AVANT PROPOS
Jean-Paul nous propose la seconde partie de sa brillante analyse d’image dont vous trouverez la première partie ici : http://www.photofolle.net/le-fond-la-forme-par-jean-paul-ramel/
Pour rappel, l’article initiateur dans lequel je pose les questions auxquelles Jean-Paul répond est celui-ci : http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme/
Cette série en 2 opus est en tous points remarquable et j’espère que vous saurez apprécier à sa juste valeur cette belle opportunité que nous offre Jean-Paul d’aller plus loin que nos sempiternels « j’aime – j’aime pas » et d’apprendre pour nombre d’entre vous comment se fait une lecture d’image.
Pour une fois, prenez votre temps, revenez plus tard si besoin, posez des questions si vous en avez ! N’ayez pas peur de vous impliquer !!! Aucune intervention n’est stupide lorsqu’elle est animée par le désir de comprendre et d’échanger des points de vue constructifs.
Donc encore une fois, Jean-Paul, je te laisse la parole et pour ma part, j’interviendrai dans la partie « commentaires »
Je ne vais pas trop m’attarder sur la solarisation en tant que technique ou son utilisation exhaustive, Google fait cela beaucoup mieux et vous servira une série d’images impressionnantes si vous cherchez avec ce terme sur son moteur.
Elle a quelques lettres de noblesse peu connues malheureusement mais qui constituent des chefs d’oeuvres à mon sens, comme celui-ci au classicisme suranné mais monstrueux de précision et de travail pour arriver à une telle finition :

http://laphotographiedanslesurrealisme.wordpress.com/tag/raoul-ubac)
La célébrité de ce procédé est due à Man-Ray, personnalité du monde de l’art, du cinéma, de la peinture et du surréalisme il y a déjà un certain nombre d’années de cela, pour ne pas dire un nombre certain.
Man-Ray réalisait-il vraiment des solarisations ou utilisait-il l’effet Sabatier ? Pour cet approfondissement de spécialistes, vous découvrirez tout sur le site Arago et sur Man Ray et il y en a d’autres bien sur si vous cherchez par vous-même.
Cette courte introduction pour revenir au sujet d’ici : le choix du fond et de la forme de la photo de Laurence, cette fameuse solarisation beaucoup « passée de mode » aujourd’hui et qu’elle redécouvre pour notre plus grand plaisir.
Je relance mon propos : l’utilisation de cette technique apporte-t-elle quelque chose à la photo, et pourquoi ce choix, à part le « petit bonheur la chance » d’un plugin que Laurence a redécouvert ponctuellement en farfouillant un peu dans les archives ?
La photo finale Photo proposée avec l’effet « antique solarisation »

Je vais devoir revenir ici sur les arguments de Laurence pour « vendre » son choix, et bien sur, la photo elle-même telle qu’elle nous la propose, en la comparant à mon « interprétation » précédente de la photo avant traitement solarisé.
J’avais fais ressortir un certain nombre d’éléments clés sous-estimés pour ne pas dire reniés par Laurence dans son propre commentaire.(http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme/) Ce nouveau traitement va t-il mieux les faire ressortir ou au contraire les inhiber pour de bon dans le sens qu’elle souhaitait ?
La réponse est dans son commentaire tel que vous pouvez le retrouvez dans sa présentation sur son blog : exposition, poubelle, passant entrant par la gauche, lumière en haut, personnage détaché, etc. nous dit-elle.
De mon point de vue précédent, elle a massacré sa photo, atrophiant tout ce qui donnait la force au message. (http://www.photofolle.net/le-fond-la-forme-par-jean-paul-ramel/) Contrairement à Laurence, je peux donc affirmer qu’elle n’est vraiment, mais alors vraiment pas, identique à celle d’origine, et c’est une toute autre photo qu’elle nous propose, avec un message radicalement différent.
La première interprétation est donc à mettre à la trappe et le sujet à reprendre de fond en comble. A la trappe donc la première interprétation qui n’a plus rien à faire ici 🙂
Y’a t’il un message dans cette photo solarisée, et si oui, lequel ?
Encore une fois Laurence nous livre les pistes d’exploration : l’inhabituel, le graphisme, le contraste rigidité/rondeur, sensualité/rigidité.
La technique utilisée n’est donc pas neutre, comme elle le souligne elle-même plus loin dans son commentaire, et son contenu, le fond, n’est pas forcément inexistant pour autant, comme elle l’indique par l’interrogation finale qu’elle nous renvoie.
Partons donc à la recherche du sens de cette photo solarisée…
Tout d’abord, indéniablement, forcément, un rattachement historique, s’inscrivant dans l’histoire de la photographie et l’éternel débat, toujours pas tranché, le sera t-il jamais, entre la photo réaliste et la photo « trafiquée », en l’occurrence on pourrait parler plutôt de surréaliste.
En d’autres termes que préférons nous dans nos travaux : la photo « témoignage du réel », quitte à l’accentuer un peu pour le magnifier (ou le dégrader…) ou la photo créant une nouvelle réalité, celle invisible derrière les apparences et qu’elle révèle alors ?
Si l’on regarde les autres travaux de Laurence sur son site ou son blog, on peut répondre pour elle qu’elle a, pour sa part, fait son choix sans le moindre doute possible : c’est une exploratrice, de talent, des réalités invisibles, au point de nier la réalité visible pour en réinventer une autre, plus subtile ou brutale, pour cette photo.
Puisque cette photo s’inscrit dans une histoire solaire, plongeons nous donc dans celle-ci pour voir ce qu’elle pourrait avoir à nous dire sur le choix de Laurence, volontaire ou non, conscient ou non.
Dans l’article sur Man Ray en référence ici il est dit de lui que ses expérimentations (notamment la solarisation), « lui permettent de s’affranchir des contingences réalistes du médium, par un dépassement onirique du sujet en rapport avec la pensée surréaliste ».
Si quelqu’un peut m’expliquer en quoi cette phrase ne s’applique pas EXACTEMENT à la présente photo de Laurence, je suis preneur…
Si j’accepte cette approche, alors aucune raison que je ne continue pas ma citation : « il produit une oeuvre protéiforme, profondément érotique, mêlant intimement inventivité, élégance et sens de la provocation ».
Au vu de sa belle ouvrage par ailleurs, personne ne pourra douter, je pense, qu’on puisse appliquer à Laurence le terme « oeuvre protéiforme » déjà très visible sur son site, même si, contrairement à Man Ray, elle reste cantonnée au monde de la photographie, en tout cas sur ce qu’elle nous montre jusqu’à présent.
Personne non plus, je le crois, ne pourra contester qu’il soit possible de lui adjoindre aussi, sans réserve, les mots : inventivité, élégance et sens de la provocation.
Reste le « profondément érotique »…
Peut-il s’appliquer à Laurence pour cette photo et plus globalement à ses travaux ?
J’aurais tendance à penser qu’en simplement posant la question, je lui réponds déjà, et si j’en crois les commentaires de ses lecteurs, par exemple pour la série :
http://www.photofolle.net/bulles-de-savon/
ils ont eux aussi largement tranché…
Laurence l’avait d’ailleurs déjà fait dans l’introduction de cette série en parlant de légèreté, fragilité, et renvoyant vers le livre/film « l’insoutenable légèreté de l’être » dans lequel Eros n’est pas absent…
Pour enfoncer le clou, elle demandait si les hommes y seraient sensibles. Si ce n’est pas un appel du pied çà…
Pour la présente photo, nous y sommes sans le moindre doute si je reviens sur ses commentaires : l’opposition raideur/rondeur, et ce petit ventre bedonnant apparemment si sensuel, et pourtant contredit par la raideur du corps.
Un regret ?
Ainsi Laurence s’inscrit parfaitement dans la lignée d’un artiste comme Man Ray, si masculin, artiste elle-même qu’elle est, féminine indéniablement, et a su contourner la difficulté initiale de sa photo pour nous amener, presque de force, dans son univers qu’elle affectionne, à travers l’histoire de la photo revisitée par ses soins.
Chapeau l’artiste.
PS : si vous voulez en savoir plus sur « l’insoutenable légèreté de l’être » et pourquoi, peut-être, sa citation n’était pas forcément anecdotique, je sous suggère de suivre le lien suivant, « point de vue d’un critique », donc forcément partiel/partial. Mais rien ne vous empêche ensuite de faire vos propres recherches sur le moteur adhoc, l’idéal étant toujours, bien sur, de se faire sa propre idée en visualisant le film et/ou en lisant le roman d’origine de Kundera 😉
http://www.avoir-alire.com/l-insoutenable-legerete-de-l-etre-critique


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