LE BLOG PHOTOFOLLE
- par Laurence Chellali

Road trip en Gansu


Êtes-vous partants pour la découverte en mode road trip d’une région de la Chine nommée Gansu ? Enfin, pour être honnête, je vous propose de découvrir plutôt un bout de région … C’est qu’en Chine, il faut se souvenir que tout est toujours grand, et que bien qu’on aie effectué une boucle de 2700 kilomètres on n’a pas eu le temps de parcourir l’ouest et encore moins l’est, ni le sud. En fait, on est restés au centre pour ainsi dire 😉 😉 

Bon, commençons déjà par une carte, ça rendra la situation plus claire …

 

… et ajoutons à cela un peu de géographie basique et le décor sera totalement planté : le Gansu a une superficie  de 454 000 km2 pour une population de 26 millions d’habitants et une densité de 56 habitants au km2. Pour comparaison, la France a une superficie de 543 000 m2 (hors DOM TOM) et sa densité est de 116 habitants au km2. C’est dire si cette région est peu peuplée. Mais normal me direz-vous car elle est essentiellement composée de zones arides à partir du nord de Lanzhou (capitale de la province). Avec une altitude moyenne de 1000 m, le Gansu est très montagneux dans le sud et relativement plat dans le nord. Les montagnes du sud font partie de la chaîne de Beishan et culminent au Qilian Shan, à 5 547 mètres d’altitude. Au nord, le Gansu comprend une partie du désert de Gobi. La province mesure plus de 1 500 km du nord-ouest au sud-est, mais souvent moins de 100 km dans sa partie centrale. Cette forme résulte de sa situation le long de l’ancienne route de la soie qui passait par un étroit corridor plus facile d’accès, coincé entre le plateau du Tibet et le plateau de Mongolie. (Merci Wikipedia ! 😉 )

Début du road trip !

Alors voilà, le petit tracé en vert sur la carte indique le chemin que nous avons parcouru. Bon, je vous passe les presque 3h d’avion qu’il nous a fallu pour rejoindre Lanzhou de Nanjing et je vous propose de partir directement en direction Lanzhou. Et en fait, je vous passe aussi Lanzhou, nous nous sommes contentés de passer une nuit à l’hôtel à côté de l’aéroport car les formalités pour louer une voiture ont été un peu … compliquées (bien que nous ayons notre permis de conduire chinois nous ne pouvons pas louer en tant qu’étrangers une voiture pour la simple et bonne raison qu’il faut une carte de crédit chinoise justement interdite aux étrangers. Je ne remercierai jamais assez l’assistante de mon cher et tendre époux qui nous confie à chaque fois sa carte de crédit et son permis de conduire. Car oui, les loueurs de voiture se fichent complètement qu’on ait notre permis ou non, ce qui compte c’est que le nom sur la carte et le permis soit le même !). Bref, vous imaginez bien qu’on a le temps de s’ennuyer sur un parking pendant que Monsieur se débrouille avec nos amis loueurs …

 

Je vous passerai donc Lanzhou mais pas un petit village dont je n’ai pas le nom, à quelques 150 km au nord où nous avons là aussi eu quelques heures d’ennui pour faute de … voiture en panne. Pfff, 3 heures d’attente par -10 degrés pour que nos loueurs nous ramènent une voiture en état de fonctionnement, ça fait long ! Dans ces cas là, il ne reste donc plus qu’à arpenter des ruelles désertes – il était 7h du matin et bien entendu il n’est même pas question de compter sur un petit café – , les habitants n’ayant commencé à sortir au compte goutte qu’à partir de 8h30, et bien souvent, seulement pour vider leurs pots de chambre. Car tel a été notre premier étonnement pour nous qui arrivions de Nanjing, une ville très moderne et riche : ici, visiblement pas d’eau courante et encore moins de tout à l’égout.

 

 

La lumière était absolument magnifique ce matin là et je ne résiste pas à l’envie de vous montrer quelques noirs et blancs très graphiques qu’elle m’a inspirés 🙂

Allez, reprenons la route et dirigeons-nous vers un village dont j’ai eu le coup de coeur en survolant google maps pour préparer notre itinéraire et où je voulais absolument m’arrêter.

 

Yongtai ou le village tortue

Pour comprendre pourquoi on appelle ce petit village « Turtle city », rien ne vaut une vue du ciel (merci google maps 😉 ) Regardez comme c’est beau !!!

 

Vous entendrez à nouveau parler de ce village bien plus en détail dans les prochains mois car je souhaite y réaliser un série photo pour parler de la problématique de l’eau et du désert dans cette région de la Chine. Stay tuned comme on dit !

En guise d’introduction, ce village compte aujourd’hui 100 habitants alors qu’il y en avait 1500 dans les années 1950. La raison de cet abandon ? Une avancée du désert due au sur-pâturage et au changement climatique, ce qui rend les terres trop salées et donc impossibles à cultiver. En prime, le gouvernement chinois a détourné il y a quelques années un court d’eau afin d’irriguer d’autres villes plus loin et ont encouragé les habitants à partir d’ici. Résultat, seules quelques familles de bergers y vivent encore.

Pourtant, il s’agit d’un village fortifié en 1608 durant l’époque Ming et classé  monument historique par les autorités. Et il est vrai que ses remparts sont impressionnants car ils font en moyenne 12 mètres de haut sur 3 mètre de large et 1,7 km de circonférence ! Entièrement réalisés en terre ils sont encore en excellent état de conservation, à part la partie sud-est.

Mais à part cette muraille, le village est dans un état de délabrement très avancé et rares sont les maisons qui sont encore entretenues, sans parler de l’état des rues (si on peut les appeler ainsi !). C’est vraiment étonnant car comme vous avez pu le voir, le village précédent qui n’a pourtant rien d’historique est lui parfaitement entretenu, même s’il n’y a pas l’eau courante. Ici, à Yongtai, on a l’impression d’arriver dans une ghost city totalement abandonnée, seulement parcourue par des moutons en liberté  ! Il est vrai que c’était en plein hiver, les quelques arbres complètement nus et qu’il faisait un froid mordant (vraiment !!!) et nous avons seulement trouvé une minuscule épicerie où la patronne nous a d’ailleurs gentiment préparé un repas pour nous réchauffer. Mais je vous laisse juger …

 

Allez, restons encore un peu à l’intérieur les remparts et laissez-moi vous faire découvrir … une église gothique !!!

En fait, il s’agit d’une fake église construite il y a 4 ans pour les besoins d’un film. Et quand je dis fake, elle l’est vraiment et c’est d’ailleurs très dangereux d’y pénétrer car tout est en train de s’écrouler. Elle est entièrement construite en fines planches de bois, lesquelles sont peintes pour imiter la pierre, à l’intérieur comme à l’extérieur !

Pour avoir construit de telles murailles, il fallait vraiment avoir quelque chose à protéger, mais quoi ? Car si c’était aujourd’hui, il est clair que la région n’aurait plus grand chose à revendiquer. Autour du village, ce ne sont qu’étendues semi-désertiques et montagnes où les bergers vont faire paître leurs moutons. Il est intéressant de noter la réserve d’eau à l’extérieur du village. Totalement gelée cet hiver, je vous dirai ce qu’il reste d’eau lorsque j’y retournerai cet été 😉

Allez, continuons notre road trip et mettons le cap sur le désert !

 

Tenggeli, une incursion en Mongolie intérieure

 

 

Continuons la route vers le nord en direction du désert de Tenggeli !

Mais un peu avant d’y parvenir, laissez-moi vous montrer une image du fleuve jaune, le second plus long fleuve de Chine avec ses 5464 km ! Pourquoi je vous le montre ? Parce que à ma grande surprise, ce fleuve immense est bordé par une vallée fertile au sud et exactement de l’autre côté, c’est un immense désert de sable qui s’étend. Le contraste est saisissant !

 

Comme vous pouvez le constater, pour notre passage dans le désert il neigeait ! C’est un fait rarissime et nous avons vraiment eu de la chance ! Je vous laisse apprécier la douceur des lignes que la neige trace dans le sable. Ca a été assez compliqué de le photographier car il faut bien étudier son parcours avant pour ne pas laisser de traces dans ces étendues. Ceux qui ont déjà eu la chance de parcourir ces déserts de sable savent aussi que c’est très physique et que les dunes ne se grimpent pas aussi facilement, malgré leur aspect tout doux 😉 Et enfin, même s’il neigeait relativement fort, la neige fondait à vue d’oeil sur ce sable. Le temps de repérer une belle ligne, d’y aller et pfouit ! Elle avait disparu !

Nous garderons bien sûr un souvenir inoubliable de cette journée entourés de sable, de vent, de neige, de froid … Mais surtout nous étions comme seuls au monde, cette zone pourtant très touristique étant complètement délaissée pour cause de mauvais temps je suppose, mais surtout pour cause de nouvel an chinois où les gens étaient en train de festoyer chez eux !


 

En blanc, bleu, rouge

Pendant que nous étions dans le désert il a donc pas mal neigé dans la région, et c’est seulement parce que nous sommes analphabètes (donc inconscients !) que nous avons osé prendre la route, ne comprenant rien aux panneaux mobiles disséminés un peu partout. Après coup, je pense qu’ils voulaient dire attention à la neige et au verglas, route quasiment impraticable, route interdite aux voitures non munies de chaines et j’en passe. Mais l’avantage de ne rien comprendre, c’est que tout reste toujours beau, possible, et que cette route déserte, même si elle est vraiment impraticable, comme on ne le sait pas, c’est pas grave 😉 😉 

Nous voilà donc partis pour rejoindre Wuwei par un froid polaire mais un temps absolument magnifique. L’autoroute étant fermée (on ne sait pas – encore – pourquoi), nous décidons donc d’emprunter une route secondaire qui passe par des montagnes. Bon … je vais passer sur les quelques heures de sueurs froides que nous avons eues : rester coûte que coûte à 20km/h, ni plus ni moins, lever le pied juste ce qu’il faut dans les descentes pour rester à cette vitesse et accélérer juste ce qu’il faut pour conserver notre élan dans les montées. Bien entendu nous avons eu la mauvaise idée de stopper, forcément – oh ! le paysage est trop beau, arrête toi !- 😉 C’est lorsque nous avons mis le pied sur l’asphalte que nous nous sommes rendus compte que c’était un miracle que la voiture avance tant il était gelé. En fait, il y avait une couche de glace complètement transparente. Résultat … impossible de repartir ! Ce n’est qu’au bout de nombreux essais qu’on a pu tout doucement remettre la voiture « sur les rails ». 

Autant dire que quand nous avons débouché sur la plaine, enfin du terrain plat, nous avons soufflé et … enfin pu prendre des photos 😉 

 

On ne se croirait pas dans le désert n’est-ce pas ? Bon, cette partie du Gansu est plus aride que désertique et nos amis montagnards rigoleront de cette pellicule de neige qui semble si fine ! Elle l’était en effet, mais ne vous y trompez pas, le bitume que l’on voit était complètement glacé. Pour cette région, ces précipitations, aussi petites qu’elles soient sont une aubaine car le désert avance irrémédiablement. La Chine opère d’ailleurs un travail titanesque appelé barrage vert » depuis plus de 60 ans. Ce sont des centaines de milliers d’arbres qui sont plantés pour tenter de modifier le micro-climat. Mais il n’y a pas que des arbres qui sont plantés et ici plus que partout ailleurs, ce sont des forêts entières d’éoliennes qui sont mises en place. Nous en avons longé sur des dizaines de kilomètres tout au long de notre périple. Idem pour les champs de panneaux solaires. Je n’ai malheureusement pas trouvé le moyen de les photographier et que les images donnent un vrai aperçu de ce qu’on entend par forêts ou champs de production électrique. En fait, je pense qu’à moins de les survoler en drone, ils sont impossibles à photographier significativement. C’est que ces bêtes là sont très grandes et finalement très espacées, ce qui fait que quand on les approche ce n’est plus aussi impressionnant. Il n’en demeure pas moins que grâce à ces installations, la Chine est devenue la première puissance éolienne mondiale, même si le charbon représente encore un sérieux concurrent à la production électrique propre.

En attendant d’arriver dans les environs de Wuwei, je vous propose quelques visions très fugaces prises de la voiture. Et bien oui quoi, c’est un road trip ! 😉

 

Le p’tit lac

Après un repos bien mérité dans les environs du Wuwei, nous avions envie d’aller à la découverte d’un petit lac. Je dis petit car il est indiqué minuscule sur la carte. En vrai, c’est une autre paire de manche, et si au démarrage nous avions envie d’en faire le tour, en fait, nous nous sommes contentés d’aller sur une île artificielle au milieu … Pfff, la jeunesse se perd ! Mais de là nous avons pu embrasser la quasi totalité de l’étendue gelée et c’était … grandiose 🙂

 

Je vous propose maintenant de faire un break car la route a déjà été longue ! Il ne s’agit pas de garder le meilleur pour la fin car l’ensemble de ce parcours restera l’un des plus beaux que j’ai faits dans ma vie. Mais je ne veux pas que vous risquiez l’indigestion d’images 😉

Alors en attendant la suite et de nous replonger dans le froid hivernal, profitez des beaux jours de mai ! 

 

Laurence

Laurence

Côté rêves ...Je dis souvent que je ne photographie pas ce que je vois, mais ce que je ressens. Grâce à la photographie, je peux modeler le réel et y imprimer mes sentiments en organisant les formes, les couleurs, les contrastes tels qu'ils me parviennent pour en faire émerger mon monde émotionnel. Côté pratique ... Je gagne ma vie en vendant des photographies à des agences et à des collectionneurs, mais aussi en dispensant des cours de photographie dont vous pourrez trouver toutes les modalités dans la rubrique "Cours". Plus apparentée à une "coacheuse photographique", j'aime pousser mes élèves à trouver leur propre chemin et leur style personnel.

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