LE BLOG PHOTOFOLLE
- par Laurence Chellali

Le Q m’a eue !


Environ 9 minutes de lecture

Et bien voilà, désormais, je peux dire que je suis équipée d’un beau Q …

Non mais franchement, quelle idée Leica a eue de nommer ainsi son « compact » ! C’est vrai que les companies ne peuvent pas prendre en compte toutes les interprétations de la terre qu’on peut faire d’un nom, mais là, j’avoue que pour la clientèle francophone, c’est fort de café 😉 Ceci dit, c’est aussi bien plus sexy que les noms à rallonge avec des chiffres et des lettres, genre (au hasard) PowerShot G9 X Mark II ou OM-D E-M10 Mark II !! Bref, avec mon nouveau Q, je ne vous raconte pas les blagues salaces qui fusent à la maison 🙂 

Je crois que je n’ai jamais parlé à proprement dit de matériel photo dans les pages de ce blog. Il faut bien une première fois 😉 Aujourd’hui, je ne vais pas vous faire une review de cet appareil – vous en trouverez d’excellentes et des complètes un peu partout sur le net –  mais j’ai plutôt envie de vous parler de la démarche qui m’a conduite à choisir cet appareil. C’est que changer d’outil pour un photographe, c’est loin d’être une mince affaire !

De la rationalité

En ce qui me concerne, j’ai commencé à penser changer d’appareil photo il y a à peu près un an et ceci pour 3 raisons principales :

  1. Mon matériel devenait vieillissant. Depuis 6 ans, j’ai comme compagnon de route quotidienne un Panasonic GF1 équipé de son 20mm f/1.7. Je l’adore, mais vous imaginez le nombre de déclenchements qu’il a eu depuis tout ce temps ! 
  2. Pour être en phase avec les exigences actuelles en termes de photographie commerciale (je travaille beaucoup pour les banques d’images Arcangel images et Goto-foto) et artistique, il fallait que je fasse évoluer mon matériel, surtout du point de vue de la résolution.
  3. Je sentais comme une sorte de lassitude à utiliser toujours les mêmes outils et j’avais envie de renouveler un peu mon approche. Est-ce que cela passe par le matériel ? Pas forcément, mais celui-ci y contribue quoi qu’on en dise. Après des années et des années d’utilisation de ce GF1 et de mon Nikon D700 (j’ai 3 focales qui l’accompagnent : 35 mm f/2, 50 mm f/1.8 et 105 macro f/2.8), je les connais tellement par coeur que mon travail devenait quelque part un peu mécanique. 

Voilà donc pour les 3 grandes lignes. Restait à choisir ! Car quand on est comme moi et qu’on ne s’intéresse au matériel qu’une fois tous les 36 du mois, par où commencer ? 

J’ai donc commencé à lister les paramètres qui me paraissaient essentiels à avoir. En ce qui me concerne, les voici :

  • compaticité – donc très probablement un hybride
  • facilité d’accès à mes 3 commandes ouverture/sensibilité/vitesse
  • objectifs compatibles de très grande ouverture
  • haute résolution
  • bonne gestion de la montée des iso
  • si possible un full frame (un vrai 24×36)

Première étape bien entendu, questionner les amis et collègues sur leur matériel, leur utilisation, les pour, les contres. Partir un peu à l’aveuglette sur internet et commencer à faire ce fastidieux travail de lecture des reviews. 

Du fantasme

À un moment, j’ai cru que j’avais trouvé le Graal ! Hasselblad a sorti cette année un appareil révolutionnaire : un moyen-format mirrorless, le XD1 !! J’ai sérieusement commencé à fantasmer, d’autant plus que pour la première fois, je trouvais cet appareil vraiment esthétique (je trouve que globalement les appareils photo sont très moches 😉 ). Allez, juste pour le plaisir je vous montre une photo 

Éliminé !

J’avais tout ce qui me fallait avec lui ! Compaticité, ultra haute résolution, simplicité des commandes et un renouvellement drastique de ma manière de photographier : on ne passe pas au moyen-format impunément ! Ca se mérite ! Bon, bien entendu le prix est stratosphérique (entre 12 000 et 15000 euros avec l’objectif) mais je considérais cela comme un investissement professionnel. Je suis donc allée l’essayer et là, déception … Disons que je ne l’ai pas trouvé à la hauteur du prix qu’il aurait fallu mettre ( des petits trucs à droite à gauche qui m’ont déplu et/ou que je ne me sens pas capable de gérer) et il ne m’a pas convaincue. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot avec lui et j’attends quelques années pour laisser le temps à Hasselblad d’améliorer son produit 😉 

Alors voilà, je me retrouvais donc à la case départ … Re-lecture des reviews (car entre temps il y a eu la photokina et le salon de la photo où tous les fabriquant sortent leurs nouveautés !), re-demande de conseils aux photographes. Avec cette fois-ci une liberté intéressante : je suis partie de tellement haut en termes de prix avec ce Hasselblad (j’avais d’ores et déjà intégré que la famille serait au régime patates et pâtes pendant le reste de l’année) que tout le reste me paraissait accessible 😉

Je suis donc arrivée à une short-list avec mes critères énumérés plus haut :

  • Fujifilm X-pro2
  • Fujifilm XT2
  • Sony α 7R II
  • Olympus OMD EM5 mark2
  • Leica Q

… Et je suis partie les toucher et les essayer. De ce point de vue, l’organisation des centres commerciaux est géniale en Chine car ils sont tous spécialisés.  J’ai donc passé une journée entière dans un mall photo à peser le pour et le contre de chacun. 

De la subjectivité

J’ai tout de suite éliminé l’Olympus car il ressemble trop à mon Gf1 et j’ai eu l’impression de « prendre le même et de recommencer ». D’autre part, son look vintage avec tous ses boutons et ses molettes partout me fatigue. Mais pourquoi faire si compliqué ??

J’ai également éliminé le Sony pour des raisons tout aussi subjectives. Lui, sur le papier il remplissait pourtant strictement tous les critères que je m’étais fixés et tout le monde m’en parlait en excellent rapport qualité/prix. Et pourtant … je l ‘ai détesté en main. Trop carré, coupant, massif. Bref, j’étais sûre que ce ne serait pas un outil que j’aimerais utiliser.

J’ai éliminé ensuite le Fujifilm XT2 après avoir essayé le Fujifilm X-pro2. Tout simplement encore une fois ici pour une simple question d’ergonomie. J’avais mieux en main le X-Pro 2, les commandes tombaient plus naturellement sous mes doigts.

Quant au Leica Q, je l’ai aimé dès que je l’ai vu et touché 😉

 

Entre les deux mon coeur balance

Voilà, il ne me restait donc plus que 2 appareils photo en balance, et là j’ai mis longtemps à me décider …

Dans le Fujifilm X-Pro2, j’ai absolument adoré son viseur hybride : on peut passer d’un viseur électronique à un viseur optique (comme dans un réflex), son ergonomie est géniale bien qu’il soit vraiment moche comme un pou. Mais comme l’essentiel est invisible pour les yeux, j’étais prête à l’aimer quand même 😉 surtout qu’il est 2,5 fois mois cher que le Leica Q. Enfin, différence de prix à modérer dans la mesure où il est livré sans objectifs et si on veut en monter de qualité, il fait mettre une jolie somme en plus. Ceci dit, ça veut dire objectifs interchangeables alors que pour le Q, non… Mais, mais mais, il a un défaut rédhibitoire pour moi : il n’est pas full-frame. Or j’adore le flou de plein format.

 

Et le Q alors ? Et bien ça a été le coup de coeur comme je vous l’ai dit. Avant de le toucher, j’ai eu ce même frémissement esthétique que pour le Hasselblad, il m’a parlé direct 😉 Bon, c’est vrai que j’étais rassurée après ce que j’en avais lu dans les reviews. Car je dois dire que je regardais la marque Leica avec méfiance depuis que j’avais lu à de nombreuses reprises que l’entreprise avait raté le passage au numérique en proposant des appareils photo de qualité médiocre à des prix scandaleux. Or, avec le Q, tous les experts sont unanimes : Leica est prêt à entrer à nouveau dans la légende 🙂 

Pourquoi j’ai craqué pour le Q

Ce qui m’a plu ? Outre son esthétique, c’est son ergonomie et la simplicité biblique des commandes. Chez lui, rien, rien, rien de superflu, juste l’essentiel qui tombe directement sous la main. Le viseur optique est absolument génial, du même acabit que le X-Pro2 même s’il n’est pas optique. Et sa bague de mise au point manuelle, un délice ! On n’a même plus envie de passer en autofocus, d’autant qu’il y a une aide à la mise au point vraiment intéressante : on a une vision du sujet grossie 3 fois qui apparait dans l’écran pour peaufiner, ainsi qu’un surlignage en rouge de ce qui est net. 

 

Quant à la qualité des photos, comment vous dire … D’après les essais que j’ai pu effectuer, c’est à la fois ultra net et doux. Il y a une restitution des détails incroyable mais tout en nuances et subtilité. Et c’est vrai que je n’ai retrouvé cette finesse dans aucun des clichés test des autres appareils photo que j’ai pu faire lors de ma séance « shopping mall ».  

Il a donc tout tout tout pour lui ( à part le prix bien entendu, mais quand on aime on ne compte pas n’est pas ? 😉 ), sauf que son objectif est fixe et donc on ne peut pas en changer. Il s’agit d’un 28 mm f/1.7. Et je dois dire que c’est ce qui m’a fait hésiter si longuement avec le X-Pro2. Ce n’est pas tant que je ne puisse pas changer de focale – mon GF1 a eu son 20mm (eq.40mm) monté pendant 6 ans sans que je n’ai jamais eu envie de changer de focale. C’est surtout que je ne connais pas le 28 mm et je me demandais comment j’allais m’y sentir. Je me suis donc testée avec mon téléphone portable qui est un équivalent 28 mm. Et même si je ne suis pas 100% à l’aise parce qu’il faut que je réapprenne les perpectives, les lignes de fuite, la manière de mesurer la lumière, mon positionnement par rapport au sujet, je sens intimement que cette focale va aussi changer ma façon de photographier (ça faisait partie des raisons de mes désirs de changement !) Et j’aime ce défi, il me stimule ! Bon, pour me rassurer, le Q offre la possibilité de cadrer en 35mm et en 50mm. Même si au final ce sont de simples crops, la taille du fichier reste tout de même intéressante.

Et puis cet objectif a une position macro. Alors ça c’est génial ! Faire de la macro au 28mm c’est un truc qui me botte complètement 🙂

Pragmatisme

Bref, je sens qu’avec cet appareil photo, j’ai trouvé véritablement un nouvel outil qui non seulement est agréable à manipuler, mais qui va m’ouvrir des perspectives que je n’ai pas vraiment explorées jusque là. Pour le moment, je n’ai réalisé que des clichés test, aussi je ne vais rien vous montrer dans cet article. De toutes les façons, vous aurez le temps de les voir. Tenez-vous au courant des mises à jour du blog 😉 😉 😉

J’espère que mon petit topo vous aura intéressé. Ce n’est pas tant que je veux parler de ma vie 😉 mais il me semble que ce choix de matériel est toujours un moment important pour les photographes. Aussi, partager ces démarches de choix d’appareil photo peut aider, inspirer, stimuler. Ne nous leurrons pas, la photographie ce n’est seulement l’oeil et le coeur, c’est aussi, très prosaïquement, une question d’outil. 

 

 

Allez, vive le Q, vive les photos au Q – et non pas de Q s’il vous plait 😉 

Laurence

Laurence

Côté rêves ...Je dis souvent que je ne photographie pas ce que je vois, mais ce que je ressens. Grâce à la photographie, je peux modeler le réel et y imprimer mes sentiments en organisant les formes, les couleurs, les contrastes tels qu'ils me parviennent pour en faire émerger mon monde émotionnel. Côté pratique ... Je gagne ma vie en vendant des photographies à des agences et à des collectionneurs, mais aussi en dispensant des cours de photographie dont vous pourrez trouver toutes les modalités dans la rubrique "Cours". Plus apparentée à une "coacheuse photographique", j'aime pousser mes élèves à trouver leur propre chemin et leur style personnel.

11 Commentaires

  •    Répondre
    Aussi précieux qu’un bijou! Un nouveau jouet qui devrait te satisfaire! Je l’ai bien regardé moi aussi, mais j’ai renoncé à cause du prix… et j’aime bien avoir un écran sur rotule – ça remplace souvent les miennes, défaillantes! Je me réjouis pour toi et j’attends avec impatience tes essais. Dis-nous par la même occasion comment se passe la prise en mains… J’adore changer d’appareil, juste pour ce moment de la découverte et des expérimentations! Alors, beaucoup de plaisir et bonne journée !
    •    Répondre
      Bonjour !
      Ah ! Je pense que nous sommes nombreux à l’avoir regardé et à être passé à côté faut de bourse suffisante. Pendant de nombreuses années ça a été mon cas 😉
      La prise en main va me demander un peu de temps avant que j’acquiers les mêmes réflexes et automatismes que j’ai avec mes autres appareils. Mais j’ai vraiment confiance tellement cet appareil est simple à manipuler. Là, j’en suis encore au stade où mon pouce cherche une molette qui n’est plus au même emplacement si je n’y fais pas attention ! Je vous raconterai ! Merci pour tes encouragements !
  •    Répondre
    ça fait trois années que je me fais plaisir avec un Nikon D7100 que je ne pouvais malheureusement pas avoir sur moi au quotidien. Au fil du temps les frustrations de passer à coté de très belles opportunités de photographier augmentaient, je m’étais donc décidé à avoir un appareil photo compact que je pouvais avoir sur moi en continue. J’ai fini par choisir le Ricoh GR ii: Un APSC qui tient facilement en poche, qui a une focale équivalente à un 28mm plein format et dont le piqué est excellent à sa pleine ouverture à 2.8, un mode snap focus très intéressant. Un choix bien moins onéreux que le Q vu qu’il m’a coûté 500 euros sur une vente flash sur amazon et qui aurait pu valoir le détour sur ta short list.
    •    Répondre
      Bonjour !
      Tu sais, je suis d’avis que les reflex sont en voie de disparition. Les compacts mirrorless ont atteint la même qualité et ils sont tellement plus pratiques, moins encombrants, plus discrets, plus légers ! Bref, ils n’ont que des qualités 🙂 Et tu vois, même les moyens format s’y mettent, c’est dire !

      J’avais décidé que le prix ne ferait partie de mes critères qu’à la fin. C’est un investissement pour mon travail avec lequel je gagne ma vie. J’aurais été amateur, les choses auraient très certainement été différentes 😉 Je me souviens avoir regardé de près les Ricoh mais comme d’autres marques, je n’ai pas trouvé chez elles l’appareil qui me ferait « vibrer ». C’est extrêmement personnel et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai mis dans cet article des inter-titres tels que « subjectivité, fantasme, pragmatisme ».
      Et puis ça dépend du moment. Après avoir « roulé sa bosse » pendant des années avec le même appareil, on peut avoir envie de changer, les besoins et les envies ayant évolué 🙂

      Et puis je te rassures, ici en Chine je l’ai trouvé à un prix très inférieur à l’Europe, 3500 euros au lieu des 4200 😉

      Merci de ton intervention !! 🙂 🙂 🙂

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    Bel investissement! Enfin le prix reste élevé mais que ne ferait-on pas pour que le cœur batte plus fort en photographiant!!! A voir les premières images!
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      Hihihi Quand on aime on ne compte pas !!! En ce qui concerne les images, ça va venir, ça c’est sûr. Bises à toi et à Catherine !
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    Hâte de voir les « nouvelles « images!!!
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    Vivement la prochaine expo !
    •    Répondre
      Ah ! Tu sais quoi ? Tu es la première française en terre de Chine qui intervient ici et tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir. C’est bête, mais je me sens moins seule 😉 😉
      Pour la peine, et en exclusivité, je te donne les dates de mon expo à Shanghai : du 4 mars au 28 avril. 2 mois pour y aller, ca devrait le faire 😉
      谢谢 !!!
  •    Répondre
    […] Comment j'en suis arrivée à acheter le Leica Q  […]

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