Pour ma seconde participation à l’édition de la Boîte à photos *, le thème que nous avons choisi est « Ma technique préférée ». Une fois de plus, j’ai eu envie de vous parler de notre matière première à nous photographes : la lumière ! Et plus exactement, lorsqu’on la travaille en contre-jour.
Laissez-moi tout d’abord vous donner ma définition du contre-jour afin qu’on sache bien de quoi on parle. J’entend contre-jour lorsque la source lumineuse qui éclaire notre sujet est devant nous. Il y a des contre-jours plus ou moins intenses, les plus forts nous obligeant presque à fermer les yeux. En extérieur, c’est généralement le soleil, mais il ne faut pas oublier qu’un mur blanc par exemple fortement éclairé ou un ciel lumineux nous met en situation de contre-jour et ceci même si nous avons le soleil dans le dos ! Ainsi, par extrapolation on peut dire que lorsqu’il y a un contraste très fort entre notre sujet et le reste de son environnement, nous sommes en situation de contre-jour. Et bien entendu, en intérieur face à un éclairage intense, nous sommes également en contre-jour.
Ceci étant posé, pourquoi ais-je choisi cette situation comme étant ma technique préférée, et d’ailleurs, pourquoi est-ce une technique ?
Je crois que parce qu’avant tout le contre-jour est un moyen d’expression photographique formidable ! Il nous permet d’obtenir des images dramatiques, fortes, légères, éthérées, sombres, claires, rêveuses, suggestives … bref, tout sauf des photos descriptives. Et pourquoi selon vous ? C’est parce que là le photographe est obligé de faire un vrai choix ! Il est en effet impossible de bien exposer à la fois pour les tons clairs et les tons sombres (je mets bien entendu la technique du HDR à part, c’est un tout autre sujet que mes compatriotes de la boîte à photos ont d’ailleurs traité pour vous !). Ainsi, devant un tel sujet, je suis obligée de me demander si je souhaite montrer une image sombre, avec une grande prépondérance de noirs, ou au contraire, est-ce que je souhaite exprimer une idée de grande clarté, voire d’éblouissement ? Car selon mon idée je vais devoir faire des réglages spécifiques sur mon appareil photo.
Quels réglages pour le contre-jour ?
Or, avant tout chose, je suis au regret de vous annoncer qu’il n’y a pas de réglages spécifiques et/ou pré-existants. Cela dépend bien entendu des conditions lumineuses et de l’intensité du contre-jour, mais cela dépend aussi de la manière et où vous faites votre mesure de lumière ! Ainsi, si votre appareil photo est en « mesure de lumière globale » ou s’il est sur mesure « spot », vous n’obtiendrez absolument pas les mêmes résultats. Pour ma part, mon appareil photo est quasiment tout le temps en mode de mesure pondérée centrale, c’est à dire qu’il effectue la mesure de la lumière sur une zone qui couvre à peu près 60 % du centre de la scène. Ainsi, il m’arrive très fréquemment, notamment lorsque je souhaite faire un contre-jour, de mesurer la lumière au centre sur le sujet en gardant mon doigt appuyé sur le déclencheur à mi-course, puis de composer ensuite.
Dans tous les cas de figure, pour obtenir de vrais contre-jours, il faut impérativement désactiver la fonction flash de l’appareil photo !
Pour la suite, nous nous servirons beaucoup du curseur de correction d’exposition pour ceux qui ne souhaitent pas travailler en mode Manuel, mais qui préfèrent le mode Programme ou semi-automatique avec priorité ouverture ou vitesse (P, A, S ou selon l’appareil P, Av, Tv) :

Le contre-jour au service du graphisme et du drame !
Donc prenons un premier cas de figure, le plus simple et évident, et imaginons que l’on ait réglé à priori la fonction mesure de lumière sur pondérée centrale, que la scène que j’ai devant moi m’attire pour son graphisme et que j’ai très envie d’un ambiance dramatique, avec des noirs profonds :
Mon appareil photo m’indique que je suis sur-exposée à cause de la forte luminosité. Forcément, je suis face au soleil dans la première photo, et face à un reflet d’un ciel très lumineux dans la seconde. Mais comme j’ai très très envie de renforcer l’aspect du graphisme de la barrière avec ses pointes, je n’y vais pas par 4 chemins et je sous-expose carrément ! Dans la seconde photo, je remarque que mon petit neveu se détache bien avec ses vêtements sombres sur le fond de cette mare. Dans ce cas de figure, j’étais un peu moins surexposée car il s’agit somme toute d’un reflet et il y a donc moins de lumière globalement. Mais comme j’aime bien ces ambiances un peu dramatiques, paf, là aussi, je n’y suis pas allée de main morte et j’ai sous-exposé également de 1,33 ev.
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Vous l’aurez remarqué, en contre-jour, surtout si au final vous faites du noir et blanc, il faut plus que jamais être attentif au graphisme de l’image ! Ainsi, arrangez-vous pour que les éléments se détachent bien les uns des autres. C’est que nous tombons dans un style d’image qui pourrait presque être du dessin animé. [/two_columns_one_last] [divider]
Le contre-jour au service d’images éthérées
Dans un ordre d’idée tout à fait opposé, le contre-jour peut nous permettre de produire des images éthérées, extrêmement claires et/ou avec des contours indéfinis qui nous font directement plonger dans un monde de rêves !
Là, au contraire des exemples précédents, on va chercher à représenter de la légèreté en sur-exposant encore plus ! Cela peut sembler paradoxal en effet, car on imagine bien que la cellule de notre appareil photo est déjà pleine pleine de lumière ! Mais c’est justement parce qu’il y en a trop qu’il va chercher à sous-exposer automatiquement. Mais nous, nous lui disons taratatata, c’est moi qui décide, je n’en ai rien à faire d’avoir une image correctement exposée selon des canons purement techniques. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de donner une âme à ma photo !
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Ainsi ce papillon posé sur une vitre. Un contre-jour terrible qui a affolé la cellule de mon appareil photo ! Que s’est-il passé ? En fait, mon appareil photo a vu énormément de lumière, du coup, il a cherché à sous-exposer. Mais si je l’avais laissé faire, mon papillon aurait été tout sombre, et je n’aurais jamais pu mettre en évidence les veinures de ses ailes, la délicatesse de cette sorte de poudre qu’ils ont sur leurs ailes. Pour rendre hommage à cette petite bête, j’ai donc sur-exposé de + 1,7 ev.
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Allez, soyons fous et sur-exposons encore plus en contre-jour jusqu’à faire disparaître quasiment notre sujet ! C’est ce que j’ai fait ici avec cette image que j’avais intitulée « L’insoutenable légèreté de l’être »
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Le contre-jour, révélateur de matière
Dans un autre ordre d’idée encore, le contre-jour nous permet de jouer avec les reflets et la matière comme jamais ! Et moi qui suis une vraie pie et qui suis irrésistiblement attirée par tout ce qui brille, voyez un peu comment la lumière en contre-jour nous offre des trésors ! Elle a également le don de révéler tout ce qui est placé horizontalement. Ainsi ces rochers des plages bretonnes avec toutes ces algues qui les recouvrent.
Et elle n’a pas de pareil pour révéler la transparence des gouttes d’eau !
Jouer avec les ombres
Attendez, ce n’est pas fini ! Que dites-vous de pouvoir jouer avec les ombres ? Le contre-jour nous offre un tel contraste au naturel qu’il suffit presque de le regarder pour que la photo soit faite ! Dans les 2 premières photos, il n’a pas été besoin de jouer sur la correction d’exposition car le contre-jour provenait du sol en béton, donc d’un gris suffisamment neutre pour ne pas affoler la cellule de l’appareil photo. Au contraire, pour la photo des boutons d’or, il m’a fallu sur-exposer pour compenser la trop forte luminosité (vous avez compris, c’est le coup du taratatata cité ci-dessus au chapitre des images éthérées ! )
Le contre-jour créateur de l’esprit de la lumière
Je ne pouvais pas parler du contre-jour sans vous dire qu’il nous sert aussi à nous photographes pour créer des petites fées et des rayons lumineux même quand on ne les voit pas en vrai ! Là, c’est un peu moins facile à trouver, il faut quand même aller les chercher, jouer avec sa position face à la lumière, avec les éléments de premier plan, ceux qui permettent de cacher partiellement la source de lumière, fermer ou ouvrir le diaphragme. C’est en fait un jeu de cache-cache, mais les petites fées sont super sympa, à la fin, elles finissent toujours par se laisser photographier !
Et quand je n’ai pas le temps de faire des réglages !
Eh oui, c’est bien joli tout ça, mais il arrive souvent qu’on n’aie pas le temps de faire le moindre réglage ! Prenons une situation extrême : un reportage… Bien sûr, les conseils que je vais vous donner sont valables dans toutes les situations et ne concerne pas seulement le contre-jour. Mais ils sont particulièrement utiles dans ce cas. Pour ma part, en dehors du fait que je ne sorte qu’avec une focale fixe (de toutes façons, je n’ai QUE des focales fixes) ce qui me permet de savoir facilement à quelle distance mon sujet sera net (c’est ce qu’on appelle l’hyperfocale : avec une focale donnée on peut savoir sans faire la mise au point entre quel point et quel autre mon sujet sera net). Je n’utilise donc pas l’autofocus ce qui me permet d’être vraiment très réactive. Ensuite, pour la mesure de la lumière, je vise avec mon appareil photo un coin de la scène qui me sert de repère juste pour cette mesure (j’essaye de trouver un endroit relativement neutre sur sa luminosité), je maintiens enfoncé à mi-chemin mon déclencheur et je choisis la scène à composer. Tout ceci peut se faire extrêmement rapidement et c’est vraiment un grand atout lorsqu’on à affaire à des scènes très mouvantes !
En conclusion : jouer de la molette d’exposition
Voilà, je pense que j’ai fait le grand tour des situations de contre-jour, et ce que je viens de vous montrer me confirme que son utilisation est une technique photographique particulière : il s’agit d’utiliser la lumière d’une autre manière que dans des situations plus communes et ceci au service d’images souvent très expressives. Je crois que si elles sont aussi expressives, c’est parce que le photographe est absolument obligé de décider ce qu’il a envie d’exprimer au delà de ce qui se voit objectivement sur l’image, il doit s’engager. La photo d’une fleur prise en contre-jour et sur-exposée n’aura certainement pas le même échos émotionnel que la même fleur sous exposée et encore moins prise sous une lumière neutre ! Et justement, en contre-jour la neutralité est impossible ! Etant d’un naturel entier, il va sans dire que c’est une des techniques que j’utilise le plus pour mes photos. Cela demande, c’est vrai quelques tâtonnements au début, on ne comprend pas toujours ce qui se passe, mais je ne peux que vous encourager à travailler dans ce sens. Et vous verrez, au fur et à mesure que le temps passera, c’est toute votre perception de la lumière en général qui se trouvera également améliorée.
Une fois encore, je suis convaincue que c’est cette sensibilité à notre matière première qui est absolument essentielle pour faire de belles photos. Bien sûr, il faut développer en même temps d’autres sensibilités, mais la lumière fait indéniablement partie de nos outils : elle est la peinture, le fusain, la craie, le pastel de nos artistes !
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* Pour ceux qui connaissent pas la Boîte à photos, il s’agit d’un collectif de blogs francophones parlant de photographie et qui chaque mois propose de réfléchir autour d’un thème choisi ensemble. Chacun étant libre de traiter le sujet à sa manière, cela donne une vraie richesse et diversité de points de vue que je suis certaine, vous ne manquerez pas d’apprécier ! Pour cette édition de la Boîte à photos, c’est Aymeric Gobert qui joue le rôle de site hôte et qui a donc l’énorme responsabilité de rassembler nos articles sur une même page et d’en faire la synthèse en fin de semaine. Si vous ne voulez louper aucune parution d’ici là, rejoignez-nous sur Facebook ou sur Twitter !! Merci à Laurent Vaissade de jogg.com pour le logo



















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