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Nous voici arrivés à la quatrième et dernière partie de cette conférence. Je vous rassure tout de suite, celle-ci sera beaucoup moins longue que la précédente et servira surtout de conclusion à tout ce que nous avons vu jusqu’ici.

Ainsi, après vous avoir démontré, je pense, que la photographie ne peut pas représenter la réalité (partie 1), que le processus matériel de production d’une photographie ne permet pas de reproduire la réalité (partie 2), et que par les choix du photographes (qu’ils soient matériels, techniques ou subjectifs) une photographie ne représente qu’une réalité subjective, j’aimerais aujourd’hui finir en vous convainquant que le regard du photographe est « un constructeur de mondes ».

 Une photographie peut-elle être vraie ?

Après tout ce que nous avons vu dans les parties précédentes, cette question vous paraîtra peut-être surprenante. Mais j’aimerais cependant revenir quelques instants sur cette notion de « véracité » et préciser ma pensée.

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 Nous entendons souvent dire « ah, ça c’est une vraie photographie » pour celles qui sont censées représenter la réalité.

Or, nous avons vu que la photographie ne peut représenter ni le réel ni la réalité. Elle ne peut que reproduire quelque chose qui a été vue, mais ceci à travers le prisme subjectif du photographe et celui concret des contraintes techniques et matérielles. S’agit-il alors vraiment de reproduction ?  Non, car elle n’est pas vraiment l’empreinte de la réalité, elle en est une interprétation. Serait-ce alors de l’imitation ? Non plus, la photographie fait bien plus qu’imiter sauf si on se range à la pensée d’Aristote qui démontre qu’il y a 3 façons d’imiter (la mimésis) : comment les choses sont, comment on les dit et comment elles devraient être. Mais la photographie serait alors toutes les 3 à la fois, ce que Baudelaire rejette (et c’est d’ailleurs pour cela qu’il ne considère pas la photographie comme une art).

J’en conclurais que tout au plus nous pouvons dire qu’une photographie est vraisemblable.

Mais vraisemblable pour qui ? J’aimerais enfin faire intervenir à ce point de l’exposé le « regardeur », le « lecteur » de la photographie que j’ai volontairement mis jusque là de côté. Comme je l’ai déjà écrit précédemment, je ne souhaite pas m’attarder trop longuement sur cet aspect car il nous faudrait encore plusieurs chapitres pour en faire le tour ! Cependant, je ne peux pas le passer non plus sous silence …

Les potentialités infinies du cadrage, en sélectionnant, en découpant l’environnement ouvrent la voie à l’abstraction et à l’inconscient visuel. Pour m’expliquer, je vais prendre des exemples extrêmes mais qui me semblent parlants.

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J’ai pris cette photo pour illustrer un article que j’avais fait sur le thème de l’abstraction  . Mon intention était de démontrer, qu’à partir d’une base extrêmement simple et concrète (o pourrait presque dire sans sujet !) on pouvait obtenir des photos relativement complexes dans leur interprétation. C’est ainsi que j’ai photographié un angle de mur blanc. J’ai choisi un cadrage carré dont les propriétés sont aisément exploitables lorsqu’on souhaite faire des photographies graphiques. Dans ma composition, j’ai pris soin que cet angle forme un triangle et qu’il y ait une ligne verticale bien centrée. Mon intention était de représenter une notion abstraite de géométrie. Mais si vous regardez attentivement cette photo et que je vous demande ce que vous y voyez, certains d’entre vous me diront qu’ils voient un triangle, d’autres un angle de mur, d’autres la pointe d’un cube !

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Quelques heures plus tard, le soleil donnait en plein sur mon angle de mur et j’avais tiré les rideaux pour l’atténuer. Il y avait ainsi des ombres et des rais de lumière rouge-jaune (de la couleur du soleil et du rideau). J’ai donc repris une photo, avec cette fois-ci un cadre vertical et une composition en diagonale. Vous serez d’accord que mon angle de mur est radicalement différent de celui d’avant ! Et personnellement, je n’y vois plus aucun angle, ni aucune géométrie, mais … les cuisses d’une femme nue. C’est fort abstrait, j’en conviens, mais il n’empêche que je n’arrive plus à y voir autre chose.

Aucune de ces 2 images n’est vraie dans la mesure où il est impossible de décider pour le lecteur quelle est l’option juste si je ne donne pas d’explications. Il y en aura des plus vraisemblables et l’inconscient, la subjectivité de chacun choisira laquelle l’est le plus. Ce qui est vrai, c’est qu’il s’agit d’un angle de mur, ce que je vois est tout à fait différent.

Prenons 2 autres exemples dans un autre esprit cette fois-ci :

RPG1 RPG2

Dans le même article sur l’abstraction, j’ai expliqué (plus ou moins bien !) comment j’ai obtenu ces photos. En gros, il s’agit du reflet de la lumière à l’intérieur même de la lentille de mon objectif. Ce qui est intéressant dans ce cas de figure et pour notre propos ici, c’est que ce sont des images que j’ai bel et bien vues, mais dans des conditions si particulières que je suis la seule à avoir pu les voir. Elles sont donc à la fois réelles et irréelles, impalpables mais visibles, elles ne s’appuient sur rien de concret puisqu’il ne s’agit que de reflets de lumière et pourtant, j’ai pu les photographier.

 Le photographe est un menteur !

Attention, c’est un gentil menteur, hein ! Pour ceux qui me suivent et me connaissent, vous savez que j’ai le verbe parfois excessif …

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Eh oui, comme nous l’avons déjà vu, même si le photographe propose un panorama à 360 ° (obligatoirement par photomontage d’ailleurs), il manquera toujours une partie de la réalité à sa photo (le haut et le bas dans ce cas).

Ainsi, même avec la meilleure volonté du monde, le photographe est condamné à tailler dans la réalité et à choisir quelle partie il donnera à voir.

RPG (55)

 

Vous voyez ce berger rencontré dans les Dolomites à la frontière autrichienne ? On dirait le grand-père d’Heïdi ! Tout y est : la barbe, le chapeau avec la fleur d’edelweiss, le bâton de marche, les mains et les traits du visage rugueux de celui qui vit au dehors, et si on y prête attention, on voit même les jumelles ! Bref, c’est une image intemporelle de l’idée qu’on se fait d’un homme des montagnes, d’autant que pour renforcer ce côté « hors du temps » j’ai converti la photo en noir et blanc (ça, ce n’est pas du tout réel, on voit en couleurs « en vrai » !). Mais la réalité au moment de la prise de vue était toute autre : j’ai pris soin de ne pas montrer les remontées mécaniques ultra-modernes situées juste à côté. Oh, je n’ai pas voulu mentir sciemment, mais j’ai juste « omis » de montrer que le contexte de vie de cet homme n’est pas forcément celui qu’on s’imagine. D’autant que son commerce de mouton n’est pas forcément celui qu’on s’imagine. Dans la « vraie vie », cet homme vit effectivement toute une partie de l’année dehors avec son troupeau de moutons. Mais ces moutons, il les vend aujourd’hui à des musulmans qui veulent de la viande de haute qualité pour la fête de l’Aïd, mondialisation et échange de cultures oblige ! Qui l’aurait cru en regardant cette photo ? Dans la « vraie vie », avouez qu’on est assez loin de limage d’Épinal que je vous propose.

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Et dans cette photo de jeunes mariés, qu’ais-je « oublié de vous montrer ? Bien sûr le contexte ! Si vous saviez comme l’environnement était laid et vraiment pas romantique ! Un bâtiment carré d’un jaune criard, une porte moderne avec des grilles (qu’on aperçoit en fond), une flopée de personnes, un temps gris et triste à mourir. Et surtout je vous ai caché les couleurs ! Là, je dois avouer que ce n’est pas un mensonge par omission, mais c’est bel et bien sciemment que j’ai supprimé ces informations (j’avais déjà ce projet en tête au moment de la prise de vue). Si je vous les avait laissées, vous auriez vu que les vêtements de ces 2 amoureux n’étaient absolument pas assortis, que le bouquet de fleurs l’était encore moins, que la dentelle du petit sac « tombait comme un cheveux sur la soupe » dans ce contexte. Bref, cette embrassade joyeuse et tendre n’aurait pas été celle que je vous montre maintenant.

 Le regard du photographes est un constructeur de mondes

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Ainsi, j’espère vous avoir convaincu tout au long de cet exposé, que le regard du photographe n’est pas spectateur ou témoin du monde, mais qu’il est un véritable acteur de l’idée qu’il s’en fait. La photographie montre ce que l’oeil ne peut voir, c’est toute la différence entre « voir » et « regarder ». Car qu’y a-t-il à voir ? « Rien d’autre qu’une multiplicité des organisations du monde, que l’opérateur anticipe, que l’appareil capte et que l’image va révéler. »(C.Vollaire). Or, c’est la multiplication des points de vue rendue possible par la photographie, c’est par l’esthétisation (au sens organisation pour rendre intelligible) que l’homme manifeste sa relation au monde et y déploie sa puissance, c’est par elle qu’il accède à la révélation de soi-même. C’est ainsi que Rodtchenko nous dit : « Chaque image photographiée sous un angle nouveau agrandit le champs de nos représentations visuelles ».

Une photographie agit tant sur le photographe que sur le spectateur comme une stimulation imaginative, elle fonctionne par « contamination ». Ainsi, par la multiplicité des photographies aujourd’hui à notre portée nous accédons chaque jour à d’avantage de connaissance sur nous mêmes et sur le monde qui nous entoure, elles sont activatrices de stimulis cognitifs et émotionels.

J’aimerais finir cet exposé par une autre citation de Rotdchenko qui devrait nous inciter, nous photographes, à aller au delà de ce que nous voyons et à exploiter notre manière de regarder :

« Nous qui sommes dressés à voir les choses habituelles, à voir ce qu’on nous a inculqué, nous avons à découvrir le monde du visible »

À bon entendeur … salut 😉

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Maintenant que j’ai rempli ma promesse de mettre par écrit cette conférence, je vais enfin pouvoir retourner faire des photos ! Car c’est bien connu, c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins … J’espère que vous aurez pris du plaisir à lire mes élucubrations et que celles-ci vous auront donné des arguments pour briser ces idées reçues !

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Ci dessous les liens directs avec les différents articles de ce sujet :

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Photographie et réalité : brisons les idées reçues

I partie : Le rapport de la photographie avec la réalité

II partie : Qu’est-ce qu’une photographie ?

III partie : L’acte photographique : de l’intention à la photographie

IV partie : Photographie et réalité : le regard du photographe est un constructeur de mondes

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    BIBLIOGRAPHIE

  • Alexandre Rotdchenko . Ecrits complets : sur l’art, l’architecture et la révolution
  • Henri Vanlier : Philosophie de la photographie
  • Christiane Vollaire : Trancher dans le vif : sur les fonctions esthétiques de la photographie (revue de l’École des philosophes)

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20 commentaires sur “PHOTOGRAPHIE ET RÉALITÉ : BRISONS LES IDÉES REÇUES (IV)

  1. Bon j’ai fini de boire mon café,(pas un expresso italien hélas) et de lire
    c’est dense, complet et cela m’amène beaucoup à réfléchir.
    La photo est pour moi, et je pense aussi pour toi une expression comme peut l’être la peinture, la musique, le chant. et comme pour tous ces arts , il faut connaitre la technique, faire ses gammes tous les jours, encore et encore….
    il faut aussi avoir l’œil, ce qui veut dire savoir escamoter, montrer sous un autre jour, celui que l’on a vu et c’est ce qui est le plus difficile. mais c’est là où tu excelles !
    j’adore ta façon de voir et d’exprimer que ce soit en photos ou en prose
    Merci de cette réflexion si bien tournée et documentée
    Merci à la vie de m’avoir donne la possibilité de te connaitre
    bises
  2. Comme tu es gentille Christine ! Je suis très touchée par tes mots !!
    Je suis ravie que ma « prose » comme tu le dis te donne à réfléchir. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire et j’ai bien le sentiment (réel !) qu’il y a un certain nombre de parties qui auraient mérité d’avantage de développement. Beaucoup d’autres avant moi ont dit ce que je ne fais au final que retranscrire ici, et des auteurs bien plus légitimes que moi. L’avantage de ce genre d’exposé, c’est aussi de synthétiser un certain nombre de pensées. Je t’assure que mes idées ne sont pas très originales. Par contre, j’espère effectivement avoir trouvé le moyen de les rendre accessibles, pas trop ennuyeuse et surtout, essentiellement tournée vers le monde de la photographie.
    Tu as raison en effet de dire que la photographie est une forme d’expression au même titre que la peintre, la musique, … Mais à l’intérieur de ce domaine des arts (bien qu’un certain nombre d’intellectuels, encore aujourd’hui renient la position de la photographie comme étant un art), la photographie a une spécificité tout à fait singulière : c’est qu’elle n’est pas une création « ex nihilo », d’où un grand nombre de confusions. J’espère que cet exposé les aura fait tomber 🙂
    Bonne journée alors !!
  3. Bonsoir Laurence,
    Un magistral exposé qui montre que la photographie est ce que l’œil du photographe en-voit ! Je pense sincèrement que ton travail mérite une édition, que chaque œil devrait découvrir avant tout déclenchement !
  4. Et me voilà enfin avec une soirée tranquille et libre où j’ai pu à loisir me plonger dans les épisodes successifs de ta conférence. Je savais que je me régalerai: mais quel plaisir que l’angle choisi de ta conférence! Et puis j’aime vraiment ces questionnements de philosophes de-ci, de-là, qu’ils soient issus d’Henri Vanlier par exemple (ahhhh! Bergson cité m’a réjoui au plus haut point!!! 😀 ) ou bien par toi: j’adore cette façon de toujours développer un point précis en rappelant toujours qu’il s’inscrit dans un horizon plus vaste. Cela m’a bien donné envie de relire les livres de ma bibliothèque sur la philosophie de l’art (Hegel, Schopenhauer et autres), histoire de voir comment je les redécouvrirai, les ressentirai 20 ans plus tard.. 😉
    Mais revenons à la photographie. J’ai beaucoup aimé ta façon de parler de la violence de l’acte photographique. Personnellement, j’ai toujours trouvé que la poésie était violente: de très beaux mots qui coulent, résonnent, se répondent avec harmonie (ou pas); quels qu’en soient le style et l’époque ils savent faire naître en nous des visions tellement fortes, que même si elles peuvent parler de douceur, elles sont, de fait, par leur volonté de susciter en nous un sentiment intense, violentes. J’ai été du coup très sensible à ta conception. Néanmoins, je ne sais si être contemplatif c’est être doux et délicat. La contemplation, la méditation font gagner tellement en intensité et en densité que je ne crois pas qu’elles soient alors exemptes de violence. Même en harmonie avec le monde autour. Je testerai si, lorsque je viens de réaliser ce qui me semble être une bonne photo, je me sens être une Diane chasseresse!
    J’ai bien souri à ta comparaison culinaire autour du post-traitement, et je ne peux résister à te dire » mais que veux tu, Laurence, il existe des adeptes du crudivorisme!!!  » 😀
    Enfin, autour de ta 4ème partie, je me suis rendu compte en te lisant combien malgré moi j’aborde la photo au travers de mon métier de musicienne. En tant que chanteuse, j’interprète ; c’est à dire que je cherche à la fois à comprendre ce que le compositeur a voulu donner à entendre et à le retranscrire, et en même temps, cette transcription va se faire au travers de ma propre personnalité, de mon propre monde intérieur, ma voix. Je me suis toujours sentie une interprète de la réalité quand je photographie, et je ne me suis jamais demandé, de fait, si je retranscrivais la réalité avec véracité. Faire une photo, pour moi, cela a toujours été créer un espace où je m’évade de la réalité et où j’espère pouvoir emmener celui qui regardera mon « nouveau monde »: d’une autre manière bien sûr que lorsque je chante, mais de fait absolument liée (intimement) à mon métier. La photo est une représentation, comme le concert. Et de fait, elle implique une mise en scène. Alors la notion de « vrai » devient très subjective bien que ce soit néanmoins un acte très authentique. Est ce que je construis des mondes? C’est une question que je me reposerai. L’espace du moment du concert est pour moi plutôt une parenthèse, un moment d’imaginaire, une évasion; je pense mes photos beaucoup ainsi. Merci de m’en avoir fait prendre conscience.
  5. PS: j’ai beaucoup aimé ton exemple de photos du centre culturel avec plein de vert… 😉
  6. Bonjour Patrick et Cécile !

    Patrick : Olala, quel compliment tu me fais-là ! Un grand grand merci 🙂 Mais il est vrai, comme je l’ai dit dans une des parties de l’exposé, que c’est un discours que j’aurais aimé entendre plus tôt. Je ne suis pas sûre que je l’aurais tout à fait compris à mes débuts, ou tout du moins bien intégré, mais il m’aurait au moins permis d’entrevoir des portes ouvertes. À mes débuts, bien au contraire, j’ai plutôt été « enfermée » dans un discours qu’on pourrait qualifier de « bien pensant » : je faisais en effet partie d’un photoclub où il n’est pas facile de proposer des images personnelles et où l’intérêt des gens était plutôt de savoir si ta profondeur de champ et ton ouverture étaient correctes. En fait, il n’était pas facile de « découvrir le monde du visible ». Ceci dit, cette étape a été extrêmement instructive et de bonne école : c’est parce que je connais grâce à eux en partie toutes les règles que je peux faire le tri aujourd’hui entre celles que je vais décider de suivre à la règle car elles me semblent « intelligente » et celles que je vais mettre de côté ou que je vais détourner !

    Cécile : ce que tu dis sur l’interprétation est extrêmement intéressant et on n’a pas l’habitude de la voir sous le prisme du chanteur. Sais-tu que je dis souvent que si j’avais une nouvelle vie, j’aimerais être chanteuse ? Quand j’entends ces voix qui me donnent la chair de poule, quand elles me transportent, mmmmm, quel bonheur et je me dis souvent que ça doit être absolument extraordinaire de pouvoir sortir de tels sons de soi-même !

    Concernant la philosophie, c’est vrai que c’est un peu mon pécher mignon et je me replonge parfois avec délice dans mes livres d’étudiante et je les redécouvre souvent sous un nouveau jour !. Pour cette occasion, j’ai dû faire un sacré tri dans ce que j’allais retenir et mettre en avant, car je ne voulais que ça devienne trop « philosophiquement technique ». Cependant, il m’a semblé que la pensée théorique avait un vrai apport. Et puis, la photographie est la retranscription en images de notre rapport avec le monde. Que fait d’autre la philosophie ?

    Pour revenir à ta réflexion sur la violence, je crois qu’il ne faut pas confondre « violence » et « intensité ». La méditation est un parcours, un chemin qui se fait dans le temps. Je parle moi de l’acte photographique qui lui se situe dans l’immédiateté : on rompt le cours des choses, on coupe ce que j’appelle la dynamique de la vie. En méditation, au contraire, on l’accompagne en y intégrant sa puissance (ce qui n’est effectivement pas exempt d’une certaine forme de violence, mais probablement pas de la même nature de celle dont je parle). La contemplation est selon moi tout autre chose : on est spectateur mais pas acteur. Bien sûr, certains me diront que la limite entre contemplation et médiation est infime, je suis d’accord, mais il y a malgré tout ce petit gap qui est important.
    Par contre, tu as entièrement raison lorsque tu dis que la poésie est violente !

    Merci Cécile pour ton apport très intéressant à cette discussion !!

    Merci à vous !!

  7. Ne reste plus qu’à en faire un livret, et le mettre entre toutes les mains!

    Merci d’avoir retranscrit tout ça pour nous autres qui n’étions pas aux rencontres photo 🙂

    Comme je le disais précédemment, j’aurais voulu avoir lu ça quand je me suis remis à la photo. Et je ne suis pas chanteur comme Cécile, mais pianiste amateur, à mes heures perdues (même si je n’ai pu être très assidu ces dernières années…), et la notion de l’interprétation y est la même. Tout comme il y a mille et unes façons de jouer de son timbre, ou d’appuyer et enchaîner les touches du piano, pour interpréter, transmettre, retranscrire, les photographes plus expérimentés ont plus ou moins conscience de faire la même chose, et tu mets parfaitement les mots sur cette notion.

    Avec le temps, j’ai appris à jouer la joie, la colère, la mélancolie, la tristesse, tout un panel de sentiments, par le seul biais d’un clavier. À effectuer une contagion des sentiments vers le public, avec le piano comme instrument et la musique comme médium. Je pense que l’art de la photographie, a ce même pouvoir. Et je suis loin d’y arriver, mais je commence à en prendre un peu conscience, sur certaines prises de vue, lorsque je photographie avec une intention bien précise en tête…

  8. Magistral cette dernière partie, et d’ailleurs, cette phrase : « le regard du photographe n’est pas spectateur ou témoin du monde, mais qu’il est un véritable acteur de l’idée qu’il s’en fait » résume tout à la perfection ! Merci pour ce beau travail Laurence !!!
  9. Bonjour Elpadawan et Plume et zoom !

    Elpadawan : Étant jeune, on m’a toujours appris qu’il fallait faire « communiquer les vases », et je crois que c’était un très bon enseignement. Les choses ne sont pas cloisonnées et Elpadawan, tu nous en donnes encore un bel exemple. Si tu es pianiste, alors tu devrais apprécier le billet « Enfance de l’automne » que je viens juste de publier !! Pour ma part, je suis « seulement » une consommatrice de musique, mais comme j’aurais aimé avoir la capacité d’en créer !!

    Merci à vous deux et je suis vraiment ravie si mes petites et grandes divagations vous aient permis de poser des mots là où il y avait « seulement » de l’intuition 🙂

    1. Oui, je viens de le voir/lire/écouter, magnifique :). C’est amusant, je ne me considère pas comme « créateur » de musique. Pour moi, le créateur reste le compositeur, et étant une quiche en improvisation… Autant, le photographe « compose » une image, donc je le vois comme « créateur ». Autant, en tant que musicien, je ne me vois que comme une extension animée de l’instrument. Il m’est arrivé de « m’oublier » dans un morceau. Un genre de détachement difficile à expliquer, un peu comme si je voyais le piano faire jouer mes mains, plutôt que mon cerveau faire jouer du piano par le biais de mes mains. Dans ces conditions, difficile pour moi de me sentir créateur de musique, plutôt qu’un « simple » instrument… 🙂
  10. […] Si vous avez aimé les 3 premières parties de la conférence de Laurence Chellali « Photographie et réalité: brisons les idées reçues », voici la dernière partie! […]
  11. Toutes mes félicitations, enfin un peu de réflexion dans la profusion des blogs et des commentaires gnan-gnans qu’ils nous infligent.
    Tu nous montres que la créativité ( et la tienne est reconnue) n’est pas incompatible avec la pensée et un peu de culture.
    Ce texte est de qualité et donne des pistes à ceux qui désirent d’approfondir leur réflexion sur la photographie, qu’ils soient acteurs ou spectateurs. La photo n’a d’intérèt que par le regard de l’autre, sans ce regard elle n’existe pas.
  12. Toutes mes félicitations, enfin un peu de réflexion dans la profusion des blogs et des commentaires gnan-gnans qu’ils nous infligent.
    Tu nous montres que la créativité ( et la tienne est reconnue) n’est pas incompatible avec la pensée et un peu de culture.
    Ce texte est de qualité et donne des pistes à ceux qui désirent approfondir leur réflexion sur la photographie, qu’ils soient acteurs ou spectateurs. La photo n’a d’intérèt que par le regard de l’autre, sans ce regard elle n’existe pas.
  13. Bonjour Jean-Pierre !

    Comme tu le dis très bien, cette série d’article ne sont que des pistes pour qui veut approfondir sa réflexion autour de la pratique photographique. J’ai essayé d’être relativement synthétique en éliminant du discours tout ce qui aurait pu être des digressions. Mais ça n’a pas été facile, je t’assures que je me suis retenue de nombreuses fois ! Il y a tant encore à apprendre et à dire ! Et notamment, toute la partie sur le regard du lecteur que je n’ai volontairement que très très peu abordé !

    Merci à toi !!

  14. ces 4 articles sont vraiment d’une très très grande qualité, félicitations! j’y ai appris beaucoup, ils regorgent d’arguments et me donnent à réfléchir; et quel plaisir d’avoir autant de pistes! à lire encore pour mieux assimiler, car il y a tant d’informations! merci pour ce formidable travail de réflexion, de recherche, d’écriture et de partage!
  15. Bonjour Carla !

    Et bien je suis sincèrement ravie que cette série d’article ait apporté de l’eau à ton moulin ! Ce sont des questions importantes quand on cherche à connaître mieux ce monde de la photo et j’espère avoir apporté une petite contribution à notre compréhension de cette discipline 🙂

  16. On dit d’un poème que c’est un mensonge qui dit la vérité.
    On pourrait très bien adapter cette maxime à la photographie.
    1. Re-bonjour ,
      Comme cela est joliment dit ! Je retiendrai cette maxime à propos de la photographie, soyez-en certain ! Mais en guise de pied de nez, je me demande jusqu’à quel point on ne pourrait pas presque l’inverser en affirmant que la photographie est la vérité qui montre un mensonge. Bien souvent, la frontière est ténue.
      Merci de votre apport à notre réflexion ! C’est passionnant, vraiment !
  17. Il n’est jamais trop tard pour découvrir un article passionnant. Merci pour cette analyse, qui retranscrit ce que je ressens depuis que je fais de la photo régulièrement.
    1. Bonjour
      Il est vrai que cette réflexion date déjà un peu et que depuis je l’ai encore étoffée. La photographie, me semble-t-il, nous fait nous poser des questions fondamentales sur notre relation au monde, sur la place de la perception individuelle et/ou collective. Et tant mieux si j’ai réussi à mettre en paroles ce que vous ressentez lors de l’acte de création photographique !
      Merci Esther !

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