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AVANT PROPOS

Jean-Paul nous propose la seconde partie de sa brillante analyse d’image dont vous trouverez la première partie ici : http://www.photofolle.net/le-fond-la-forme-par-jean-paul-ramel/

Pour rappel, l’article initiateur dans lequel je pose les questions auxquelles Jean-Paul répond est celui-ci : http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme/

Cette série en 2 opus est en tous points remarquable et j’espère que vous saurez apprécier à sa juste valeur cette belle opportunité que nous offre Jean-Paul d’aller plus loin que nos sempiternels « j’aime – j’aime pas » et d’apprendre pour nombre d’entre vous comment se fait une lecture d’image.

Pour une fois, prenez votre temps, revenez plus tard si besoin, posez des questions si vous en avez ! N’ayez pas peur de vous impliquer !!! Aucune intervention n’est stupide lorsqu’elle est animée par le désir de comprendre et d’échanger des points de vue constructifs.

Donc encore une fois, Jean-Paul, je te laisse la parole et pour ma part, j’interviendrai dans la partie « commentaires »

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Je ne vais pas trop m’attarder sur la solarisation en tant que technique ou son utilisation exhaustive, Google fait cela beaucoup mieux et vous servira une série d’images impressionnantes si vous cherchez avec ce terme sur son moteur.

Elle a quelques lettres de noblesse peu connues malheureusement mais qui constituent des chefs d’oeuvres à mon sens, comme celui-ci au classicisme suranné mais monstrueux de précision et de travail pour arriver à une telle finition :

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signé de Raoul Ubac (vous connaissiez ?) et daté de 1938. (vous pourrez trouver plus d’explications sur cet auteur ici :
http://laphotographiedanslesurrealisme.wordpress.com/tag/raoul-ubac)

 

La célébrité de ce procédé est due à Man-Ray, personnalité du monde de l’art, du cinéma, de la peinture et du surréalisme il y a déjà un certain nombre d’années de cela, pour ne pas dire un nombre certain.

Man-Ray réalisait-il vraiment des solarisations ou utilisait-il l’effet Sabatier ? Pour cet approfondissement de spécialistes, vous découvrirez tout sur le site Arago et sur Man Ray et il y en a d’autres bien sur si vous cherchez par vous-même.

Cette courte introduction pour revenir au sujet d’ici : le choix du fond et de la forme de la photo de Laurence, cette fameuse solarisation beaucoup « passée de mode » aujourd’hui et qu’elle redécouvre pour notre plus grand plaisir.

Je relance mon propos : l’utilisation de cette technique apporte-t-elle quelque chose à la photo, et pourquoi ce choix, à part le « petit bonheur la chance » d’un plugin que Laurence a redécouvert ponctuellement en farfouillant un peu dans les archives ?

La photo finale Photo proposée avec l’effet « antique solarisation »

bidouillage 2

Je vais devoir revenir ici sur les arguments de Laurence pour « vendre » son choix, et bien sur, la photo elle-même telle qu’elle nous la propose, en la comparant à mon « interprétation » précédente de la photo avant traitement solarisé.

J’avais fais ressortir un certain nombre d’éléments clés sous-estimés pour ne pas dire reniés par Laurence dans son propre commentaire.(http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme/) Ce nouveau traitement va t-il mieux les faire ressortir ou au contraire les inhiber pour de bon dans le sens qu’elle souhaitait ?

La réponse est dans son commentaire tel que vous pouvez le retrouvez dans sa présentation sur son blog : exposition, poubelle, passant entrant par la gauche, lumière en haut, personnage détaché, etc. nous dit-elle.

 De mon point de vue précédent, elle a massacré sa photo, atrophiant tout ce qui donnait la force au message. (http://www.photofolle.net/le-fond-la-forme-par-jean-paul-ramel/) Contrairement à Laurence, je peux donc affirmer qu’elle n’est vraiment, mais alors vraiment pas, identique à celle d’origine, et c’est une toute autre photo qu’elle nous propose, avec un message radicalement différent.

La première interprétation est donc à mettre à la trappe et le sujet à reprendre de fond en comble. A la trappe donc la première interprétation qui n’a plus rien à faire ici 🙂

 Y’a t’il un message dans cette photo solarisée, et si oui, lequel ?

Encore une fois Laurence nous livre les pistes d’exploration : l’inhabituel, le graphisme, le contraste rigidité/rondeur, sensualité/rigidité.

La technique utilisée n’est donc pas neutre, comme elle le souligne elle-même plus loin dans son commentaire, et son contenu, le fond, n’est pas forcément inexistant pour autant, comme elle l’indique par l’interrogation finale qu’elle nous renvoie.

 Partons donc à la recherche du sens de cette photo solarisée…

Tout d’abord, indéniablement, forcément, un rattachement historique, s’inscrivant dans l’histoire de la photographie et l’éternel débat, toujours pas tranché, le sera t-il jamais, entre la photo réaliste et la photo « trafiquée », en l’occurrence on pourrait parler plutôt de surréaliste.

En d’autres termes que préférons nous dans nos travaux : la photo « témoignage du réel », quitte à l’accentuer un peu pour le magnifier (ou le dégrader…) ou la photo créant une nouvelle réalité, celle invisible derrière les apparences et qu’elle révèle alors ?

Si l’on regarde les autres travaux de Laurence sur son site ou son blog, on peut répondre pour elle qu’elle a, pour sa part, fait son choix sans le moindre doute possible : c’est une exploratrice, de talent, des réalités invisibles, au point de nier la réalité visible pour en réinventer une autre, plus subtile ou brutale, pour cette photo.

 Puisque cette photo s’inscrit dans une histoire solaire, plongeons nous donc dans celle-ci pour voir ce qu’elle pourrait avoir à nous dire sur le choix de Laurence, volontaire ou non, conscient ou non.

Dans l’article sur Man Ray en référence ici il est dit de lui que ses expérimentations (notamment la solarisation), « lui permettent de s’affranchir des contingences réalistes du médium, par un dépassement onirique du sujet en rapport avec la pensée surréaliste ».

Si quelqu’un peut m’expliquer en quoi cette phrase ne s’applique pas EXACTEMENT à la présente photo de Laurence, je suis preneur…

Si j’accepte cette approche, alors aucune raison que je ne continue pas ma citation : « il produit une oeuvre protéiforme, profondément érotique, mêlant intimement inventivité, élégance et sens de la provocation ».

Au vu de sa belle ouvrage par ailleurs, personne ne pourra douter, je pense, qu’on puisse appliquer à Laurence le terme « oeuvre protéiforme » déjà très visible sur son site, même si, contrairement à Man Ray, elle reste cantonnée au monde de la photographie, en tout cas sur ce qu’elle nous montre jusqu’à présent.

Personne non plus, je le crois, ne pourra contester qu’il soit possible de lui adjoindre aussi, sans réserve, les mots : inventivité, élégance et sens de la provocation.

Reste le « profondément érotique »…

Peut-il s’appliquer à Laurence pour cette photo et plus globalement à ses travaux ?

J’aurais tendance à penser qu’en simplement posant la question, je lui réponds déjà, et si j’en crois les commentaires de ses lecteurs, par exemple pour la série :

http://www.photofolle.net/bulles-de-savon/

ils ont eux aussi largement tranché…

Laurence l’avait d’ailleurs déjà fait dans l’introduction de cette série en parlant de légèreté, fragilité, et renvoyant vers le livre/film « l’insoutenable légèreté de l’être » dans lequel Eros n’est pas absent…

Pour enfoncer le clou, elle demandait si les hommes y seraient sensibles. Si ce n’est pas un appel du pied çà…

Pour la présente photo, nous y sommes sans le moindre doute si je reviens sur ses commentaires : l’opposition raideur/rondeur, et ce petit ventre bedonnant apparemment si sensuel, et pourtant contredit par la raideur du corps.

Un regret ?

Ainsi Laurence s’inscrit parfaitement dans la lignée d’un artiste comme Man Ray, si masculin, artiste elle-même qu’elle est, féminine indéniablement, et a su contourner la difficulté initiale de sa photo pour nous amener, presque de force, dans son univers qu’elle affectionne, à travers l’histoire de la photo revisitée par ses soins.

Chapeau l’artiste.

PS : si vous voulez en savoir plus sur « l’insoutenable légèreté de l’être » et pourquoi, peut-être, sa citation n’était pas forcément anecdotique, je sous suggère de suivre le lien suivant, « point de vue d’un critique », donc forcément partiel/partial. Mais rien ne vous empêche ensuite de faire vos propres recherches sur le moteur adhoc, l’idéal étant toujours, bien sur, de se faire sa propre idée en visualisant le film et/ou en lisant le roman d’origine de Kundera 😉

http://www.avoir-alire.com/l-insoutenable-legerete-de-l-etre-critique

 icon-angle-double-right Lire la première partie

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14 commentaires sur “LE FOND ET LA FORME – Par Jean-Paul Ramel – seconde partie

  1. En toute honnêteté, lorsque je l’ai lu pour la première fois la contribution de Jean-Paul, j’ai éclaté de rire à la fin. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’ai réalisé brutalement que je suis d’une naïveté stupéfiante, y compris vis à vis de moi-même ! Pour la seconde fois, Jean-Paul a réussi à me mettre au pied du mur sans autre artifice que celui d’une déduction à l’imparable logique, et ceci grâce à la pertinence de son regard et à sa grande connaissance de la photographie et du monde des arts en général.
    Que puis-je répondre à son analyse ? Rien, si ce n’est une autre question : jusqu’à quel point sommes-nous les auteurs de nos créations, jusqu’à quel point nous échappent-elles, en tout cas à notre conscience éveillée ?
    Il est indéniable que ces derniers mois je suis portée, presque malgré moi vers une production aux allures surréalistes. La preuve, cette série sur laquelle je suis en train de travailler et que j’ai intitulée « L’idéaliste contrarié » et qui est complètement dans cette mouvance. Je dis presque malgré moi parce que je ne suis pas sûre de l’assumer encore très bien : il y a quelques années, je suis presque sûre que j’aurais détesté ce travail. N’est-ce pas étonnant de produire un travail artistique presque aux antipodes de ce qu’on croit qu’on aime(aimait) ? Cette question me turlupine, mais j’ai décidé, j’ai envie d’avancer, malgré tout. Je verrai bien où ça me mène 🙂

    J’ai ri aussi car Jean-Paul répond extrêmement clairement à ma question et de manière totalement évidente : oui, malgré ses composants qui sont absolument identiques, cette photographie est radicalement différente de la première ! Merci, maintenant je sais pourquoi 😉 Comment ne l’aie-je pas vu avant, comment ne l’as-je pas compris avant ??????
    Il est donc absolument indéniable que nos choix de type de traitement sont loin d’être seulement esthétiques mais qu’ils ont une incidence énorme sur la signification finale de la photo !

    Enfin, j’ai ri car je me sens si petite, petite, petite et incapable de faire la même démarche que la sienne ! Il me manque tellement de connaissances, de cette capacité de recul, d’observation, d’analyse. Je n’en fais pas un complexe, mais quand même, j’aimerais bien un jour réussir a effectuer le pouillème de ce que Jean-Paul viens de faire. Alors quand je suis épatée, moi, je ris 🙂

    Allez, assez parlé de moi, je voudrais maintenant souligner 3 aspects importants, si ce n’est essentiels de sa démarche de lecteur (je les connais en théorie mais je sais si mal les appliquer !!).

    – Tout d’abord, et pour reprendre les propos de ce grand théoricien de la photographie qu’est Roland Barthes dans « la Chambre Claire », Jean-Paul s’est clairement positionné du point de vue du « studium », à savoir une analyse, un intérêt générique pour tout ce qui concerne l’image et non du point de vue du « punctum » qui serait plus une réaction personnelle et par conséquent différente pour chacun de nous. Pour Barthes « le studium est toujours codifié, tandis qu’à l’inverse, le punctum ne l’est jamais ». Et il est bien évident qu’un lecteur d’image doit se positionner ainsi de manière à rendre son analyse la plus « objective » possible. Il est cependant bien évident que dans la réalité une telle séparation n’est pas possible, car comme Jean-Paul l’a dit dans son article précédent, le lecteur n’est pas une machine ou un programme informatique dénué de tout affect, de toute émotion, de tout sentiment… enfin bref, de tout ce qu’on ne comprend pas 😉 Mais il n’empêche que quand on arrive à analyser et à codifier les choses, ça veut dire qu’on est moins enclins à en être affectés.

    – Jean-Paul a fait appel à ses connaissances de l’histoire de la photographie pour comprendre ce que cette photo peut révéler. Il est évident là aussi que c’est un des aspects clé du savoir-faire d’un lecteur. Et bien entendu, comme la photographie ne peut pas s’envisager sans un contexte artistique plus global, les connaissances dans les autres domaines de l’art sont elles aussi déterminantes. Bref, pour être un bon lecteur, il faut être cultivé !!

    – Jean-Paul a replacé la photo singulière dans la globalité d’une production. C’est également un aspect extrêmement important pour avoir des clés de lecture. Aujourd’hui, on parle beaucoup de séries et de portfolios, mais je crois qu’il est important aussi de considérer l’ensemble des photos d’un auteur comme étant une série en soi. Enfin, ce n’est pas moi qui le dit, c’est un autre éminent théoricien de la photographie italien cette fois : Augusto Pieroni. Je ne sais pas si ce dernier est traduit en français, mais si tel est le cas je vous recommande chaudement son livre « Leggere la fotografia – Osservazione e analisi celle imagine fotografiche » (Lire la photographie – observation et analyse des images photographiques).

    Jean-Paul, comment te remercier pour cette formidable contribution qui j’espère nous permettra de lire un peu mieux les photographies qui nous sont soumises et de prendre le recul nécessaire pour en apprécier la complexité ?

    J’espère de tout coeur que les lecteurs de cette série d’articles saura apprécier ce don d’ouverture dont tu as fait preuve ! Merci Jean-Paul !!!

  2. wow, et bien, je ne suis pas près de tout saisir 🙂
    Je viens de lire les deux contributions de Jean-Paul et je suis épaté.
    Une analyse au scalpel et un décodage méthodique vraiment très intéressants.

    Merci de partager Jean-Paul.

  3. Tout ceci me donne une furieuse envie de relire « Autoportrait » de Man Ray… très belle seconde partie, moi qui aime d’un amour fou 😉 l’oeuvre des surréalistes, je l’ai trouvée aussi passionnante que la précédente.

    Est ce à dire que la part d’ombre de Laurence dans ses oeuvres est solarisante? 😀 Solaire, en tout cas sans nul doute…

    Merci pour ce bel exercice: et bravo pour sa richesse et sa simplicité d’accès cependant.

  4. Et bien voila un second décryptage tout aussi imparable que le premier. Je dois dire qu’à travers ces deux articles, j’ai pris une sacrée claque.L’échange est de haut vol et me place face à mes lacunes. Je manque clairement de culture photo et peut-être plus largement de culture artistique tout court pour prétendre m’immiscer dans le débat. Peut-être, ce sentiment est-il partagé par d’autres, ce qui les a empêché de commenter aussi nombreux de d’habitude ici. Il faut que je relise Kundera et que je lise tout court Man Ray… Ceci dit, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ces deux analyses qui me font vraiment réfléchir. Merci Laurence de nous proposer ce genre d’articles que l’on ne trouve que trop rarement sur le net et merci à Jean-Paul pour la richesse de son propos.
  5. Parfois en lisant des choses, je me sens totalement inculte. C’est pas mal ce que j’ai ressenti en lisant l’analyse en deux parties de ta photo. Lire le commentaire de Christine ne console un peu..
    À propos de solarisation, as tu déjà testé en labo. J’en ai fait il y a longtemps. C’est fascinant.
  6. Bonjour 🙂

    Et bien merci à vous qui avez bien voulu laisser une trace de votre passage. Mais dites, notre intention avec Jean-Paul n’était absolument pas de vous faire sentir « tous petits », « incultes », « plein de lacunes » (je vous cite !), mais bien au contraire, de vous ouvrir les possibles !! Ne trouvez-vous pas que c’est formidablement stimulant et moteur pour sortir de sa « zone de confort » ? Pour ma part, je prend l’article de Jean-Paul comme un défi, au sens où j’ai terriblement envie de dépasser mes propres limites actuelles !

    Ronan : Tiens, tu as fini les cacahuètes ?? 😉 Sacré Ronan, je suis sûre que tu fais partie de ceux qui parlent peu mais n’en pensent pas moins 😉

    Cécile : Yes !! Il est presque certain en plus que tu le liras pas de la même manière ! Pour ma part, il m’arrive régulièrement de relire des ouvrages que j’avais beaucoup aimé la première fois et souvent je me rend compte que ma lecture en est bien différente. Parfois, je ne suis pas loin de la considérer comme une nouvelle lecture !

    Christine : Comme je le dis plus haut, le but n’est certainement pas de « donner une claque ». je suis sûre toutefois que tu seras d’accord avec moi sur le fait que faire de la photographie, à partir d’un certain moment, demande à s’ouvrir l’esprit si on ne veut pas rester cantonnés à un petit « ronron ». D’ailleurs, en y pensant maintenant, je crois bien tous les grands photographes ont à un moment donné ou à un autre laissé des écrits sur leur conception de la photographie. Ca veut donc quand même bien dire que c’est pas mal de réfléchir un peu au delà de l’ouverture de diaphragme, du piqué ou de « l’objo qui déchire » 😉 Si je dis cela, c’est que je suis convaincue que c’est précisément ce qui va nous permettre de sortir des entiers battus pour nos propres photographies, c’est de la liberté gagnée !

    Dominique : tu sais, moi je suis de la pure génération du numérique et les mystères et la magie de la chambre noire tant décrits par les « anciens » me sont malheureusement inconnus. Et même lorsque j’utilise des pellicules, je les fait développer puis je les scanne pour en faire des fichiers numériques. Pourtant, il est indéniable que j’aimerais beaucoup un jour me pencher sérieusement sur cet aspect. Mais pour cela, il me faut du temps pour me former, du matériel, de l’espace … Pour cette année, c’est foutu, mais qui sait ? 2015, 2016 ? Why not 🙂

    Merci en tous cas à vous pour avoir pris le temps de vous arrêter ici 🙂

    Dominique

  7. Je rejoins Laurence avec mon désappointement de si peu de réactions suscitées, moi qui espérais l’inverse. Il semble que vous vous soyez senti écrasé par le sérieux de l’analyse alors que j’espérais que certains points auraient pu vous paraitre contestables, donc contestés, et que vous auriez des questions méthodologiques sur la façon de procéder, sur comment rentrer dans une photo pour attaquer son autopsie au scalpel (ou non…), sur les outils, les supports, les méthodes à explorer pour apprendre à analyser une photo, sur comment faire pour regarder ainsi ces propres photos et comprendre à travers cela ce qu’on a voulu (se?) dire. En une phrase : que faut-il faire pour s’approprier ces connaissances ?
    Pourtant il y a des clés et le verrou n’est pas aussi inabordable que vous semblez le croire 😉

    Pour commencer et déjà relativiser tout cela, sachez que j’ai moi aussi beaucoup ri quand j’ai lu le commentaire de Laurence en haut de cette page juste après ma présentation, car si je lui ai appris à comprendre ses photos d’après ce qu’elle en dit, de son côté elle m’a appris comment je faisais pour les analyser :-))
    Comme quoi, j’ai bien besoin d’une piqure de rappel sur le comment et pourquoi d’un éventuel savoir faire acquis depuis très (trop ?) longtemps. Cela me fait penser à cette idée qui flotte dans l’air : obliger les vieillards à refaire un stage de code de la route et de conduite pour éviter qu’ils deviennent des dangers publiques. A force de conduire depuis trop longtemps en ne se posant plus de questions sur le comment et à quel moment appuyer sur la pédale de débrayage en même temps que l’on change de vitesse parce que le cerveau n’a plus besoin de maintenir notre conscience concentrée dessus, on peut finir par oublier l’essentiel…
    Finalement , dans ce jeu de « je te tiens tu me tiens par la barbichette que nous avions entamé à propos de ta photo et visible en bas de ton appel à contribution ici :
    http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme/
    nous avons perdu ou plutôt gagné tous les deux 🙂
    Mais, histoire d’éveiller votre curiosité, il y a aussi d’autres méthodes et d’autres ressources pour s’attaquer à l’analyse d’image que celles indiquées par Laurence, tout à fait juste par ailleurs : je vais me reprendre, j’arrête de rire et reprend mon sérieux en continuant cette joute extraordinairement stimulante, pour nous deux, et j’espère aussi pour vous tous qui lisez ces lignes…
    Merci en tout cas à ceux qui ont osé franchir le cap et écrire leurs lignes de commentaires, et pour les autres, je serais ravi de vous lire aussi.
    , je ne sais si ta question s’adressait aussi à moi, mais je vais y répondre tout de même. J’ai détesté, que dis-je, j’ai haï le travail en labo. Cela me déprimait et me rendait malade : ces odeurs chimiques que je trouvais suffocantes, ce confinement dans une pièce étroite pendant si longtemps, cette lumière stressante d’un rouge sombre intense dans une obscurité angoissante, ma quasi incapacité dans ces conditions à voir le bon moment pour stopper la photo dans le bain du révélateur avant de la plonger dans celui du fixateur parce que, avec cette lumière j’ai toujours été incapable de la voir correctement, l’angoisse permanente que quelqu’un ouvre la porte au mauvais moment pendant que s’effectuait ce travail si minutieux. Rien ne m’a plu et je n’ai d’ailleurs jamais réussi une seule photo dans ces conditions : PAS UNE SEULE… Heureusement des labos, très professionnels, existaient déjà à cette époque dotés d’un savoir faire admirable, mais pour ce qui était de ma créativité personnelle dans ces conditions… L’arrivée du numérique a donc été pour moi un soulagement à un point que vous ne pouvez pas imaginer. Je l’espérais d’ailleurs tellement que j’avais largement anticipé sa venue : un jour j’ai décidé que je ne ferais plus de photo tant que le numérique ne serait pas la, abordable bien sur. Je me suis débarrassé définitivement des mes boitiers argentique. C’était dans les années 80 (1980…). J’ai donc recentré mes activités multimédias sur d’autres supports dans cette attente : caméra et montage sur banc, construction et réalisation de sites interactifs pour minitel (oui oui…), diaporamas en fondu enchainé à partir de diapos projetés par double projecteur synchronisé et top par bande son, montages sonores, etc.
    En 94/95 (1994…), donc bien longtemps après, j’ai eu mon premier « numérique » : canon ion, appareil photo à disquettes magnétiques à l’extraordinaire résolution de 210×180 mais que l’on pouvait transférer et monter sur ordinateurs qui disposaient à l’époque d’une résolution écran fabuleuse aux environs de 640×480 sauf à rajouter des super cartes spécifiques ruineuses…
    La suite appartient à l’histoire…

    1. Ahahah, je résiste, je résiste 😉

      Sinon, tu es bien le premier photographe que je rencontre qui dit ne pas avoir aimé le développement en chambre noire !! Jusque là, je n’ai rencontré que des personnes qui élèvent cette activité quasi au niveau du mythe, sous entendant presque que si un photographe n’en a pas connu les joies et la magie, ce n’est pas un « vrai » photographe. Enfin, j’exagère peut-être un peu mais pas tant que ça. À chaque fois d’ailleurs je demande alors pourquoi ils ne continuent pas… Mais lorsque je pose la question, j’ai droit à des regards étonnés et j’ai pour réponse que le numérique, bien « qu’art mineur » est infiniment plus pratique et qu’il faut vivre avec son temps. J’ai fini par le croire … Mais je ne devrais peut-être pas alors 😉

      1. Je concède volontiers en effet qu’il y avait bien de la magie la-dedans, mais c’était de la magie noire 😉
        Je lui préfère infiniment la magie blanche du post-traitement due à un écran forcément rétro-éclairé…
        Le labo ? Franchement, aucun regret, je bénis sa disparition dans les oubliettes de l’histoire…
        Par contre je suis toujours infiniment admiratif lorsque je découvre les travaux de solarisation, les développements au collodion, ou les fabuleux clichés aux couleurs magiques des autochromes piquetés de leurs pigments multicolores inventés par les frères Lumières (encore des lyonnais… Décidément…).
        Je sais bien tout ce que nous leur devons et que ma répugnance n’est que le reflet de ma propre incapacité : quelqu’un qui n’est donc pas un vrai photographe, puisque c’en est la preuve, et qui l’assume comme faisant partie de ses nombreuses carences. Si seulement il n’y avait que celle-la 😉
  8. Il ne faut pas être désappointé pas le taux de réponse 🙂
    Je ne peux pas parler au nom des nombreux lecteurs du site de Laurence, mais pour ma part j’ai besoin d’un peu de temps pour à la fois digérer une démarche aussi longuement développée que pour retranscrire ma propre réaction, par écrit et intelligiblement. En tout cas sur un format comme le commentaire sur internet.
    Digérer, non pas parce que je n’ai pas compris ce qu’a dit Jean-Paul (j’ai bien dû comprendre quelques trucs tout de même :-)), mais parce que tout ça fait échos à des lectures, des entrefilets sur internet ou ailleurs, des images dans des bouquins etc… Il faut un temps pour que les choses prennent corps. Dans les années 80 je devais lire Pif Gadget, et je n’avais même pas de minitel pour aller sur la page du dit Pif. Alors la culture photo…. Hein. C’est relativement nouveau tout ça malgré tout.
    Même réaction face à la suite d’articles proposée par Laurence il y a quelques temps déjà à propos de l’acte photographique. Très intéressant et trop copieux pour réagir sur le vif. C’est le problème avec internet, on n’a jamais le temps de poser correctement ses mots (c’est aussi parce que je suis un peu feignant, ok). Mais il faut continuer, car ce genre d’article vient nourrir la réflexion de nombreux lecteurs, j’en suis sûr.
    1. Bonjour Ronan !

      Oh, je ne suis pas désappointée par le « taux de réponses » et j’ai d’ailleurs prévenu Jean-Paul dès le début qu’il y aurait très probablement peu de réactions. Comme tu le soulignes, j’ai l’habitude de l’absence visible de réaction quand je publie un article disons plus de réflexion et qui ne parle pas de « technique » comme pour la boîte à photos par exemple.

      Tu avoueras cependant que parfois ça peut amener à certaines remises en cause, car si je n’avais pas les statistiques qui me montrent que ce genre d’articles est très consulté (plus que la plupart des autres !!), je n’aurais aucun moyen de savoir si la peine qu’on se donne à réfléchir, rédiger, illustrer, …. vaut la chandelle.

      Ceci dit, je ne vois pas ce qu’internet a à voir avec le fait de prendre son temps pour « poser correctement ses mots », ni même le format « commentaire ». Tu peux m’expliquer ? Je crois que le format « commentaire ne diffère quand même pas tant que ça qu’un format mail et il me semble que les connexions que nous avons aujourd’hui sont pour la plupart illimitées en temps comme en poids 😉

      Je te remercie pour tes encouragements, et même si je ne suis pas convaincue par tes arguments, saches que c’est le genre de message qui donne quand même un sens au partage que j’ai envie d’opérer sur ce blog 🙂

      1. Et bien je voulais dire que sur internet on zappe facilement, on ne reste pas forcément longtemps sur une même page, et je suppose que cela doit varier suivant l’outil utilisé pour surfer (tablette, grand écran, smartphone). Pour ma part je suis moins loquace sur ce que j’appelle le format commentaire, que je vois comme un espace pubic ouvert aux remarques (donc je reste bref et réservé généralement), que par mail par exemple.

        (mais tu vois, j’ai tout de même rédigé trois « gros commentaires » pour le coup)

  9. […] Jean-Paul Ramel m’a fait l’honneur de répondre à mes questions de manière très approfondie et pertinente. Je vous invite vivement à lire ces 2 articles, qui au delà de ma problématique particulière sont une magnifique découverte sur la manière de « lire une photographie ». Vous les trouverez ici : http://www.photofolle.net/le-fond-la-forme-par-jean-paul-ramel/ http://www.photofolle.net/le-fond-et-la-forme-par-jean-paul-ramel-seconde-partie/%5B/green_box%5D […]

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