LE BLOG PHOTOFOLLE
- par Laurence Chellali

L’ABSTRAIT


Je ne sais pas vous, mais pour ma part faire des photographies abstraites relève du défi. Je m’explique …

Techniquement, ce n’est vraiment pas compliqué ! Il suffit d’isoler le sujet de son contexte de manière à ce qu’il ne soit plus reconnaissable en tant que tel, et de se concentrer sur ses seules formes, lignes, contraste (de densité ou de couleur), et le tour est joué. Mais il me semble que c’est précisément à cause de la simplicité technique que tout se complique. Comment arriver à faire en sorte que ces lignes et ces formes s’organisent harmonieusement, qu’il y ait quand même un point d’accroche et que l’image ne soit pas seulement un magma de choses indéfinissables ?

Combien de fois avons-nous fait ce genre de prises de vue, pour au final se rendre compte qu’elles n’ont aucun intérêt (allez, un peu quand même, mais bof …).

Il me semble que dans ce genre de photos plus que jamais nous devons porter une extrême attention à la composition : choisir notre angle de vue (sur le côté, d’en haut, d’en bas, …), orienter notre appareil photo en fonction de ce qu’on veut obtenir (des lignes globales plutôt verticales, horizontales, diagonales ?), décider où couper le cadre.

Bref, quitter son enveloppe de photographe pour prendre celle d’un peintre abstrait. Oh, bien sûr le résultat reste une photo ! On n’invente rien, on part de la réalité et l’image finale (pour ceux qui n’ont pas d’imagination !) reste une fidèle description de la réalité. Et pourtant, ces photographies abstraites, quand elles sont réussies, sont bel et bien le résultat de choix esthétiques et d’une recherche d’harmonie de lignes, de formes et de couleurs de la part du photographe.

Allez, je vous mets 3 images abstraites que j’ai prises ce week-end. Il s’agit bien entendu de glace (il n’y a que ça en ce moment par chez nous !). Au total, j’en avais pris 11, mais il n’y en a qu’une seule que j’aime vraiment bien. C’est celle-ci :

 

Ensuite, j’ai retenu cette image pour son contraste et ses méandres :

 

Et pour finir cette image que je ne trouve pas extraordinaire mais que j’aime bien malgré tout pour l’histoire qu’elle me raconte (j’y vois une sorte de tête de cheval face à une pince de crabe menaçante) :

 

Êtes-vous d’accord avec ce que j’ai écris plus haut ? Comment vous-y prenez-vous pour faire des photos abstraites ?

En attendant de vous lire, je vous invite vivement à aller visiter le site de CathyB qui réussit à faire de vraies images abstraites vraiment fantastiques ! C’est ici ou encore ici !

 

 

Laurence

Laurence

Côté rêvesJe dis souvent que je ne photographie pas ce que je vois, mais ce que je ressens. Grâce à la photographie, je peux modeler le réel et y imprimer mes sentiments en organisant les formes, les couleurs, les contrastes tels qu’ils me parviennent pour en faire émerger mon monde émotionnel. Côté pratique … Je gagne ma vie en vendant des photographies à des agences et à des collectionneurs, mais aussi en dispensant des cours de photographie dont vous pourrez trouver toutes les modalités dans la rubrique « Cours« . Plus apparentée à une « coacheuse photographique », j’aime pousser mes élèves à trouver leur propre chemin et leur style personnel.

20 Commentaires

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    J’aime beaucoup ! C’est très graphique et cela laisse libre cours a l’imagination. C’est un exercice que je trouve très difficile. A la prise de vue on voit certaines choses, et au moment du développement l’enthousiasme souvent retombe. Très modestement et a ma petite mesure, je me suis un peu exercée a la photo abstraite en jouant avec des reflets dans l’eau. Mes photos étaient plus ou moins réussies, mais je me souviens avoir passée un delicieux moment lors des prises de vues. Expérience a renouveller. Merci pour ton article qui me le remémore et me redonner goût a explorer de nouveau cette voie.
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    Bonjour :cheerful:
    Entièrement d’accord avec toi, c’est très difficile de réussir des photos abstraites. Et bien souvent celles qui nous plaisent ne plaisent pas aux autres car ils n’ont pas vécu l’expérience de la prise de vue.
    J’aime beaucoup ta série, la première bien sûr et la dernière où j’y vois aussi des animaux. La seconde me fait penser aux papiers marbrés que l’on réalise à l’aide d’encres qui flottent sur un bain d’eau. c’est pas mal non plus :getlost:
    Et tu as bien fait de citer Cathy Bernot, j’adore :wub:
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    Gamine, j’avais reçu un microscope avec lequel je m’amusais à observer toutes sorte de matière. Tes photos me font penser aux formes fantasmagoriques qui m’apparaissaient à travers la lentille.Ton traitement un peu vieilli est très beau. Je tente encore peu des photos abstraites. Lorsque je le fais, j’utilise des reflets ou des flous. L’hiver dernier, j’ai tenté quelques macro avec des trucs sortis de mon frigo (par ex. chou romanesco) ou des pétales de fleurs. C’est vrai que faire de l’abstrait « cohérent » n’est pas si évident que ça.
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    Les photos abstraites ont souvent un beau graphisme irrégulier, c’est le cas pour les tiennes, j’aime beaucoup les deux premières
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    Generalement pour faire des photos abstraites je m’aide des couleurs. je les prends quand elles se melangent se recouvrent, s’associe. les tiennes sont tres reussies.ma preferee est la meme que la tienne …
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    Merci pour ta citation de mes p’tites bulles :blush:
    Je suis tout à fait d’accord avec ton article. On pourrait croire qu’une photo abstraite n’est rien d’autre qu’un « clic-clac » sur tout ou n’importe quoi, alors qu’en l’absence de sujet figuratif, il faut porter d’autant plus d’attention à tout le reste, et chercher cette espèce d’équilibre évident, à travers lignes, formes, textures et couleurs. L’exercice me relaxe, c’est à la limite de la méditation. On cultive un instinct qui servira plus tard en toutes circonstances. Ensuite, c’est au moment du tri que cela se complique: prendre son temps.
    En peinture, on utilise souvent un miroir pour regarder sa toile inversée, la redécouvrir et mieux appréhender sa composition. En photo abstraite, j’utilise la même technique: je retourne mes photos dans tous les sens, et je vois ainsi mieux si « elles fonctionnent », et la plupart finissent à la corbeille.

    Et moi aussi, j’aime beaucoup ta première photo. Elle est évidente et onirique. J’aime aussi beaucoup ton choix de traitement: un noir et blanc « chaud » pour un sujet glacé. (Plus de glace ici: c’est le dégel!)

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    J’aime beaucoup ces photos et l’attention que tu portes à la composition de photos abstraites. Il me semble en effet important que l’abstrait ne soit pas l’arbitraire, même si pour ma part, j’aime bien laisser jouer un peu de liberté au hasard de modeler mes photos tel que je n’avais pas pu l’imaginer complètement (par exemple avec des reflets dans l’eau, reflets qui bougent constamment et qu’on ne peut pas tout à fait maîtriser). On a l’impression avec tes photos de se balader dans des paysages imaginaires, même si je dois dire que vu le grand froid, j’ai immédiatement pensé à de la glace.
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    Bonjour à toutes et à tous !

    haha ! Je vois qu’on est tous d’accord sur la difficulté de l’abstrait ! En fait, il me semble que ce qui ressort de nos impressions, c’est qu’une photo abstraite doit laisser libre-court à l’imagination du spectateur. Mais sur le fond, qu’est-ce que cela signifie ? Il faudrait que chacun puisse y projeter sa propre part de réalité. Encore une fois, et on y revient toujours, il s’agit permettre au lecteur de dépasser son statut de spectateur pour se transposer en tant qu’acteur, s’approprier une émotion, un sentiment, une situation. Il faut donc quand même que ces photos abstraites aient un sens !

    Dernièrement, je suis allée voir une superbe exposition où j’ai eu l’occasion de voir pour la première fois « en vrai » des toiles de Turner et notamment des peintures « abstraites ». Je mets entre parenthèses abstrait car c’était magique ! De près, on ne voyait rien que des formes, des couleurs, du mouvement, du relief mais rien d’identifiable. Et en s’éloignant un peu, il était impossible de voir autre chose que des vagues et une mer déchainée. Je suis restée scotchée par cette intimité entre l’abstrait et le figuratif ! Je ne peux malheureusement pas partager avec vous des images de ces toiles car toutes les reproductions qu’on peut voir sur écran ou sur papier ne représentent absolument pas la richesse de cette expérience. Si un jour vous avez l’occasion d’en voir, allez-y car il n’y a qu’en « vrai » qu’on peut se rendre compte de la finesse et de la subtilité du travail.

    Si on en revient à ma modeste contribution abstraite, je n’ai pas eu grand mérite concernant les teintes … Les images originales sont quasi monochromes (blanc de la glace et jaunasse-verdâtre de la vase au fond de l’eau). Je n’ai eu qu’à désaturer et remettre très légèrement un peu de jaune à l’ensemble.

    Je voulais également te souhaiter la bienvenue A tire d’oeil ! Merci pour ton passage et d’avoir pris la peine de nous faire partager tes impressions :biggrin:

    Merci aussi à vous tous pour votre partage d’expérience !!! :w00t:

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    bien vu le traitement, ça dégage l’imaginaire du sujet. J’aime beaucoup la dernière, j’y vois notamment une drole de créature mi-abyssale mi-serpent dans le bas droit et qui me plait vraiment bien.
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    Bonjour, Laurence.
    Que c’est intéressant comme questionnement. J’aime beaucoup ce sujet. Déjà, c’est plaisant de voir des images tellement proches de celles qu’il m’est arrivé de faire au début de l’hiver quand il restait des

    flaques avec une pellicule de glace.

    Je me revois encore tourner autour de la flaque, me mettre à genoux, en gros passer pour un malade, parce que je cherchais à faire ressortir quelque chose qui m’avait sauté aux yeux.
    Ce qui est particulier avec les photos abstraites, c’est qu’il est difficile d’expliquer ce qu’il y a d’interessant. Qui n’a pas joué avec des reflets de joncs dans un plan d’eau? Mais pourquoi ces lignes répétées

    nous attirent-elles?
    Peut-être que cela vient du fait que nous avons besoin de voir des choses qui stimulent notre « imaginaire ». Besoin d’aller chercher, de s’inventer un concret, un réel dans des lignes, des formes.

    Tu sembles faire une distinction entre peintre et photographe, pourtant, je crois que c’est lorsque nous faisons de photos « abstraites » que nous sommes les plus proches du peintre.

    Tu dis : « Il me semble que dans ce genre de photos plus que jamais nous devons porter une extrême attention à la composition : choisir notre angle de vue (sur le côté, d’en haut, d’en bas, …), orienter notre

    appareil photo en fonction de ce qu’on veut obtenir (des lignes globales plutôt verticales, horizontales, diagonales ?), décider où couper le cadre. » C’est en fait toute la démarche de base de tout photographe,

    tu ne crois pas?

    Je trouve cet article sur l’abstrait en photo très fort. Est-ce que finalement, la peinture, la photo, l’écriture, ce n’est pas un moyen de se raconter? Un moyen d’être..
    C’est passionnant de regarder « Être » toutes ces personnes qui s’expriment, qui vivent au travers de leurs photos, qui se montrent au travers de leurs blogs. C’est particulier.
    Finalement, sommes nous différents de ceux qui dessinaient leurs mains, ou des formes d’animaux sur les rochers de Lascaux?

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    Bonjour Ronan ! La créature abyssale … je te suis tout à fait. Je crois d’ailleurs que c’est elle, même si elle est dans un coin plus sombre et donc moins en évidence, qui donne un peu de personnalité à cette image et son côté dramatique

    Dominique : dernièrement une amie passionnée de marche me disait qu’elle regrettait qu’on ne parte pas ensemble en vadrouille, elle avec son énergie, moi avec mon appareil photo. Je lui ai répondu que nous, photographes, n’étions pas du tout de bonne compagnie pour ce genre d’escapades : nous sommes capables de passer des minutes entières, dans des positions pas possibles et sur un petit bout de flaque d’eau ou de glace. Pas très drôle pour ceux qui nous … attendent. Car ils passent leur temps à nous attendre ! Non, les photographes ne sont pas de bonne compagnie généralement quand ils sont « en chasse ».

    Je crois que je me suis mal fait comprendre sur la distinction entre peintre et photographe : je suis tout à fait d’accord avec toi, et la limite entre nos deux disciplines devient extrêmement ténue dans le cas des photos abstraites. Enfin, il me semble que ce que j’avais écris …

    Bien sûr, l’attention à la composition, au cadrage, au point de vue doit TOUJOURS être portée et je ne peux que t’approuver ! Ce que je veux dire, c’est qu’en l’absence de repères concrets, il est plus que jamais nécessaire d’y être attentif sous peine de n’avoir que de la mélasse. Car la photo ne se fait plus à partir d’une situation reconnaissable et identifiable. On trouvera toujours des gens pour s’émerveiller d’une photo de coucher de soleil très mal composée et cadrée car cette situation leur évoque des sentiments déjà connus, mais comment exciter leur imagination quand une image ne décrit rien ? En trouvant des lignes de force, des points d’accroche, des contrastes qui les aideront à guider et à stimuler leur imagination.

    En tout cas, à la lecture de vos témoignages, nous avons tous vécu ces moments d’émerveillement les yeux dans le viseur, et ces moments de « finalement bof » une fois les images visualisées à distance et avec du recul. Mais parfois peu importe le résultat quand on repense à ces moments géniaux où on trouve que c’est tellement beau à travers le viseur ! On se fait notre cinéma :w00t:

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    Pour moi mon tiercé est 2 – 1 – 3, mais qu’est ce que j’aimerais les voir en couleurs ! 🙂
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    Bonjour,je me répète, j’adore l’abstrait, j’en fait et je ne m’en lasse pas. Je suis tout à fait d’accord avec ton article. Pour faire de l’abstrait, il faut savoir créer à partir de ce qu’on voit, séparer un plan de son contexte et au partage, c’est au spectateur, selon sa sensibilité, de sentir, de vibrer, ou de ne rien voir du tout.

    En ce qui concerne tes images et bien que la première ne manque pas d’intérèt (perso je la verrais bien en couleur), ma préférence va à la deuxième peut-être pour sa simplicité. J’en profite pour te dire que c’est Dominique, une fois de plus, qui m’a fait venir chez toi et je n’ai pas été déçue.

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    Bonjour à vous et merci de votre passage !

    Sidonic, comme je le disais plus haut, la photo couleur n’a pas vraiment d’intérêt, et pour être honnête, ua moment de la prise de vue je savais que j’allais convertir directement ces fichiers en n&b. D’ailleurs, c’était quasi monochrome, et le vert de la rivière n’était vraiment pas joli 🙂

    Merci à Dominique alors !!

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    Bonjour Laurence,
    Ce que j’aime dans les photos abstraites, c’est la recherche de lignes et de graphisme qui permettent effectivement de structurer l’image et de lui donner un esthétisme visuel qui amène le lecteur à se questionner sur ce qu’il regarde. Mais je suis tout à fait d’accord avec toi sur la difficulté de l’exercice!
    Les images que tu nous proposes sont magnifiques. J’aime particulièrement la première qui, par ces lignes tortueuses me fait penser à un tableau de Klimt. En outre le traitement que tu as choisis les sublime complètement. En un mot OUAH !
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    Bonjour Laurence,
    C’est très beau, un sujet qui se prêterait bien au collodion humide 🙂
    Je crois que Ragnar Axelsson a photographié des blocs de glace, mais en suggérant par ses cadrages des formes reconnaissables, en organisant un peu le chaos des brisures et des courbes. Une démarche inverse à la tienne mais avec le même matériau et cette intimité entre l’abstrait et le figuratif. C’est dommage je n’arrive pas à trouver ces images sur le net, voici son site en tout cas:
    http://www.rax.is/
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    Merci Pascal pour la référence et le lien ! On y découvre de superbes images ! C’est vrai que ça me titille pas mal d’essayer ces différentes méthodes de tirage et à l’automne je vais d’ailleurs suivre un séminaire sur ces techniques. Je m’en réjouis d’avance !
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    Tu as réussi à te mettre dans la peau d’un peintre, enfin d’un artiste et c’est réussi ! C’est vrai que la première est TOP !
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    Comme tu n’as rien mis de nouveau, j’ai eu envie de refouiller dans tes merveilles.. et je suis tombé sur qq chose bien de saison.. Expliquer comment je fais de l’abstrait? Bien difficile.. il y a des « arrangements » qui te captent le regard. et je ne suis pas loin de penser que c’est très personnel. Probablement des formes qui attirent parce que liées à quelque chose d’enfoui dans un coin de mémoire.

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