à Harbin, c’est Konstantin Rodzaïevski qui a fondé le Parti fasciste russe qui a compté jusqu’à 20 000 membres ! Ravi de conclure une alliance avec le Japon impérial, Rodzaïevski a alors appelé à supprimer les Juifs, à rétablir l’influence de l’Église orthodoxe et à bâtir un système économique corporatiste … aux côtés des Italiens.

    En conséquence de la montée en puissance de ce parti, ainsi que du manque de protection de la part du gouvernement japonais suite à son annexion de la Mandchourie en 1931, la population juive de la ville a chuté de 13 000 cette année-là à 5 000 en 1935.

    L’«Auschwitz japonais»

    En 1932, l’armée japonaise a créé à Harbin « l’Unité 731« , officiellement « unité de prévention épidémique et de purification de l’eau ». Elle a en réalité été le théâtre de certains des plus horribles crimes de guerre jamais commis sur des prisonniers militaires et civils chinois.

    Elle effectuait des expérimentations sur des humains comme des vivisections sans anesthésie ou des recherches sur diverses maladies comme la peste, le typhus et le choléra en vue de les utiliser comme armes bactériologiques. Les expérimentations bactériologiques pratiquées au Mandchoukouo, notamment par largage aérien, ont fait entre 300 000 et 480 000 victimes. Depuis, l’Unité 731 est reconnue responsable de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il aura fallu attendre 2002 pour que l’état japonais reconnaisse son existence !

    Staline éradique le reste de la population russe d’Harbin

    Suite à la vente au Japon par l’URSS du Chemin de fer de l’Est chinois en 1935, et en raison de la présence de l’Unité 731 (dont 30% des victimes étaient Russes), la majorité de la population Russe de Harbin a quitté la ville.

    Ceux ayant choisi la citoyenneté soviétique et qui avaient vu leur propriété être confisquée par les Japonais ont fait leur retour en URSS. Ironiquement, durant les  Grandes Purges de 1936-1938, plus de 48 000 d’entre eux ont été arrêtés, accusés d’être des espions pour le compte des Japonais. Lorsque en 1945 l’armée soviétique entre dans Harbin, de nombreux Russes restés connurent un destin similaire : ceux soupçonnés d’avoir eu un quelconque lien avec l’Armée blanche, avec le Japon ou avec le Parti fasciste ont été immédiatement rassemblés et envoyés au Goulag.

    La plupart des Russes de Harbin ont ainsi regagné l’Union soviétique et lors du recensement chinois de 1964, la ville n’en comptait plus que 450. Les deux derniers Russes natifs de Harbin sont décédés dans les années 80.

    Le Covid

    De cette Unité 731 il reste un musée. Malheureusement, nous étions à Harbin au moment du pic des contaminations de Covid, et bien que nous n’avions plus aucunes restrictions de quoi que soit, tout était fermé pour cause de manque de personnel ! Et oui, en Chine rien ne se fait à moitié et tout le monde, je dis bien tout le monde, est tombé malade en l’espace d’1 mois (et tout le monde, je répète tout le monde, a par conséquent guéri en même temps !) Ce qui fait que nous avons vécu un drôle de séjour et surtout, nous avons été privés de nombreuses visites. Mais je vous montre ici quelques clichés de l’esprit russe qui subsiste à travers l’architecture de cette ville et que les citoyens font tout pour conserver 🙂

    Le froid toujours plus froid

    Harbin figure dans le top 5 des villes les plus froides de la planète. En décembre lorsque j’y étais, le thermomètre n’est jamais monté au dessus de -10 degrés au soleil et au meilleur de la journée, et -20, -25 et même -28 était chose courante le reste du temps ! Le côté plutôt sympa c’est qu’ici l’hiver est la saison sèche, pas une goutte de pluie (ou de neige) n’y tombe ou à peine, et on bénéficie d’un ciel absolument bleu. Mais il ne faut pas compter sur le soleil pour nous réchauffer, on a essayé plein de fois et ça ne marche pas 😉

    Bateau bloqué par les glaces du fleuve Songhua

    Mon matériel photo à l’épreuve du froid

    Dans ces conditions, je vous assure que prendre des photos s’est révélé beaucoup plus difficile que je ne le pensais ! J’avais bien lu les conseils avant de partir et je vous indique ici ce que j’avais car ça pourra peut-être vous servir si un jour vous allez dans ce type de climat !

    • Des couches en oignon pour le haut (brassière, t-shirt technique épais, pull épais technique, grosse gabardine)
    • Chaussette fines, collants moumoute (avec de la fourrure synthétique à l’intérieur), pantalon épais – j’aurais dû mettre carrément un pantalon de ski car j’ai quand même eu très froid aux jambes) et grosses chaussures de marche rembourrées pour l’hiver,
    • Un tour du cou en fourrure de lapin. Je vous le recommande sincèrement ! En effet, la fourrure empêche vraiment l’air glacial de passer dans le cou et la nuque, c’est extrêmement léger et pas encombrant du tout comme peut l’être une écharpe.
    • 2 paires de gants. L’une très fine que j’ai mis sous des gants de ski (surtout pas de gants en laine qui ne font pas bon ménage du tout avec la neige). Mes gants de ski étaient pour photographes, donc avec les bouts des index et des pouces amovibles de manière à pouvoir avoir les contrôles de l’appareil sans enlever mes gants.
    • 1 chapeau type chapka en fourrure. Certes, super joli chapeau et très chaud car je n’ai jamais eu froid à la tête, mais là j’ai commis une erreur car les poils étaient trop longs ou bien c’est le chapeau qui tombait trop bas sur mon front. Résultat, à chaque fois les poils restaient collés à l’appareil à cause du froid. En effet, en respirant je faisais de l’humidité, donc du givre, et mes appareils étant métalliques et le haut du chapeau humide, ça collait immédiatement !

    Du côté des appareils, j’avais mes éternels Leica Q et le Fuji GFX50R, c’est à dire un plein format avec un 28 mm et un moyen format avec un équivalent 50mm. Et c’est tout et c’est déjà beaucoup 😉 J’avais emmené pas mal de batteries car je savais qu’avec ce froid ces dernières tiennent beaucoup moins longtemps que d’habitude. Mais j’ai été étonnamment surprise de leur endurance malgré tout !

    Tout comme j’ai trouvé que ces 2 appareils ont franchement bien tenu le coup malgré le risque du givre. Et ils en ont pris, je vous le jure 😉 Comme je le disais plus haut, avec la respiration ça produit pas mal de vapeur qui se transforme immédiatement en glace. Et ces 2 boîtiers sont en métal, je vous laisse donc imaginer à quel point ils étaient froids ! Pour vous dire, lorsque je m’approchais du viseur, ce n’était pas de la buée qui obstruait la vue, mais de la glace. Et avec ces températures, elle ne fondait pas ! Il m’est même arrivé d’avoir mes cils collés à l’appareil ! J’aime autant vous dire que la plupart de mes images ont été faites au petit bonheur la chance 😉

    Une ville de glace

    Alors vous imaginez bien qu’avec de telles températures, la région devient une sorte de congélateur géant ! Et je ne fais pas si bien dire ! En effet, on voit aux fenêtre bon nombre de sacs plastique remplis de denrées, si vous mangez une glace (étonnamment c’est la grande tradition ici !) vous avez touuuuuut votre temps vu qu’elle ne fondra jamais et certains magasins se servent du trottoir pour présenter leurs produits congelés 🙂

    Ce qui est étonnant c’est la manière qu’ont les gens de vivre avec cette glace. Je dis bien vivre avec car je n’ai pas eu l’impression qu’ils luttaient contre elle. Par exemple, les routes ne sont pas déneigées, tout au plus elles sont nettoyées en surface par des armées de balayeurs. Les voitures n’ont pas de pneus neige et ça danse j’aime autant vous le dire. D’ailleurs je n’ai jamais été aussi prudente pour traverser une rue parce qu’on n’a pas le droit de surprendre un automobiliste sous peine de … je ne vous fais pas de dessin 😉 Et puis il faut le temps de traverser car ce qui glisse pour les voitures, ça glisse aussi pour les piétons 😉

    En plus de ça, chaque hiver des centaines d’ouvriers construisent des sculptures de glace dans toute la ville. Quand on y était, encore une fois à cause du Covid, ils avaient pris beaucoup de retard et donc les « survivants » s’affairaient un peu partout. C’est que Harbin, comme chaque année se prépare à accueillir des milliers de touristes pour son festival de la glace. Mais j’y reviendrai un peu plus tard.

    La rivière Songhua, un immense terrain de jeux de glisse

    Longue de près de 2000km, la rivière Songhua gèle en profondeur plusieurs mois de l’année. C’est elle qui fournit les énormes blocs de glace pour la construction des édifices du festival, les statues et les lanternes. Mais le temps d’un hiver, elle et ses affluents se transforment aussi en fête foraine de glisse.

    Pour délimiter les emplacements, là aussi des centaines d’ouvriers oeuvrent à la construction d’enclos. Ils sont réalisés en neige grâce à des caissons, mais étant donné que, paradoxalement, c’est une région relativement peu enneigée du fait de la saison sèche hivernale, les canons à neige tournent à plein régime.

    Le festival de glace

    Harbin est très connue pour son festival de glace. La tradition dit que durant la période Qing (de 1644 à 1912 – oui je sais c’est très imprécis mais là aussi on est en Chine et pour les chinois ça a du sens 😉 ), les paysans réalisaient des lanternes pour s’éclairer durant les mois d’hiver. En 1963, la coutume fut érigée en festival national, puis fut interrompue durant la Révolution Culturelle pour être à nouveau mise sur le devant de la scène en 1983. Depuis, le festival n’a cessé de prendre de l’essor et aujourd’hui c’est un des plus gros festivals de glace au monde avec 18 millions de visiteurs (oui, je ne me suis pas trompée, nous sommes en Chine 😉 ) ! En temps normal, c’est à dire en dehors des années Covid, des artistes du monde entier viennent ici pour ériger ces sculptures provisoires. Alors évidemment, on ne pouvait manquer d’y aller même si je soupçonnais un côté bling-bling et Disneyland, ce en quoi j’avais raison 😉 😉

    En prévision, je pensais y aller en début d’après midi pour profiter du jour et de la transparence de la glace puis d’attendre le soir (qui arrive très tôt, à 16:30) pour l’arc en ciel super flashy des « buildings ».

    Dans l’enceinte de cet immense parc on peut découvrir des constructions de glace assez impressionnantes par leur taille. Mais j’avoue qu’une fois la surprise passée je n’ai pas été si éblouie que ça car au fond il ne s’agit que de l’empilement de blocs de glace assez grossiers. Alors certes, j’imagine que pour hisser ces blocs qui doivent peser des tonnes ça ne doit pas être de la tarte, mais pour des maçons ça représente le ba-ba du métier il me semble.

    En fait, je m’attendais à voir de vraies sculptures mais à part des chevaux dans un coin, que nenni. J’ai appris peu après qu’elles seraient réalisées un peu plus tard et qu’une bonne partie était en préparation dans un parc. On est allés voir et il n’était pas accessible au public 🙁

    Bref, j’ai erré dans le parc « Iceland » (et surtout dans les cafés chauffés), un peu l’âme photographique en peine, dans l’attente de la nuit. Quand tout à coup, au moment du coucher du soleil tout a changé !

    La lumière s’est faite douce, très douce et les éclairages incrustés dans la glace s’harmonisaient en jolies nuances. Problème, je savais que je ne disposais que d’1/4 heure, 20 mn tout au plus. Je me suis donc mise à courir partout pour essayer de trouver des points de vue intéressants. Sauf que quand on ne connait pas bien un endroit, pas fastoche 😉 Et puis une fois le soleil couché, le froid devient une vraie torture, mes mains et mes viseurs étaient définitivement gelés. Bref, c’était fini foutu 😉

    Pour construire tous ces bâtiments il faut des milliers de mètres cubes de glace (j’ai lu le chiffre de 100 000 m3 mais j’avoue que ça ne me dit rien 🙂 La glace est prélevée dans la rivière non loin de Harbin. J’aurais adoré aller voir comment ils s’y prennent mais c’était trop compliqué (encore cette histoire de Covid !). À partir de mi-mars, les températures recommencent à devenir positives, du moins le jour. Le festival ferme ses portes et laisse fondre le tout. Il parait que c’est assez impressionnant car on entend les blocs qui craquent, les câbles électriques ressortent et pendent tels de lambeaux, les structures métalliques des plus grosses constructions sont à nu et on découvre toute l’ingéniosité des « maçons ». Bref, un reportage est tentant 😉

    Les sculptures de neige

    J’avoue que j’ai été beaucoup plus impressionnée par les sculptures gigantesques de neige. C’est que Harbin est aussi connue pour elles et aller les voir est un incontournable. La plupart sont situées dans un parc sur une île de la rivière. Là aussi, ce sont des centaines de milliers de mètres cubes de neige artificielle qui sont puisées dans l’eau de la rivière qui sont nécessaires. À côté d’elles, les bonhommes de neige de mon enfance font bien pâle figure !

    Malheureusement nous n’avons pas pu rester aussi longtemps qu’on voulait. Encore une fois le froid était tellement intense qu’on gelait littéralement sur place. Mais après deux heures de déambulations, où malgré tout on n’a pas pu voir toutes les sculptures tant le parc est grand, nous avons capitulé. Je peux vous l’assurer, la chaleur du métro de Harbin est divine !

    Chaque année, rien que pour la construction du parc de glace et celui des statues de neige, ce sont 10 000 personnes qui sont employées entre l’extraction de la glace, son halage, l’assemblage et la taille. Ce chiffre s’explique par le fait que, étonnement, le travail est assez peu mécanisé. Mais dans un pays aux 1 milliards 400 millions d’individus, ce n’est pas très difficile de trouver de la main d’oeuvre 😉

    Par ailleurs, combien de personnes trouvent un emploi saisonnier pour les autres attractions comme celles des « manèges » décrits un peu plus haut ? Officiels et officieux d’ailleurs. J’ai bien remarqué ces gens qui se mettent un peu à l’écart, en dehors des murets de neige qui délimitent les concessions, et qui proposent eux aussi leurs lots d’activité 😉

    Quoi qu’il en soit, l’expérience de Harbin a été vraiment positive ! Je n’ai qu’un seul regret, c’est que bon nombre de musées aient été fermés à cause de ce fichu Covid, dont l’Unité 731 et le Manoir Volga, un ensemble de 30 maisons conservées dans le plus pur style Russe. Ce que j’en retiens avant tout ? Le froid glacial et cet air de Russie auquel je ne m’attendais pas aussi flagrant !

    Voilà, j’espère que je vous aurais fait voyager un peu dans ce blanc pays et que vous aurez pris du plaisir à la découverte de cette ville 🙂 Comme toujours, si vous avez des questions – et si je peux y répondre je le ferai avec plaisir !- n’hésitez pas à les poser dans les commentaires !

  • Le Leica Monochrome M246 à l’essai

    Le Leica Monochrome M246 à l’essai

    Avec une telle photo d’introduction, vous allez penser que je suis tombée amoureuse de ce boîtier ! Mais me précipitons pas les choses et attendez de lire la suite pour savoir s’il s’agit d’une vraie histoire d’amour ou d’une aventure sans lendemain 😉

    Tout a commencé lorsqu’un ami m’a prêté son Leica monochrome accompagné des summicron 28 mm et 50 mm. J’avais déjà pas mal fantasmé sur ce boîtier à cause de la visée télémétrique (j’y reviendrai plus loin) typique de la gamme M des Leica et sur le fait que, étant équipé d’un capteur pour photographier exclusivement en noir et blanc, ce Leica devait forcément produire de superbes images monochromes 😉 Mais le prix stratosphérique de ce boîtier a fait en sorte de laisser dans les limbes mes fantasmes, jusqu’à ce jour de printemps où j’ai enfin pu tenir l’objet de mes désirs 😉

    Avertissement :

    Je ne suis absolument pas une aficionados du matériel photo que je considère seulement comme un outil. Mais ça ne m’empêche pas d’être curieuse lorsqu’il y en a qui sortent du lot.

    Par ailleurs, il faut bien retenir que ce post n’est en rien un test et qu’il porte uniquement sur mon ressenti personnel. Donc bien entendu, dénué de toute objectivité 😉

    * Le Leica Q a connu un succès (mérité) incroyable et est devenu l’un des appareils les plus connus de la marque ! J’en possède moi-même un depuis des années et je ne m’en séparerais pour rien au monde ! Si ca vous intéresse, j’avais écris ceci à son propos : Le Q m’a eue et Retour sur le Leica Q.
    ** Je parle de l’analogique au passé mais c’est juste pour mettre l’accent sur le côté anachronique de Leica. Bien sûr que l’analogique est encore bien présent dans nos pratiques !!

    Présentation du Leica Monochrome (Typ 246)

    Avant toutes choses, présentons ce boîtier atypique dans le monde des appareils photo numériques d’aujourd’hui.

    Leica est connu pour 3 choses : la cherté de ses appareils et objectifs, la qualité de ses produits et … son conservatisme. C’est ainsi que toute la gamme M, celle qui est probablement la plus connue*, continue de proposer des appareils avec mise au point exclusivement manuelle et via la visée télémétrique, ce qui au temps du numérique et du tout automatique peut sembler pour le moins surprenant ! Et cerise sur le gâteau, ce Typ 246 ne peut produire que des images en noir et blanc. Là, je crois qu’on dépasse l’anachronisme et que l’on est pas loin de tomber dans le consumérisme de passionnés, car même au temps de l’analogique on pouvait choisir si nos prochaines 12, 24 ou 36 poses seraient en couleur ou en noir et blanc**. On n’avait qu’à changer de pellicule. Mais puisque ce Leica est un appareil numérique et qu’on ne peut pas changer de capteur comme de pellicule, on se retrouve à avoir le boîtier complet dédié au noir et blanc.

    Je ne vais pas rentrer dans la technologie pure du capteur car j’en serais bien incapable. La seule chose qu’il faut retenir, c’est que le capteur du monochrome est conçu pour enregistrer les images en niveaux de gris et qu’il est donc impossible de produire des photos en couleur.

    Je tiens à préciser que le Leica que j’ai essayé n’est pas du tout de la dernière génération et que sa sortie date quand même de 2015. La marque a depuis lors sorti d’autres appareils dits « monochromes » dans sa gamme.

    Le Leica Monochrome (Typ 246)

    Le fonctionnement du Leica 246

    Mis à part qu’il ne peut prendre que des photos en noir et blanc, rien ne le différencie de tous les appareils photos du monde. Je dirais même mieux, à l’instar de tous les Leica, il est d’une simplicité biblique à l’usage, ce qui est à mes yeux une qualité hors pair !

    La visée télémétrique

    Par contre, ce qui change fondamentalement par rapport à tous les autres appareils photo, c’est sa visée télémétrique. Et ça, ça oblige à revoir presque tous ses réflexes d’utilisateur d’auto-focus, ce qui n’est pas rien. Vraiment pas rien ! Mais à l’usage, c’est aussi tout ce qui fait le charme de la prise de vue avec ce type de visée 🙂

    Il faut donc oublier l’auto-focus et faire le point à la main. Dans le viseur, on voit donc 2 images et il faut tourner la manette du focus jusqu’à ce qu’elles coincident parfaitement.

    Explication du fonctionnement de la visée télémétrique. Image trouvée sur internet mais sans auteur …

    C’est évidemment bien plus lent que le focus automatique mais d’aucuns disent qu’il s’agit d’une habitude à prendre. Je les crois volontiers 🙂 Ceci dit, hormis pour les photos où le sujet ne bouge pas (photos posées, nature morte, paysage,…), la mise au point manuelle reste bien plus lente et surtout il est très facile de faire une erreur. C’est pour cela que l’on doit retourner dans la majeur partie des cas à la bonne vieille formule de l’hyperfocale 🙂

    L’hyperfocale

    Peut-être que parmi vous, certains se demanderont « mais qu’est-ce que c’est que ce machin ?  » En fait c’est très simple, l’hyperfocale est tout simplement la distance à partir de laquelle tous les objets sont nets. Elle est donc en étroite relation avec la notion de profondeur de champ et donc de l’ouverture du diaphragme.

    Avec les objectifs actuels, l’hyperfocale n’est plus que très rarement utilisée car les auto-focus sont diablement efficaces, à tel point que les repères d’hyperfocale ont même disparu de la plupart des objectifs modernes ! Cependant, certains ont encore ces informations et je suis sûre que vous avez déjà vu ces échelles en vous demandant peut-être à quoi ca pouvait bien servir 😉

    Il existe différents repères selon les objectifs et les marques mais le principe reste toujours le même.

    Vous aurez donc compris pourquoi, en l’absence d’auto-focus, cette hyperfocale est essentielle car c’est elle qui va nous permettre d’être rapide.

    Une fois ce préambule expliqué, passons à mes coups de coeurs avant de m’épancher sur mes coups de gueule 😉

    Ce que j’ai aimé !

    La spontanéité

    Et bien justement, j’ai adoré la mise au point grâce à l’hyperfocale ! Ce qui est fantastique, c’est qu’il n’y a qu’à mettre l’oeil dans le viseur et ne s’occuper que du cadrage et de la composition. J’ai ressenti un vent de liberté et de spontanéité qu’on ne peut pas avoir avec un auto-focus.

    En effet, lorsque l’on utilise l’auto-focus, il faut forcément faire le point quelque part, et même s’il est super rapide, il y a quand même ce laps de temps de réflexion et de mise au point qui provoque un petit arrêt, une suspension dans l’acte photographique. Avec l’hyperfocale, on voit, on déclenche et c’est tout 🙂

    Après ma première sortie, j’ai été étonnée du peu de « déchets » liés à un défaut de mise au point (il y en a eu beaucoup quand même mais dûs à d’autres problèmes dont je vous parlerai plus loin). Ce n’était pas la première fois que j’utilisais cette technique de mise au point, mais je l’avais toujours faite avec des appareils type « Rolleiflex », donc beaucoup plus lourds, moins pratiques et peu maniables, et je n’avais pas réalisé à quel point elle pouvait offrir cette spontanéité. Alliée à un appareil discret, ultra silencieux, l’utilisation de l’hyperfocale rend la photo peut-être plus instinctive, moins pensée. Ce qui me va très bien ! Bref, je continuerai l’expérience avec mon Leica Q à l’avenir car, conservatisme oblige, son objectif possède les repères 😉 Et si vous, vous avez un objectif qui permet de mesurer l’hyperfocale, c’est une méthode de mise au point que je vous recommande chaudement !!

    Appareil simple, intuitif, sans fioritures

    Ce Leica ne trahit évidemment pas la philosophie de ses appareils sur leur simplicité d’usage et comme je l’écrivais précédemment, c’est un vrai bonheur à l’usage. Je ne l’avais jamais eu en main et pourtant, c’est comme si je l’avais toujours possédé.Rien ne change pour ainsi dire par rapport à mon Leica Q et j’ai immédiatement retrouvé toutes mes marques. C’est à dire pas grand chose mais exactement ce qu’il faut pour photographier 😉 Accès immédiat à l’ouverture, la vitesse, les ISO. Et 2 boutons d’option pour le mode de mesure de la lumière et la mémorisation d’exposition. Quand je compare l’ergonomie des Leica à mon Fujifilm GFX 50R (rien que le nom me donne mal à la tête 😉 ) c’est le jour et la nuit. J’adore le rendu des photos de ce Fuji et je ne regrette pas un instant de l’avoir. Mais quel désastre tous ces boutons partout qui ne servent à rien !!

    Ce que j’ai moins aimé, voire pas du tout aimé

    Et oui, malgré ce que je vous ai décris plus haut, ca n’a pas été le coup de foudre et après cet essai, cet appareil a disparu de la liste de mes fantasmes. Voici pourquoi …

    L’objectif apparait dans le viseur

    C’est peut-être le problème le moins grave car c’est probable qu’on finisse par s’habituer et s’adapter. Mais quand même …

    Je disais précédemment que j’avais été étonnée du peu de « déchets » liés à un défaut de mise au point. Mais combien j’en ai eu à cause de cadrages et de compositions totalement ratées !

    En effet, un des gros gros gros inconvénients de cet appareil, c’est que l’objectif apparait dans le viseur. Et c’est encore pire quand on met le pare-soleil, pourtant indispensable. Voici ce qu’on voit à l’intérieur :

    Vue dans le viseur du Leica.

    Comme vous pouvez le constater, le pare-soleil occupe un bon quart du viseur. Celui-ci est celui du 28mm et c’est probablement le plus invasif. Une encoche percée est d’ailleurs prévue pour pallier à ce problème, mais franchement, ça ne le résout qu’en partie. Et même sans pare-soleil on continue d’avoir un angle mort ce qui pour moi est vraiment rédhibitoire.

    Certes, on cherche ici à avoir des photos très spontanées et intuitives. Certes, j’ai décidé d’être moins accros au cadrage millimétré et de plus « laisser aller » les choses. Mais là c’est un saut trop radical pour moi et j’ai quand même besoin de voir tout mon cadre pour décider si oui ou non j’y intègre ou non tel ou tel élément.

    Le cadre n’est pas délimité par le viseur mais par un entourage blanc

    Seconde grosse difficulté qui m’a bien rafraîchie, c’est le fait que, en fonction de l’objectif monté, ce que l’on voit dans le viseur n’est pas le cadrage final !

    Reprenons notre première photo pour illustrer ce que je veux dire. Le cadre blanc que l’on vois dans le viseur est en fait le fait le cadre réel. Tout ce qui est en dehors sera hors du cadre de la photo. Quand on monte un 28mm il n’y a qu’une très petite différence, mais là, avec le 50mm, il faut donc aussi faire attention à ces lignes blanches. Je n’ose même pas imaginer quand on monte une focale plus longue !

    Donc, entre la mise au point manuelle, l’objectif qui obstrue la visée et l’attention au cadre, c’est quand même un sacré exercice et je dois dire que tout le gain de spontanéité et de discrétion que peut apporter cet appareil, je l’ai allègrement perdu lors de mes essais. Et pour le coup, je peux vous assurer que les photos de mes sorties au 50mm sont presque toutes parties à la poubelle !

    La qualité du fichier

    Alors vous me direz les 2 problèmes qui m’ont posé des difficultés ci-dessus peuvent se résoudre avec l’habitude. Il suffit de beaucoup s’entraîner 😉 Un appareil à vision télémétrique se conquiert ou s’apprivoise selon son tempérament et il faut le temps qu’il faut pour l’avoir bien en main comme on dit 😉

    Mais un fichier pas terrible restera un fichier pas terrible et en plus difficilement exploitable. Et je dois dire que les images procurées par ce M246 m’ont vraiment laissées sur ma faim.

    Je n’ai rien à reprocher au noir et blanc en soi mais je ne le trouve pas non plus aussi extraordinaire que ça et j’ai beaucoup de mal à voir la différence avec un fichier raw en couleur converti en n&b. Peut-être se voit-elle à l’impression ?

    Par ailleurs, lorsque je décide de photographier en n&b, je profite d’habitude avec bonheur de l’option « rendu monochrome » que mes 2 appareils photo me fournissent. D’une aide incroyablement efficace, elle permet de directement voir en n&b à la prise de vue, ce qui garantit une composition 100% ad hoc (voir à ce sujet cet article sur le noir et blanc). Or avec cette visée télémétrique je me retrouve comme avec un appareil reflex où je ne peux qu’imaginer le n&b. J’avais probablement perdu l’habitude et j’ai donc été souvent déçue par mes images, tout simplement parce que je ne les ai pas bien anticipées en n&b. Et là, pour le coup, impossible de revenir en couleur puisque par définition le capteur ne les enregistre pas. Mais là encore, il s’agit d’une question de pratique et ce serait injuste de totalement blâmer cet appareil pour ça. Sauf qu’en ce qui me concerne, je trouve que c’est dommage, d’autant que le dos de l’appareil, lui, offre un écran avec la vision numérique en n&b de la scène. C’est donc bien possible d’avoir une visée télémétrique digitale et de potentiellement pouvoir bénéficier de tous ses avantages !

    Là où je suis très très déçue, c’est au niveau de la dynamique. Cet appareil « crame » les blancs tellement facilement que c’est à se demander s’il est fait pour supporter la lumière méditerranéenne 😉 La photo ci-contre en est un exemple parfait avec une scène certes très contrastée, mais je sais que mon Leica Q n’aurait jamais cramé à ce point les arches sur la gauche. J’ai bien essayé de récupérer un peu les blancs mais je n’ai fait que du gris. Quand c’est brulé, c’est brulé 😉 Bon, il est vrai que ce M246 date de 2015 et comme je le disais précédemment, Leica a dû faire des progrès depuis. Mais c’est un appareil que l’on trouve encore d’occasion entre 3800 et 4600 euros ! (sur le site officiel de Leica avec 2 ans de garantie). Et bien entendu je parle sans objectif 😉

    J’avais entendu dire qu’avant l’arrivée du Leica Q les appareils numériques de la marque étaient décevants, surtout par rapport à ce qui se faisait chez la concurrence pour un tarif beaucoup, beaucoup, beaucoup moins haut. Je ne peux que confirmer …

    En conclusion

    J’ai trouvé cet essai passionnant et je me suis sincèrement amusée avec ce boitier ! Mais j’en ai conclu qu’il n’était pas pour moi, non seulement du point de vue prise en main avec trop de contraintes mais aussi au niveau qualitatif.

    Mon sentiment est que ce genre de boîtier est un peu anachronique dans le monde de la photo aujourd’hui et il se situe vaguement entre 2 univers. Ni appareil numérique performant avec tous les avantages et le confort de prise de vue qu’on peu avoir, et notamment depuis l’avènement des appareils sans miroir (mirrorless). Ni non plus appareil analogique qui eux nous obligent à une autre manière de photographier et dont le rendu des films est inimitable.

    C’est un boitier qui se veut élitiste, techniquement et financièrement, mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? S’imposer des contraintes techniques, ou plutôt ergonomiques si on veut être plus exact, nous fait-il faire de meilleures photos, ou tout du moins des photos différentes ? Peut-être, … mais j’en doute. Je n’ai pas eu le temps de m’habituer suffisamment à la manipulation de ce Leica pour en avoir une idée précise. Mais une chose est sûre, c’est que les résultats que j’ai obtenus n’ont pas été à la hauteur de ce que j’espérais. Si je le compare à mon moyen format (le Fuji GFX50R) dont je n’aime pas franchement l’ergonomie, qui est plus technique qu’un autre appareil et qui m’oblige donc à penser différemment mes prises de vue, la qualité des photos que j’obtiens au niveau du rendu, de la qualité du « piqué » ni trop dur ni trop mou, de la quantité de détails, … est telle que j’accepte sans rechigner ces contraintes. Ce qui n’a pas été le cas pour ce Leica.

    Vous l’aurez donc compris … mon verdict est que je ne fantasmerai plus sur ce Leica M246 Monochrome ! Ceci dit, comme je suis pour le pluralisme et la diversité, je ne jugerai certainement pas les adeptes de ce modèle. Il faut de tout pour faire un monde, n’est-ce pas ?

  • Des Tibétains sans Tibet

    Des Tibétains sans Tibet

    Ca faisait longtemps que j’avais envie de découvrir le Tibet et surtout la culture Tibétaine. Habitant en Chine, vous me direz que ce n’est pas très difficile d’y aller. C’est vrai. Sauf que pour aller dans cette immense région qui s’appelle très exactement et officiellement « Région Autonome du Tibet », les étrangers doivent obligatoirement obtenir un permis spécial (Permit Tibet) et surtout réserver un « tour » avec une agence de voyage. En dehors de cela, impossible de se déplacer par ses propres moyens et surtout en toute liberté. Et moi, les voyages organisés ce n’est franchement pas ma tasse de thé, surtout dans une région archi touristique où je vois gros comme une maison qu’on va me trimballer de lieux convenus en lieux convenus. Et en plus pour très cher (le Tibet est une des destinations de vacances les plus chères de Chine).

    Mais j’avais aussi entendu dire que le Tibet ne se limite pas au Tibet administratif et que bien au contraire, pour découvrir la vraie culture Tibétaine, celle qui n’a pas été dévoyée par le tourisme, il faut aller dans le Sichuan ou dans le Qinghai. Je suis déjà allée dans le nord du Qinghai (Frimas lacustres, Rafraîchissant !, Grosse frustration) et j’en avais le souvenir d’un mélange de cultures Tibétaines, Mongoles, Hui (musulmans) et bien sûr Han (ethnie chinoise) pour ne citer que les principales car en fait le Qinghai compte 37 groupes ethniques officiellement reconnus ! Mais entre le nord et le sud, il y a quelques milliers de kilomètres, d’immenses no man’s land et je me suis dit que ça pouvait être vrai. Quant au Sichuan (le pays du Panda) je n’y étais jamais allée, j’avais donc tout à découvrir !

    C’est pourquoi, armée de mon google maps, de mon bloc note, de recherches sur internet et de plein de curiosité, je nous ai concocté un itinéraire à cheval entre le Sichuan et le Qinghai, en évitant bien soigneusement la Région Autonome du Tibet et ses cohortes de touristes.

    2600 km en 12 jours pour une petite boucle !

    Comme toujours dans mes articles consacrés aux voyages, j’aime commencer par vous montrer une carte, histoire de situer les lieux de l’action 😉 Ci-dessus, j’ai donc surligné avec un trait rouge les 3 provinces dont nous parlons et en pointillé bleu notre itinéraire. Et aujourd’hui, je vais donc vous montrer une sélection de photos prises le long de ce circuit.

    Comme vous le voyez, notre point de départ a été Chengdu, la capitale du Sichuan, mais aussi et surtout la capitale du Panda ! Mais nous n’y sommes pas restés du tout car période Covid oblige, la ville comptait quelques zones rouges (c’est à dire avec des cas) et on ne voulait pour rien au monde risquer de se retrouver coincés. Donc pour la visite de la ville, ca sera une prochaine fois 😉 Aussi dès la voiture louée, nous avons filé droit vers l’ouest !

    Mais avant de commencer notre voyage, j’aimerais revenir quelques instants sur cette histoire de découverte de la culture Tibétaine sans mettre les pieds au Tibet.

    Qui sont les Tibétains ?

    Les Tibétains sont probablement d’origine Mongole et vivent en fait principalement sur le plateau du Tibet. Qui est vaste, très très vaste et bien plus grand que le Tibet administratif. Par ailleurs, les Tibétains sont loin d’être une ethnie unifiée et ils se divisent en 3 principaux groupes : les U-Tsang, les Amdo et les Kham.

    Pour compliquer le tout, à l’intérieur même de ces 3 groupes, il y a un nombre incalculable de sous-groupes qui se différencient par leurs us et coutumes, ceux des vallées et des hauts plateaux, les sédentaires, les nomades, les semi-nomades. Et entre eux, ils ne se comprennent pas car ils utilisent des dialectes différents et même des écritures différentes !

    *Carte trouvée sur Google

    Tout ça pour dire qu’en réalité la population Tibétaine, d’un point de vue ethnique et linguistique, ne se résume pas à ce qu’on appelle le Tibet. Ce dernier abrite en fait moins de la moitié des Tibétains. Le gouvernement central chinois reconnait cette étendue ethnique car ces 3 régions (grandes comme environ 4 fois la France) sont divisées en 11 « Préfectures Autonomes Tibétaines ». Généralement, cela signifie que les gens à la tête du gouvernement local et dans les administrations doivent, par la loi, être issus de la minorité ethnique (ce qui n’exclue pas bien entendu qu’ils appartiennent au Parti Communiste 😉 ), l’enseignement doit se faire dans les 2 langues (tibétain officiel et mandarin) et un certain nombre de lois sont adaptées selon les us et coutumes locaux (à condition bien entendu qu’elles ne viennent pas en contradiction avec la constitution chinoise).

    Cette division du Tibet en une région autonome (Tibet Autonomous Region) et 11 préfectures autonomes elles-mêmes à l’intérieur de plusieurs Provinces est finalement si compliquée que les observateurs étrangers, les médias et moi-même il faut bien le dire, avons tendance à considérer que seule la région autonome du Tibet réfère au « Tibet » à proprement parler, tandis que le reste du Tibet correspondrait à la Chine ethnique. Ce qui en fait est une erreur absolue.

    Heureusement, sur le terrain, les choses sont plus simples que sur le papier ! En effet, quiconque se retrouve dans ces préfectures autonomes tibétaines sait qu’il n’est plus sur le territoire traditionnel de la Chine ethnique, ou Han, mais bien sur celui du Tibet. Je confirme à 1000% ce qu’on m’avait dit. Sans avoir quitté la Chine ni avoir mis les pieds au Tibet, j’ai fait une vraie plongée au coeur de la culture Tibétaine. Outre l’altitude et le paysage des hauts plateaux, l’architecture, les traits physiques de la population, leurs vêtements, leur nourriture, la présence massive de moines et de monastères m’ont rappelé que ces terres sont bien tibétaines et non chinoises (Hans).

    Aussi, si j’ai bien une recommandation à faire pour ceux qui veulent découvrir cette culture, c’est finalement bien plus intéressant de le faire en dehors du « Tibet » aujourd’hui car non seulement on peut y voyager en toute liberté et sans aucune restriction, mais en plus y on rencontre des gens « épargnés » par le tourisme de masse, ce qui change tout !

    À l’assaut du plateau du Tibet

    Voilà, les bonnes bases étant posées, on peut commencer à parler de ce voyage 🙂

    Préparer un tel road trip n’est pas chose facile, non pas parce qu’on est en Chine (avec les outils actuels internet, ce n’est pas si compliqué), mais parce qu’on a à faire avec un territoire immense, extrêmement dépeuplé et une altitude moyenne de 4000 mètres au dessus de la mer. Ce qui signifie très peu de structures d’accueil, peu de routes (en plus ce sont des routes de montagne) et l’improvisation n’est pas vraiment possible ni surtout recommandée. Pour vous donner une idée, voici une photo (toute pourrie faite avec mon téléphone ;)) d’un panneau d’indication de la distance des prochaines « villes ». C’est dire s’il faut bien calculer ses étapes !

    La seconde difficulté est l’adaptation à l’altitude qui n’est pas à prendre à la légère. Ce n’est quand même pas le moment de se faire un oedème pulmonaire ou cérébral. Nanjing doit être à 50cm au dessus du niveau de la mer (j’exagère mais à peine !), Chengdu à environs 500 mètres. Et tout le reste, ça monte vite, très vite ! Aussi, nous avions prévu de rester 3 jours dans une zone intermédiaire située entre 2000 et 3000 mètres.

    Et là, nous avons découvert un paysage 100% alpin ! Des montagnes recouvertes de forêts de pins, des vallées avec des rivières parfois impétueuses parfois calmes, des lacs, des fleurs, des insectes, des marmottes, … Et sincèrement, s’il n’y avait pas eu l’architecture des maisons, les drapeaux de prière tibétains dispersés partout et les monastères en veux-tu en voilà, j’aurais pu me croire dans les Alpes.

    Enfin, pas tout à fait quand même… La première photo que je vous montre-ci dessous laisse découvrir le mont Siguniangshan qui s’élève à 6250 mètres quand même. Et il n’est pas le plus haut du Sichuan, c’est vous dire 😉 Je vous laisse vous faire une idée par vous même avec les photos ci-dessous 🙂

    Mais comme je vous le dis plus haut, on pourrait être dans les Alpes ou au Canada s’il n’y avait pas tous ces drapeaux de prière Tibétains. Ils sont partout ! On les appelle aussi les « chevaux de souffle » et on les accroche là où il y a du vent. Ainsi, ils aident à transporter les prières jusqu’aux divinités mais touchent aussi de leurs grâces tous ceux qu’elles traversent. C’est joli non ? 🙂

    Il y a toujours 5 couleurs :

    • bleu : l’espace (la voûte céleste),
    • blanc : l’air (ou le vent, les nuages),
    • rouge : le feu,
    • vert : l’eau,
    • jaune (ou orange) : la terre.

    Souvent les Tibétains lancent des papiers de prières vers le ciel pour augmenter la puissance des drapeaux. C’est pourquoi on trouve toujours d’innombrables petits papiers au pied des mats.

    Des cols, encore des cols et tout à coup …

    … Le plateau du Tibet !

    Non, en fait ce n’est pas vrai 😉 Je dois avouer que je n’ai aucune idée de quand nous l’avons atteint. Est-ce que c’est quand les montagnes se sont élargies peu à peu, quand les arbres se sont faits beaucoup plus rares à cause de l’altitude nous laissant face à des paysages de prairies ?

    En fait il n’y a pas eu de « tout à coup » parce quand on pense qu’on est arrivé en haut il y a encore plus haut juste derrière 😉 Mais à un moment, notre altimètre n’est plus descendu en dessous de 4000 mètres. Et c’est là qu’on s’est dit qu’on devait être sur le plateau.

    Il y avait aussi comme une sensation d’espace assez unique, un air particulier, un ciel qu’on avait l’impression de pouvoir toucher et même les fonds de vallée ne semblaient plus aussi profonds. Personnellement j’adore la montagne, mais là, les paysages qui s’offraient à nous m’ont touché au delà de toute mesure.

    Le parc des 3 rivières

    La Chine compte un nombre de parcs naturels incalculable mais il y en a un particulièrement remarquable dans cette zone : le Sanjiangyuan, ou le parc des 3 rivières. C’est ici que prennent source le Fleuve Jaune, le Yantze et le Mékong. Le projet a débuté en 2004 et le parc couvre actuellement approximativement la surface de l’Angleterre et en 2030, une fois sa mise en place achevée, il devrait représenter l’équivalent d’environ le tiers de la France et sera presque relié au Parc de Kekexili (voir l’article Grosse Frustration à ce propos)

    C’est dire si sa mise en place n’est pas une mince affaire tant la superficie est grande ! Mais nous sommes dans une zone également appelée le « 3ème pôle » et son importance pour la survie de milliards d’êtres humains est cruciale à cause des fleuves, sans parler bien évidemment de la biodiversité unique ici. Les prairies et les zones humides hébergent des espèces animales et végétales endémiques comme l’antilope et l’âne sauvage du Tibet, les ours, des léopards des neiges, des loups, …

    Mais il y a également toute la problématique des populations qui vivent dans cette zone.

    Certes, elle est très peu peuplée. Vraiment très peu peuplée … Il n’y a pas une seule ville, juste 3 ou 4 villages et ce sont surtout les nomades qui vivent ici l’été pour le pâturage des animaux. Mais sur une telle surface, vous pouvez vous imaginer à quel point c’est un no man’s land !

    Or, qui dit mise en place d’un parc naturel, dit réduction drastique, voire interruption totale des activités humaines. Toutes les usines, toutes les activités minières et d’extraction ont d’ores et déjà été supprimées, sauf certaines stratégiques semblerait-il car bien évidemment cet endroit dispose de ressources naturelles rares 🙁

    En ce qui concerne les nomades, à un certain moment le gouvernement chinois a pris des mesures pour essayer de les sédentariser, au moins partiellement. Entre autres dispositifs, il les a obligés à faire pâturer leurs troupeaux à l’intérieur de zones clôturées. Le problème c’est que cela a eu un impact négatif sur la faune sauvage qui n’a plus pu se déplacer librement à cause de ces clôtures. Le second problème est qu’il y a eu surpâturage et donc une détérioration importante du sol.

    Il semblerait donc que cette année décision a été prise de supprimer un certain nombre de clôtures. Mais je n’arrive pas à trouver plus de détails à ce propos. De même, j’ai été extrêmement étonnée de ne pas voir un seul mouton ou chèvre durant tout notre périple. Est-ce qu’ils ont été interdits ? C’est possible car ces animaux, à cause de la manière dont ils broutent détériorent gravement les prairies. Car clôtures ou pas clôtures, le problème du surpâturage dans des zones aussi fragiles et menacées par le réchauffement climatique est réel. La surproduction de viande pose un problème économique aigu pour ces nomades qui ne vivent que de l’élevage. Mais comment sortir de ce cercle vicieux ?

    Passer un col à cette altitude est classique dans cette zone.

    Connaissez-vous le Cordyceps sinensis ?

    On m’a offert une drôle de plante et ce n’est que plus tard que j’ai enfin compris de quoi il s’agit !

    Au moment où on me l’a donné, on m’a dit que c’était pour lutter contre les effets de l’altitude. Mais il semblerait que ça aille bien plus loin que cela et cette « plante » est utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise depuis des millénaires pour améliorer toutes sortes de choses. Et du fait de sa rareté, elle vaut plus que de l’or ! L’année dernière, 1 kg a été vendu 140000 dollars !

    Mais qu’est-ce que c’est ? En fait c’est horrible ! Il s’agit d’un champignon parasite qui colonise les chenilles lorsqu’elles sont encore sous terre. Il prend possession de leur cerveau et les oblige à remonter presqu’à la surface. Et ensuite, il pousse à partir de leur tête … Un champignon ou une chenille zombie quoi !

    Ce « champignon » représente un revenu conséquent pour les Tibétains (sa vente peut doubler leurs revenus annuels !) Mais il devient de plus en plus rare à cause du surpâturage, des prélèvement excessifs et du réchauffement climatique.

    Je comprends mieux maintenant pourquoi la dame les a manipulés avec autant de délicatesse lorsqu’elle me les as donnés. Elle m’a dit de les mettre dans de l’alcool et d’en boire une gorgée par jour. Je ne suis pas sûre de le faire 😉 Malheureusement 2 se sont cassés pendant le transport.

    Revenons donc à notre voyage 🙂

    Nous voulions aller dans ce fameux parc des 3 rivières et notamment voir la source du Fleuve Jaune. Mais nous n’avons pas pu … Nous n’avons pu que longer sa limite sur la seule route d’ailleurs de toute la zone. Mais au moment de bifurquer à l’intérieur, nous avons été arrêtés et on nous a appris que personne ne peut y pénétrer à moins d’une autorisation spéciale et les nomades. À la fois extraordinairement frustrant et compréhensible, nous avons dû rebrousser chemin. Mais nous avons quand même pu enjamber le Fleuve Jaune, encore tout jeune, tout petit en comparaison avec ce qu’il devient par la suite et … étonnement rouge !

    Ceci dit la frustration n’a pas été totale car nous avons traversé des paysages sublimes quand même 🙂

    Les rencontres

    Un voyage n’est pas vraiment un voyage s’il n’y a pas de rencontres ! Et celui-ci fût d’une richesse incroyable !

    Les Tibétains sont des gens adorables, extrêmement accueillants, souriants, avenants, curieux, gais ! Les chinois ont les mêmes qualités mais là, nous sommes encore à un cran en dessus ! Et encore une fois, avec le recul nous avons béni le ciel de ne pas être allés dans la province autonome du Tibet car d’après ce qu’on nous a rapporté, les gens locaux ont un rapport surtout mercantile avec les touristes. Ici, ce n’était absolument pas le cas, bien au contraire ! Il nous est arrivé à plusieurs reprises de ne pas pouvoir payer notre repas car l’aubergiste refusait 😉

    Deux rencontres nous ont particulièrement marquées car nous avons été accueillis lors d’événements familiaux qui nous ont fait pénétrer au coeur de certaines coutumes Tibétaines. Je ne vais pas vous en parler en détail maintenant car ce post est déjà très long et je reviendrai dessus dans un autre article dédié. Mais je ne pouvais pas faire l’impasse dans ce résumé de voyage sur ces liens qui se sont tissés entre ces familles et nous !

    Traditionnellement comme je le disais plus haut, les Tibétains sont majoritairement nomades. Ils ont donc l’habitude d’une vie solitaire, mais l’humain étant un animal social par excellence, ils se retrouvent régulièrement pour de grandes fêtes qui rassemblent la grande famille élargie.

    La première fois, nous nous étions arrêtés par hasard sur un col où on avait vu au loin bon nombre de voitures. Nous nous sommes dits que ce devait être un point de vue intéressant 😉 Et en fait, nous avons fini la journée à apprendre à danser avec nos nouveaux amis !

    Je suis désolée pour la qualité de la vidéo, je suis tout sauf une vidéaste 😉

    Notre voyage nous menait entre autres dans la ville de Yushu. Ici, chaque année en juillet a lieu une des plus importantes foire aux chevaux tibétaine. Qui dit foire aux chevaux, dit courses, voltige, danses, … En route, nous avons aperçu un grand rassemblement de tentes et de chevaux, aussi nous nous sommes dits que ce devait être une course en préparation. Mais en fait non 😉 Il s’agissait d’une réunion de famille sur plusieurs jours et les courses auraient lieu quelques jours plus tard. Mais ces gens nous ont dit de rester avec eux et ainsi pendant 2 jours nous avons été leur hôtes. Ce fut inoubliable ! Je vous raconterai en détail dans un prochain article, mais en attendant je vous confie cette petite vidéo :

    Et aussi quelques photos quand même pour vous donner l’eau à la bouche pour les futurs posts 😉

    Et enfin, la religion

    Et oui, car de ce que j’ai découvert, le Tibet sans la religion, ce ne serait plus le Tibet ! Attention, ici on parle du bouddhisme Tibétain qui est l’une des 3 grandes branches du bouddhisme et il se distingue notamment du bouddhisme du Grand Véhicule pratiqué par les chinois.

    Pour une française habituée (et très attachée) à notre fameuse laïcité, et vivant dans un pays (la Chine) qui fonde lui aussi son pacte social sur la laïcité, arriver dans une contrée où partout, vraiment partout, on voit des moines et des monastères gigantesques, des pèlerins sur le bord de la route (certains effectuent même leur trajet en faisant 3 pas puis se prosternent de tout leur corps, puis se relèvent, puis recommencent), des drapeaux de prières sur chaque maison, chaque tente, chaque monticule, la présence de la religion m’a même parue suffocante au bout d’un moment. Impossible d’y échapper.

    Je n’ai pas réussi à trouver les chiffres officiels du nombre de moines. Ils doivent exister dans la littérature en chinois c’est sûr, mais tout ce que je trouve sur les sites anglophones et francophones, ce sont des statistiques qui remontent à 1950 et qui ne concernent que la Province Autonome du Tibet, pas le « Grand Tibet ». Je dois donc m’en remettre à mon intuition. Mais je dirais qu’avancer 10 voire 20% de la population ne serait pas exagéré. Il est vrai que toutes les familles que nous avons rencontrées comptent au moins un moine en leur sein, même si officiellement selon la loi Chinoise, il est interdit de forcer un individu à rentrer dans les ordres. Et s’il le fait, ce n’est qu’à sa majorité contrairement à il y a quelques années où des enfants entre 6 et 12 ans étaient « donnés » pour la vie moniale.

    Lors de nos rencontres, nous avons eu l’honneur d’être associés à un certain nombre de rites religieux, et là aussi je reviendrai dessus dans un prochain article. Je vais m’en tenir ici à mon impression générale.

    Certains se demandent si le bouddhisme est une religion ou une philosophie. Je pense que quand on traverse des lieux où la pratique est aussi hégémonique et l’emprise sur la population aussi importante, on a à faire avec le pouvoir et l’argent. Il y a un clergé clairement identifié, une hiérarchie, des rites, un rôle et des obligations sociales,… Donc c’est une religion 😉

    Les régions que nous avons traversées (et ce n’est quand même pas rien, nous avons sillonné sur 2600 km donc on a eu le temps de se rendre compte !) sont toutes très pauvres, surtout sur le plateau. Et pourtant, nous n’avons pas vu un seul temple ou un seul monastère en mauvais état. Bien au contraire ! C’est comme si toute la richesse s’accumulait ici ! Des constructions gigantesques, des façades immaculées, des toits dorés resplendissants, des centaines et des centaines de dortoirs autour des monastères. Et je ne parle pas de l’intérieur qui est encore plus luxuriant ! Bref, un foncier religieux avec beaucoup d’argent pour construire, entretenir ces bâtiments énormes et loger les milliers de moines.

    Et à côté de ça, des villages à peine viabilisés, des maisons plus que modestes et des gens où l’on voit bien qu’ils vivent dans la précarité financière.

    Je ne peux m’empêcher de penser à ces enfants que nous avons croisés dans un minuscule village au pied d’un monastère resplendissant. Leurs niveau de saleté indiquait sans aucun doute qu’ils étaient extrêmement pauvres car je ne vois pas comment un adulte pourrait les laisser dans un tel état s’il avait les moyens de faire autrement. Comme j’ai été touchée lorsqu’ils se sont mis à ramasser des fleurs pour nous les offrir !

    Je pense aussi à cette petite fille qui marchait à peine accompagnée d’un autre enfant presqu’aussi jeune qu’elle (peut-être son frère), dans un état de saleté indicible. Elle faisait la manche dans le restaurant où nous étions et quémandait argent ou nourriture. Nous étions pourtant à Yushu, une ville relativement importante, dans un quartier central avec pléthore de magasins de vêtements et d’accessoires justement pour les moines. Je n’avais jamais vu un enfant mendier en Chine !

    Lors de la Révolution Culturelle, la très grande majorité des temples et des monastères furent détruits et les moines envoyés en « camps de rééducation ». Quand on voit l’importance de la religion dans la société Tibétaine et à quel point elle est intrinsèquement liée à la culture, j’imagine très facilement à quel point cette période a dû être un naufrage absolu pour les Tibétains.

    Aujourd’hui, de ce que j’ai vu, je pense qu’elle a survécu à ces 10 années de cauchemar, et même plutôt bien.

    Je lis ça et là qu’il y a encore de la répression à l’égard des moines, ou tout du moins une étroite surveillance comme savent bien le faire les chinois 😉 Donc pas très rigolo … En même temps, moi qui suis issue d’un pays laïc comme la France, je suis à même de comprendre qu’un clergé, quel qu’il soit, doit rester dans son domaine de compétence, c’est à dire la spiritualité. Or, une des spécificité du bouddhisme Tibétain c’est que son chef, le Dalaï lama est aussi le chef temporel (c’est à dire politique). Et bien qu’il ait officiellement renoncé il y a quelques années à cette fonction, la limite entre le rôle spirituel et temporel des lamas n’est pas toujours évidente dans les faits. Et ils sont tellement nombreux qu’ils sont forcément puissants ! Si j’essaye de m’imaginer l’équivalent en France avec nos prêtres ou nos imams, je ne suis pas sûre que je verrais leur pouvoir d’un bon oeil. On voit ce que les Evangélistes font aux Etats-Unis, et ça ne donne pas franchement une idée de progrès … En même temps, ce « clergé » fait tellement partie de la culture et de l’identité Tibétaine qu’y toucher, c’est aussi leur porter une atteinte. Cruel dilemme !

    Pour conclure

    Voilà, je crois que je vous ai donné un bon aperçu général de ce Tibet en dehors du Tibet 😉

    J’aurais aimé conclure ce voyage sur une note optimiste, mais j’ai senti beaucoup de fragilités dans la traversée de cette contrée. Et la plus grande menace est celle du réchauffement climatique qui est en train de déferler sur cette terre et ces populations. Normalement, à l’altitude où nous étions, tous les plus hauts sommets auraient dû être enneigés. Mais combien en avons-nous vu réellement ? Tout au plus une dizaine. Tous les autres étaient gris de leurs pierres.

    Notre voyage s’est d’ailleurs achevé sur une note triste. Nous devions aller voir un glacier et nous avons découvert un mourant. J’en ai fait un article pour le Studio Hans Lucas : https://hanslucas.com/lchellali/photo/57836.

    Cet article est long, très long ! Mais comment résumer en seulement quelques lignes une telle richesse ? Impossible !!!

    J’espère que vous aurez pris du plaisir à le lire et à découvrir les quelques images ! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires ! Si je le peux, j’y répondrai avec plaisir !

  • Les cours photo reprennent du service !

    Les cours photo reprennent du service !

    … Et par la même occasion, les articles de blog également 😉 Oui, oui, oui, je le sais, je suis restée absente pendant de longues semaines mais le navire est prêt à repartir ! Rassurez-vous, c’était une simple école buissonnière et j’en reviens avec plein de projets, de propositions pour vous et une prévision de nouveaux articles pour au moins 2 ans 😉

    Aujourd’hui il ne s’agit pas à proprement parler d’un article mais plutôt d’une incitation à faire de meilleures photos, vous savez, celles qui reflètent votre personnalité, votre vision du monde. Pour cela, j’ai développé plusieurs outils de cours que je vous présente ici. Seriez-vous partant pour faire un bout de chemin avec moi ?

    Que des bonnes nouvelles !

    Durant cette période, j’ai concocté une nouvelle série « d’Ateliers créatifs » ! Ainsi, ceux qui ont déjà suivi les 2 premières sessions peuvent embrayer sur une nouvelle aventure. Mais rassurez-vous pour ceux qui ne les connaissent pas, ils sont aussi ouverts à vous ! Je prévois de débuter une nouvelle série de rendez-vous le samedi 17 septembre 2022, de 9h à 11h (heure de Paris). Alors à vos agendas !

    Vous voulez en savoir plus sur ces Ateliers ou vous souhaitez passer directement à la phase d’inscription ? c’est par ici :

    [MEC id= »21929″]


    J’ai également très envie de relancer mon activité « coaching photo » autour des séries photographiques ! Je me dis notamment que nombre d’entre vous ont dû prendre des centaines de photos durant ces derniers mois et surtout pendant vos vacances ! Mais qu’en faire ? Est-ce que ça ne serait pas l’occasion de sortir les meilleures de leurs dossiers et d’en faire un beau récit, captivant pour ceux qui les verront ? Pour cela, je propose 2 formules : la série photo qui s’effectue en groupe et le suivi individuel.

    [MEC id= »21932″]

    Il se peut que vous ne soyez pas libre le week-end, que les horaires que je propose ne vous conviennent pas ou tout simplement que vous ayez des besoins spécifiques qui ne rentrent pas dans les activités de groupe. Dans ce cas nous pouvons nous rencontrer en tête à tête. N’hésitez pas à me contacter pour que nous voyons comment on peut travailler ensemble !


    Voilà chers amis de quoi entamer une belle rentrée et j’espère de tout coeur que ces propositions de cours vous stimuleront ! Moi, en tout cas je me réjouis à l’avance des prochaines rencontres qui se profilent à l’horizon ! Quoi qu’il en soit, si vous avez des questions ou des hésitations, contactez-moi par e-mail. Je vous promet que vous ne me dérangez pas et je serai absolument ravie de vous aider !!

  • Color splash !!!

    Color splash !!!

    On dit que l’hirondelle ne fait pas le printemps. Certes, certes, mais quand même … Ce matin, ce sont elles qui m’ont réveillées, accompagnées des perruches et des perroquets, des colombes, des pigeons, des mouettes, du soleil, du ciel bleu, des fenêtres ouvertes, d’un vent doux. Et on va me dire que ce n’est pas le printemps ? ! Avec un tel réveil, il est impossible de ne pas voir la vie en couleurs n’est-ce pas ? Et forcément avec tous ces ingrédients je me sens légère ! Telle va donc être la teneur de cet article. Exit la réflexion de fond, bienvenue au vagabondage léger et … une petite annonce à la fin 🙂

    Alors voilà, je vous présente ci-dessous quelques photos que j’ai prises au gré du temps ces dernières semaines et qui ont toutes en commun beaucoup de graphisme et surtout d’avoir été réalisées des jours de grand grand beau temps, avec un soleil plus que radieux. Donc, plein plein d’ombres comme je les aime !

    Et pour les curieux qui souhaitent en savoir plus sur comment je m’y prends, pourquoi c’est important d’avoir un oeil autant sur la lumière et les ombres que sur le sujet, jetez un coup d’oeil à cet article : Ombre et lumière. Peut-être l’avez-vous déjà lu, mais parfois une petite révision ne fait pas de mal 😉

    Préparation d’un nouveau workshop « Les Ateliers Créatifs »

    Et voici le moment de ma petite annonce 😉 Compte-tenu du succès des Ateliers créatifs 1 et 2 et parce que vous êtes nombreux à me demander de continuer, je suis en train de finaliser une nouvelle édition. Enfin me diront certains ! Oui c’est vrai, j’ai mis du temps mais ce n’est pas simple de trouver des thématiques intéressantes, qui ne demandent pas obligatoirement de technique et qui surtout aiguisent l’oeil photographique.

    Mais c’est désormais chose faite et je suis donc heureuse d’annoncer que les Ateliers créatifs pour les super accros débuteront le samedi 14 mai !

    Les modalités resteront inchangées, à savoir tous les samedi matin pendant 6 semaines et en ligne à travers la plateforme Zoom. Je tiens à préciser que ce workshop s’adresse à tous les photographes, quelque soit leur niveau ou leur équipement car l’accent est mis sur l’expression photographique et sur les moyens de la développer. Par ailleurs, l’ordre des ateliers n’a aucune importance car tous proposent des exercices différents. Les noms que je leur ai donnés (les ateliers créatifs pour les curieux, pour les accros et pour les super accros) ne servent au fond qu’à les distinguer les uns des autres mais ils n’ont strictement aucune hiérarchie 🙂

    Je vous met dans le bouton ci-dessous le lien vers la page de ces nouveaux ateliers !

    Voilà, j’espère que cet article vous donnera envie de faire plein de splash de couleurs et qui sait, également en faire directement avec moi lors de ces Ateliers !

    Je vous souhaite un beau printemps !!!

  • Trois yeux sur Genova

    Trois yeux sur Genova

    Il y a quelque temps j’ai eu le bonheur d’animer un workshop que j’avais organisé à Genova. Nous devions être plus nombreux mais des aléas imprévus de dernière minute ont fait que seules 2 personnes ont pu se déplacer : Christine la Suisse et Patrice le Tourangeau 🙂 Qu’à cela ne tienne, nous ne nous sommes pas laissés déstabiliser et nous avons travaillé dur pendant 2 jours !

    Christine Keller – https://regardevoir.net/

    Au programme, beaucoup de prises de vue et beaucoup de temps passé aussi derrière notre ordinateur à éditer nos photos car l’idée était de finaliser une série durant ce week-end. Arf, sacré défi ! D’autant que j’avais corsé les affaires en ne donnant pas de thème car ce qui m’intéresse, c’est que chacun aille chercher sa propre inspiration. En effet, je fais partie de ceux qui pensent que bien souvent, et en particulier lorsqu’on découvre pour la première fois le théâtre de la prise de vue, c’est le sujet qui finit par s’imposer au photographe, à sa sensibilité et non l’inverse. Ainsi, je considère mon rôle lors de ces workshops comme étant celui d’un accompagnateur, celui qui est aux côtés pour aider et non comme un guide qui dirige et qui décide pour les autres. Et c’est bien ce que je me suis efforcée d’être durant ce workshop 🙂

    Le vendredi soir nous nous sommes donc retrouvés pour faire connaissance et élaborer notre stratégie pour le week-end. Puis le samedi, nous avons beaucoup déambulé dans les rues de Genova, souvent dans le silence d’ailleurs car un photographe a besoin de beaucoup de concentration pour capter le bon moment, pour s’imprégner d’une ambiance, pour attendre un miracle. Puis la fin d’après-midi a été consacrée à un premier éditing de la moisson de photos. Et c’est là que tout s’est joué ! Frissons, joie, désillusions, pistes, trouvailles, réflexions, … bref, un arc en ciel d’émotions !

    Car si durant les heures précédentes de prise de vue nous avions tenté d’élaborer un fil conducteur pour notre série, nos pensées manquaient d’objectif clair et précis. Et c’est en découvrant nos photos, en les sélectionnant, en les rangeant, en les éliminant, bref, en faisant un travail d’éditing avec une vision à la fois globale et plus synthétique que chacun de nous a enfin découvert son vrai fil, son « histoire ».

    Mais bien entendu il était quasiment impossible que nous ayons toutes les photos pour construire une série achevée, c’est pourquoi le dimanche matin a été consacré à une nouvelle tournée de prises de vue. C’est que pour construire une série, d’autant plus quand on n’a pas un objectif absolument clair depuis le départ, il faut parfois plusieurs centaines de photos ! Bien sûr, il ne s’agit pas de penser que nous avons plusieurs centaines de photos ratées. On pourrait avoir 300 photos parfaites en soit qu’on pourrait ne pas réussir à réaliser une série ! Ce qui compte, c’est l’histoire qu’on va raconter et comment on l’articule. Et 300 bonnes photos individuelles ne constituent pas forcément une série. Il faut aller chercher parmi elles les 15, 20 ou 30 photos qui vont faire le récit. D’où la nécessité de repartir sur le terrain pour réaliser celle(s) qui nous manque(nt)

    Enfin, le dimanche après-midi, retour devant l’ordinateur pour la touche finale, et finalement la plus longue car il s’agissait donc de faire un editing très fin et de construire « l’histoire » avec un ensemble d’images cohérent tant dans le récit que dans le post-traitement, de trouver le titre et de rédiger le texte d’accompagnement. Sacré programme !! Bon, je dois être honnête, aucun de nous n’a réussi à finaliser son texte à temps et nous nous sommes tous donnés quelques jours supplémentaires pour le faire 😉

    Bien entendu je vais vous montrer ci-après les séries que nous avons réalisées mais j’aimerais auparavant donner quelques indications sur la manière de « lire » une série ou ce qu’on appelle un portfolio.

    Généralement, si l’auteur n’est pas présent (et donc peut accompagner de ses mots en direct le déroulement de la lecture) on commence par lire le texte d’accompagnement de manière à comprendre son intention. Bien sûr ce n’est pas obligatoire et certains préfèrent aller directement aux photos pour ensuite revenir au texte pour vérifier s’ils ont bien compris. Mais que l’on choisisse l’une ou l’autre méthode, il faut quand même au moins lire le titre de la série avant toute chose car c’est lui qui va donner le « La » du départ.

    Puis on regarde les photos une à une et c’est pourquoi je vous recommande vivement de cliquer sur la première photo qui s’ouvrira en grand, de manière à la voir toute seule, sans distraction. Ensuite, on revient généralement sur la présentation d’ensemble pour voir comment les photos s’articulent entre elles, leurs liaisons visuelles. Pour prendre l’image de la lecture d’un livre, chaque photo devrait constituer en elle seule une phrase. Chaque phrase doit bien entendu être porteuse de sens, mais certaines vont être des moments clé alors que d’autres serviront de liaison. Ca c’est pour la partie lecture individuelle de chaque photo. Puis, lorsqu’on lit ces phrases dans leur ensemble, on aura une impression de plus ou moins grande harmonie, de fluidité, d’où l’importance de faire des allers-retours entre les images singulières et l’ensemble du travail.

    Voilà, vous êtes donc prêts à entamer la lecture de ces portfolio 🙂 Alors allons-y !!

    Christine Keller

    « Nei quartieri dove il sole del buon Dio non dà i suoi raggi… » 

    Le vieux Gênes est un lacis inextricable de venelles, les « carruggi », bordées d’édifices si hauts que le jour y pénètre à peine. Cette ville, singulièrement verticale, n’est pas une ville de classe moyenne. Un même immeuble abrite en bas, dans les étages privés de soleil, les défavorisés tandis que les plus aisés sont en haut, là où il y a les terrasses. 

    Dans les sombres ruelles, « ceux d’en-bas » se débrouillent avec l’existence comme ils peuvent. Les unes vendent leurs corps, les autres prient pour leur salut. Tous cherchent à s’élever, à trouver une lumière salutaire, l’espoir d’une vie meilleure.

    * Fabrizio de Andrè, La città vecchia. Traduction : Dans les quartiers où le soleil du bon Dieu ne pointe pas ses rayons…

    A noter que Christine exposera des photographies dans sa ville de Saint Aubin en Suisse du 7 au 10 avril 2022. Au programme de magnifiques photos nature autour du thème de l’eau ! Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à y aller, elle sera présente tout du long et ce sera une formidable occasion de la rencontrer !

    Patrice Gautier

    A la recherche de la lumière

    Genova n’échappe pas à la règle. Son architecture a été dictée par le climat et les matériaux et techniques dont elle a pu disposer tout au long de son histoire.

    Comme d’autres villes méditerranéennes, elle a su se protéger du soleil, d’où un labyrinthe de ruelles étroites et profondes avec des immeubles de quatre-cinq étages voire plus. L’ensemble est parsemé de places de taille petite à moyenne aérant l’ensemble.

    On peut donc y déambuler dans une ambiance équilibrée de clair obscur. L’architecture a su y apporter un jeu de puits de lumière naturelle et une panoplie d’éclairages artificiels convenables pour la vie quotidienne.

    Pendant mon séjour à Genova, j’ai pu errer tout mon soul dans ce dédale urbain et sa riche gamme d’ombres, de lumières et de couleurs.

    Accompagné de mon fidèle boitier, j’ai voulu partager ce rendu si particulier à Gênes et qui la rend si singulière.

    Normalement, lorsque j’anime un workshop je n’ai bien entendu pas le temps de réaliser une série en parallèle des stagiaires. Mais vu que notre groupe a été réduit à une portion congrue au dernier moment, il m’a semblé intéressant de me mettre du coup au défi moi aussi 😉 En effet, nous avons tous des manières différentes de voir et un travail en groupe, même s’il s’agit de productions individuelles, est toujours un enrichissement mutuel. C’est une émulation, une source d’inspiration, d’apprentissage, de questionnements. C’était une manière aussi pour moi de ne pas être trop sur leur dos et de leur laisser leur liberté créative. Alors voici ma série …

    Laurence Chellali

    Diserta la vita quotidiana

    Par temps de crise, les premiers à souffrir sont les plus fragiles et les plus précaires économiquement et socialement. Pour qui connait Genova, la Maddalena est un quartier de la vieille ville qui abrite le monde des travailleurs pauvres et des migrants. Ici, comme dans tous les arrondissements défavorisés d’Europe, la pandémie de Covid a dramatiquement accentué les problèmes de survie et on ne compte plus les personnes victimes du chômage, du surendettement et même de l’exploitation.Mais il faut bien continuer à avancer, trouver l’argent pour vivre ou survivre, travailler encore et toujours pour échapper à l’extrême pauvreté. Le port est une source importante d’emplois et avoir la chance d’y travailler, même au jour le jour signifie une fin de mois juste un peu moins difficile.

    Combien de vies la machine implacable du capitalisme a brisées ? Combien de rêves ont été abandonnés et d’illusions ont été perdues ? Certains s’accrochent à des réconforts et à des petits bonheurs de la vie quotidienne mais les règles du jeu du monde moderne ne sont pas en leur faveur. D’autres, les moins adaptés, décideront de quitter ce monde.

    Traduction des photos :

    • Déserter la vie quotidienne (photo 1)
    • Impasse du Saint Désir (photo 7)
    • Logo du bancomat, système de paiement italien (photo 8)
    • Place de la gratitude pour l’existence (dernière photo)

    Vous n’aurez pas manqué de remarquer que seule Christine a réussi à faire en sorte que toutes ses photos soient au même format. Et elle a eu parfaitement raison ! En effet, en règle générale il est très important pour une question d’harmonie que les photos aient toutes les mêmes orientations. Pour ce workshop j’avais levé cette règle, estimant déjà que réussir à produire une série cohérente en un week-end était déjà largement suffisant et je ne voulais pas ajouter cette contrainte en plus. Mais comme quoi, tout est possible !

    N’hésitez pas à donner vos impressions sur ces séries dans les commentaires, voire même à poser des questions, je suis sûre que les auteurs se feront un plaisir de vous répondre !

  • Lumisokea  de Ragnar Jónasson

    Lumisokea de Ragnar Jónasson

    Je suis heureuse qu’une de mes photos illustre la nouvelle édition du livre de Ragnar Jónasson, Lumisokea

    Couvertures de livres

    Par ailleurs, il semble que la photo de couverture du livre de Gary Bell, Post Mortem plaise puisqu’ils viennent de renouveler leur édition avec cette photo !

  • Le calme après la tempête ?

    Le calme après la tempête ?

    Le calme après la tempête ?


    Parfois, le hasard fait bien les choses, et notamment pour les photographes 😉 Vous souvenez-vous de la tempête Eunice qui s’est abattue sur le nord de l’Europe le 18 février dernier, la pire depuis 30 ans ? Et bien j’y étais ! Enfin, plus , précisément j’y étais le lendemain sur une de ces magnifiques plages de Hollande, à La Haye. En fait je n’ai pas fait exprès et j’ai même failli ne pas pouvoir y aller étant donné que mon vol a été annulé la veille (décidément j’ai la malédiction des annulations d’avions !) Mais j’avais prévu ce week-end pour aller voir ma plus jeune fille qui étudie à Amsterdam et nous voulions passer un moment ici. Et nous n’avons pas été déçues !

    Stupéfiant, magique, irréel, voilà les mots qui me viennent à l’esprit à l’évocation de ce paysage qui s’est découvert à nous en arrivant sur la plage Kijkduin Nude !

    Bien plus que la mer déchaînée, ce sont les mouvements du sable qui étaient fascinants et qui nous ont transportées sur une autre planète. La furie du vent soulevait les grains au ras du sol, créant un tapis cotonneux et on aurait pu croire qu’on marchait sur une sorte de nuage mouvant. Parfois, ce tapis laissait entrevoir des conglomérats de sable humide créant des aspérités qui faisaient contraste avec la douceur apparente du « nuage ».

    Douceur apparente s’il en faut ! Car évidemment le sable ne restait pas au ras du sol, et si dos au vent on ne se rendait pas compte de la piqure des grains, face au vent (et à la pluie bien sûr !) c’était une tout autre histoire ! Et nous avons d’ailleurs commis l’erreur stupide de nous laisser porter par le vent au début de notre pérégrination, sans penser au retour. Arf, revenir sur nos pas a été pire que gravir un dénivelé de 1000 mètres à l’aveuglette 😉 Face au vent, sans lunettes pour nous protéger du sable et de la pluie, le retour a été long, très long. Et j’avoue, qu’il m’est arrivé plus d’une fois de me servir de mon appareil photo pour me protéger. Sacrilège j’en conviens !!!! Heureusement que j’avais pris mon moyen format, le Fujifilm GFX 50 R et pas mon Leica Q. Et j’ai -heureusement- constaté sans aucun doute possible que le Fujifilm est bel et bien tropicalisé (au contraire du Leica Q) car je l’ai ramené vous l’imaginez bien, dans un sale état 🙁 Le pauvre, il a payé cher !!

    Bordée de dunes, cette plage, à l’instar de nombreuses autres de la mer du Nord, est magnifique. Mais je m’attendais, je dois l’avouer, à des espaces plus sauvages et où la présence humaine est plus discrète. Mais il est à croire que décidément nous sommes vraiment partout et que nous ne laissons aucun espace tranquille … Pour la protection des dunes, les chemins sont tous jalonnés bien souvent en bétonet il y a malheureusement très peu de perspectives qui soient vierges de toute construction. Et visiblement ce n’est pas près de s’arrêter !

    Dans cette ambiance assez apocalyptique bien sûr on ne peut que se demander ce qu’il va advenir avec l’accélération du changement climatique. Les Pays-Bas font partie des pays les plus vulnérables avec un tiers du territoire qui est sous le niveau de la mer. Je ne sais pas si leurs digues vont bien tenir, mais une chose est sûre c’est que ce jour de tempête, les baraquements disséminés tout le long de la plage semblaient bien fragiles et proches d’être ensevelis par le sable !

    Et puis ces nouveaux ensembles d’immeubles, que viennent-ils faire là ? Cette plage est située à une dizaine de kilomètre de La Haye et y aller, c’est avoir l’impression d’arriver au bout du monde, dans une sorte de no mans land. Que feront ceux qui viennent vivre ici ? Loin de leur travail probablement – car vu le style des immeubles plutôt haut de gamme ça m’étonnerait que ce soit le vendeur de frites qui y habitera – il faudra qu’ils prennent leur voiture évidemment …

    Malgré ce côté un peu plus sombre, j’étais d’excellente humeur ! Que demander de plus ? Un paysage magnifique, des conditions météo exceptionnelles avec des éléments fantastiques, une lumière certes plate mais parfaite pour éviter des ombres qui auraient certainement gâché l’effet du vent, et par dessus tout, cerise sur le gâteau, la présence de ma pioupioutte 😉

    C’est pourquoi vous aurez peut-être remarqué que les photos que je vous ai présentées jusque là sont finalement relativement lumineuses et loin d’être tristes. Car oui, je vous le dit tout de suite, je le revendique même, je suis une accro du post-traitement, ou pour reprendre le terme traditionnel de la photo, du développement. Certes ici, ce ne sont pas des pellicules, je n’ai pas besoin de chambre noire ni de chimie. Ce sont des fichiers et ma chambre noire est mon logiciel (Capture One). Mais je ne fais aucune différence entre les deux sur le principe, même si dans les faits je concède sans problème que le développement en « chambre claire » (le logiciel) est beaucoup plus facile, moins chronophage, moins coûteux et in fine beaucoup plus pratique 🙂 J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à comprendre les photographes qui font de leur « non développement » un orgueil. Pour moi ça n’a pas de sens car c’est comme s’ils donnaient leurs pellicules dans un supermarché où elles seront développées automatiquement, toutes de la même manière (les siennes et celles de tous les voisins), sans attention aux zones qui mériteraient d’être soulignées par un éclaircissement ou un assombrissement, un léger coup de sur ou sous exposition, … C’est vraiment considérer que l’acte photographique s’arrête au moment de la prise de vue alors que ce n’est pas du tout le cas. Le développement, que ce soit en chambre noire ou en chambre claire fait partie du processus de la photographie !

    Bref, tout ça pour dire qu’au moment du développement de mes photos de cette tempête, j’étais encore sous le coup de ma bonne humeur et que j’avais envie de photos au rendu plus gai que ce que les conditions réelles de prise de vue m’avaient offertes.

    Ayant donc repris mes photos quelques jours plus tard, j’ai senti que quelque chose n’allait pas vraiment. A l’heure où je vous écrit et en toute honnêteté, je ne sais toujours pas ce qui ne va pas, mais quelque chose me chiffonne. Je ne dis pas que les photos que je vous ai présentées précédemment ne me plaisent pas, sinon je ne vous en aurai pas montré autant 😉 Non, non, je les aime bien comme ça mais je sens que je ne suis pas allée au bout.

    Grâce au recul sur ma bonne humeur, j’ai donc essayé un développement beaucoup plus sombre, avec une ambiance plus oppressante dont je vous montre quelques exemples ci-dessous :

    Je n’ai pas encore arrêté ma décision et de toutes façons cette seconde mouture devrait être retravaillée plus finement afin de mieux harmoniser les expositions des photos. Mais je pense que ces photos se rapprochent plus de ce que je souhaiterais exprimer. En tout cas, pas vraiment le calme après la tempête comme pour la première série de photos 😉

    Et c’est là où nous touchons à la solitude du créatif car je ne peux pas vous demander laquelle des 2 interprétations vous préférez. Tout d’abord il serait impossible pour vous d’y répondre car, à juste raison, vous me demanderiez certainement quelle est mon intention ! Ensuite, il arrive forcément un moment où l’auteur doit prendre ses propres responsabilités s’il veut vraiment être sincère. Et la sincérité ne ne veut pas dire chercher à plaire au plus grand nombre et encore moins demander des avis. Des conseils oui sans aucun doute, des avis non 🙂

    Voilà donc où j’en suis, entre 2 eaux, entre 2 tempêtes et je pense donc qu’il faut laisser encore du temps pour mûrir cette série. Peut-être qu’elle s’arrêtera là, et peut-être plus probablement, qu’elle fera partie d’un projet plus général. Mais comme on dit communément – et avec grande sagesse – laissons du temps au temps !

    Mais mis à part cela, laissez-moi vous donner un conseil (ça j’ai le droit 😉 ). Prenez votre temps lorsque vous revenez d’une séance photo car il se peut que les conditions de prise de vue aient influencé plus que raison votre jugement. Ne jetez pas non plus les photos que vous trouvez ratées, hormis bien entendu celle qui sont vraiment, vraiment ratées 😉 Laissez en pause l’émotion du moment et gardez vous du temps pour prendre du recul !

    Pour finir, je ne peux pas résister à vous montrer une vidéo pour que vous puissiez voir en mouvement ce sable voler incroyablement. Je vous le dit, c’était magique !

  • L’enthousiasme de la jeunesse !

    L’enthousiasme de la jeunesse !

    Ce n’est pas à vous que je vais raconter des histoires ! La jeunesse, ça se passe dans la tête et le coeur, peu importe si les jambes suivent ou non 😉 Et croyez-moi, nos invités du jour ont tous bu l’élixir de la jeunesse, sa fraîcheur, son enthousiasme et son charme ! Alors que fait-on pour féliciter une telle vitalité ? On la met en avant et on l’encourage !

    Laissez-moi donc vous présenter un par un ces photographes qui m’ont fait l’immense honneur de me faire confiance pour les accompagner au cours des « Ateliers créatifs » que j’anime !

    Nadia Abdelwahed

    Nadia est avant tout une photographe contemplative, et par dessus tout une amoureuse de la nature. Au coeur de son travail se situent les 4 éléments que sont l’eau, la terre, le feu et l’air. Ce sont eux qui lui ont donné la volonté de se lancer dans la photographie car ce qu’elle souhaite par dessus tout c’est partager ces éléments vitaux avec le plus grand nombre, transmettre leur énergie !

    Mais en avançant pas à pas, elle est en train de découvrir que son travail pourrait s’étendre à d’autres horizons. Pour cela, elle doit sortir de ce qu’elle appelle « sa zone de confort » et partir à la découverte d’autres lieux, d’autres sujets. Et bien sûr je l’encourage très fort car s’il y a quelque chose que je dois retenir de mon expérience de photographe, c’est que les chemins, si divers et même parfois divergents peuvent-ils paraître, finissent par se rejoindre, enrichis et approfondis par la somme des expériences.

    C’est un plaisir de participer aux ateliers créatifs proposés par Laurence. 
    Les thèmes proposés m’ont poussée à explorer des situations nouvelles, d’autres lieux que ceux que j’aime arpenter et ont été l’occasion de découvertes créatives. 

    Rencontrer les univers visuels des autres participants est aussi très stimulant. 
    Laurence nous guide avec exigence et bienveillance, avec un regard qui comprend l’intention de départ et cherche la meilleure expression artistique, en accord avec l’identité de chacun.
    Alors … un grand merci pour ces séances réjouissantes ! 
    Nadia Abdelwahed

    Vous pouvez retrouver l’univers de Nadia sur son site ici : https://mur-mures.com/. Mais mieux encore ! Nadia exposera ses photographies à Paris du 9 au 22 mai à la Galerie B&B, ne la manquez pas lors du vernissage !!

    Véronique Bizard

    Poésie … Voici le mot qui me vient à l’esprit lorsque je pense aux photographies de Véronique. En effet, pour chaque photo qu’elle choisit de nous présenter, il y a toujours un charme supplémentaire qui nous transporte dans un univers empreint d’onirisme. Bien que les photos ci-contre soient caractéristiques du monde de Véronique, elles ne représentent pas toute la palette de l’auteure, loin de là. ! C’est pour cela que je vous encourage à découvrir ses photos sur son compte Instagram ici : https://www.instagram.com/verobize_/

    En pièces jointes, les photos que je préfère ! minimalisme et abstraction sont les deux sujets qui m’ont le plus inspirée ! alors les voilà.
    Et puis te dire encore combien ces quelques séances ont été agréables ! ta patiente, écoute, critique bienveillante et surtout ton oeil, ton talent m’ont redonné un peu d’élan .. la découverte aussi des autres participants : quelle belle expérience ! quelle richesse ! merci pour ça. 
    Je n’ai pas toujours été à la hauteur, les exercices imposés me posent toujours des problèmes mais là, j’ai du me faire violence et ça m’a fait du bien aussi ! 
    Il ne me reste plus qu’à mettre en pratique tout ce que j’ai pu retenir grâce à toi ! 
    Je garde précieusement tout ça…
    Véronique Bizard

    Alors je vous le dit tout de suite, Véronique a toujours, je dis bien toujours, été à la hauteur ! Ce qui lui manque juste, c’est acquérir la confiance en son regard unique et peut-être mieux comprendre que les exercices que je demande dans le cadre de ces ateliers n’appellent pas une réponse unique, bien au contraire ! Ils sont au service de l’expression du photographe. Et je pense que les photos qu’a choisies Véronique en sont la preuve évidente !

    Patrick Diagou

    Patrick est indéniablement un artiste ! Malheureusement, comme beaucoup d’artistes, il n’a pas le temps de pratiquer son art car il faut bien manger et c’est son activité de photographe commercial qui apporte la soupe sur la table : https://www.connexionphotography.com/

    Et pourtant, bien au delà du travail lissé qu’il doit fournir à ses clients, dès lors qu’il explore sa voix intérieure, sa photographie revêt une profondeur, une authenticité, un courage qui me touche au plus haut point !

    Je suis tombé vraiment par hasard et presque désespéré sur le blog de Laurence étant à la recherche d’un workshop pour faire évoluer mon travail de purement commercial à un peu plus artistique et honnêtement je n’ai pas été déçu.  Chacun des exercices (challenges) était fait pour nous pousser un peu plus hors de notre zone de confort et je n’ai pas hésité à y aller à fond même si des fois j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Ça a été beaucoup de km marché, beaucoup de nuits à sillonner la ville mais au final, je suis super heureux parce que mon œil et surtout ma technique ont beaucoup évolué. Je remercie Laurence du fond du cœur pour cela. C’est une personne super généreuse dans ce qu’elle est et ce qu’elle donne et peut être que le prix du workshop devrait être un peu plus haut ;). Merci encore Laurence et je suis prêt pour une seconde aventure si il y en a.
    Patrick Diagou

    Je dois avouer que lorsque j’ai demandé à Patrick de sélectionner 4 photos issues du workshop et que j’ai vu celles qu’il m’avait envoyées, j’ai été un peu frustrée. Alors je l’ai un peu trahi et je n’ai conservé que les 2 photos en noir et blanc. L’histoire de ces 2 photos mériterait un article en soit mais sachez juste qu’elles ont été prises lors de déambulations nocturnes dans des endroits où traine la souffrance humaine. Et je me suis permis de vous sélectionner 2 autres photos, celles en couleur, qui sont des auto-portraits car je pense sincèrement qu’elles sont elles aussi le début d’un magnifique travail !

    Christine Giard

    Pour cause de déménagement, Christine n’a pas pu choisir les photos à exposer dans ces pages. Ce qui, sans ironie, l’a bien arrangée 😉 En effet, Christine est une photographe très productive, protéiforme et surtout très talentueuse, ce qui rend les sélections compliquées !

    En fait je suis contente qu’elle m’ait laissé choisir les photos car cela m’a permis de faire ressortir ce qui probablement la caractériserait le mieux : une photographie avec une forte tendance au conceptuel. Mais attention, pas n’importe lequel ! Pas le purement intellectuel, pas le torturé mais au contraire, le poétique, le doux, le tendre et même parfois le triste.

    j’ai suivi les ateliers créatifs de Laurence avec joie et passion. Passion entretenue par Laurence, un prof formidable qui va en douceur me pousser dans mes retranchements, qui avec sa gentillesse et son empathie si grande va me faire grandir. Son regard est bienveillant mais très affuté, elle voit ce qui peut améliorer la photo prise mais aussi va comprendre l’émotion et l’envie qui sont derrière. Ses critiques sont toujours positives et constructives. Les ateliers sont variés et intéressants. Ils boostent la créativité de chacun. J’ai hâte de me ré-inscrire au prochain, y en a t il un? car j’ai tellement appris et Laurence m’a donné confiance en moi. merci Laurence
    Christine Giard

    En fait, Christine a des mains en or ! Car elle est aussi relieuse d’art et restauratrice de dessins et avec trois fois rien elle nous crée un univers entier. Après, ce n’est pas étonnant que son talent se retrouve dans ses photos ! Je vous invite vivement à approfondir le monde de Christine, alors allez voir son compte Instagram !

    Aurore Priolet

    Il me reste à vous présenter Aurore, la bien nommée tellement elle est lumineuse !

    Là aussi j’ai dû choisir pour elle les photographies à présenter pour cause de cartons. Décidément les photographes ont la bougeotte !

    J’ai donc encore une fois sélectionné les photos, non pas qui représentent le mieux sont savoir-faire (qui est indéniable, d’ailleurs photographe c’est aussi son métier en plus d’être architecte !), mais surtout son savoir-être. Est-ce que vous distinguez bien sa capacité à toujours donner de l’espoir, à manipuler le réel afin qu’il soit gai et sensible, qu’il se déploie toujours vers plus de liberté ?

    Ayant déjà participé à un premier atelier photo avec Laurence, c’est sans hésitation que je me suis inscrite pour un second atelier. Chaque session nous amène à envisager de nouvelles approches photographiques et à rencontrer d’autres amoureux de la photographie du monde entier, en toute bienveillance.  Merci pour ton ouverture d’esprit et ton accueil ! A quand la prochaine aventure ? 😉
    Aurore Priolet

    J’ai envie de répondre à Aurore qu’étant donné qu’elle crée chaque jour une aventure, la prochaine, c’est pour tout à l’heure ! En attendant, allez voir son univers professionnel, et qui sait, si vous êtes à la recherche d’un photographe dans la région de Reims, dites-vous que vous l’avez trouvé ! Avec Aurore vos photos rayonneront !!!!

    https://app-photographie.fr/

    Voilà chers amis, vous comprenez maintenant la joie que j’ai à travailler à chaque fois avec de tels photographes ? C’est un bonheur qui se renouvelle constamment. C’est pour ça que je reste jeune au fond, c’est eux ma fontaine de jouvence 😉

    Je tenais vraiment à les remercier pour avoir accepté que je publie leurs photos ici et pour leurs si gentils témoignages. Ce que je retiens globalement selon eux, c’est que je suis super sympa mais quand même un peu chia…te sur les bords avec mes exigences et mes remarques. C’est vrai que je les pousse au challenge, mais en fait, qu’est-ce qu’on s’amuse !! Merci, merci, merci à eux !!!!

    Alors comme je le disais en début d’article, encourageons-les ! Et quoi de mieux que de leur laisser un mot dans la partie « commentaires » ci-dessous. Je suis sûre que vous leur ferez infiniment plaisir !


    Si vous êtes curieux de savoir ce qui se passe durant ces workshop, je vous invite à consulter la page dédiée. J’en ai prévu quelques uns à venir très prochainement, alors si ça vous tente, lancez-vous !

  • Genova, championne de ping-pong lumineux !

    Genova, championne de ping-pong lumineux !

    Je suis une amoureuse inconditionnelle de la vieille ville de Genova, cette ville du nord-ouest de l’Italie qui dévale littéralement dans la mer depuis les pentes abruptes des Monti Liguri. Mais qu’est-ce qu’elle m’en fait voir !

    Genova, c’est pas le genre « sois belle et tais-toi » …

    Non, Genova Centro n’est pas une pin-up, elle ne se maquille pas (ou alors bizarrement), elle refait ses façades mais sans logique ni stratégie, elle n’est pas une « fashion victim » et préfère au bling bling l’authenticité de ses classes populaires et de ses jeunes.

    Alors forcément, pour en tomber amoureux, déjà esthétiquement, il faut tout d’abord oser l’aborder et ne pas se laisser tromper par son côté fermé, rêche et sombre. Non, non, il faut la regarder avec des yeux tendres et se souvenir que c’est une très très vieille dame !

    Au premier abord, nombreux sont ceux qui se laissent berner. Oh, bien sûr, Genova offre des joyaux historiques et architecturaux, mais le problème c’est qu’il faut aller les chercher car ils sont souvent cachés dans le méandre des ruelles. Du coup, on se perd, le nord se retrouve au sud, on passe d’un caruggi honorablement fréquenté et au virage suivant c’est le monde des prostituées qui l’anime. Nous sommes face à un palais du 14ème siècle restauré dans toute sa splendeur avec ses plafonds peints en ogive et à son flanc a poussé une verrue des années 70 à la façade grise et terne.

    Pour comprendre Genova, il faut donc tout d’abord accepter de se perdre, à la fois physiquement et émotionnellement. Le beau côtoie le laid, et la seule perspective qui permette de voir loin est de lever les yeux et de s’éblouir des percées du soleil entre les immeubles, parfois si proches qu’ils semblent se toucher.

    Il faut aussi aimer être dans le peuple, celui des travailleurs, des précaires, des immigrés et des jeunes ! Oh bien sûr, il y bien une certaine gentrification, mais qui accepte de vivre dans un immeuble bien souvent sans ascenseur, sans lumière pour les appartements les plus bas, avec un vis à vis où l’on peut presque se toucher d’une fenêtre à l’autre ? Assurément, pas ceux qui sont attachés aux normes contemporaines de confort de vie.

    Et puis il faut être en forme physiquement ! Les ruelles ne sont pas accessibles aux véhicules à moteur (hormis les bennes à ordures et les ambulances qui sont d’ailleurs taillées à l’échelle des lieux, c’est à dire très très réduites !), parfois elles sont en pente très raide au point qu’elles se résument à des centaines de marches d’escaliers !

    Un vrai défi pour les photographes

    Ca fait maintenant presque de 17 ans que j’ai fait connaissance avec cette ville. Elle a connu mes débuts en photographie et d’emblée elle m’a mise au défi. Comment faire pour la photographier sans la caricaturer, en lui rendant son âme déglinguée tout en exprimant ce qu’elle m’évoque ?

    Aujourd’hui encore, alors qu’elle m’a permis de faire mes armes, elle continue de me défier !

    Comment sortir des ces compositions étroites imposées par les ruelles ? Je n’ai pas encore trouvé la solution, ou disons pas tout à fait … C’est drôle d’ailleurs car je me suis rendue compte qu’en Chine mes cadrages sont principalement horizontaux alors qu’ici ils sont verticaux. Je me disais même que ma période « cadrage vertical » devait être terminée ! Mais en fait non 😉 Je suis tout simplement influencée par l’esprit du lieu. Etendue et horizontalité d’un côté, étroitesse et verticalité de l’autre …

    Alors bien sûr, je ne suis pas en train de dire que nous sommes condamnés au cadrage vertical à Genova, mais il est vrai que en ce qui concerne les ruelles c’est vraiment difficile d’en sortir (la preuve, toutes les premières photos de cet article sont verticales !)

    En fait, ce que j’ai compris, c’est que en ce qui concerne le cadrage, il ne s’agit pas seulement de la répartition des éléments concrets et notamment de l’emplacement du point fort, mais aussi de la question de la répartition de la lumière ! Comment n’y avais-je jamais pensé avant ?

    Ces 2 photos sont un exemple parfait de l’autre immense défi photographique que nous lance Genova : la gestion de la lumière.

    Du fait de la hauteur des immeubles qui comptent souvent 6 à 8 étages avec en plus des hauteurs de plafond vertigineuses et de l’étroitesse des rues, Genova est une ville sombre. En soit ce n’est pas un problème insoluble surtout avec les appareils d’aujourd’hui qui permettent de bien augmenter les iso sans se soucier de la qualité. Mais c’est quand il fait beau (et c’est quand même souvent le cas) que ça pose un sérieux problème ! Car il s’agit d’un soleil du sud et d’un ciel du sud donc … ultra lumineux !

    Donc, à moins de se lancer dans le bracketing d’images et de passer de longues heures ensuite à les assembler en post production pour obtenir un effet HDR d’un goût souvent douteux, il faut se lancer dans un choix drastique : exposer pour les hautes lumières ou pour les basses lumières.

    Mais le choix se révèle souvent cornélien à Genova, c’est pourquoi cette ville est si difficile à photographier ! Combien de fois suis-je rentrée frustrée en ayant le sentiment que je suis restée à la surface de ce qu’elle m’offre.

    HDR : High Dynamic Range ou en français Plage Dynamique Elevée. Ca signifie que l’on va essayer autant, que possible, de reproduire l’étendue de la vision naturelle lorsque nous sommes en situation de fort contraste. Le but est d’éviter d’avoir des noirs qui sont gris ou des blancs cramés. Personnellement, à de rares exceptions près, je n’aime pas du tout le résultat de cette technique car, paradoxalement, elle conduit à une photo qui manque précisément de naturel !

    La partie de ping-pong

    Ainsi, lors de ma dernière sortie, j’ai accepté de jouer une partie de ping-pong lumineuse avec elle 😉 Et je dois dire que je me suis bien amusée ! Mon idée a consisté à aller chercher chaque élément de lumière, le moindre rayon de soleil, qu’il soit direct ou indirect, jusqu’aux réflexions de lumière sur les façades ou dans les vitres. Bref, observer les rebonds de lumière et tenter de les contrôler dans mon cadre. Ca a été une belle partie et assurément je retenterai l’expérience !

    Alors ? Est-ce que ça vous donne envie de tenter de percer la carapace de Genova ? Je pensais profiter de ma longue présence en Europe pour organiser un workshop photo sur le défi Genovese. Ca vous tenterait ? Ca pourrait se faire sur 2 jours, pendant un week-end courant mars, par exemple celui du 19 et 20 mars 🙂

    Si ce projet vous intéresse, vous pouvez me contacter par mail, me laisser un commentaire ci-dessous ou bien vous rendre directement à la page de réservation ici : http://www.photofolle.net/formations/genova/?occurrence=2022-03-19

    J’adorerais partager avec vous l’expérience Genovese !!!

  • Nel buio

    Nel buio

    Le 19 novembre 2021, je m’envolais vers l’Europe pour retrouver mes pioupious (qui sont grands je le concède mais je m’en fiche, je les appelle quand même mes pioupious !) et je comptais bien profiter des 2 mois pour voir aussi ma famille et mes amis !

    Entre temps, cette fichue épidémie qui n’en finit pas a fait le rebond que l’on sait et me voilà européenne jusque fin mai !! Eh oui, le 29 mai pour être précise. Enfin … si tout va bien …

    En effet, la Chine applique des règles draconiennes et je savais dès le départ que j’avais un risque de ne pas pouvoir revenir chez moi comme prévu. Mais pas à ce point quand même ! Car non seulement avant de pouvoir monter dans l’avion il faut montrer patte blanche en effectuant 2 tests (PCR et sanguin) dans des laboratoires agréés par l’Ambassade de Chine, les envoyer à cette dernière avec toute une série de documents afin qu’elle nous donne une autorisation d’embarquer, mais en plus à l’arrivée ce sont 4 semaines de quarantaine en hôtel qui nous attendent (la durée de quarantaine dépend des provinces, chez moi c’est 4 semaines, à Shanghai c’est 3 semaines). Et comme si ça ne suffisait pas, la Chine applique une politique de sanctions pour les compagnies aériennes qui auraient transporté des cas de Covid et qui sont découverts pendant la quarantaine. Et c’est pour cette dernière raison que je me retrouve bloquée ici … Ma compagnie, la China Eastern Airlines, a « importé » début janvier 9 cas puis dans le vol suivant, 15 cas. Résultat, 6 semaines de suspension de vol ! Et au final, un retard de 4 mois pour les ré-attributions de sièges.

    Faire contre mauvaise fortune bon coeur !

    Oh certes, j’aurais pu repartir plus tôt, mais ça aurait été à condition de voyager en première classe et au tarif idoine, c’est à dire en rajoutant 8000 euros aux 2700 que j’ai déjà payés pour un aller simple !! Et encore, à condition qu’il n’y ait pas de nouveaux cas juste avant mon vol. Donc mes chers amis, j’ai considéré plus sage pour ma bourse de rester parmi vous en Europe pendant ces quelques mois 😉 C’est pour mon amoureux que c’est plus tristouille car il va rester seul à Nanjing pendant beaucoup plus longtemps que prévu 🙁

    Mais comme on dit, faisons contre mauvaise fortune bon coeur ! Ainsi, je vais pouvoir être enfin une mère normale qui ne vit pas à 10 000 km de ses enfants et qui peut les envahir sans les problèmes du décalage horaire 😉 Je vais aussi pouvoir profiter de la dolce vita italienne car ceux qui me connaissent savent que mon pied à terre européen est en Italie. Bon, certes il faut que je déprogramme de nombreux cours photo en Chine, mais je vais peut-être pouvoir en organiser ici, en présence ou on line, et surtout durant la semaine !

    Alors tout ce que je vous ai raconté précédemment, quelle relation cela a-t-il avec le titre de cet article vous demanderez-vous ? Pour ceux qui ne savent pas « buio » signifie « obscurité » 😉 Et bien à la fois tout et rien à vrai dire 😉 Tout, parce qu’étant soumise aux aléas de cette fichue pandémie, je me retrouve à essayer d’organiser ma vie avec d’immense zones d’ombre et il fallait bien, surtout pour les habitués du blog, expliquer pourquoi les photos que je vous montrerai dorénavant se situeront en Europe ! D’autant plus que toute ma photothèque est bien évidemment restée à Nanjing et donc … tant pis pour les articles que j’avais prévus de publier sur la Chine. Ils attendront l’été prochain 😉

    Et puis il fallait que je vide mon sac en quelque sorte et maintenant que c’est fait, passons à autre chose !

    Chasseuse d’ombre

    Ainsi, je me retrouvais à déambuler dans les rues de Genova en cherchant des solutions à ma situation lorsque je suis passée à côté du théâtre Carlo Felice, un bâtiment moderne imposant en centre ville. La lumière qui y règne quand le temps est ensoleillé y est toujours fascinante en fin d’après-midi et surtout en hiver. En effet, grâce au soleil rasant qui passe entre les colonnes de l’entrée, on a par contraste des ombres très marquées et profondes. Ce hall est également très peu éclairé et les lustres ronds permettent en termes de composition de remplir ces espaces noirs et vides avec toute une série de points lumineux qui donnent du rythme. Bref, c’est une très jolie aire de jeu pour les photographes qui aiment le graphisme et surtout … qui n’ont pas peur du noir !

    La seule contrainte technique à mon avis pour profiter pleinement du contraste entre l’ombre et la lumière c’est de sous exposer drastiquement à la prise de vue et surtout de mesurer sa lumière spécifiquement sur les zones les plus claires. Personnellement, je mets mon appareil photo sur le mode « mesure spot », je mesure une zone très claire de la scène, je mémorise l’exposition puis je fais ma composition et mon cadrage.

    Bien sûr, à la prise de vue la photo parait très sombre mais une fois les hautes lumières bien rehaussées en post production on obtient des photos à mon avis très sympas 🙂

    Ainsi, j’aime vraiment bien la photo ci-dessus. Bien sûr les points forts sont les 3 personnages et surtout celui en premier plan. Bon, il est vrai qu’idéalement j’aurais bien aimé que les 2 petits personnages avancent vers nous de manière à ce qu’il y ait un visage face à nous, mais même tous de dos ça fonctionne bien. Je pense que c’est dû à l’ombre du plus grand personnage qui vient parfaitement s’encadrer dans le trou de lumière et qui elle semble nous faire face. Le fait également que ses mains, ainsi que celles du petit personnage, soient parfaitement lisibles remplacent en quelque sorte la force du visage absent (souvenez-vous, juste après le regard dans un visage, ce sont les mains qui jouent un rôle majeur dans une photo). Puis ensuite viennent les ronds des lustres qui remplissent bien tous les espaces vides et noirs et qui permettent que tous les éléments lumineux soient bien équilibrés.

    Je suis peut-être un peu plus dubitative sur les 2 photos ci-contre. Laquelle choisir ?

    Je préfère la première bien qu’elle n’ai finalement qu’un seul point fort ce qui la rend en soi un peu moins intéressante. Mais c’est justement cette plus grande simplicité que j’aime bien, sans compter la silhouette des 2 personnages que je trouve plus originale. La seconde est pas mal mais les personnages du fond ne sont pas assez distinctifs. Sans l’ombre du petit personnage de droite, ça aurait tout changé ! Bref, malgré sa grande simplicité, un personnage principal plus lisible avec ses jambes bien écartées, le peu d’éléments qui la composent sont un peu cafouilleux.

    Rappelons-nous que le minimalisme doit être vraiment « propre » et que ce genre de photo ne supporte pas le moindre fouillis 😉

    La photo ci-dessous est sympathique et je l’ai sélectionnée pour vous la montrer à cause de cette superbe ombre projetée d’un personnage que j’aime vraiment beaucoup. Mais je trouve qu’elle pêche dans son ensemble par la composition que je ne trouve pas optimale du tout. En fait, j’aurais dû me déplacer vers la gauche au moment de la prise de vue de manière à la rééquilibrer. Le problème est qu’ici, même si l’ombre est très chouette, elle n’est pas LE point fort. Le point fort, ce sont les personnages sur l’extrême droite et malheureusement ils sont mal placés, trop au centre horizontal et trop sur le bord. Peut être que s’il y avait eu lampadaire lumineux à l’intérieur du carré noir sur la gauche ça aurait rééquilbré le tout. Mais ce n’est pas le cas …

    Venons-en maintenant aux 2 photos suivantes. A l’instar des photos précédentes, les compositions sont en diagonale. Par ailleurs, on peut dire que ces 2 photos se ressemblent vraiment beaucoup la différence entre elle étant quasiment nulle 😉 Sur celle du haut, le personnage est de dos tandis que sur celle d’en bas il est de face.

    A priori on peut penser que c’est donc celle du bas qui est la plus forte. Ce que je pense ! Mais j’aime quand même malgré tout beaucoup que le personnage de la photo du haut soit quasiment chauve, et du coup sa tête rappelle les ronds des lustres.

    Pour moi, c’est typiquement le cas de photos impossibles à départager en soit car ce qui va décider de leur sort (rester ad vitam aeternam dans les archives ou être montrée) c’est le message que veut faire passer le photographe. La première va mettre en avant plus de mystère car on a à faire un personnage de dos, la seconde va être peut-être plus classique.

    Le seul regret que j’ai sur ces 2 photos, c’est que l’ombre des personnages ne soit pas parfaitement encadrée dans les rectangles de lumière. Quel dommage !

    Enfin, pour finir cette petit série d’analyse photo, laissez-moi vous présenter 2 dernières photos. Cette fois-ci, je les ai prises à l’extérieur du hall alors qu’il y avait un dernier rayon de soleil qui arrivait. Je dois dire que j’ai eu très peu de temps et en 3 minutes c’était plié, il n’y avait plus de soleil à hauteur d’homme 😉 C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison que je trouve que l’ambiance de ces photos est vraiment particulière et totalement différente des photos précédentes. Je dirais que dans les photos ci-dessus, c’est la lumière qui perce littéralement le noir, qui l’entaille, alors que dans les photos ci-dessous c’est l’ombre et l’obscurité qui viennent manger la lumière, l’absorber.

    Comme quoi, on n’en finira jamais de constater à quel point la lumière est notre matière première la plus précieuse ! Parce que techniquement, j’avais exactement les mêmes réglages que depuis le début. Je ne me lasserai jamais de dire et répéter que la technique est une chose, facile à gérer, mais que la perception de la lumière, de ses caractéristiques est ce qui va vraiment nous faire la photo 🙂

    Voilà chers amis, à l’instar de cet article je ne peux que vous encourager à faire des analyses de vos photos. Hormis les aspects techniques, parfois les choix qui en découleront dépendront d’éléments factuels comme une plus ou moins bonne composition ou cadrage, un point fort plus fort ou plus faible, un regard, une main, un élément intéressant, … Mais ils dépendront aussi du contexte dans lequel vous voulez montrer cette photo, en tant qu’élément unique ou bien dans une série.

    Bref, l’art n’est pas une science exacte, ce n’est d’ailleurs même pas une science. Alors bon courage mes amis !!

  • Comme un air d’Edward Hopper

    Comme un air d’Edward Hopper

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    Parfois je trouve que j’ai trop de chance 😉

    Je me trouvais à Yantai, une « petite » ville de 6 millions d’habitants de la province du Shandong, située à environ 800 km au nord de Nanjing (en face de la Corée). Je sais que vous allez sourire avec ce qualificatif de « petite ville », mais à l’échelle de la Chine, c’est en effet une ville de 3ème catégorie comme pourrait l’être Saint Nazaire 😉 J’ai eu l’opportunité d’y partir pour un week-end et j’étais curieuse de la découvrir car de ce que j’en savais, son port est l’un des plus importants de la région.

    Depuis le temps que je vadrouille en Chine, j’ai pourtant l’habitude de l’immensité du pays et je sais que les distances sont, disons, compliquées et surtout sportives pour les gérer à pied. Mais une fois de plus je me suis laissée surprendre et je me suis retrouvée dans ce nouveau quartier situé dans une baie, et dont la plage était aménagée sur ce que j’ai estimé une vingtaine de kilomètres ! Les photos prises ici l’ont été sur exactement 7,8 km, c’est le compteur de pas de mon téléphone qui me l’a dit ! Et de port, nenni car il était de l’autre côté de la baie. C’est malin 😉

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    Je vous disais donc que j’avais eu trop de chance, car même si je n’étais pas du tout dans la zone du port, tous les éléments qu’un photographe peut adorer se sont mis en place à ce moment là … Ce n’est pas tant pour la plage en elle-même que j’ai été séduite, mais surtout par l’ambiance qui régnait à cet endroit. Certes, c’est une belle plage, pas très large (même à marée basse), mais avec du sable doré et une eau limpide, à laquelle d’ailleurs je n’aurais pas résisté s’il avait fait plus chaud.

    Non, ce qui m’a fasciné, c’est le calme sidérant qui régnait. Pas un brin de vent, une mer d’huile comme rarement on en voit, et la brume matinale qui faisait disparaître l’horizon laissait une impression d’espace infini car il était impossible de distinguer la mer du ciel. Ponctué de quelques promeneurs et parfois de pêcheurs, le paysage m’a fait penser aux toiles de Edward Hopper.

    S’il n’y avait eu que la nature, je me serais trompée car Hopper est plutôt connu pour ses scènes urbaines. Mais il y avait l’aménagement de cette plage et celle-ci était bordée tout du long par une piste piétonne, énorme, au pavement rouge et orange. Alliée au bleu du ciel et de la mer, je me suis retrouvée plongée dans les couleurs fétiches de Hopper.

    Et puis la lumière !! Un soleil radieux mais encore rasant au moment de ma sortie et qui créait des ombres magnifiques découpant cet espace immense. C’est sûr, le peintre aurait été inspiré !

    Je vous présente donc cette petite série d’images, juste pour partager le plaisir que j’ai eu à les créer. Je vous conseille de cliquer sur les photos de manière à les ouvrir individuellement en grand. C’est qu’elles ont besoin d’espace pour s’exprimer 😉

    Je les ai toutes numérotées pour faciliter la référence à vos remarques ! J’aimerais beaucoup savoir ce qu’elles vous inspirent, dans quel monde elles vous plongent, les sentiments qu’elles éveillent en vous !

    Petit bonus vidéo 🙂 Comme très très très souvent en Chine, les gens adorent chanter dehors. Et quitte à être dehors, autant attirer le public avec des hauts parleurs ! Ainsi, pendant que les 2 copines se prenaient en photo avec un voile s’étirant au vent, la 3ème y allait avec ses canards pour les encourager. Elles se sont relayées à tour de rôle, histoire de ne pas faire de jalouses 🙂 🙂

  • Tout près du toit du monde

    Tout près du toit du monde

    En mai dernier, pour un reportage* je découvrais le Yunnan, une région que je n’avais pas encore explorée et qui pourtant me tendait les bras depuis un sacré bout de temps ! Située dans le sud-ouest de la Chine, cette province borde le Myanmar, le Laos, le Vietnam au sud et les contreforts de l’Himalaya au nord. Connue pour abriter le plus grand nombre d’ethnies (25 sur 55 !) ainsi que la plus grande diversité botanique, c’est dans sa capitale, Kunming, qu’a lieu actuellement la COP 15 Biodiversité. Vous en avez aussi probablement entendu parler aussi car cette province a été le théâtre d’une migration d’éléphants inattendue et inexpliquée de plusieurs mois, mettant en émoi toute la Chine.

    Le Yunnan est principalement montagneux avec plusieurs sommets à plus de 6000 mètres, dont le mont Meili, montagne sacrée pour les Tibétains et que d’ailleurs les alpinistes à ce jour n’ont toujours pas réussi à gravir. Cette région est aussi l’une des plus pauvres de Chine et vit essentiellement de l’agriculture, bien que le tourisme fasse son essor dans certains endroits. Même si les montagnes sont très hautes, le Yunnan jouit d’un climat très agréable tout au long de l’année et jusqu’à 3000 mètres il est rare qu’il neige. Il faut dire que cette province est située très au sud et une bonne partie de son territoire a un climat tropical. Située au centre du Yunnan, Kunming est d’ailleurs appelée « la ville du printemps éternel ».

    *Mon reportage avait pour sujet l’ancien ambassadeur de Belgique qui a décidé de s’installer dans le Yunnan pour y implanter une ferme de permaculture et en faire un centre international de permaculture. Ca a donné lieu à une publication dans le magazine belge « Le Vif » et prochainement en France dans le magazine « We Demain ». Vous pouvez le voir ici.

    Une région de cultures en terrasses

    Aujourd’hui, je vous emmène donc au Nord du Yunnan, sur des pentes la plupart du temps très abruptes. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que ça n’empêche pas l’agriculture et ici, depuis des millénaires, les paysans ont sculpté les montagnes pour en faire des terrasses et ils continuent d’exploiter ces terres. Dans ces conditions, l’agriculture est extrêmement peu mécanisée et c’est toujours à la sueur de leur front et à la force de leurs bras – et de leurs jambes ! – que les agriculteurs font pousser du blé, du maïs, des pommes de terre, du colza, de la vigne,…

    Pour moi européenne, cet effort manuel est fascinant et pousse mon admiration. Née avec les tracteurs, les moissonneuses batteuses, les machines à vendanger, et que sais-je encore, je suis habituée à voir ces engins énormes dans les campagnes. La plupart du temps en Chine, hormis dans les grandes plaines du nord avec une agriculture intensive, les seules machines que l’ont voit sont au maximum des petits motoculteurs et bien sûr les bêtes de somme. Dans le Yunnan ce sont surtout des mules, alors que dans d’autres provinces moins escarpées ce sont des buffles.

    Pourtant en France, nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas de montagnes ! Et en ce qui concerne les terrasses, hormis quelques très rares exceptions, il me semble que nous avons totalement abandonné ce mode de culture. Nous en avons plutôt fait des musées à ciel ouvert comme par exemple le « Conservatoire des terrasses » dans le Lubéron. Bien sûr ce mode ce culture est éreintant, peu propice au rendement optimum et demande plus de main d’oeuvre. Il oblige à exploiter de toutes petites parcelles, il faut constamment entretenir ces terrasses, c’est très dur physiquement (c’est qu’il faut y aller 5oo mètres plus bas et remonter la récolte !) mais on y gagne très certainement en diversité de cultures, en adaptation aux différentes qualités de terrain à toute petite échelle, ce qui aujourd’hui avec les problématiques du changement climatique et de la disparition de la biodiversité, fait de ce mode de culture une chance pour l’avenir. Ce qui nous semble à nous européens aujourd’hui une agriculture dépassée et d’un autre âge est peut-être finalement celle du futur ?

    Spiritualité omniprésente

    Le saviez-vous ?

    Il y a 5 montagnes sacrées en Chine réparties sur tout le pays et correspondant aux 5 points cardinaux chinois. Oui, vous avez bien lu, 5 points 🙂 Le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest et … le Centre.

    Diagrammes des 5 montagnes sacrées du taoïsme

    Les montagne ont toujours été en Chine des lieux privilégiés d’activité religieuse. Partout où vous allez, vous trouvez des temples bouddhistes et taoïstes, parfois dans des endroits les plus improbables et bien sûr en montagne c’est encore plus vrai ! Leurs accès sont compliqués et difficiles et on sent bien que c’est fait exprès pour faire travailler le mental du croyant 😉

    Ces temples sont quasiment toujours habités, soit par des moines, soit par des « civils » qui en ont la garde. Accompagnée d’amis chinois, il m’est arrivé une fois d’aller dans un de ceux-là. Après 3 heures de marche sur un sentier quasiment invisible et qui montait vraiment raide, nous sommes arrivés dans un temple taoïste gardé par un groupe de femmes laïques. C’est difficile de décrire mon impression tant j’ai eu le sentiment d’avoir fait un saut dans le passé et me retrouver à une époque médiévale ! Ces femmes vivaient en totale autarcie, dans un environnement très hostile, avec pour eau courante celle du ruisseau, un potager en guise de garde-manger et le temple lui même pour chambre à coucher. Et si vous connaissez un peu le statuaire du taoïsme, vous avez de quoi avoir des frissons avec ces gardes célestes au regard furibond ! Vous connaissez le film « Au nom de la rose » ? Et bien transposez son ambiance chez les taoïstes et vous aurez l’ambiance de ce lieu 😉

    Bref, tout ceci pour vous dire que nous quittons désormais les zones cultivables c’est à dire jusqu’à environ 3000 mètres, pour nous élancer vers les sommets beaucoup plus arides et encore plus escarpés !

    Les photos que je vous présente ici ne font partie des 5 montagnes sacrées, mais comme je vous le disais précédemment, ça n’empêche pas qu’elles jouent un rôle dans la spiritualité locale.

    Ainsi, dans la photo ci-dessus on peut apercevoir un temple. Lorsque j’y étais, son accès était limité et je dois avouer ne pas avoir eu le courage, de toutes les façons, pour y monter. C’est le genre de parcours où il faut prévoir une-demi journée, beaucoup d’eau (car il fait très chaud !) et de bons poumons. Juste pour vous donner une idée, le sommet juste derrière est à 4400 mètres …

    Nous avons préféré contourner ce pic et découvrir les autres flancs de la montagne. C’était beau, majestueux même !

    Ne trouvez-vous pas que ces photos suggèrent des peintures à l’encre de chine traditionnelles ? Plus je découvre l’art traditionnel chinois, plus je sens la proximité avec la nature dont il s’inspire !

    En redescendant sous des latitudes plus hospitalières, nous avons découvert une carrière. La lumière était juste magnifique !

    Enfin, en guise de conclusion de cet article, laissez-moi vous montrer quelques portraits de personnages rencontrés en route.

    Ils vous souhaitent tous bien le bonjour !

  • Publication dans « Le vif »

    Publication dans « Le vif »

    Je suis heureuse que mon reportage sur Patrick NIJS, l’ancien ambassadeur de Belgique désormais installé définitivement en Chine et exploitant une ferme de permaculture, a été publié dans les page du magazine Le Vif.

  • Couleur vs N&B (II)

    Couleur vs N&B (II)

    Après avoir vu pourquoi le choix de la couleur ou du noir et blanc n’était pas juste une question esthétique, je propose qu’on se penche sur la question du COMMENT voir en noir et blanc et par conséquent, comment composer !

    Mais pour parler de noir et blanc, il faut d’abord comprendre … la couleur.

    En effet, naturellement nous voyons en couleurs et nos appareils photo numériques aussi ! En effet, mis à part Leica qui propose de capteurs dédiés au noir et blanc, tous les autres sont nativement fabriqués pour capter la couleur. Il faut donc qu’on arrive à interpréter ces couleurs, à extrapoler le monde en noir et blanc. Techniquement et du point de vue de la perception, voici comment ça se passe.

    Pour aller au plus simple, nous allons prendre le système de gestion de la couleur en informatique. Ce modèle est connu sous le nom de TSL pour Teinte, Saturation et Luminosité (ou HSL en anglais, Hue, Saturation, Luminosity).

    La teinte est la forme pure de la couleur par opposition au noir, au blanc ou au gris : le rouge, le jaune, le vert, …. Il y a 6 grandes familles de teinte : le Jaune, le Rouge, le Magenta, le Bleu, le Cyan et le vert. À l’intérieur de chaque famille, il y a un pourcentage plus ou moins important de la valeur pure.

    La saturation est l’intensité de la couleur par opposition au gris. Par exemple, on peut avoir un bleu très saturé ou bien un bleu qui contient plus de gris.

    En haut les couleurs les plus saturées, en bas, les moins saturées.

    La luminosité est la brillance de la couleur par opposition au noir et au blanc. On pourra avoir par exemple un vert clair ou un vert foncé.

    En haut les couleurs les plus claires et en bas les plus sombres.

    Maintenant, voyons ce qui se passe avec la teinte, la saturation et la luminosité lorsque nous convertissons les couleurs en niveaux de gris. Vous allez être surpris 🙂

    La teinte

    L’image ci-dessous est composée de 3 teintes de base (Rouge, Bleu et Vert). J’ai placé leur luminosité et leur saturation à l’identique (100 en saturation et 50 en luminosité) Le résultat une fois convertie en noir et blanc est qu’on a 3 carrés d’un gris quasiment identique. La teinte ne joue donc aucun rôle dans la conversion en Noir et blanc !

    La saturation

    Prenons maintenant la couleur bleue. J’aurais pu utiliser le rouge ou le vert pour cette démonstration. J’ai attribué au carré de gauche ces valeurs : 240 pour la teinte, 100 pour la saturation et 43 pour la luminosité. Dans le carré de droite, j’ai juste changé la saturation et l’ai placée sur 50.

    Alors que nous percevons très clairement une différence entre les bleus, vous pouvez constater qu’en noir et blanc il n’en est rien ! Les 2 carrés gris sont très proches l’un de l’autre. Ainsi, comme pour la teinte, la saturation ne joue aucun rôle lors de la conversion en NB !

    À gauche, valeurs TSL : 240, 100, 50. À droite, 240, 50, 50
    Mêmes valeurs converties en noir et blanc

    La luminosité

    Enfin, je vais maintenant baisser la luminosité du carré de gauche (j’ai remis sa saturation sur 100%).

    À gauche, valeurs TSL : 240, 100, 50. À droite, 240, 100, 25
    Mêmes valeurs converties en noir et blanc

    Enfin il se passe vraiment quelque chose ! Les 2 carrés ont très clairement des gris différents ! C’est donc la luminosité des couleurs qui joue un rôle majeur lors de la conversion en NB.

    En conclusion, ce ne sont ni la teinte ni la saturation qui comptent pour une conversion en noir et blanc, mais c’est la luminosité ! Il est donc absolument essentiel d’avoir cela en tête au moment de la prise de vue.

    Comprendre le contraste

    Si vous avez bien suivi, tout est donc question de contraste. Pour la couleur, on va plutôt se concentrer sur le contraste de teinte (et sur la saturation et la luminosité mais dans une moindre mesure) alors que pour le noir et blanc on va se baser exclusivement sur le contraste de luminosité.

    Qui dit contraste dit lumière ! Attention ici car parler de lumière est un peu différent que de parler de la luminosité. En effet, une photo avec peu de lumière peut être contrastée ou non, ou bien au contraire, une photo avec beaucoup de lumière peut être très faiblement contrastée !

    Donc si vous me suivez toujours bien, vous comprenez qu’il y a 2 types de contrastes : celui des couleurs et celui de la luminosité. Ceci nous amène à nous intéresser de près à la qualité de la lumière !

    Nous savons tous en tant que photographes que la lumière ambiante d’une scène est primordiale. Par exemple, essayer de photographier un paysage en plein midi alors que le soleil est au zénith relève de la gageure si on souhaite réaliser une photo en couleurs. En effet, l’excès de lumière amoindrit les couleurs, les écrase en quelque sorte et à moins de trouver des ombres (grâce aux nuages par exemple) qui vont permettre de redonner du contraste, il y a de grandes chances pour que notre photo soit assez plate. À l’inverse, si on pense et si on voit en noir et blanc, le soleil de midi est une tout autre affaire et il se peut au contraire qu’il soit une aubaine.

    La photo ci-dessous est un exemple typique. Je l’ai prise à 11h du matin en mai, donc autant dire que le soleil était quasiment au zénith. Pourtant c’est une région qui ne manque pas de contraste avec sa terre très rouge et sa végétation verte luxuriante . Mais sous ce soleil, les couleurs étaient écrasées de lumière. Il y avait une route en ciment blanc mais qui passait relativement inaperçue en couleurs. Par contre, en noir et blanc, une vraie chance ! Je savais que le rouge, le vert et le bleu du ciel se confondraient quasiment en NB, mais il me resterait ce zigzag saisissant qui à lui seul me ferait ma photo 😉

    Bien souvent, on dit que la « qualité » de la lumière est moins importante en Noir et blanc qu’en couleur. C’est probablement pour la raison évoquée ci-dessus mais aussi parce qu’en N&B on n’est pas dépendant de la température de la lumière, que la latitude tout au long de la journée est beaucoup plus ample, sans parler de l’avantage de la montée en ISO qui permet de « gommer » le bruit numérique rouge-vert-bleu.

    Rendre l’absence de couleurs invisible.

    Mais … car bien sûr il y a un mais… Il faut quand même que la lumière ait une certaine « qualité » de manière à ce que l’absence de couleurs ne soit pas visible. C’est en effet important d’avoir en tête que le noir et blanc est tout sauf naturel pour l’humain et il faut donc que l’absence de couleur devienne un atout et non un obstacle ! Il est vrai, comme nous l’avions vu dans le premier article, que la photo s’est historiquement « construite » en noir et blanc et que par conséquent nous avons largement assimilé sa grammaire. Mais ceci n’empêche pas que si le noir et blanc n’est pas pensé et que la photo n’est pas construite en tenant compte de l’absence de couleurs, il y a toutes les chances pour que notre photo soit « insatisfaisante ».

    En noir et blanc, il faut donc avoir un oeil particulièrement attentif à la différence de luminosité et aux lignes et aux formes.

    Au contraire, dans la photo ci-dessous la couleur manque cruellement ! Lors de la conversion en NB j’ai un peu éclairé les visages des 2 personnages de droite mais ça ne suffit pas pour leur laisser la place qu’ils méritent d’occuper. Le problème vient du mur très clair qui sépare ces personnages de la photo de mariés. En noir et blanc ce mur happe littéralement l’attention et crée une délimitation trop importante pour qu’on fasse spontanément le rapprochement entre les 2 zones. Cette photo doit définitivement rester en couleurs !

    Et la composition alors …

    Voir en noir et blanc à la prise de vue demande beaucoup d’entraînement car on se laisse très facilement tromper par nos sens. Comme je le disais plus haut, nous voyons naturellement en couleurs et spontanément nous sommes attirés par elles !

    La photo ci-contre en est un exemple typique. On sait maintenant que ce ne sont ni la teinte ni la saturation qui ont une importance pour le NB mais la luminosité de la couleur. J’aurais juré au moment de la prise de vue que la luminosité du rouge était largement plus élevée que le vert/gris du fond. Et bien il n’en est rien, preuve en est. Mais je pense que j’ai été trompée par le rouge très lumineux qui se détachait sur le ciel en oubliant la partie plus sombre. En soit ce n’est pas grave car je prévoyais cette photo en couleurs mais si je la voulais en noir et blanc ça aurait été foutu 😉 Il aurait fallu que je change radicalement de composition en plaçant les lampions sur l’arrière plan le plus clair, c’est à dire sur le ciel.

    Prenons un autre exemple avec la photo ci-contre. Cette photo n’a absolument rien d’exceptionnel mais je trouve qu’elle illustre parfaitement la problématique de la composition en couleurs ou en NB.

    En couleurs donc, la scène n’a pas grand intérêt mais la composition est malgré tout correcte avec le point fort au tiers. C’est surtout la couleur rouge de la veste et de la serviette qui attire notre attention. Les arbres ne sont pas coupés n’importe comment et il y a ce petit trait de ciel bleu vif qui apporte de la fraîcheur et on retrouve du bleu atténué dans l’eau. Bref, c’est une photo banale mais à l’équilibre agréable.

    J’ai donc converti cette photo en Noir et blanc et là, la photo est encore plus banale, pour ne pas dire définitivement sans intérêt ! Le rouge a évidemment complètement disparu, le ciel très lumineux est encore là mais son reflet dans l’eau étant beaucoup moins lumineux, il prend le même gris que le vert des arbres et de l’herbe.

    Ainsi, si j’avais voulu saisir la scène en noir et blanc, j’aurais dû réaliser une composition complètement différente ! Je pense qu’ici, j’aurais dû couper le ciel et faire honneur au reflet des arbres dans l’eau. Mes personnages se seraient donc retrouvés au tiers supérieur.

    Vous voyez donc à quel point il est important d’anticiper une version noir et blanc ? Parce que là, ma photo est irrattrapable, même en effectuant un crop drastique il me manquerait toujours le reflet des arbres et on perdrait l’intérêt du paysage.

    Aussi, le meilleur moyen pour éviter les « déchets » (et par la même occasion exercer son oeil !) c’est de passer votre appareil photo en Noir et Blanc au moment de la prise de vue. L’idéal est de choisir le format Raw ou NEF (Nikon), RAF (Fuji), CR2 (Canon), …. En effet, si vous photographiez en noir et blanc avec ce format, vous aurez votre aperçu au moment de la prise de vue en NB mais l’original en couleur est conservé ! Ainsi, au moment de l’importation sur votre logiciel de traitement d’images, vous retrouvez la couleur. Ne reste plus ensuite qu’à travailler le type de noir et blanc que vous souhaitez appliquer. Par contre, si vous choisissez le mode N&B en format JPEG, vous ne pourrez plus revenir à la couleur. Mais de toutes les façons, je ne saurais recommander le JPEG…

    Personnellement, c’est ce que je fais toujours car en plus de permettre de visionner en NB, le fait de photographier directement dans ce mode permet d’adapter ma composition.

    Nos appareils photos nous proposent souvent différents types de « rendus », que ce soit en couleurs ou en NB. Personnellement encore une fois, je choisis toujours le plus neutre possible car ce qui m’intéresse au moment de la prise de vue, ce n’est pas le rendu final mais les éléments de composition. Le rendu final, pour moi, c’est une affaire qui se traite sur l’ordinateur, sur un bel écran et bien calibré. C’est en quelque sorte ma chambre noire 😉

    Les outils d’aujourd’hui nous permettent de passer de l’un à l’autre tellement facilement que ça serait vraiment dommage de s’en passer ! Sur mes 2 appareils photo, je me suis d’ailleurs fait des raccourcis rapides pour pouvoir passer d’un mode à l’autre en un clin d’oeil. Vous devriez en faire de même 😉

    Enfin, je vous conseille vivement si vous êtes amené à convertir une image en noir et blanc à postériori, de vous poser la question de pourquoi ça fonctionne ou non, qu’est-ce qui change, est-ce que le message est modifié. Plus vous analyserez vos images, plus vous serez en mesure de faire les bons choix à toutes les étapes !

    Voilà, ma petite leçon sur le noir et blanc et la couleur est terminée. J’espère que j’aurais réussi à vous convaincre que le choix du noir et blanc ou de la couleur n’est pas juste une question d’esthétisme ou de goût mais qu’il procède d’une posture délibérée aux implications multiples.

    Être conscient de ces choix, les anticiper, les contrôler, c’est être pleinement réalisateur de ses images !

    Pour lire la première partie, c’est par ici

  • Couverture de livre

    Couverture de livre

    Une de mes images illustre le thriller de Caryl Férey, Zulu

  • Les vétérans de la série photo

    Les vétérans de la série photo

    Ils s’appellent Christine, Éric, Marie et Patrice, et avec eux, nous avons travaillé d’arrache pied sur leurs séries photo !

    Je les appelle les vétérans car d’une part ils m’ont fait l’honneur de participer aux « Ateliers créatifs » que j’anime on line, et d’autre part ils ont continué sur la lancée, cette fois-ci pour élaborer une série ! C’est dire que maintenant on se connait bien 🙂

    Comme pour Caroline Fernandez et Odette Bocher dans le précédent article, j’avais donc très envie de partager avec vous le résultat de leur travail acharné ! Car oui, réaliser une série, c’est une autre paire de manche que de prendre des photos individuellement. Il faut non seulement l’idée de départ, mais il faut aussi la mener à terme ce qui n’est jamais gagné d’avance tant les différentes étapes peuvent être fluctuantes.

    Cette fois-ci, il ne s’agissait pas d’un « coaching individuel » mais d’un travail en groupe où chacun développait son propre projet. L’avantage principal de faire ce travail en groupe c’est la stimulation, le retour des autres participants, les différentes deadlines qui obligent à bosser, les discussions, … Et de mon point de vue, ça a vraiment bien fonctionné, tellement que j’ai envie de vous présenter le résultat de leur labeur !

    Comme vous allez le découvrir, chacun a son style propre, son mode de récit, son espace visuel. Et c’est bien cela aussi qui fait la richesse de nos rencontres !


    Christine Keller

    Les chalets en sursis

    Chalets en sursis

    Entre une roselière unique en Suisse ou des chalets centenaires, l’Etat a tranché : ces derniers sont voués à disparaître. Mais le faut-il vraiment ?

    Alors que les autorités s’acheminent vers un démantèlement des chalets des rives sud du lac de Neuchâtel, la population peine toujours à saisir les raisons pour lesquelles ces paisibles résidences lacustres enfouies dans la Grande Cariçaie depuis si longtemps doivent maintenant être démolies.

    En réalisant ce travail photographique, j’ai voulu comprendre et illustrer les tenants et les aboutissants de cette affaire qui fait débat depuis 40 ans, un dossier particulièrement sensible dans la Broye, et même au-delà.

    Christine Keller

    Christine est une photographe installée en Suisse. https://regardevoir.net

    Grande voyageuse, le style photographique de Christine est plutôt orienté vers le reportage, emprunt d’une forte esthétique.

    Et on le voit bien dans cette série ! Le traitement qu’elle a donné à ses images renforcent le côté nostalgique et donnent une touche « vintage » au reportage. Pourtant, c’est un travail tout à fait d’actualité qu’elle a effectué.

    Ma contribution à son projet n’a été pour ainsi dire que de l’ordre de l’editing, c’est à dire sur le choix des photos et sur la suggestion de quelques autres angles pour traiter la globalité du sujet.

    Et c’est un travail très complet qu’elle a finalement réalisé ! Ici, je n’ai mis qu’un court extrait de toutes les photos qu’elle a réalisées. C’est pourquoi je vous invite vivement à aller voir la série complète et à lire le texte qui explique les tenants et les aboutissants de la « saga » des chalets. Entre justice, problématiques environnementales, mémoire du lieu, Christine nous offre un panorama complet : https://regardevoir.net/les-chalets-en-sursis/

    Un grand bravo à elle parce que c’était vraiment un travail d’envergure !


    Éric Tuquet

    Le petit bout du monde

    Le petit bout du monde

    C’est un endroit à part.

    Un bout du monde, juste au bord de la mer.

    J’aime ces endroits déserts, mais dont la présence humaine se ressent partout. Implicitement.

    Des endroits qu’on abandonne quelques mois, puis que l’on réinvestit en même temps que le soleil.

    Et la vie reprend.

    J’erre au milieu des chalets, puis, à la fin de la plage, je fais demi-tour.

    Car au bout c’est la mer.
    Le monde s’arrête, j’arrive au bout…

    Éric Tuquet

    Installé dans l’Aude, Éric est un photographe avec un compas dans l’oeil !

    Son profil Instagram

    Ce qui caractérise le plus Éric, c’est en effet la rigueur de ses cadrages et cette série en est un parfait exemple !

    Au départ, Éric avait de nombreuses photos de ce lieu en noir et blanc qu’il avait prises il y a pas mal de temps. Il avait le fil rouge de son idée, le bout du monde, mais n’avait pas encore le script.

    Notre travail a donc consisté à l’aider à écrire le scénario de la série et de clairement définir son intention. Pour cela, il a dû revoir le rendu de ses photos qu’il a transformées en superbes tons ocres et en reprendre de nouvelles en faisant attention à l’harmonie des lumières

    Il en ressort une série très différente de ce qu’elle était au départ, mais tellement personnelle et originale !

    Tous mes compliments !!!!!!!!


    Marie Pascreau

    Les portes du temps

    Les portes du temps

    Témoin du temps passé, l’album de famille reste l’objet du souvenir.

    Je le ressort de temps en temps pour fouiller la mémoire en espérant à chaque fois découvrir de nouveaux éléments de « la vie d’avant », mais il demeure encore bien trop silencieux. 

    Et ses photographies m’entraînent dans un imaginaire où passé et présent s’entremêlent.

    Qu’importe ! De ces images subsiste encore une part d’inconnu et il me semble qu’elles méritent une seconde vie. Alors, je me laisse saisir par elles, je me surprend à imaginer, à transformer des scènes, créer des tableaux … j’ouvre mon regard. 

    C’est une façon de m’ approprier ces récits absents et de les réinventer, de les décrire comme je les perçoit, comme ils m’inspirent, tels qu’ils me touchent. 

    L’ image du passé existe aussi par le regard que nous portons sur elle dans le présent.

    Marie Pascreau

    Marie est une photographe poétesse à la sensibilité à fleur de peau.

    Le compte instagram de Marie : https://www.instagram.com/marie_pascreau/

    Je dois avouer que j’ai hésité à présenter le travail de Marie car celui-ci n’est pas achevé. Il ne manque pourtant pas grand chose pour que sa série prenne corps et qu’elle y introduise un vrai récit familial et pas « seulement » des tableaux comme elle le dit dans son texte.

    Mais Marie n’est pas encore prête et il faut savoir respecter le temps de maturation. Et si j’ai souhaité vous montrer son travail, c’est aussi pour lui faire comprendre qu’il y a une vraie promesse de superbe série.

    Elle m’a dit qu’elle irait jusqu’au bout et … je ne la lâcherai pas ! Vas-y Marie, courage !!!

    Il est intéressant de noter que le thème du travail de Marie est assez proche de celui de Caroline Fernandez que je vous ai présenté dans l’article précédent. Mais attention, il ne faut pas s’y tromper ! La série de Marie cherche à mêler les images du passé et du présent pour leur donner une continuité, une homogénéité pour l’histoire familiale. Celles de Caroline sont pure fiction et visent à construire et surtout reconstruire le passé avec des images contemporaines. Ce qui lie ces 2 séries est la réflexion sur le passé et sur la place qu’il occupe sur le présent.


    Patrice Gautier

    TOIT, TOI MON TOIT…

    Toit, toi mon toit …

    Lors de mes déambulations à sainte Marie de Ré, j’aime à lever les yeux pour y contempler un monde parallèle tout près de nous; celui des toits avec ses couleurs, ses formes, ses volumes et ses habitants.

    C’est en voyant la manière dont les couleurs et les formes se conjuguent que j’ai eu envie d’en révéler les facettes et rendre honneur aux différents styles architecturaux ainsi qu’aux ambiances et aux lumières si particulières de cette région de France.

    Incognito, une vie …

    Sainte Marie de Ré, 2020

    Patrice Gautier

    Patrice est un photographe passionné qui vit à Tours.

    La réalisation de cette série a été un vrai défi ! En effet, comment trouver le bon angle lorsque l’on veut photographier des toits sans avoir les problèmes de déformation de perspective, être à l’affut de la vie qui s’y passe, et, comble de la difficulté, avoir une cohérence de couleur du ciel alors que cette région est connue pour ses fluctuations constantes !

    Patrice a dû s’y prendre à plusieurs reprises pour avoir un nombre suffisant de photos, c’est à dire beaucoup de candidates mais peu de retenues 😉 Il faut dire qu’il souhaitait faire une présentation en quinconce (une photo verticale, la suivante horizontale, …) de manière à représenter aussi visuellement le « rythme » des toits, ce qui complique singulièrement la tâche !

    Sincèrement, bravo Patrice, ce n’était pas gagné d’avance compte-tenu de la difficulté mais tu t’es accroché et tu n’es pas tombé … du toit 😉

    La série complète de Patrice comporte 25 images mais je ne les ai pas toutes mises car j’avais peur du poids global de la page qui comporte déjà beaucoup de photos ! Pour finir, j’aimerais juste ajouter que Patrice a pour projet de réaliser un livre accordéon avec cette série, ce qui est une brillante idée !!!


    Alors comme à chaque fois que je rédige un article « spécial invités » j’aime leur donner parole sur ce qu’ils ont pensé de notre travail. Voici ce qu’ils en ont à dire …

    J’ai suivi avec beaucoup de plaisir et d’intérêt les ateliers créatifs ainsi que la série photo. Laurence sait parfaitement structurer son propos qu’elle illustre de nombreux exemples.

    Elle soutien et anime le groupe d’une manière très pro et toujours dans la bonne humeur. J’ai beaucoup apprécié la richesse et la qualité des échanges qui en ont résulté avec tous les participants.

    La création d’une série n’est pas une démarche facile. L’oeil pertinent et sans concession de Laurence nous pousse à nous dépasser afin d’aboutir au meilleur résultat. J’ai beaucoup appris avec elle, elle a su avec tact me recadrer lorsque c’était nécessaire et me motiver à aller au bout de ce que je voulais faire.

    Je ne peux que recommander sans réserve à tout photographe qui souhaiterait se lancer dans une telle aventure à solliciter le soutien de Laurence.

    Christine Keller

    Dans la continuité du travail réalisé lors des « ateliers créatifs », le workshop sur la série photo s’est imposé naturellement comme une étape supplémentaire à la progression de la pratique.

    Il s’agissait pour moi de cibler un peu mieux cette pratique photographique par la réalisation d’un projet vraiment personnel et si possible créatif.La tâche n’est pas facile et demande beaucoup d’exigence : on ne parle plus d’une image mais d’un ensemble d’images qui doivent constituer un mélange homogène et cohérent dans l’intention. Mais Laurence nous guide, pas à pas, et nous apporte les clés pour rendre ce travail le mieux construit possible.

    C’est une expérience qui demande à mieux définir le sens de son travail photographique et c’est en cela vraiment très intéressant. 

    Marie Pascreau

    Les photofolies de Laurence

    J’ai eu la chance de participer aux 2 propositions de Laurence.

    C’est une façon d’avancer tout en réflexion en laissant la technique de côté.

    Au sortir de ces matinées, les photos futures ou réalisées sont muries, et objectivées :

    Pourquoi cette photo ? Quel est le message ? Pour qui… Tout est questionnement et du sens est donné à notre pratique. Toujours avec bienveillance.

    Une belle parenthèse dans notre actualité morose.

    Éric Tuquet

    Si vous êtes curieux des workshop que je propose je vous invite à visiter cette page :

  • Avec talent et … obstination

    Avec talent et … obstination

    Une fois n’est pas coutume, je vais aujourd’hui vous parler du travail de deux femmes photographes, Caroline Fernandez et Odette Bocher.

    Pourquoi elles ? Parce qu’elles ont du talent, que nous travaillons depuis assez longtemps ensemble et parce que les oeuvres que je vais vous présenter méritent d’être vues ! Et puis je dois avouer que les ayant accompagnées dans le cadre de « coaching photo », je me suis singulièrement attachée à la fois à leurs personnalités, mais aussi au résultat de leur obstination.

    C’est que pour réaliser une série, il en faut de l’obstination ! Entre l’idée du projet de départ et sa réalisation finale, il y a beaucoup, beaucoup d’étapes ponctuées de doutes et de certitudes, d’euphorie et de découragement, de réflexions sur le fond mais aussi sur la forme. Mais au final, réaliser et finaliser une série apporte la satisfaction profonde d’être allé jusqu’au bout et d’avoir réussi à surmonter tous ces obstacles. Les anglo-saxons diraient « it’s so challenging ! » 😉

    Mais assez parlé et je vais maintenant donner la parole à nos photographes.

    Caroline Fernandez

    Memories //2020

    MEMORIES // 2020

    Les Saintes-Marie, le Frioul,Port-St-Louis, Fourques. Ces lieux me sont inconnus. Pourtant, au gré de mes déambulations j’y retrouve des sensations qui me sont familières, de vagues images se dessinent dans mon esprit, des souvenirs de vacances avec mes grand-parents me reviennent en mémoire.

    Quelle est la part du rêve, de la réalité et des émotions dans la construction de ces souvenirs ? Tous ces étés passés avec eux ont laissé en moi des traces. Serait-ce l’émotion qui a modulé l’expérience subjective de mes souvenirs ? Serait-elle le ciment de toute cette construction ?

    «Memories» est le récit d’un voyage imaginaire. Des souvenirs fictifs basés sur des fragments d’expériences permettant l’exploration de cette empreinte émotionnelle.

    A travers une réalité volontairement transformée, subjectivement façonnée, une histoire hors du temps qui n’existe que dans mon imaginaire. Entre rêve et réalité. 

    Caroline Fernandez

    Lorsque Caroline a souhaité que je l’aide pour la réalisation de cette série, elle avait déjà toutes les photos en sa possession. Prises durant l’été 2019, il était impossible de retourner sur les lieux pour en réaliser de nouvelles si besoin.

    Au moment de la prise de vue, elle avait l’intuition qu’elle photographiait quelque chose d’important pour elle mais elle ne savait pas encore quoi exactement. Et elle a gardé en sommeil ces images pendant quelques mois, attendant que ce soit « le bon moment » pour arriver à raconter l’histoire qu’elle voulait construire.

    Mais il lui manquait un oeil extérieur pour arriver à formuler plus clairement son intention, à faire la part entre les photos qui étaient importantes et celles qui risquaient de perdre le lecteur dans un méandre moins charpenté. Et puis il fallait aussi l’aider à faire le deuil de certaines photos qui, bien que très belles, n’avaient pas leur place dans ce récit.

    J’ai été heureuse d’être à ses côtés et … super fière que cette série ait été remarquée par une galerie ! Bravo Caroline !

    Caroline est une photographe professionnelle installée dans l’Est de la France. Vous pouvez découvrir son travail sur son site : http://carolinefernandez.co/ mais aussi sur Instagram : www.instagram.com/caroline.fernandez.cfz et www.instagram.com/cfzphotography


    Odette Bocher

    Douceur

    Douceur

    Douceur, nom anachronique en 2020 !

    Ce n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit. 

    2020, ce sont virus, confinement, décès, inondations, incendies, violence, fanatisme, et la liste pourrait s’allonger…

    Réaction sans doute, mais s’accrocher à la « douceur » comme à une bouée de sauvetage. 

    Ouvrir le regard et chercher, chercher dans notre quotidien maltraité ce qui peut nous être doux.

    Un regard sur la nature, un toucher, une odeur, une saveur, une mélodie.

    Ne pas se laisser submerger par la rancoeur, le regret, la peur. 

    S’offrir « des moments de douceur », de tendresse, de délicatesse…

    De cette résistance est né ce projet : « Douceurs ».

    De ce projet est née ma rencontre avec ce livre  : « Puissance de la douceur » (Anne Dufourmantelle).

    Cette auteur décrit cette notion comme une énigme, comme un instrument efficace de résistance à la vie mortifère…

    « Dessous est la douceur, tapie. Sous chaque chose regardée, juste la ligne en dessous, c’est là, sous chaque chose touchée, chaque mot prononcé, chaque geste commencé, comme la ligne mélodique qui accompagne une ligne chantée. » Anne Dufourmantelle

    Présenter « Douceurs » en diptyque est une incitation, une invitation à me dépasser, proposée par Laurence Chellali, photographe avec laquelle j’aime évoluer. 

    Cette série est née peu à peu, m’ouvrant des horizons insoupçonnés.

    La douceur n’est pas que sensation, elle peut être manière d’être.

    Un jour… le galet devient sable ! 

    « Il y a une admirable énergie dans l’obstination de la douceur. » Platon

    Odette Bocher

    Odette vit à Saumur où elle pratique la photo depuis de nombreuses années.

    https://www.odette-bocher.fr/

    Odette est plutôt ce qu’on appelle une photographe conceptuelle qui aime illustrer certains mots qui résonnent en elle. Nous avions déjà auparavant travaillé une série sur le temps mais c’est celle sur la douceur que j’ai choisi de vous montrer. Peut-être parce que ce mot m’est particulièrement cher ?

    Au départ donc, Odette avait déjà un certain nombre de photos qu’elle comptait utiliser pour exprimer la douceur. Mais nous avons vite vu que le risque était grand d’obtenir plus un « catalogue » d’illustrations plutôt qu’un véritable travail sur la douceur.

    C’est pourquoi l’idée des diptyques s’est assez rapidement imposée car ils permettent de créer un dialogue entre les images. Elles ne montrent plus seulement la douceur mais elles nous parlent de douceur et c’est ce qui fait toute la puissance de la série, toute sa poésie.

    Ainsi, après avoir décidé de conserver un certain nombre d’images qu’elle considérait comme clé, Odette a réalisé de nouvelles photos ou est allée à la recherche d’autres sur ses disques durs. Puis patiemment les a assemblées, interverties, remplacées, …

    Là aussi j’ai été heureuse d’être aux côtés d’Odette pour l’aider à choisir et à décider, à lever ses doutes et parfois … la contrarier 😉

    Mais le jeu en valait vraiment la chandelle !


    Voilà, j’espère que vous aurez eu beaucoup de plaisir à découvrir ces belles séries, toutes en subtilité et en délicatesse. Merci 10000 fois aux auteures de partager avec nous leurs travaux !

    Caroline et Odette m’ont fort fort gentiment laissé un mot sur leur impression de notre travail ensemble. J’en rougis de plaisir 🙂

    J’ai rencontré Laurence au début de ma pratique photographique il y a plus de 10 ans en faisant un stage avec elle en Italie. J’aimais particulièrement son approche créative et poétique de la photographie qui me parlait beaucoup.

    J’ai fait mon chemin. Avec le temps je suis devenue photographe professionnelle et j’ai continué à développer mon écriture photographique à travers des projets personnels.

    Je trouve qu’il est souvent difficile pour un photographe de prendre du recul sur son travail et ses images. Garder ou éliminer des images, les articuler entre elles, définir son propos… sont autant de questions pour lesquelles il est utile, pour ne pas dire indispensable, d’avoir un regard extérieur aiguisé. 

    C’est dans ce contexte que, naturellement, j’ai pensé à Laurence, pour la qualité de son travail, son regard professionnel, ses retours constructifs, justes et bienveillants. Ensemble, nous avons travaillé sur une première série qui a ensuite été remarquée par une galerie… work in progress ! 

    Merci, chère Laurence pour cet accompagnement de qualité, ces échanges constructifs et passionnants que nous avons ensemble. La prochaine série arrive bientôt 😊

    Caroline

    Que dire de ma rencontre avec Laurence ? Les premiers mots qui me viennent seraient partage, écoute, bienveillance ! Mais même si c’est essentiel pour moi, cela ne suffirait pas pour progresser.

    Rigueur, exigence et encouragement permanent m’ont accompagnée dans mes recherches et questionnements. Je suis sûre que tous « ces ingrédients » m’ont permis d’évoluer et me donne l’envie de recommencer !

    Merci Laurence

    Odette

    Si vous êtes curieux à propos du coaching individuel ou sur le workshop « La série photo » ou même sur les « Ateliers créatifs », vous en saurez plus sur cette page : http://www.photofolle.net/cours-photographie/.

    N’hésitez pas non plus à me contacter pour d’autres projets !

  • Couverture de livre

    Couverture de livre

    Je suis heureuse qu’une de mes photos fasse la couverture du roman de Gary Bell, Post Mortem.

    Ce qui est drôle c’est que l’image d’origine a été considérablement modifiée. À l’origine, est elle en noir et blanc et en format vertical. Et surtout, il n’y a pas de grilles !

    Ce qui est intéressant également, c’est que les couleurs changent en fonction des éditions des pays !

  • Couleur vs N&B (I)

    Couleur vs N&B (I)

    Qu’est-ce qui fait que l’on choisit de montrer une photo en couleur ou en noir et blanc ? Quel est le processus qui nous guide ? Pourquoi certaines photos sont évidentes en noir et blanc et ne le sont plus en couleur, et vice versa ? C’est à ces quelques questions que j’ai envie de m’intéresser aujourd’hui et j’aimerais vous emmener sur le chemin de ma réflexion et de mon expérience dans ce domaine.

    Cet article est la première partie de la thématique consacrée au Noir et Blanc versus couleur.

    Pourquoi le noir et blanc, pourquoi la couleur ?

    À l’invention de la photographie, on ne se posait pas la question, le medium ne permettait tout simplement pas la couleur. Cela relevait de la pure limitation technique. Même si assez rapidement on a su créer des supports en couleurs (1860), leur manque de réalisme, leur complexité technique et leur coût ont fait qu’il a fallu attendre jusque dans les années 70 pour que la couleur prenne ses lettres de noblesse.

    Première photo avec un être humain par Daguerre en 1839
    Photographie couleur sur papier de 1877, prise par Louis Ducos du Hauron
    William Eggleston Artistic Trust. Courtesy David Zwirner, New York/London.

    Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que c’est un art visuel qui a été accepté et intégré en l’absence de couleurs. Il est né en noir et blanc, allant dans le courant absolument contraire de la peinture qui elle, depuis les temps immémoriaux, n’avait connu majoritairement et à quelques exceptions près, que la couleur.

    Ainsi, la photographie jouit d’une liberté « chromatique » si je puis dire, assez remarquable. Je dirais même qu’avant l’apparition de tous les filtres popularisés auprès du grand public par Instagram et compagnie, il ne venait à l’idée de presque personne de déprécier une photo N&B sous prétexte qu’elle avait été manipulée, que ce soit en chambre noire ou sous photoshop, alors qu’une photo en couleurs « un peu trop belle » se voyait plus facilement soupçonnée d’être fausse et de ne pas représenter la réalité. C’est comme s’il y avait une acceptation sociale, une appropriation psychologique d’un monde en noir et blanc rendu possible du fait de l’histoire et des contraintes techniques d’origine de la photographie.

    On dit que la photographie est un art mal né . Elle a mis du temps à obtenir la reconnaissance de sa valeur artistique, et les photographes eux-mêmes, ayant tellement acquis la grammaire du langage sans couleurs, ont longtemps hésité à ouvrir la boîte de Pandore de la couleur. Henri Cartier-Bresson ne déclarait-il pas que « La photographie en couleurs n’est pour moi qu’un moyen de documentation et ne peut être un moyen d’expression artistique ». Walker Evans trouvait quant à lui la couleur « vulgaire ».

    Mais en 1976, lors de la toute première exposition de photographies en couleurs au prestigieux Moma, Sean Callahan déclarait ceci à propos des photos de William Eggleston : « Ce qui rend ses photographies de non-événements si éloquentes, c’est son usage de la couleur pour transmettre l’atmosphère d’un lieu particulier. Il met en relief des teintes qui imprègnent toute la scène où résonnent d’une manière essentielle, créant en quelque sorte des effets de bruit, de silence, d’odeur, de température, de pression – autant de sensations que la photographie en noir et blanc n’a jamais évoquées. »

    Aujourd’hui, il n’y a plus aucune limitation, ni culturelle, ni technique, ni de coût lorsqu’il s’agit de choisir entre le noir et blanc ou la couleur. Et pourtant, est-ce qu’on se pose suffisamment la question au moment du choix ? Profitons-nous pleinement de cette liberté d’expression ? L’assumons-nous réellement ? Est-ce qu’on se l’approprie en connaissance de cause ? Que de fois ai-je entendu mes élèves me dire qu’ils avaient préféré présenter telle photo en noir et blanc car en couleur elle était « ratée » ou bien parce qu’elle leur plaisait plus mais ils ne savaient pas vraiment pourquoi. Argh, ce n’est pas un argument suffisant, vous en conviendrez !

    Allez, allons donc analyser un peu plus en détail ces mondes chromatiques et essayons de comprendre quel sont les ressors qui font qu’une photo a plus d’impact en couleur ou en noir et blanc. Attention, je tiens à préciser que je ne prétends pas apporter de réponse définitive, je vous livre seulement des pistes de réflexion que vous pourrez suivre – ou non 🙂

    L’émotion et le « drama »

    Je pense que nous sommes tous d’accord sur le fait que la photographie doit être créatrice d’émotion pour le spectateur. Bien entendu, nous avons une immense palette de moyens pour provoquer l’émotion mais j’aimerais qu’on se penche d’un peu plus près sur la notion de Drama car elle touche de très près la problématique de la couleur et du noir et blanc.

    Le Drama est un concept anglo-saxon qui pourrait se traduire par « théâtralité ». Dans ce sens, une photo dramatique n’est pas forcément tragique (elle pourrait l’être), mais contient une forme d’intensité qui la rend poignante. Le noir et blanc permet d’apporter ce Drama qu’il est plus difficile d’obtenir en couleur.

    Les 2 photos ci-dessous illustrent assez bien ce que je veux dire. Si l’on compare la version N&B et couleur, il est à mon sens assez évident que la version monochrome apporte ce Drama, cette intensité alors que c’est plus difficile de la trouver avec la version couleur. C’est particulièrement vrai pour la photo des parapluies.

    PS : faites coulisser la petite flèche blanche au centre de la photo pour pouvoir comparer les versions

    Mais il ne faut pas non plus oublier que les couleurs sont aussi porteuses d’émotions et/ou de symboliques selon les cultures. Par exemple, dans nos contrées, le rouge est souvent associé à la passion, mais c’est surtout une couleur très énergique, le bleu quant à lui est une couleur apaisante et le rose est synonyme de douceur et de candeur. Ainsi, même si on n’a pas le même Drama qu’en noir et blanc, conserver les couleurs peut-être vraiment important pour renforcer notre message.

    Les 3 photos ci-dessous perdent absolument tout leur impact en noir et blanc. Je dirais même que pour la première photo de droite, celle avec le premier plan rouge, une fois convertie en noir et blanc ce premier plan perturbe la lecture et devient même une faute de cadrage. (Nous reviendrons sur ces aspect de composition et de cadrage dans un autre chapitre.). Quant aux autres photos, le bleu apporte cette note de paix importante pour faire le lien avec le petit oiseau, et le rose de l’arbre adoucit et réchauffe considérablement l’atmosphère froide des immeubles en verre et du béton.

    Plonger dans l’intemporel ou au contraire s’ancrer dans son époque

    Photographier en noir et blanc retire naturellement une partie de sa temporalité à une photo. Comme nous l’avons vu en introduction, ceci est dû à l’histoire de la photo qui est née en noir et blanc et nous avons probablement intériorisé inconsciemment « l’éternité ».

    Typiquement, la photo du paysan chinois dans sa version noir et blanc pourrait avoir été prise hier ou il y a 50 ans. Idem pour la photo de la plage. Dans les 2 cas, le temps s’efface au profit de la forme et du fond.

    Cet aspect de la temporalité est vraiment important et doit être intégré en toute connaissance de cause au moment du choix. Car hormis certains éléments qui peuvent nous donner des indications claires sur l’époque, comme par exemple les vêtements des gens, les voitures, le mobilier urbain, … choisir le noir et blanc nous fait automatiquement basculer dans cette sorte d’intemporalité. Au contraire, la couleur nous ancre dans le présent. C’est d’ailleurs pourquoi, à de rares exceptions près, toutes les photos d’actualité sont en couleur. Au World Press Photo il y a bien des travaux en noir et blanc qui sont primés, mais ils sont surtout considérés comme des « travaux d’auteurs » – ce qui n’enlève évidemment rien à leur valeur, il suffit d’aller voir le travail admirable de Romain Laurendeau*, le vainqueur de cette année en catégorie reportage avec son sujet « KHO, la genèse d’une révolte » … en noir et blanc ;

    *Son site web ne semble pas être à jour et la série n’apparait pas dessus. Mais vous ne perdez rien pour attendre tant ses autres travaux sont puissants. Sinon, une petite recherche internet et vous trouverez des extraits du documentaire.

    La forme, l’abstraction et la réalité

    La distance avec le réel

    Ainsi donc, d’après la psychologie de la perception, les photographies en noir et blanc évoqueraient des actions passées et lointaines, alors que les photographies en couleur créeraient l’illusion du présent. En supprimant la couleur, nous créons une distance plus grande, via la représentation que nous en faisons, entre le sujet photographié et sa perception par le spectateur. Par ailleurs, la couleur apporte toujours une touche plus « descriptive » alors que le noir et blanc « suggère » d’avantage.

    Paul Outerbridge ne disait-il pas : « En noir et blanc vous suggérez, en couleur vous indiquez. La suggestion peut impliquer beaucoup de choses, mais l’affirmation exige de la certitude.« 

    Ce qui est intéressant, c’est que c’est cette distance qui peut donner un côté irréel aux images.

    L’abstraction

    Mais irréel ne rime pas forcément avec abstraction même si ça s’en approche. Et dans ce domaine, il me semble que les 2 mondes chromatiques sont à peu près à égalité. Il est vrai que le noir et blanc permet de mieux mettre l’accent sur la forme.

    La photo de gauche ci-dessous est à mon avis aussi intéressante en noir et blanc qu’en couleur. Personnellement, je préfère la version N&B par le mystère, la distance au réel qu’elle apporte. Les traces de nuage dans le bleu me font comprendre sans même y penser qu’il s’agit du ciel. Bien sûr, même en N&B je sais qu’il s’agit du ciel, mais comme je ne suis pas attirée par la couleur, je ne le remarque même pas.

    Je préfère également la photo de droite dans sa version N&B (attention, la photo est très très sombre et il vaut mieux la regarder dans un environnement obscur pour mieux découvrir les nuances de gris). Dans la version en couleur, le triangle rouge attire mon oeil comme un papillon sur une lampe et j’ai tendance à ne voir que lui. En N&B, bien que le triangle soit très lumineux, me laisse plus libre d’aller découvrir le reste de l’image.

    Au contraire des 2 photos précédentes, l’image ci-dessous a largement ma préférence en couleurs. En fait, ce n’est pas tellement à cause du bleu, mais surtout à cause des petits traits orange qui sont l’exacte couleur complémentaire du bleu. Ils prennent un poids qui équilibre d’avantage la composition générale. Mais là aussi, sur l’aspect composition en N&B ou en couleur nous y reviendrons plus loin.

    La forme

    Reste la question de la forme. Le fait de supprimer la couleur d’une image met davantage l’accent sur la façon dont la lumière joue à travers la scène, sur les lignes et les angles ainsi bien sûr que sur les ombres. Tout cela contribue à la forme qui bien souvent est mieux mise en évidence dans une photo en noir et blanc.

    Les 3 photos ci-dessous en sont à mon avis des bons exemples. En couleur, elles ne présentent aucun intérêt (je savais d’ailleurs lorsque je les ai prises qu’elles seraient en N&B). La ligne de la première photo de gauche est bien mieux mise en évidence en noir et blanc. Quant à la photo juste au dessous, le rouge vif de la pancarte du métro fait une trop grande concurrence au graffiti qui est sensé être mon point fort. La conversion en noir et blanc permet de mettre en évidence toutes les lignes qui convergent vers mon sujet et c’est celui-ci qui devient le point de focalisation. Enfin, je crois que la photo de droite se passe de commentaire tant le noir et blanc met mieux en évidence les lignes et la forme du roseau.

    Retirer la distraction des couleurs ou au contraire se servir de leur impact

    En retirant la couleur d’une image, on en change sa lecture. L’oeil humain est naturellement attiré par les couleurs saturées. La photo ci-dessous en est un bon exemple : Le rouge attire spontanément l’oeil et c’est même ce que l’on remarque en tout premier lorsqu’on découvre l’image. Puis bien entendu, notre oeil va vers le personnage en bas et nous faisons une sorte d’aller retour entre ces 2 points forts pour finir par remarquer l’ombre humaine dans la zone rouge. Et ironiquement on se rend compte que les 2 personnage ont la même attitude corporelle, comme s’ils étaient des jumeaux dédoublés . En noir et blanc, c’est d’abord le personnage du bas et puis … c’est à peu près tout.

    De la même manière, ôtez la couleur à l’image ci-dessous, et nous nous retrouvons avec une image assez plate où il est difficile de trouver un sens de lecture. Le petit personnage en bleu vif disparait et ce petit point fort perd tout de sa puissance. Alors qu’en couleur, nous sommes d’abord attirés par ce bleu vif puis nous faisons le lien avec les 2 bâtiments colorés de chaque côté qui font le lien avec le vert de l’herbe en premier plan et du ciel.

    Un autre exemple est intéressant. J’ai pris ces 2 photos ci-dessous au même endroit et à quelques secondes d’intervalle. Pour la photo de gauche je préparais mon cadrage et j’hésitais entre un plan vertical ou horizontal. En fait, je voulais attendre qu’il se passe quelque chose, j’avais juste été attirée par les couleurs du fond, du tapis et la diagonale de l’ombre. C’est alors qu’une femme est apparue dans mon viseur, j’ai donc déclenché. Dans la photo suivante (à droite), je me suis remise en format horizontal et c’est alors qu’une femme avec un foulard rose vif est entré dans mon cadre. J’ai déclenché.

    Je trouve la première photo beaucoup plus intéressante en noir et blanc car cela permet de se concentrer sur le regard très expressif (c’est le moins qu’on puisse dire !) de la femme. Dans la version en couleur, le bleu du ciel très lumineux attire trop l’attention à mon goût, d’autant qu’il est presque du même bleu que le masque. En soit, pourquoi pas, ça permet à l’oeil d’aller explorer tous les espaces de la photo. Mais du coup je trouve qu’on se perd un peu et surtout que l’impact du regard est amoindri par les éléments colorés.

    Au contraire, la seconde photo est bien plus intéressante en couleurs. N’ayant plus réellement de point fort, ce sont les couleurs qui prennent le relais et notre oeil va de points colorés en points colorés, d’autant que les ombres divisent bien le cadre.

    Vous l’aurez bien compris, je n’ai pas apporté de réponse toute faite, tout simplement parce que le choix de la couleur ou du N&B dépend avant tout d’une intention et des circonstances de prise de vue. En préparant cet article, je suis tombée sur une interview de Bernard Plossu qui a toujours utilisé en parallèle des films en couleur et en noir et blanc. Ce qu’il dit ne peut pas être meilleur en guise de conclusion 🙂

    « Je ne me vois pas comme un photographe en noir et blanc, la couleur m’inspire tout autant. Je n’ai pas d’exclusivité pour le noir et blanc, mais sans le procédé Fresson, est-ce que j’aurais fait de la couleur ?… Ceci dit c’est vrai qu’il y a un « réflexe couleur » – je vais contredire ce que je viens d’énoncer – où tout à coup tu vois une tache jaune, où c’est effectivement la couleur qui t’attire, et tu fais une image que tu n’aurais pas forcément faite en noir et blanc… On est en voiture, et soudain éclate sur ce mur noir en passant à toute vitesse une boîte postale jaune, un sens interdit rouge et un écriteau bleu. C’est vrai qu’en noir et blanc je ne l’aurais pas faite… Parfois tu es vraiment dans la similitude, parfois tu es dans le détail de couleur. Il y a des cas où la même photo existe en version noir et blanc et en version couleur, comme celle de la femme au camion à Taos, et on préfère l’une ou l’autre. Mais il y a aussi des cas, par exemple le verre de jus d’orange qui déborde, où une photo en noir et blanc n’aurait aucun intérêt…» 

    Enfin pour finir, je dois avouer que je me suis fait violence pour vous présenter des photos dans les 2 versions couleur et noir et blanc alors que ce n’était pas ce que j’aurais choisi. J’ai donc quand même envie de vous montrer les photos telles que je souhaite qu’elles soient vues, c’est à dire dans leur version chromatique définitive ! N’hésitez pas à cliquer sur elles afin de les voir en grand et sans distractions autour !

    Nous n’avons pas encore fini l’exploration du N&B versus Couleur, loin s’en faut ! Aujourd’hui nous avons abordé la question du « pourquoi », dans un prochain article, je vous parlerai de comment voir en noir et blanc alors que c’est tellement plus naturel de voir en couleurs. À suive donc 🙂

    Et comme toujours, n’hésitez pas à apporter votre contribution afin d’enrichir notre réflexion !

    NB : Cet article est la première partie de la thématique consacrée au Noir et Blanc versus la couleur.

  • See, buoys and sun

    See, buoys and sun

    Ah ! La plage, le soleil, le sable chaud, la douce brise, le sel qui pique les yeux, le bruit des vagues, les conversations des vacanciers, les cris des enfants. Et puis le sourire du marchand de pastèques, les hauts parleurs des restaurants ambulants, le sifflet du surveillant de plage, les annonces des loueurs de jet-ski, de kart et autres machines improbables. Et puis encore les clameurs de la vendeuse de bouées et celles des touristes qui s’extasient devant une mer si chaude, qui s’effrayent d’une vague, qui tombent, qui s’éclaboussent, qui rient.

    L’expérience de la plage en Chine relève de la pure poésie. Asseyez-vous là, regardez, écoutez et les heures passeront sans vous en apercevoir !

    Je vous ai déjà emmené dans ce coin de Chine il y a quelque temps car j’ai eu un coup de coeur pour les paysages de sa côte (Xiapu, entre dentelle et tricot). Mais entre les rochers escarpés et les zones ostréicoles, il y a aussi de grandes plages de sable où nous serions plus d’un à avoir envie de nous dorer au soleil et surtout à piquer une tête tant la chaleur est écrasante !

    Mais étalez une serviette de plage au soleil et les chinois viendront vous voir pour vous demander si vous avez un problème et si vous n’avez pas peur de tomber malade ! Bien sûr j’exagère mais je ne suis pas loin de la vérité 😉

    C’est en effet bien connu, les Chinois tout comme une très grande partie du monde asiatique ont un rapport au soleil et au bronzage radicalement à l’opposé du nôtre. Ici, être bronzé est du plus mauvais effet ! Combien de fois à mon retour d’Europe l’été mes amies chinoises m’ont regardée avec tristesse et pitié devant mon teint bronzé ! Vous remarquerez que je parle de mes amies féminines car comme dans presque tous les endroits du monde, on prête beaucoup moins attention aux critères de beauté des hommes. Ainsi, ici un homme pourra être bronzé, on ne lui en tiendra par rigueur. Par contre une femme, ah ça non !

    Vous avez probablement déjà entendu parler des fameux « facekini », ces cagoules portées par les femmes pour se protéger du soleil. Ici, on les appelles les « nílóng fángshài tóutào », ce qui signifie littéralement « masque de nylon pour se prémunir des expositions au soleil ». Dans ce coin de Chine je n’en ai pas vu un seul, par contre j’ai vu toutes sortes d’inventions pour le remplacer 😉

    On dit souvent que le bronzage est une question de statut social et que pour une femme avoir la peau hâlée signifie qu’elle vient de la campagne. C’est vrai en partie, mais l’argument que les femmes mettent en avant bien plus que le statut social est que leur peau asiatique prend une couleur verdâtre si elles bronzent, ce qu’elles veulent éviter à tout prix. Et puis ça fait vieillir prématurément en asséchant la peau et en accentuant les rides, ce en quoi elles ont raison 😉

    Ainsi, si les hommes sont pour moitié au moins en maillot de bain, les femmes elles préfèrent rester habillées. C’est qu’au delà de la question du bronzage il y a aussi celle de la pudeur. Cette dernière ce concerne pas le bas du corps – les jambes – , mais le haut. Que ce soit en ville ou à la campagne, partout les femmes dénudent sans complexe leurs jambes avec des shorts ou des jupes très très très courts, et bien souvent quelque soit leur age. Par contre, extrêmement rares sont celles qui portent un décolleté voire même un tee-shirt sans manches. Et les maillots de bains féminins respectent bien les règles : tous des une pièce sans décolleté et si possible avec une petite jupette pour le goût du froufrou 🙂

    Nous sommes allés sur 2 différentes plages. L’une populaire avec accès libre, l’autre plus élitiste car elle était située dans un complexe touristique avec une entrée payante.Oui je sais, pour nous Français il est inconcevable de payer pour avoir accès à la plage ! Mais après vécu toutes ces années en Italie où l’immense majorité des plages sont privatisées (bien que sur le principe une zone libre entre la mer et la zone privée soit obligatoire, mais ça c’est le principe et la réalité c’est autre chose), ça ne m’a pas choqué plus que ça.

    Si la fréquentation de la plage dite publique est logiquement plus importante, je n’ai pas vu de différence notable entre les 2 univers. En gros, il y a le coin des parasols avec chaises et tables où tout le monde s’agglutine et le reste de la plage … vide. Tandis que la plage privée a une ambiance dirons-nous plus sage, la plage publique elle est le théâtre d’une activité intense et plus chaotique 😉 Bien sûr, il y a tous les vendeurs à la sauvette qui nous haranguent pour qu’on leur achète leurs fruits ou leurs glaces, mais il y a aussi une multitude de petits restaurateurs qui proposent des plats chauds ou des brochettes, soit à manger sur le pouce, soit sur leur « terrasse » improvisée 😉

    Je peux vous assurer que s’il y a bien une chose que l’on a en commun avec les Chinois, nous les Français, c’est bien l’amour inconditionnel de la bonne bouffe ! Donc comme si tous ces marchands ne suffisaient pas, la plage est aussi bordée de restaurants « en dur », au cas où 😉

    Et à ce va et vient incessant de restaurateurs ambulants s’ajoutent les loueurs de grand frisson avec leurs jet-ski ou leurs mini-bateaux ultra-rapides, karts et petits 4×4, sans oublier les vendeurs de vêtements de plage et d’incontournables bouées, certains n’hésitant pas à aller installer leurs étals jusque dans l’eau au cas où on ne les aurait pas remarqués 😉 Tout juste s’ils ne se laisseraient pas engloutir par la marée montante s’ils n’avaient pas peur de perdre leur marchandise 😉

    Je vous laisse imaginer la joyeuse ambiance car cette frénésie s’accompagne bien entendu des haut-parleurs qui diffusent dans une incroyable cacophonie tous les messages de ce petit monde 😉

    Alors je vous le dit tout de suite, non, ce n’est pas reposant ! Et pourtant, aussi incroyable que ça puisse paraître, quelques mètres plus loin il n’y a plus personne et la plage s’étale dans un calme serein ! C’est comme si on n’était plus au même endroit !

    Et du côté de la plage « privée », est-ce que c’est plus calme ? Mmmmm, pas sûr 😉 Il y manque indéniablement les restaurants ambulants, ce qui en termes sonores fait une grosse différence . Mais grosso modo on y retrouve les mêmes ingrédients ! Pour se restaurer, il faut aller dans les boutiques genre « Disney au pays des îles des pirates » où tout est fake, du sol au plafond, et mis à part les jet-ski ce sont des sortes de pédalos aux roues géantes qui font office de véhicules maritimes. Quant aux marchants de bouées, ils se tiennent plus sagement à l’écart 🙂

    Et puis la plage est surveillée, et plutôt 2 fois qu’une. Il y a un vigile en haut de sa tour et des maîtres nageurs au bord de l’eau. Tellement au bord de l’eau même que je me suis demandé s’ils n’allaient pas finir noyés à force de ne pas reculer leur tente avec la marée montante 😉

    Et par mesure de sécurité, il y aussi des lignes flottantes dans la mer pour que les baigneurs puissent s’y accrocher en cas de problème, et plusieurs panneaux disposés ci et là qui recommandent de ne pas se baigner sans bouées, si on souffre d’hypertension ou si on est cardiaque et … si on est ivre. Véridique 🙂

    Je ne sais pas si les chinois ont des champions en natation, mais si c’est le cas, je ne pense pas qu’on les trouve en bord de mer !

    C’est d’autant plus drôle que cette partie de la mer de Chine subit de grosses marées et par conséquent, pour se retrouver à ne plus avoir pied, il faut marcher, marcher, marcher ! Alors avant de se noyer …

    Mais de toutes façons, la plupart des gens ne viennent pas pour se baigner, juste pour mettre les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux, faire le selfie de rigueur et l’envoyer sur Wechat ou Weibo (les plus répandus des réseaux sociaux chinois). En fait, la mer, c’est comme le square, on y va surtout pour les enfants et les châteaux de sable 😉

    Ce qui m’amène donc bien entendu aux bouées ! Il y en a bien entendu de toutes les formes et de toutes les couleurs mais les plus prisées sont les bonnes grosses bouées rondes qu’enfants comme adultes, jeunes comme vieux et hommes comme femmes arborent sans vergogne. Les brassards rencontrent également un joli succès 😉

    Vous l’aurez compris, je me suis beaucoup, beaucoup amusée. Moi qui ai plutôt tendance à fuir les plages, là j’y suis restée plusieurs heures sans voir le temps passer !

    Vous serez peut-être étonnés que j’aie choisi du noir et blanc pour illustrer ces moments car on pourrait s’attendre à ce que je veuille mettre en avant les couleurs vives de ce brouhaha. En fait, durant tout ce séjour dans le Fujian, je n’ai pas réussi à penser autrement qu’en noir et blanc, à tel point que j’avais mis mes appareils photo en position monochrome directement. C’est d’ailleurs une option que je vous conseille si vous photographiez en format raw. Vous le savez probablement, mais les compositions peuvent radicalement changer si vous pensez en couleur ou en NB, et le fait de pouvoir visualiser directement dans la chromie souhaitée peut vraiment vous aider. Et comme le format Raw de toutes les façons garde toutes les informations, il est toujours possible de revenir à la couleur.

    Mais il est difficile de se défaire d’une vision et lorsque j’ai essayé de convertir ces photos en couleur et bien … ça n’allait pas, j’avais l’impression de les vider de leur âme. Je vous présente donc ces photos en noir et blanc telles que je les ai pensées au départ et auxquelles j’ai juste ajouté du grain afin de leur donner plus de matière. J’espère qu’elles vous plairont et que vous aurez passé un bon moment à la plage !

  • Chongli, une station de ski en Chine

    Chongli, une station de ski en Chine

    Xi Jinping tiendra-t-il son pari et parviendra-t-il à mettre sur les pistes 300 millions de skieurs en 2022 ? Au vu des chiffres il en est capable 😉

    Remontons dans le temps … jusqu’en 2000, il n’y avait qu’une seule station de ski digne de ce nom en Chine. Entre 2000 et 2010, elles sont passées à 200 et aujourd’hui, elle en compte 568 ! En 1996 il y avait tout au plus 10 000 skieurs chinois et en 2015 ils étaient 12,5 millions. Certains experts disent que la croissance du marché des sports d’hiver est égale à celle vécue en Europe et Amérique du Nord depuis 1975, mais condensée sur seulement quelques années. Avec la venue des Jeux Olympiques d’hiver en 2022 en Chine et compte-tenu de ces courbes exponentielles, les paris sont même ouverts car le marché chinois pourrait bien les dépasser ! Ainsi, la Chine est devenu la deuxième région avec le plus de domaines skiables au monde, derrière les Alpes qui contiennent plus d’un tiers des stations de la planète.

    Alors qu’en Europe et en Amérique du Nord le marché est arrivé à maturité depuis plusieurs années et n’évolue plus guère voire même régresse dans certains pays du fait du vieillissement de leur population, les concepteurs de stations de ski européens et américains y voient une aubaine pour vendre leurs savoirs-faire et veulent tous une part du gâteau chinois. Des « chasseurs de montagnes » aux canons à neige en passant par les télécabines, les dameuses et même les formateurs des moniteurs ou des techniciens, la Chine est très demandeuse car elle a peu d’expertise dans ce domaine.

    Des partenariats sont aussi noués entre stations de ski. Par exemple, le domaine skiable Suisse LAAX s’est allié avec la station Chinoise Genting Resort Secret Garden. Grâce à cela, la station Chinoise bénéficie de l’image de marque du ski Suisse et en retour, les Suisses espèrent attirer des clients Chinois. Laax est loin d’être la seule station de ski à cultiver ce genre d’espoir et par exemple la Compagnie des Alpes qui gère entre autres La Plagne, Tignes, Val d’Isère, Les 2 Alpes, ou encore Les Arcs coopère avec des stations chinoises.

    Le Fulong Resort, une des 5 stations du district de Chongli

    Pour illustrer cet article, je vais vous emmener dans le Fulong Resort où j’ai passé quelques jours pendant les fêtes de Noël.

    Chongli est à environ 250 km au nord-ouest de Pékin. Elle est située dans une vaste région montagneuse mais pas très haute. Le sommet le plus haut culmine à 2000 mètres alors que le bassin lui est à 1200 mètres. C’est une région semi-aride et bien malheureusement pour le ski … il n’y a presque jamais de précipitations !! Par contre, en hiver les températures sont glaciales ce qui en fait, d’après les experts, une région idéale pour la neige artificielle.

    Il y a 10 ans, Chongli était située dans une des régions les plus pauvres de Chine. Mais ces dernières années, le projet des Jeux Olympiques est passé par là et la ville a été choisie pour accueillir une bonne partie des épreuves de ski. Alors qu’il fallait 4 heures pour la rejoindre depuis Pékin, le train à grande vitesse permet d’y arriver en moins d’une heure, des autoroutes ont été construites et bien que la ville soit encore en chantier à cause des aménagements pour les JO, la riche clientèle pékinoise y afflue désormais.

    Je dis la riche clientèle car à l’instar du golf et de l’équitation, le ski est réservé à une clientèle d’élite. En effet, en moyenne il faut compter environ 50 euros par jour et par personne entre le forfait et la location des skis. Vous me direz que c’est à peu près les tarifs européens, mais pour la Chine, ça fait une sacrée somme et ces tarifs sont clairement réservés à la classe supérieure.

    Les pistes de ski

    Il ne faut pas s’y tromper … les pistes indiquées noires sont en fait l’équivalent de nos postes rouges !

    Bon, Chongli n’est très clairement pas les Alpes ! Je dirais que les dénivelés sont plus proches des pistes du Jura et elles sont dans la très grande majorité assez faciles, même pour une skieuse comme moi qui suis loin d’être une pro ! Ceci dit, pour une station entièrement créée artificiellement, elle offre quand même 15 km de pistes et il y a de quoi se divertir quelques jours. Maintenant, de là à passer ses journées non stop sur les pentes pendant une semaine, l’ennui peut guetter. Et d’après ce qu’on m’a dit, il est d’ailleurs rare que les Chinois passent plus de 2 jours d’affilée à skier et préfèrent profiter en parallèle d’autres types d’activités, la numéro un étant le shopping ! C’est pourquoi les rues de Chongli sont remplies de dizaines de boutiques de sport qui proposent les marques les plus prestigieuses, toutes étrangères. Mais côté activités liées aux plaisirs de la montagne enneigée il faudra repasser et pour cause … Exit les ballades en raquettes ou en chien de traîneau comme je m’y attendais car il n’y a tout simplement pas de neige 😉

    Comme je le disais plus haut, l’absence de neige n’est pas due au manque de froid, loin de là ! Mais c’est le peu de précipitations qui fait défaut. Imaginez un peu … À l’heure où j’écris cet article, il fait -26 degrés et la température ressentie est de -34 ! Lorsque j’y étais, il faisait en moyenne -12/-15 degrés et le ressenti aux alentours de -20 degrés à cause du vent.

    chongli

    Après ma première descente, j’ai vite compris pourquoi les gens étaient emmitouflés avec des cagoules intégrales. Mon visage était complètement gelé ! Je crois que c’est la première fois que je skie par de telles températures. Autant vous dire que j’ai aussi sec adopté la cagoule Ninja et totalement renoncé au bronzage !

    Alors oui, avec ces températures l’impression d’hiver est bien là et même si le paysage est assez déroutant avec ces montagnes arides qui nous entourent, on pourrait s’y tromper et penser que la neige est naturelle ! Mais celle-ci vient d’une armée de canons à neige disposés tout le long des pistes et contre toute attente, sa qualité est exceptionnelle . Quelqu’un m’a dit qu’elle est moelleuse comme de la Polenta. Pour ma part, je dirais qu’on a plutôt l’impression de skier sur du sucre glace, à la fois souple, ultra lisse mais qui accroche bien quand il le faut, sans plaques de verglas ou vraiment exceptionnellement. C’est peut-être pour ça que j’ai eu l’impression de bien skier 😉 Le seul inconvénient est que lorsqu’il y a des rafales de vents, la neige s’envole et on a l’impression d’être dans une véritable tempête de neige. Autant vous dire que ça n’a pas été de la tarte de prendre des photos dans ce froid, ce vent avec les gants, les sous-gants, les lunettes, la cagoule, le casque et le tout en ayant les skis aux pieds 😉

    Petite anecdote … Les chinois ne reculent décidément devant rien face à l’adversité !

    Il existe en effet pour les apprentis surfers des coussins en forme de peluches tortues, hiboux, nounours, pandas, coccinelles, abeilles, bananes, fraises, kiwi, … qui se fixent sur les fesses pour amortir les chutes. Ils ont les mêmes peluches en plus petit sur les genoux.

    Et comme il ne faut se priver de rien et parce qu’il est parfaitement normal d’être « so cute », le nec plus ultra est d’enfiler par dessus le casque une housse doudou avec des oreilles de lapin, de nounours et même d’éléphant !

    Le bar-chalet

    Et oui ! Qui dit station de ski dit obligatoirement un chalet au milieu des pistes ! Je l’ai souvent visité pour me réchauffer je dois dire, il revet donc un importance particulière pour moi 😉

    Alors ce n’est pas à proprement parler une ambiance de chalet montagnard et le lieu fait plus penser à un bar citadin tendance vegano-branché-amateur-de-vin-et-de-bonne-cuisine ! Mais il est spacieux, entouré de baies vitrées et la musique y est bonne !

    Et du côté organisation et accueil des touristes ?

    Alors peut-être que c’est parce que je ne suis plus allée dans de grandes stations depuis belle lurette, mais je dois dire que j’ai été impressionnée par l’organisation et la fluidité des démarches pour acheter le ski pass et louer le matériel ! Il faut dire aussi qu’il n’y avait pas beaucoup de monde car la période de Noël n’est pas fériée en Chine et en plus j’y étais en semaine.

    J’avais en tête qu’il faudrait trouver une boutique pour louer les ski, mais en fait il n’y en a pas besoin car tout se fait dans le centre touristique. Je dirais même qu’on peut arriver en pyjama étant donné qu’on peut même louer les combinaisons, les gants, les chapeaux, … Et comme bien souvent, le personnel même s’il ne parle pas anglais, se démène pour nous aider et le tout se fait dans une très bonne ambiance 🙂

    Il faut donc tout d’abord rentrer dans le hall d’accueil. Mais pour cela, comme partout en Chine en ce moment pour les endroits qui accueillent des grandes masses de touristes, il faut montrer son « code vert ». Ce code s’obtient en scannant un QR code qui demandera à notre opérateur téléphonique si nous ne sommes pas allés dans une zone à « risque covid » dans les 14 derniers jours et ceci grâce au GPS. Et bien entendu, relevé de température, port du masque et lavage de mains obligatoires 😉

    Le côté location est également doté de casiers ! Je n’avais jamais connu ça, et le confort de ne pas avoir à trimballer tout son matériel de ski et ses chaussures de robocop a été plus que délicieux 🙂 🙂 Sur une des photos ci-dessous je vous montre une borne où il est possible de tout faire (ski-pass, location de ski, casiers, …). Ce type de bornes est présent partout dans Chongli et pas seulement dans la station, c’est peut-être pour ça aussi qu’il n’y avait presque personne aux guichets ?

    Vous remarquerez que la station de Fulong a probablement conclu un partenariat avec l’entreprise Française Rossignol. 100% du matériel de location est en effet sous l’égide de la marque. C’est agréable de faire un cocorico 🙂

    Vous remarquerez aussi peut-être que sur les tapis et sur la borne il est écrit « Forlong ». Comme tellement souvent, les transcriptions des idéogrammes Chinois à l’alphabet latin sont très approximatives. Je vous confirme que cette station s’appelle bien Fulong ! Enfin, je pense 🙂 C’est en tout cas ce qui est écrit à l’extérieur du hall d’accueil de la station … Vous comprenez maintenant pourquoi il est si facile de ne pas vraiment savoir où on est en Chine si on ne lit pas le chinois ? 🙂 😉

    Et bien entendu, c’est ici aussi que l’on réserve le professeur ! Il y a des chances que ceux-ci soient employés par l’entreprise Flower ski qui opère sur Chongli. C’est une des premières écoles professionnelles de ski et compte aujourd’hui 150 moniteurs. L’entreprise prévoit d’en recruter 500 d’ici l’année prochaine !

    Comme chaque soir, les moniteurs se rassemblent pour le debriefing. Lorsqu’ils ont vu que je les prenais en photo, ils se sont tout de suite positionnés pour un joli cliché de groupe !

    Au même niveau que le shopping, la ripaille est le sport national chinois ! Ainsi, le centre touristique se doit d’accueillir magasins de vêtements et restaurants. Sans eux, il serait en quelque sorte vidé de sa substance 😉 Organisé comme un centre commercial, l’immense hall qui permet d’accéder aux pistes est inondé de soleil tandis que dehors une multitude de petits restaurateurs proposent des repas et des sucreries à manger sur le pouce.

    Et bien entendu, frénésie du business immobilier oblige, le promoteur de la station en profite pour vendre ses appartements dont certains ne sont même pas encore construits !

    La frénésie immobilière

    Bien entendu à Chongli il y a pléthore d’offre hôtelière et ça ne va pas s’arrêter de si tôt ! La ville entière est envahie par les nouvelles constructions.

    Juste à côté des pistes, un ensemble a attiré mon attention. De quelle reproduction de village européen s’agit-il ? Je pencherais pour un village Autrichien ou Suisse 😉

    C’est vraiment intéressant de voir à quel point l’imaginaire joue un rôle important dans la promotion immobilière et comment les Chinois s’approprient des images de lieux que la plupart n’ont jamais vu en vrai *. Ici, très clairement, ce sont les Alpes qui inspirent !

    Ainsi, cet ensemble immobilier reprend toutes les caractéristiques d’une cité alpine. Si d’un certain point de vue l’ensemble peut faire illusion, lorsqu’on se tourne vers les zones non enneigées ça devient plus difficile de se croire dans le Tyrol 😉

    À l’heure où j’écris cet article, la résidence n’est pas encore en service. Et bien que tout semble achevé, jusqu’aux fausses fleurs sur les balcons, les petits anges pisseurs et même une simili-église (sans croix tout de même !), il n’y avait pas âme qui vive et tout semblait totalement inhabité. Le promoteur a probablement dû consulter son horoscope et fixé la date d’ouverture officielle lorsque les planètes seront parfaitement alignées 😉 Ce n’est pas une plaisanterie, aucun événement en Chine n’échappe à la superstition !

    * J’avais rédigé un article sur le « fake Paris » qui a fait tant couler d’encre à l’époque. Si vous souhaitez le lire, c’est par ici

    Voilà chers amis, j’espère que vous aurez pris un bon bol d’air frais ! De mon côté, je dois dire que même si je ne voulais pas partir avec des a priori, j’ai quand même été très agréablement surprise non seulement de la qualité des équipements mais aussi du niveau général de ski !

    La seule ombre au tableau à mes yeux est cette histoire de neige artificielle. Il est vrai qu’ici ils n’ont pas besoin d’ajouter d’agents chimiques comme c’est malheureusement le cas en Europe du fait de la hausse des températures. Mais ils vont quand même puiser dans la nappe phréatique et pour une région semi-aride cela me semble problématique. Ce système demande également énormément d’énergie électrique. Ceci dit, toute la région est véritablement truffée d’éoliennes et de panneaux solaires. Et quand je parle de région, c’est sur un rayon d’au moins 100 km ! J’espère que ça compense un peu l’impact …

  • La retouche photo au bout du crayon

    La retouche photo au bout du crayon

    La perfection ne s’obtient que par la retouche et par la refonte.

    – Antoine Albalat

    Et bien voilà, ce qui devait arriver arriva … Depuis que j’ai dû me résoudre à changer d’ordinateur car mon ancien était devenu vraiment trop lent et pas assez puissant pour mes fichiers photo et les mises à jour des logiciels de plus en plus gourmands, ma fidèle tablette Wacom m’a lâchée.

    Oh ! Ce n’est pas faute d’avoir essayé de la dépanner, d’être allée sur les forums pour comprendre pourquoi tout à coup elle se comportait comme une simple souris (les fonctions tactiles et les boutons ne fonctionnaient plus), d’avoir désinstallé et ré-installé des dizaines de fois le driver ! Non, rien n’y a fait …

    Alors pourquoi utiliser une tablette graphique me demanderez-vous ?

    Oui, parce que après tout, un photographe n’est pas un graphiste ! À part des cas très particuliers qui requièrent des outils tels que Photoshop pour faire des retouches spécifiques, des montages ou des manipulations sophistiqués, dans l’immense majorité des cas on se contente d’outils généraux tels que l’ajustement d’exposition, de contraste et de la balance des blancs, le redressement et le recadrage.

    Sauf qu’à mon avis, c’est une erreur d’appliquer ces ajustements à l’ensemble d’une image et c’est bien mieux de les faire localement, zone par zone et au cas par cas.

    Bien sûr ces ajustements ne sont pas nouveaux !! J’aime toujours rappeler à ceux qui dédaignent ce qu’on appelle maintenant la « post production », que depuis que la photographie existe ce même travail est effectué en chambre noire « traditionnelle ». Et que toutes les photos un peu anciennes qu’ils admirent tant sont toutes passées par un travail de développement minutieux. Je vous invite d’ailleurs à visualiser la vidéo ci-contre, elle est tellement instructive !

    On découvre donc notamment dans cette vidéo que la technique du « dodge and burn », qui consiste à éclaircir ou assombrir certaines zones de la photo par un ajustement d’exposition, est exactement celle qu’on utilise dans nos « chambres claires » informatiques. Et c’est là que la tablette graphique intervient 🙂

    En effet, tout ce travail local d’ajustements est tellement plus agréable et surtout précis à faire lorsqu’on a un crayon dans la main plutôt qu’une souris ou encore pire, qu’un trackpad ! Le geste est beaucoup plus naturel, fluide et fin. C’est pourquoi ça fait des années que j’utilise une tablette et son stylet, non pas pour dessiner, mais pour faire des ajustements locaux. Et je ne suis pas la seule, loin de là ! Bon nombre de photographes ne pourraient pas s’en passer 🙂

    Personnellement, je peux d’autant moins m’en passer que je travaille avec Capture One (ici le post que j’avais rédigé à propos de ce logiciel) qui, au contraire de Lightroom, utilise constamment les « pinceaux ». C’est vous dire à quel point j’ai été consternée lorsque ma tablette m’a lâchée.

    Il a donc fallu que je me mette en quête d’une nouvelle tablette …

    La tablette Huion Inspiroy

    Bien sûr, il y a pléthore de tablettes sur le marché, mais une marque domine de manière quasi monopolistique, c’est l’entreprise Wacom. Et à juste raison car il faut reconnaître que leurs produits sont d’excellente qualité et fiables (mais pas éternels la preuve 🙂 ). Sauf que ces tablettes coûtent très cher, ce qui pouvait se comprendre tant qu’il y avait peu de concurrence, mais aujourd’hui c’est une autre histoire compte-tenu de ce qui se fait sur le marché.

    Et lorsque j’ai vu que pour remplacer la mienne il m’aurait fallu débourser près de 350 euros, mon coeur a fait un bond !!

    Du coup, vous imaginez bien que je suis allée faire un tour chez la concurrence 🙂 Et je suis tombée sur la marque chinoise Huion. Après quelques lectures d’avis sur différents sites de graphistes, il semblerait que cette marque soit une excellente alternative à Wacom et pour un prix vraiment, mais vraaiiiiiiiiiment inférieur ! Regardez un peu … J’ai opté pour le modèle Inspiroy H1161 pour l’équivalent de 35 euros ! En Europe, ce modèle est vendu 89 euros sur le site du constructeur.

    Alors qu’est-ce qui justifie une telle différence de prix ? Et bien à vrai dire, je ne sais pas trop … Bien sûr, la Wacom est indéniablement d’une construction plus solide, plus épaisse, plus lourde. Mais comme je ne suis pas nomade avec cette tablette et qu’elle reste toujours bien sagement sur mon bureau, ce n’est pas un facteur déterminant pour moi et le matériau semble être de toutes façons de très bonne qualité.

    L’autre différence, majeure celle-ci, est le support pour le stylet qui est vraiment trop cheap, à tel point que le crayon tient à peine. En fait c’est un bout de plastique creux – mais qui renferme quand même 8 mines de rechange – donc à garder quand même 😉 Ceci dit, le stylet en lui-même est également tout à fait correct, peut-être plus léger que celui de la Wacom, mais qui tient vraiment bien en main, très doux à la fois au toucher et à la pression, ce qui fait qu’il est franchement agréable à utiliser. Et surtout, surtout, il n’y a pas besoin de batterie pour fonctionner !! Ça c’était un facteur choix déterminant pour moi !

    Capture d’écran du site Huion pour le modèle Inspiroy H1161

    Il y a d’autres différences entre cette tablette et la Wacom, certaines sont insignifiantes pour mon cas, d’autres au contraire représentent de sérieux avantages.

    La tablette Huion n’est pas wifi/bluetooth et ne fonctionne que si elle est branchée à l’ordinateur par un bon vieux fil. Personnellement, étant donné que je suis contrainte d’utiliser un VPN, tout ce qui fonctionne par wifi est source de problèmes car il y a presque toujours des conflits. Donc là je fais comme avec ma Wacom, je branche cette tablette avec l’USB directement 🙂

    Cette tablette n’est pas non plus totalement tactile. Hormis une zone représentée par un trait vertical près des touches, le reste est insensible au toucher et ne réagit qu’au contact du stylet. Je dois dire que c’est une limitation qui me convient parfaitement ! En effet, avec la Wacom qui était tactile sur toute sa surface, je devais toujours faire attention de ne pas l’effleurer par inadvertance, surtout en été lorsqu’on a les bras nus. C’était donc plus pratique pour moi de la mettre à distance, au dessus de mon clavier. Mais du coup c’était moins ergonomique car je devais toujours avoir le bras un peu tendu quand je l’utilisais. Avec la Huion ce n’est plus le cas et je suis tellement contente de pouvoir la mettre sous mon clavier, juste en face de moi ! Et cette petite zone tactile de la Huion est tellement basique que c’est impossible de faire un mauvais geste : c’est juste haut/bas. Je m’en sers donc pour zoomer et dé-zoomer. Et qui dit basique, dit que ça marche à tous les coups et extrêmement bien !

    Pour le reste, les dimensions des 2 tablettes sont sensiblement identiques. Celui de la Huion fait 28cm x 17 cm ce qui est parfaitement adapté à la taille de mon grand écran 🙂

    Et leurs stylets ont tous deux 2 touches supplémentaires dont personnellement je me sers pour le « clic droit » et la gomme.

    Plein de touches paramétrables !

    En fait, il y a une différence majeure entre les 2 tablettes et dont je suis plus que ravie, c’est le nombre de touches : la Huion n’en compte pas moins de 10 physiques et 16 tactiles ! Et ça c’est absolument génial ! Alors que la Wacom la moins chère à taille plus ou moins égale ( 201 euros sur le site Wacom) ne compte que 4 boutons personnalisables et la plus chère à taille légèrement supérieure ( 534 euros !) en compte 8, la Huion a donc 26 boutons au total. C’est une différence absolument énorme en termes d’ergonomie d’utilisation !

    Avec toutes ces touches à disposition et évidemment entièrement paramétrables, j’ai pu me faire mon petit bureau de raccourcis des outils que j’utilise le plus. Bien entendu, certains d’entre vous me diront que les raccourcis claviers ne sont pas faits pour les cochons et qu’ils peuvent allègrement remplacer ces touches. Je vous l’accorde. Mais ces raccourcis ne sont pas non plus faits pour les ânes comme moi qui n’arrivent pas à mémoriser plus que le « Command C », le « Command V », « Z » et Escape 😉

    Du coup, je me suis fabriqué des petites étiquettes que j’ai scotchées sur la tablette. Pour le moment c’est fait un peu de bric et de broc, entre des étiquettes que j’ai récupérées à droite à gauche dans mes « boîtes à bordel », des stickers et des zones sans étiquettes parce que pas besoin je sais à quoi elles correspondent. Un de ces 4 j’essayerai de faire une installation un peu plus design 😉

    Mais pour le moment, c’est un vrai plaisir de travailler ! Entre un ordinateur qui enfin ne rame plus et cette tablette qui me permet de travailler mes photos en plein écran sans avoir à aller dans les menus, donc avec le moins de distractions possibles, et le tout avec un crayon à la main, c’est le nirvana !

    Bref, la conclusion de tout cela, c’est que si vous cherchez une tablette à un prix plus que compétitif, même en Europe, cette marque chinoise est sérieusement à prendre en considération. Reste à savoir évidemment si le produit tiendra la route sur le long terme, mais ça, je ne pourrais vous le dire, je l’espère, que dans 10 ans 😉 Vous pouvez aller faire un tour sur leur site ici. Et si vous souhaitez un comparatif avec Wacom, c’est ici. Je tiens à préciser que je ne touche strictement aucune commission de rien, que ce n’est pas du « publi-reportage » ou quoi que ce soit dans le genre. C’est juste un petit retour sur cet achat qui peut-être servira à quelques uns d’entre vous 🙂 Et je rappelle également que l’avis que je donne est pour une utilisation de photographe qui est très différente et certainement moins exigeante qu’un graphiste ou un dessinateur !

    Et sinon je voulais vous demander … Vous, vous êtes plus tablette, souris, trackpad ou … chambre noire traditionnelle ? Et comment vous-y prenez-vous pour vos retouches ? N’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires !

    Je peux enfin mettre mon clavier au dessus de ma tablette et avoir cette dernière juste en face de moi pour « dessiner » normalement.
  • Balade en campagne

    Balade en campagne

    Le week-end dernier, j’ai eu l’honneur d’être invitée à un festival d’art, le Yanping Art Festival. J’avais eu l’occasion il y a 2 ans d’y effectuer une résidence d’artiste dont je vous avais parlé ici et où vous pouvez voir la série finale .

    Le sujet de ce post n’est pas de vos présenter les oeuvres de cette édition car je dois avouer qu’elles m’ont laissé relativement pantoises. Disons, pour faire un résumé, qu’elles ont été dominées par l’art conceptuel contemporain lequel, décidément, ne me fait pas vibrer, loin s’en faut …

    Non, surtout, j’ai envie de vous emmener à travers une balade sans but précis, comme celles que nous prenons plaisir à faire après un bon repas, histoire de se dégourdir les jambes tout en papotant de tout et de rien. Juste pour profiter du moment 🙂

    Alors vous êtes prêts ? Vous avez enfilé votre imperméable ? Car attention, il pleuviote !

    C’est parti pour notre petite visite en mode « discussion à bâtons rompus » 🙂

    Commençons par nous échapper de la maison et empruntons les ruelles du village. Je suis toujours étonnée de voir le nombre de chiens en liberté, tous extrêmement pacifistes d’ailleurs. Jamais aucun ne m’a grogné dessus et il est rare d’entendre des aboiements, comme s’ils n’appartenaient à personne et qu’ils n’avaient rien à garder. Et pourtant, ils ne sont absolument pas sauvages et nombreux sont ceux qui portent un collier. Par contre, ils ne cherchent pas particulièrement à se faire caresser non plus et j’ai rarement vu des personnes les toucher, sans pour autant que les gens soient inamicaux avec eux. Ils sont tout simplement là, leur présence est acceptée et on dirait plus une sorte de cohabitation pacifique où chacun doit en retirer un bénéfice j’imagine …

    Certains tiqueront peut-être sur l’hygiène de cette « boucherie » ambulante 😉 Mais je vous rassure, la viande est toujours consommée extrêmement cuite.

    Au contraire des villes où les gens sont complètement dingues de leurs chiens au point de leur dédier des salons de thé (oui, oui !) et où bien sûr seuls les chiens de race sont plébiscités, dans les campagnes c’est le royaume du corniaud ! Et côté alimentation, ils doivent plutôt compter sur les restes que sur des rations de croquettes enrichies en oligo-éléments 😉 Remarquez, au moins il n’y a pas de gâchis et aucun chien que j’ai croisé n’était famélique. Pouilleux oui, moche oui, mais maigre non 😉

    C’est l’époque de la récolte du « Fruit du moine », enfin, c’est ce qu’il me semble … Ce fruit n’est pas mangeable tel quel et il est surtout utilisé séché pour parfumer le thé ou en poudre en médecine traditionnelle pour remplacer le sucre pour les diabétiques. Il parait que son pouvoir sucrant est supérieur à la canne à sucre sans les inconvénients de celle-ci car il ne contiendrait pas de glucides.


    Autant je n’aime pas particulièrement me servir d’un balai, autant j’aime leurs formes si variées d’une région du monde à l’autre. Peut-être que je me trompe, mais il me semble qu’en France nous n’avons quasiment plus de balais faits avec les ressources locales. Ici en Chine, j’ai l’impression que chaque corps de métier et chaque région a son « modèle ». À Nanjing par exemple, les cantonniers utilisent des branches de bambous qui ont encore leurs feuilles. Les balais sont vraiment larges et parfaitement efficaces pour ramasser en ce moment toutes les feuilles tombées.

    Bien que ce village soit situé dans une zone au climat sub-tropical et que les températures descendent rarement en dessous de 10 degrés l’hiver, il y a quand même des saisons. Et qui dit saisons, dit fruits 🙂 En ce moment, nous sommes en plein dans la saison des fruits du moine, des fruits de la passion et des pamplemousses. Attention, les pamplemousses ne sont pas ceux que l’on connait en Europe. Ici, ils sont énormes et ils se mangent en quartiers, un peu comme si on mangeait une orange géante. Ils sont absolument délicieux, doux, pas acides et tellement juteux !

    Les potagers entrent en sommeil et partout ils sont protégés par la paille de riz dont la dernière récolte de l’année a eu lieu il n’y a pas longtemps. D’ailleurs, les champs ne sont pas très beaux à voir car il y a beaucoup de brûlis, et ces derniers, mêlés à l’eau en abondance (normal pour la culture du riz 😉 ) donnent un mélange pas très ragoutant …

    Ainsi, partout dans le village s’amoncèlent ces tas de « fruits des moines » et les fagots de bois. Mais attention, il ne faut pas s’y tromper ! Il y a peu de chances que ce bois serve pour se chauffer, il sera utilisé pour la cuisine. Bien sûr que les gens ont du gaz mais la tradition de la cuisine au feu de bois est encore très vivace. Quant au chauffage, comme dans tout le sud de la Chine, ou plus exactement tout ce qui se situe au sud du Yantze, les gens ne l’utilisent tout simplement pas, ou si peu. Et pourtant, même si on peu dire que 10 degrés ce n’est pas très froid, tenir 2 ou 3 mois à cette température n’est quand même pas d’un confort absolu 😉 Mais pour les chinois, entre la tradition et la croyance qui veut que chauffer soit mauvais pour la santé, ça ne pose pas de problème, il suffit juste d’être bien équipé en vêtements chauds. Et je peux vous assurer que même à Nanjing où nous avons quand même des hivers relativement courts mais très froids, peu d’appartements sont équipés en chauffage, et s’ils le sont, bien souvent les gens ne chauffent pas.

    Le festival a été l’occasion pour Jiulong de créer un Musée dans les locaux de l’ancienne école. La rénovation est vraiment bien faite et le nouveau bâtiment qui a été construit dans la cour, bien que de facture contemporaine, se fond parfaitement bien dans l’ensemble et ceci grâce à l’utilisation de la terre traditionnelle pour la construction des murs. Personnellement, j’aime beaucoup les fissures et les traces de raccords à droite à gauche. On a vraiment l’impression que cet édifice est là depuis bien longtemps et s’il n’y avait pas la présence de ces piliers en acier (vieilli eux aussi) et de la porte d’entrée en verre, on pourrait vraiment penser qu’il a toujours été là.

    À l’origine de ce festival d’art, il s’agit de dynamiser les campagnes et de les rendre attractives pour les citadins, notamment ceux venant de Hangzhou ou mieux, de Fuzhou. Pour le moment, son rayonnement est encore relativement local, mais le modèle de Jiulong a séduit un certain nombre de communes aux alentours et le festival s’est bien étendu ! Les citadins, eux, viennent lorsqu’il y a des événements particuliers et la structure qui gère le festival organise notamment régulièrement des conférences qui dépassent largement le cadre de l’art, comme par exemple l’aménagement du territoire, la sociologie et même l’ethnologie.

    Ainsi, j’ai pu discuter avec un anthropologue qui me disait que ce festival est très certainement un succès politique, les autorités locales ne pouvant être targuées d’immobilisme. En effet, beaucoup d’argent direct et indirect est injecté, que ce soit pour l’accueil des artistes et des conférences, pour l’aide à la rénovation des habitations anciennes ou au développement touristique et du commerce. Mais les habitants sont plus réservés sur l’utilisation qui est faite de leur territoire. Il est vrai qu’installer des oeuvres d’art contemporain au milieu des villages, parfois de manière définitive, sans concertation avec eux puisque les artistes ont carte blanche, je suis d’accord pour trouver ça moyen-moyen. Mais la contre-partie est qu’ils se sentent fiers d’appartenir à une communauté qui va de l’avant et dont l’aura rayonne, y compris au niveau des grandes villes qui maintenant connaissent ce bout perdu de campagne. Et puis d’un point de vue tout à fait pragmatique, le fait que le festival s’étende maintenant sur plusieurs villages signifie pour eux la construction de routes plus larges qui leur donne un accès plus rapide à la civilisation (sic !)

    Dans un des villages, une taverne a été rénovée et on y déguste principalement de la Baïjo, un alcool de riz très puissant ainsi que de la bière.

    Là, j’y ai eu une conversation bien arrosée avec trois jeunes artistes très touchants, plein de rêves et surtout aux désillusions grandissantes. Le premier rêve de faire la révolution et de changer le monde. Quoi de plus normal à 23 ans 🙂 Son plan est donc de rentrer dans les Jeunesses Communistes puis de gravir les échelons afin de faire exploser le système de l’intérieur. Je lui souhaite bon courage mais qui sait, peut-être y arrivera-t-il ? La seconde se bat pour les droits des homosexuels qui en Chine, bien qu’ils ne soient pas du tout criminalisé au sens juridique, est un sujet tellement tabou que c’est tout comme. Enfin la troisième, après avoir fait ses études aux Etats-Unis et entamé un long voyage en Europe est rentrée pleine de désillusions sur nos pays. Confrontée au racisme et à l’inégalité des chances due à l’origine ethnique, elle pleurait en me disant que « les gens se pensent libres mais ils n’ont pas les moyens d’être éduqués, ils sont agressifs et se moquent d’humilier en pensant que c’est leur droit d’expression, certains ne peuvent même pas aller en boîte de nuit profiter de la musique parce qu’ils sont noirs ou arabes. C’est ça le monde libre ?  » me disait-elle.

    Allez, il est temps maintenant de rentrer 🙂 J’espère que notre balade et notre discussion à bâtons rompus vous aura divertis !

    Pour finir sur une note légère, je vous laisse avec ce groupe de théâtre aux costumes magnifiques qui nous transportent dans un autre temps ! Ceci dit il parait qu’il y a un fort retour, notamment de la part des jeunes, en ce qui concerne les vêtements traditionnels qui sont alors portés les week-ends ou pour les fêtes familiales. Il y a même tout un business qui est en train de se monter autour de cette tendance, notamment dans les lieux touristiques où de plus en plus de boutiques proposent des vêtements à la location pour quelques heures ! La prochaine fois que j’irai en Bretagne, je m’habillerai en Bigoudaine ! Ou mieux ! En princesse courtisane si je vais visiter Versailles 😉 😉

  • Les talents s’invitent chez Photofolle

    Les talents s’invitent chez Photofolle

    Qui aurait dit il y a quelques années que j’aurais pris un tel plaisir à partager mes connaissances en matière de photographie ?

    Certainement pas moi 😉

    Mais plus j’avance dans ma pratique, plus je découvre à quel point la photographie est fascinante, et plus j’éprouve de plaisir à communiquer mes découvertes !

    Freud a écrit :

    « La responsabilité de celui qui sait est moins de partager le savoir que de partager les réflexions auxquelles l’a conduit ce savoir. »

    Sigmud Freud

    Les Ateliers Créatifs que j’anime se situent dans cet esprit. Loin de vouloir me borner à donner des recettes de cuisine qui seraient soit disant applicables partout et en toutes circonstances, je m’efforce au contraire de stimuler la curiosité et d’ouvrir les possibles.

    Et quand j’ai un auditoire talentueux tel que celui des derniers ateliers, ce n’est que du bonheur !

    C’est pourquoi j’ai concocté une petite vidéo qui synthétise les travaux des participants aux derniers Ateliers afin de leur rendre honneur. Un clic vous fera entrer dans leur monde !

    Ainsi, je souhaite remercier du fond du coeur Christine, Eric, Marie, Nicolas, Patrice et Stéphane pour ces 6 semaines durant lesquelles nous avons pu échanger, soumettre, progresser, réfléchir, découvrir, surprendre, bref, en un mot, … faire de la Photographie !!!

    Je pense démarrer une nouvelle session d’Ateliers Créatifs. Si vous souhaitez en savoir plus et, pourquoi pas vous inscrire, rendez-vous sur cette page où tout est expliqué !